Comics & BD

Supreme Power (2)

Après le premier volume dont je vous présentais lundi, il est temps pour moi de vous parler du deuxième, titré « Jeux de pouvoir » en VF. Il regroupe les numéros 7 à 12 de la version originale, qui constituent la mini-série « Supreme Power : Powers and Principalities ». Le duo créatif est le même que pour les six premiers numéros : J. M. Straczynski pour le scénario et Gary Frank pour l’illustration.

Supreme Power 2

Le récit reprend là où il s’était arrêté à la fin du premier tome : Hyperion, alias Mark Milton, dont l’existence a été dévoilée au grand public, est devenu un super-héros adulé par le peuple américain, au grand désarroi de l’armée qui voit s’envoler son arme secrète dont la force reposait justement sur le secret. Pourtant, un mystérieux informateur révèle à Mark que d’étranges opérations militaires auraient lieu régulièrement à travers le globe à des moments où lui-même intervient sur le sol américain pour sauver des civils, fournissant ainsi un alibi aux autorités. Quand il affronte le Dr. Spectrum (c’est ainsi qu’est désormais surnommé le caporal Joe Ledger, auquel le cristal issu du vaisseau d’Hyperion a conféré d’incroyables pouvoirs que l’armée utilise pour des missions secrètes), Hyperion découvre que les autorités lui ont menti sur ses origines et semble décidé à obtenir des explications, quel qu’en soit le prix.

Après sa violente confrontation avec Hyperion, le Dr. Spectrum trouve refuge sous l’eau où il rencontre une étrange créature aquatique, tandis que la princesse Zarda sort enfin de la crypte où elle aurait été enfermée depuis deux mille ans et va retrouver Hyperion pour lui révéler le secret de leurs origines. Quant à Stanley Stewart, l’homme le plus rapide du monde, il s’associe à Kyle Richmond, alias Nighthawk, pour enquêter sur la disparition de plusieurs prostituées dont le corps a été mutilé par un individu à la force surhumaine.

Ce deuxième tome est haletant et toujours aussi agréable à lire. Les rapports entre Mark Milton et l’armée sont incroyablement bien écrits et laisse entrevoir d’immenses possibilités pour la suite. De quoi donner envie continuer sur la lancée et de dévorer les tomes suivants.

Comics & BD

Supreme Power (1)

Supreme Power est une série de comics créée par Marvel Comics en 2003, illustrée par Gary Frank (principalement connu des amateurs de comics pour son travail sur Incredible Hulk) et écrite par J. M. Straczynski (scénariste de nombreux Amazing Spiderman mais aussi de la série TV de science-fiction Babylon 5 dont j’ai déjà parlé ici).

L’édition VF publiée par Panini Comics depuis 2005 comporte aujourd’hui 8 volumes. Le premier, intitulé « Contact », regroupe les six premiers numéros VO de la série, publiés aux Etats-Unis entre octobre 2003 et mars 2004 sous le titre « Supreme Power : The Hyperion Project ».

Supreme Power 1

L’histoire débute lors qu’un couple de l’Amérique profonde découvre un bébé dans l’épave d’un engin spatial qui vient de s’écraser dans un champ. Cela vous rappelle quelque chose ? C’est normal : Supreme Power reprend directement des éléments des comics les plus connus pour les détourner et les adapter à sa sauce. Car si dans Superman le couple Kent garde discrètement le jeune Clark à Smallville sans éveiller l’attention de quiconque, la suite est bien différente dans Supreme Power. Les autorités, alertées par la chute de l’objet volant non identifié, débarquent très vite chez le couple pour récupérer l’enfant tombé du ciel. C’est le début du projet Hypérion : l’enfant, qui révèle rapidement d’incroyables capacités (comparables à celles de Superman), sera élevé en secret par un faux couple d’agents du gouvernement et isolé du monde extérieur pendant de longue années. Mark Milton (le nom civil qui lui est donné) devient un parfait petit américain, patriote et fidèle aux valeurs de l’oncle Sam.

