Cinéma, TV & DVD

J’ai tué ma mère

J'ai tué ma mère
J'ai tué ma mère

J’ai tué ma mère est le premier long-métrage de Xavier Dolan, un jeune réalisateur québecois. Le film est sorti en salles en juillet l’année dernière, Xavier Nolan avait alors vingt ans et il en avait dix-sept quand il en a écrit le scénario :

Hubert Minel n’aime pas sa mère. Du haut de ses 17 ans, il la jauge avec mépris, ne voit que ses pulls ringards, sa décoration kitsch et les miettes de pain qui se logent à la commissure de ses lèvres quand elle mange bruyamment. Au-delà de ces irritantes surfaces, il y a aussi la manipulation et la culpabilisation, mécanismes chers à sa génitrice. Confus par cette relation amour-haine qui l’obsède de plus en plus, Hubert vague dans les arcanes d’une adolescence à la fois marginale et typique – découvertes artistiques, expériences illicites, ouverture à l’amitié, sexe et ostracisme  rongé par la hargne qu’il éprouve à l’égard d’une femme qu’il aimait pourtant jadis.

Xavier Dolan interprète le rôle – semi-autobiographique, de son propre aveu – d’Hubert et dans celui de la mère on retrouve Anne Dorval, surtout connue jusque là pour son interprétation de Criquette et Ashley Rockwell dans la série parodique Le Coeur a ses raisons. Méconnaissable dans un rôle très différent, elle démontre tout son talent de comédienne : elle m’a littéralement impressionné dans ce film. Quant à Xavier Dolan, je l’ai trouvé très juste dans son interprétation d’adolescent en prise avec des sentiments contradictoires.

Le film lui-même m’a bien plu. La mise en scène est parfois maladroite avec quelques ralentis et effets de style superflus, mais l’ensemble est plaisant à voir. Tour à tour drôle et émouvant, il est à l’image d’Hubert, capable de passer du rire à la colère en quelques secondes. J’avais raté le film au cinéma cet été mais je suis content d’avoir eu l’occasion de le voir en DVD !

Livres & Romans

Les jours fragiles

Les jours fragiles
Les jours fragiles

Fidèle lecteur de Philippe Besson depuis son premier roman En l’absence des hommes en 2001, je ne parviens pas à expliquer pourquoi il m’a fallu autant d’années pour lire Les jours fragiles, son cinquième roman publié en 2004. Je l’avais acheté dès sa sortie mais je l’avais mis de côté, pour une raison totalement oubliée depuis. Il est ensuite resté dans ma pile spéciale Philippe Besson, enterré sous ses futures publications aussitôt achetées aussitôt lues. C’est une bizarrerie que j’ai renoncé à m’expliquer mais que j’ai finalement réparée cette semaine. Heureuse initiative, car ce roman fait partie des oeuvres réussies de Philippe Besson !

Elle a grandi dans l’ombre de son frère, surdoué scandaleux.

Lorsqu’il a choisi de s’enfuir, elle a appris l’absence et le manque.

Aujourd’hui, l’exilé volontaire est de retour de ses lointains voyages et il la réclame.

Il ne lui propose que des jours fragiles, fébriles.

Elle accepte dans réfléchir.

Empêtrée dans ses frayeurs, guidée par un infatigable espoir, Isabelle Rimbaud est enfin prête, à trente ans, à cheminer aux côtés d’Arthur vers l’irréparable.

L’auteur fait un choix audacieux en faisant parler Isabelle, soeur d’Arthur Rimbaud, pour nous raconter les dernières semaines de la vie du célèbre poète. Une fois de plus, Philippe Besson nous parle d’absence, de manque, de deuil. Il le fait bien. Avec subtilité, sans mélo. Sans concession non plus, puisqu’Isabelle ne nous cache rien de sa jalousie, de son agacement, de sa rancune, de sa façon de réprouver les moeurs de son frère. Malgré tout, Isabelle accompagne Arthur jusqu’au bout, devenant sa dernière amie. Si les premières pages sont un peu lentes, je me suis ensuite laissé entraîner par ce voyage, accompagnant avec une certaine émotion le poète et sa soeur vers l’issue inéluctable.

En tournant la dernière page, j’étais heureux d’avoir enfin pris le temps de lire ce roman oublié. J’en retiens ce passage, terrible :

J’ai accompagné un vivant à la mort. Désormais, c’est ce disparu qui m’accompagne, sur le chemin qui reste à parcourir

Les jours fragiles, Philippe Besson

Julliard, ISBN 2-260-01641-3

Note : ★★★★/☆☆☆☆☆