Cinéma, TV & DVD

5×2

5x2
5x2

J’apprécie le talent de cinéaste de François Ozon depuis 8 Femmes et son casting exceptionnel (Catherine Deneuve, Isabelle Huppert, Emmanuelle Béart, Fanny Ardant, Virginie Ledoyen, Danielle Darrieux, Ludivine Sagnier, et Firmine Richard) en 2002. Je ne suis pas allé voir tous ses films au cinéma mais j’essaye chaque fois de me rattraper car rares sont ses films qui me déçoivent : Swimming Pool (en 2003, avec Charlotte Rampling et Ludivine Sagnier) était intriguant, Le temps qui reste (en 2005, avec Melvil Poupaud, Valeria Bruni Tedeschi, et Jeanne Moreau) abordait un thème délicat avec beaucoup de finesse, Ricky (en 2009, avec Alexandra Lamy et Sergi Lopez) m’avait surpris et touché, Le Refuge (en 2010, avec Isabelle Carré et Louis-Ronan Choisy) était un film honnête et réussi sur le deuil.

Je n’ai pas encore rattrapé tout mon retard (je crois n’avoir encore vu aucun de ses films avant 8 Femmes, à part Sous le sable) mais je progresse peu à peu. Aujourd’hui, c’était le tour de 5 x 2, sorti en 2004 et dont le synopsis tient en une ligne :

Cinq moments de la vie d’un couple d’aujourd’hui, de la séparation jusqu’à la rencontre.

François Ozon nous propose ainsi de découvrir cinq périodes de la vie de Marion et Gilles, respectivement interprétés par Valeria Bruni Tedeschi et Stéphane Freiss. La particularité du film est d’être monté « à l’envers » : les cinq périodes de la vie du couple s’enchainent dans l’ordre chronologique inverse, du divorce à la rencontre en passant par l’accouchement de Marion, le mariage, etc. C’est un choix original et j’ai tendance à penser que c’est ce qui donne un peu d’intérêt au film, un peu pâle en dehors de cela. Bien sûr, l’écriture est fine, les personnages ne sont pas inintéressants, mais je n’ai pas non plus été passionné par leur histoire. Je crois que je suis également insensible, voire carrément allergique, au minaudage de Valeria Bruni Tedeschi. Je n’ai pas passé un moment si désagréable que cela, le film est sympathique mais ce n’est clairement pas mon préféré de François Ozon.

A noter : le DVD offre cette fois une réelle valeur ajoutée en proposant de regarder le film « à l’endroit » (ou à l’envers, selon le point de vue), de la rencontre au divorce. Je serais presque tenté de faire l’expérience dans quelque temps, pour voir si cette version est différente, si une interprétation peut en être faite, comme l’annonce le préambule de cette version alternative.

Cinéma, TV & DVD

(500) jours ensemble

(500) jours ensemble
(500) jours ensemble

(500) jours ensemble est le premier long-métrage du réalisateur Marc Webb. Il était sorti en salles au mois de septembre dernier, j’avais été attiré par la bande-annonce mais je n’avais pas eu l’occasion ou le temps d’y aller. Je me suis rattrapé en achetant le DVD et en le regardant ce soir. Je ne vais pas faire durer le suspense très longtemps : j’ai bien aimé. C’est un film sympathique et plutôt bien fait qui nous raconte l’histoire du couple constitué de Tom et Summer :

Tom croit encore en un amour qui transfigure, un amour à la destinée cosmique, un coup de foudre unique. Ce qui n’est pas du tout le cas de Summer. Cela n’empêche pourtant pas Tom de partir à sa conquête, armé de toute sa force et de tout son courage, tel un Don Quichotte des temps modernes.

La foudre tombe le premier jour, quand Tom rencontre Summer la nouvelle secrétaire de son patron, une belle jeune fille enjouée.
Au 31ème jour, les choses avancent, lentement. Le 32ème jour, Tom est irrémédiablement conquis, pris dans le tourbillon étourdissant d’une vie avec Summer. 185 jours après leur rencontre, la situation est de plus en plus incertaine – mais pas sans espoir.