A l’âge adulte, Mark, qui ignore toujours la vérité sur ses originess, commence à intervenir dans des missions secrètes pour l’armée à travers le globe, notamment dans le Golfe pendant l’opération « Tempête du désert ». Ses faux parents « disparaissent » dans un faux accident de bateau (ils sont en fait envoyés à Amsterdam pour profiter d’une retraite « bien » méritée) et Mark se retrouve seul. On découvre dans ce premier volume que Mark n’est pas si seul qu’il le croit :

  • un caporal de l’armée américaine plonge dans le coma après avoir été mis en contact d’un cristal issu des restes du vaisseau dans lequel Hypérion avait été trouvé ; quand il reprend conscience, il semble dôté de pouvoirs surpuissants grâce au cristal inscrusté dans sa main : nous avons là un « clône » de Green Lantern, l’un des super-héros de DC Comics
  • un homme d’affaires afro-américain dont les parents ont été abattus par un malfrat quand il était enfant revêt un costume noir la nuit pour défendre les hommes et femmes de couleur victimes d’agressions raciales : c’est un Batman revu de façon très intéressante
  • un jeune noir d’Atlanta devient célèbre et signe de nombreux contrats publicitaires quand on découvre qu’il peut courir à une vitesse phénoménale : Flash, un autre super-héros bien connu, est ainsi revisité intelligemment
  • d’autres individus étranges sont également évoqués mais restent mystérieux : une supposée princesse enfouie dans une crypte, et un bébé, pas vraimet humain, jeté à l’eau juste après sa naissance

Supreme Power reprend astucieusement des références à des comics célèbres en ajoutant sa touche, une certaine maturité dans le propo. Le premier volume est passionnant et promet beaucoup pour la suite.

Cinéma, TV & DVD

Sweeney Todd

Pour le cinéma, j’ai une règle d’or : je ne rate jamais un film de Tim Burton. C’est l’un des rares réalisateurs pour lequel je suis capable d’aller voir un film dès la semaine de sa sortie. Habituellement, j’attends une semaine ou deux que les salles commencent à se vider. Son nouveau long-métrage Sweeney Todd, The Demon Barber of Fleet Street est sorti mercredi et je suis allé le voir cet après-midi. J’en sorti conquis.

Sweeney Todd est un personnage populaire du folklore anglais présent dans de nombreuses oeuvres : livres, pièces de théâtre, films, téléfilms, et comédies musicales. Le long-métrage de Tim Burton est lui-même inspiré d’une comédie musicale créée par Stephen Sondheim en 1979 (très bonne année !), le film reprend d’ailleurs les chansons de la comédie musicale, interprétées par les acteurs eux-mêmes.

L’histoire, résumée par Allociné :

Après avoir croupi pendant quinze ans dans une prison australienne, Benjamin Barker s’évade et regagne Londres avec une seule idée en tête : se venger de l’infâme Juge Turpin qui le condamna pour lui ravir sa femme, Lucy, et son bébé, Johanna. Adoptant le nom de Sweeney Todd, il reprend possession de son échoppe de barbier, située au-dessus de la boulangerie de Mme Nellie lovett. Celle-ci l’informe que Lucy se donna la mort après avoir été violée par Turpin.

Lorsque son flamboyant rival Pirelli menace de le démasquer, Sweeney est contraint de l’égorger. L’astucieuse Mme Lovett vole à son secours : pour le débarrasser de l’encombrant cadavre, elle lui propose d’en faire de la chair à pâté, ce qui relancera du même coup ses propres affaires.

Sweeney découvre que Turpin a maintenant des visées sur Johanna, qu’il séquestre avec la complicité de son âme damnée, le Bailli Bamford. L’adolescente a attiré les regards d’un jeune marin, Anthony, celui-là même qui avait sauvé Sweeney lors de son évasion. Amoureux fou de la jeune innocente, Anthony se promet de l’épouser après l’avoir arrachée à Turpin.

Pendant ce temps, le quartier de Fleet Street s’est entiché des tartes très spéciales de Mme Lovett, et celle-ci se prend à rêver d’une nouvelle vie, respectable et bourgeoise, avec Sweeney pour époux et Toby, l’ancien assistant de Pirelli, comme fils adoptif. Mais Sweeney est bien décidé à mener à terme sa vengeance, quel qu’en soit le coût …

Les trois personnages principaux sont interprétés magistralement par trois artistes de grand talent : Johnny Depp pour Sweeney Todd, Helena Bonham Carter pour Mrs. Ovett, et Alan Rickman pour le Juge Turpin. Johnny Depp est désormais un habitué des films de Tim Burton et c’est sa prestation qui m’a le plus impressionné, cet acteur est génial, capable d’incarner des rôles aussi différents que ceux d’Edward dans Edward aux mains d’argent, Jack Barrow dans Pirates des Caraïbes, Willy Wonka dans Charlie et la chocolaterie ou James Barrie dans Neverland. Helena Bonham Carter est elle aussi impressionnante dans un rôle déjanté qui m’a rappelé celui de Bellatrix Lestrange qu’elle incarnait dans Harry Potter et l’Ordre du Phénix. Harry Potter, dans lequel on retrouve évidemment Alan Rickman, aussi vicieux en professeur Rogue/Snape qu’en juge Turpin dans Sweeney Todd.

Les personnages secondaires sont plus ou moins remarquables : Sacha Baron Cohen est flamboyant dans le rôle d’Adolfo Pirelli, le barbier concurrent de Sweeney Todd, Laura Michelle Kelly incarne parfaitement une mystérieuse mendiante, Timothy Spall est parfois caricatural dans le rôle du Bailli Bamford, et Ed Sanders incarne Toby, l’attachant jeune apprenti de Pirelli, recueilli par Mrs. Lovett après la mort du barbier italien. Quant à Jamie Campbell Bower (dans le rôle du charmant mais transparent Anthony) et Jayne Wisener (Johanna, la fille de Sweeney Todd), il forment un jeune couple niais au possible. Entendre et voir Anthony, le regard vide, chantonner « I feel you Johanna » tous les quarts d’heure devient vite un supplice. Leur histoire est tellement inintéressante qu’elle est occultée à la fin du film : on ne saura pas ce qu’ils deviennent, et cela ne manquera pas à grand monde.

Outre la qualité des comédiens dans les trois rôles principaux, le film porte une ambiance et une esthétique très réussies. Sombre et sanglante, l’atmosphère colle parfaitement à cette histoire de folle vengeance. La musique est envoûtante et les chansons s’intègrent parfois au récit. Après avoir lu l’avis de Matoo sur le film, j’avais peur qu’elles arrivent un peu comme un cheveu sur la soupe et rompent l’ambiance, mais ce n’est pas l’impression que j’ai eu finalement. A part les passages pseudo-romantiques avec Anthony dont j’ai déjà parlé, les chansons sont plaisantes et participent à l’atmosphère du film.

Sweeney Tood est un film haletant et très réussi: je n’ai pas vu le temps passer et j’en suis sorti avec l’envie de découvrir la comédie musicale de Stephen Sondheim. Ce long-métrage est clairement mon coup de coeur cinématographique de ce début d’année et il sera difficilement détrôné. Tim Burton est un génie.

Livres & Romans

Des amants

Je ne connaissais pas Daniel Arsand avant de découvrir cette semaine son nouveau roman : Des amants. Je l’ai acheté à la FNAC lundi dernier : en prévision de trois jours en déplacement pour le boulot, je cherchais un peu de lecture pour occuper mes trajets en train et mes soirées à l’hôtel. Le titre m’a intrigué et la quatrième de couverture m’a convaincu :

« Ne nous quittons jamais.

Nous ne nous quitterons jamais.

Comme dans une chanson qui a sans doute déjà été écrite.

Une chanson de rien.

Rien. Un mot qu’affectionne Sébastien.

Rien. Un mot que Balthazar prononce très peu souvent. Le temps n’en est pas encore venu. Mais cela viendra, comme le reste. Et c’est, ce sera quoi, le reste ? Et le reste de quoi ?

Rien. Pas vraiment, se dit Sébastien. Il y a Balthazar. Et il y a l’amour. »

Des amants est un magnifique chant d’amour et d’humanité. A travers l’histoire incandescente de Balthazar et Sébastien, il dénonce l’intolérance de la société, d’hier et d’aujourd’hui.

L’action se déroule en 1749, quarante ans avant la Révolution. Sébastien Faure a quinze ans, c’est un fils de paysan. Balthazar de Créon est un jeune noble. Après une chute de cheval à laquelle Sébastien assiste, Balthazar fait de lui son protégé, son ami, son amant. A Moulins puis à Paris où le roi requiert sa présence, contre l’avis de sa mère, Balthazar ne sépare plus de son compagnon et risque sa réputation et sa vie par amour pour Sébastien. Celui-ci lui sera infidèle, mais l’amour sera toujours là entre eux.