Alors que l’histoire fait des allers-retours au sein de la relation parfois heureuse, mais souvent tumultueuse de Tom et Summer, le récit couvre tout le spectre de la relation amoureuse, du premier coup de coeur aux rendez-vous, du sexe à la séparation, à la récrimination et à la rédemption et décrit toutes les raisons qui nous poussent à nous battre aussi ardemment pour arriver à trouver un sens à l’amour … Et, avec un peu de chance, à en faire une réalité.

Ce film a l’immense avantage de s’éloigner des comédies sentimentales auxquelles nous sommes habitués. J’ai envie de dire que ce film nous propose enfin un récit subtil et réaliste sur l’amour et le couple : c’est à la fois divertissant et touchant. Difficile, en effet, de ne pas se reconnaître dans certaines situations vécues par Tom et Summer et de ne pas être touché par les similitudes avec notre propre expérience sentimentale. Les deux acteurs principaux (Joseph Gordon-Levitt dans le rôle de Tom et Zooey Deschannel dans celui de Summer) sont délicieux et parfaits dans leurs rôles respectifs. Seule fausse note dans ce panorama presque idéal : la fin, un peu trop sirupeuse à mon goût.

J’ai donc passé un moment devant ce film qui m’avait tenté en septembre et qui a tenu toutes ses promesses. Ca fait du bien !

Livres & Romans

Se résoudre aux adieux

Se résoudre aux adieux
Se résoudre aux adieux

Se résoudre aux adieux est l’un des romans de Philippe Besson qui m’avait le plus marqué lors de ma première lecture, même si ce n’est pas mon préféré de cet auteur (En l’absence des hommes et Un homme accidentel se disputent la plus haute marche du podium). Comme la quatrième de couverture l’indique clairement, Philippe Besson donne la parole dans ce roman à une femme quittée par l’homme qu’elle aime :

« Je me perds facilement dans cette ville rongée par la mer, au long de ruelles dont je ne mémorise pas les noms. Si tu me voyais errer au milieu des ruines, tu ne me reconnaîtrais pas. »

De Cuba, d’Amérique ou d’Italie, une femme écrit à l’homme qu’elle aime et qui l’a quittée. Mais ses lettres restent en souffrance.

Je l’avais lu lors de sa sortie en janvier 2007, à une époque où ma vie sentimentale était complexe et agitée. J’avais été subjugué par certains passages. Quelques mois plus tard, après une rupture difficile, je me souvenais encore de ces mots mais j’avais soigneusement évité d’ouvrir à nouveau ce livre, craignant l’effet qu’il pourrait avoir sur moi. Je sentais que j’aurais pu écrire, presque mot pour mot, les lettres que Louise adresse à son ancien amant Clément.

Je l’ai finalement relu ce week-end, à l’occasion d’un trajet en train de plus de trois heures. Je n’ai pas été bouleversé comme je le craignais, mais j’ai apprécié cette deuxième lecture, trois ans après la première. J’ai retrouvé les passages qui m’avaient marqués, et qui sonnent toujours aussi vrais, proches de ce que je ressentais à une certaine époque de ma vie :

Je ne peux plus dire « mon amour », ou des choses approchantes, toutes ces expressions niaises qu’on emploie sans en percevoir le ridicule et qu’on répète à l’envi au point de leur ôter leur signification. Tu serais embarrassé si je disais « mon amour », de toute façon. Tu prétendrais que je ne suis pas guérie.

Un aveu : je ne suis pas guérie. Mais les malades doivent avoir l’élégance de ne pas indisposer les bien-portants, on leur sait gré de dissimuler leur mal.

Je voulais aussi le décalage horaire, un écart comme une rupture. Une différenciation du temps. Une différence à nos montres qui accentue encore la distance. J’ai vraiment cru que de trafiquer mon horloge, de ne pas vivre à la même heure que toi, d’être déconnectée de ta réalité me seraient d’un grand secours. Je suis obligée de reconnaître que, sur ce point, je me sus lourdement trompée. Car, sans m’en rendre compte, sans parvenir à m’en empêcher, je me recale en permanence sur toi. Pas une journée ne s’écoule sans que je me dise : quelle heure est-il pour lui ? Et juste après : que fait-il en ce moment ? Qu’a-t-il l’habitude de faire déjà, à cette heure du jour ?

Il faudrait avoir des regrets. Croire que j’aurais mieux fait de me rebeller, mais non, je n’y arrive pas. Si c’était à refaire, je ne changerais rien. Avec toi, quelle qu’aurait été la manière, je n’aurais pu échapper à la souffrance, à la pureté éclatante de la souffrance.

Et puis, j’ai vécu une belle histoire. On est forcément reconnaissant envers ceux qui ne gratifient d’une belle histoire. Ce n’est pas donné à tout le monde. J’ai été heureuse, vraiment. Heureuse et peureuse, au même moment, cela peut paraître étrange. Et le bonheur est passé. La peur, elle, est restée.

« Vous vous êtes tant et si mal aimés, tous les deux ». La phrase est venue comme un coup de grâce. Tombée comme un couperet. J’ai entendu le bruit de la lame quand, après sa course brève, elle sectionne les nuques. Tant et si mal aimés. Peut-on viser plus juste ?

Tous ces passages sont extraits de la première partie du roman, celle reprenant les lettres écrites par Louise à Cuba. La suite (New-York, Venise, L’Orient-Express, et Paris) est moins marquante, moins intéressante, moins réussie à mes yeux. C’est en tout cas ce que je retiens de cette deuxième lecture. Plus la rupture s’éloigne, plus Louise fait le « deuil » de cette histoire d’amour, moins le récit m’a intéressé. Peut-être parce que chaque « deuil » est unique et que je ne me suis reconnu que dans les premières réflexions de Louise.

Cela reste malgré tout un très bon roman, où Philippe Besson parvient une nouvelle fois à mettre des mots sur des sentiments que beaucoup de ses lecteurs ont connus. C’est cette caractéristique que j’ai toujours aimé chez cet auteur : l’impression de lire mes propres pensées, passées ou présentes.

Se résoudre aux adieux, Philippe Besson

Julliard, ISBN 972-2-260-01726-4

Note : ★★★★/☆☆☆☆☆

Cinéma, TV & DVD

Une éducation

Une éducation
Une éducation

Une éducation est un film sans prétention, comme je les aime. Il nous plonge dans la Grande-Bretagne du début des années 60 et nous permet de rencontrer Jenny, une adolescente brillante qui écoute Juliette Greco dans sa chambre et épate ses copines en glissant une expression en français toutes les trois phrases. Mi-charmante, mi-agaçante, c’est un personnage qui ne laisse pas indifférent, magnifiquement interprété par la jeune Carey Mulligan. L’autre personnage fort du film, c’est David, l’amant trentenaire de Jenny, incarné avec talent par Peter Sarsgaard.

1961, Angleterre. Jenny a seize ans. Élève brillante, elle se prépare à intégrer Oxford. Sa rencontre avec un homme deux fois plus âgé qu’elle va tout remettre en cause. Dans un monde qui se prépare à vivre la folie des années 60, dans un pays qui passe de Lady Chatterley aux Beatles, Jenny va découvrir la vie, l’amour, Paris, et devoir choisir son existence.

Le scénario ne brille pas par son originalité, le fil de l’histoire est sans surprise mais l’essentiel n’est pas là. Jenny fait des choix, vit ses rêves, chute, et se relève. L’histoire d’amour avec David est accessoire à mes yeux. C’est avant tout le portrait d’une adolescente à la croisée des chemins, avec ses rêves et ses doutes. C’est aussi un panorama de la société britannique des années soixante, avec son système d’éducation à l’ancienne, les dandys mondains, les parents inquiets pour l’avenir de leur progéniture. J’ai particulièrement apprécié la relation entre Jenny et son père, qui est autant emporté que sa fille par la tourbillon de la mondanité et de la réussite sociale.

Je n’ai pas vu l’heure et demie que dure le film, c’est plutôt un bon signe. J’ai en tout cas passé un bon moment devant ce film à la fois léger et riche. Une jolie réussite.