Comment ne pas noter l’étrange similitude avec Un homme accidentel de Philippe Besson ? J’ai lu ces deux romans l’un après l’autre et la ressemblance m’a frappé. Dans les deux livres, nous assistons à une rencontre accidentelle de deux êtres que tout oppose (le flic et l’acteur pour Philippe Besson, le noble et le paysan pour Daniel Arsand). Dans les deux histoires, la passion va isoler les deux hommes du reste du monde et les mener à leur chute.

Les deux romans sont malgré tout différents. Dans Des amants, Daniel Arsand dépeint habilement la folie d’une mère qui perd son fils et le désespoir d’un garçon qui réalise qu’il ne verra plus son compagnon. C’est parfois grandiloquent et mélodramatique, à l’inverse de l’émotion retenue que Philippe Besson parvient à créer dans Un homme accidentel. J’ai apprécié Des amants mais ma préférence va nettement au roman de Philippe Besson. Il ne restera pas dans ma mémoire, peut-être parce qu’il a précédé un roman qui, lui, restera inoubliable à mes yeux.

Livres & Romans

Un homme accidentel

Un homme accidentel est le neuvième roman de Philippe Besson, un auteur que je suis fidèlement depuis la sortie de En l’absence des hommes, peut-être mon livre préféré tous auteurs confondus (seul Le Petit Prince pourrait peut-être rivaliser dans mon coeur).

La quatrième de couverture ne révèle pas grand chose de l’histoire :

« Nous n’aurions jamais dû nous rencontrer.

Seulemement voilà, le hasard nous a mis en présence.

Si on veut bien considérer que la découverte d’un cadavre sur les pelouses impeccables de Beverly Hills est un hasard. »

Deux êtres que tout sépare se trouvent brutalement réunis par la mort d’un inconnu. Aussitôt, entre ces deux-là, surgit, sans qu’ils s’y attendent et sans qu’ils puissent s’y opposer, un sentiment violent. Un sentiment qui va les arracher à la solitude et au mensonge.

A Los Angeles, ville mythique et dangereuse, une intrigue criminelle peut quelquefois devenir une intrigue amoureuse.

Le narrateur est un jeune flic de Los Angeles, heureux en couple avec une charmante épouse qui va bientôt lui donner un enfant. Lors d’une enquête sur la mort d’un prostitué retrouvé mort dans les beaux quartiers, il rencontre Jack Bell, un acteur qui fait la une des journaux après plusieurs succès au grand écran. Entre le jeune premier et le flic consciencieux mais sans envergure, l’improbable se produit : c’est le coup de foudre et le début d’une relation clandestine qui va les mener au fond de l’abysse. Mais avant la chute, il y aura un amour intense, des moments inoubliables de complicité et de bonheur.

Je ne révélerai pas ici tous les détails de l’intrigue, je préfère laisser le plaisir de la découverte aux futurs lecteurs. Je me contenterai de dire que l’enquête criminelle et l’histoire d’amour s’entremêlent parfaitement dans un récit sans surprise mais passionnant.

Tous les romans de Philippe Besson parlent d’une façon ou d’une autre de la mort ou de l’absence, celui-ci ne fait exception. J’ai déjà cité ici cet extrait sublime sur le manque. C’est aussi un livre sur le hasard, sur le coup de foudre, sur une rencontre improbable donnant vie à un sentiment qui dépasse tout. Qu’importe, peut-être, qu’il s’agisse de deux garçons, c’est une histoire universelle sur une vie qui bascule quand elle en croise une autre. J’ai lu une critique dans la presse qui disait que ce n’est pas un roman sur un homme qui découvre son homosexualité et je partage ce point de vue. C’est une histoire d’amour, peut-être l’une des plus belles jamais écrites.

Ce roman m’a touché comme peu de livres l’ont fait. La dernière fois, c’était peut-être En l’absence des hommes : c’est dire si Un homme accidentel m’a marqué. Philippe Besson a le don de m’émouvoir. Chacun de ses romans éveille quelque chose en moi. Cette fois-ci, c’est très fort. S’il y a une semaine on m’avait demander de choisir un seul roman de Philippe Besson, j’aurais choisi En l’absence des hommes sans hésiter. Aujourd’hui, j’aurais du mal à choisir.

« Nous n’avions pas fini de nous aimer. Non, pas fini de nous aimer. Tout nous a été retiré trop vite. Il nous restait tant à faire. Une vie entière, peut-être. Un amour total, pourquoi ça s’arrêterait ?

J’essaie d’apprendre à vivre sans lui. Chaque jour, j’essaie. Je vous jure que j’essaie. Je n’y arrive pas. »

Livres & Romans

Le manque de lui

Et puis, le manque est arrivé, dans le moment où je m’y attendais le moins, il arrivé alors que j’avais presque fini par croire à mon amnésie. C’est terrible, la morsure du manque. Ca frappe sans prévenir, l’attaque est sournoise tout d’abord, on ressent juste une vive douleur qui disparaît presque dans la foulée, c’est bref, fugace, ça nous plie en deux mais on se redresse aussitôt, on considère que l’attaque est passée, on n’est même pas capable de nommer cette effraction, et pourquoi on la nommerait, on n’a pas eu le temps de s’inquiéter, c’est parti si vite, on se sent déjà beaucoup mieux, on se sent même parfaitement bien, tout de même on garde un souvenir désagréable de cette fraction de seconde, on tente de chasser le souvenir, et on y réussit, la vie continue, le monde nous appelle, l’urgence commande. Et puis, ça revient, le jour d’après, l’attaque est plus longue ou plus violente, on ploie les genoux, on a un méchant rictus, on se dit : quelque chose est à l’oeuvre à l’intérieur, on pense à ces transports au cerveau qui annoncent les tumeurs, qui sont le signal enfin visible de cancers généralisés jusque-là insoupçonnables, on éprouve une sale frayeur, un mauvais pressentiment. Et puis, le mal devient lancinant, il s’installe comme un intrus qu’on n’est pas capable de chasser, il est moins mordant et plus profond, on comprend qu’on ne s’en débarrassera pas, qu’on est foutu. Oui, un jour, le manque est arrivé. Le manque de lui.

Au début, j’ai fait comme si je ne m’en rendais pas compte, le traitant par l’indifférence, par le mépris, je me savais plus fort que lui, j’étais en mesure de le dominer, de l’éliminer, c’était juste une question de volonté ou de temps, je n’étais pas le genre à me laisser abattre par quelque chose d’aussi ténu, d’aussi risible. Et puis, il m’a fallu me rendre à l’évidence : ce match, je n’étais pas en train de le gagner, j’allais peut-être même le perdre, et je ne possédais pas le moyen d’échapper à cette déroute et plus je luttais, plus je cédais du terrain ; plus je niais la réalité, plus elle me sautait au visage. Autant le reconnaître : j’étais dévoré par ça, le manque de lui.

J’étais dans le train ce soir, entre Amiens et Paris, lorsque j’ai lu ces deux paragraphes dans « Un homme accidentel », le nouveau roman de Philippe Besson (dont je reparlerai sans donc plus longuement prochainement, tant ce livre m’a ému). J’en ai eu le souffle coupé, au propre comme au figuré. Un collègue somnolait dans le siège voisin du mien et n’a heureusement rien vu de mon trouble. S’il avait été éveillé, il m’aurait vu blêmir, il aurait vu mes mains trembler et mon regard défaillir. Il m’aurait vu face à ma propre vérité.

Ego Trip

Où sont partis les rêves ?

Il n’y a plus d’envie, plus de motivation. Plus de goût en rien. Juste une grande solitude qui m’envahit depuis deux semaines. Un état de fatigue chronique, une lassitude interminable. Une sensation de vide. Une vie sans projet, sans perspective. Sans plaisir ni joie. Plus rien qu’un quotidien sans surprise qui me plonge dans une routine déprimante. Les rares occasions qui pourraient me sortir de cette torpeur, je les rejette volontairement pour ne pas faire peser sur d’autres mon moral déclinant.

Je craque, parfois, quand la solitude devient trop insupportable. Je m’accroche juste pour que cela n’arrive pas en public.

Je me lève le matin sans plaisir, sachant que la journée au bureau sera longue et ennuyante. Je rentre le soir sans joie. Je ne sais plus comment occuper mes soirées. Je regarde des DVD avec mon colocataire pour passer le temps. Les week-ends sont à peine plus palpitants. Seul le fait de ne pas aller travailler rend ces journées moins pesantes, mais l’ennui n’y est que plus flagrant. Chaque soir, je me couche tôt, pour plonger dans un sommeil réparateur mais sans rêve.

Où sont partis les rêves ?