Livres & Romans

Les escrocs

Les escrocs
Les escrocs

Publié en 2004, Les escrocs est le premier roman de Jacques Gary, présenté sur la quatrième de couverture comme scénariste et réalisateur pour le cinéma et la télévision. J’avoue que cet auteur m’était totalement inconnu avant de lire ce livre et une recherche rapide sur Google ne m’a permis d’obtenir plus d’informations sur ses autres oeuvres. Peut-être s’agit-il d’un pseudonyme utilisé pour l’écriture de ce roman.

Il n’est pas impossible que Christian Leroy soit un cinéaste doué, peut-être même un génie méconnu. Mais comme il n’a rien réalisé depuis vingt ans, il ne lui reste que sa vie à mettre en scène. Et puisqu’il vient d’être expulsé de son appartement, il est urgent pour lui de s’accrocher à un nouveau scénario d’existence. C’est alors qu’il rencontre Stéphane, qui tombe éperdument amoureux de lui.

De l’arnaque amoureuse au détournement d’une immense fortune, Christian passe avec succès les étapes de son nouveau destin. Et se révèle un manipulateur hors pair. Jusqu’à ce que l’amour, le vrai, vienne à son tour brouiller les cartes.

Le début du roman m’a bien plu : j’ai apprécié le jeu de dupes entre les différents personnages, les petits et gros mensonges, les questions sur l’identité, les manigances et les manipulations en tous genres. La suite m’a moins séduit : l’histoire finit par devenir lassante, les rebondissements semblent artificiels et mal ficelés. J’ai également eu du mal à m’attacher aux personnages. Christian, le personnage principal, est aussi agaçant que pathétique. Les autres personnages sont trop lisses, ni sympathiques ni antipathiques, juste sans âme, sans saveur. Pour moi qui accorde beaucoup d’importance aux personnages d’une oeuvre, quelle soit littéraire ou cinématographique, ce défaut a malheureusement été rédhibitoire pour ce roman.

Les escrocs, Jacques Gary

Denoël, ISBN 2-207-25617-0

Note : ★★/☆☆☆☆☆

Ego Trip

Des doutes

Cela fait un moment que je n’ai pas publié un billet vraiment personnel ici. J’ai beaucoup écrit récemment sur les livres que j’ai lus, sur les films que je suis allé voir au cinéma ou que j’ai (re)vus en DVD. Cela faisait longtemps que je n’avais pas écrit aussi régulièrement mais dans le même temps je crois que je n’ai jamais écrit d’une façon aussi impersonnelle, sans parler vraiment de moi et ce qui occupe mes pensées.

Ceux qui me suivent sur Twitter ont peut-être remarqué que mon moral n’est pas toujours au beau fixe depuis quelques semaines. J’y parle souvent du coup de cafard du dimanche soir et de mon manque de motivation au travail. Cela va au-delà d’une simple et banale complainte de fin de week-end. Je dois le reconnaître : je ne vais pas bien.

Pendant des années, mon travail a été épanouissant. Malgré le stress, la pression, les journées bien remplies, les trajets en train ou en avion et les nuits passées à l’hôtel, j’y trouvais mon compte. Parce que je progressais, parce que je continuais à apprendre. Cette évolution était mon moteur. Aujourd’hui, ce moteur est cassé. Je ne pense pas avoir fait le tour de ce que j’avais à apprendre, mais plutôt avoir face à moi un gouffre impossible à franchir. Jusque là, j’avais progressé avec beaucoup d’efforts et d’investissement personnel mais de façon relativement naturelle ; je suis maintenant arrivé à un point où je dois aller au-delà et me mettre véritablement en danger, dépasser des craintes et des limites contre lesquelles je ne suis pas persuadé de pouvoir lutter. Les responsabilités que j’ai acquises me paraissent désormais trop lourdes pour mes maigres épaules.

Je ne sais pas exactement quand cela a commencé mais je m’en suis rendu compte après les fêtes de fin d’année : après deux semaines de vacances, j’ai eu un mal fou à reprendre le travail. Quand je parle de « mal fou », je parle d’une véritable souffrance. Une souffrance qui n’a fait qu’empirer et a poussé mon médecin à m’arrêter quatre jours fin janvier pour prendre un peu de recul. En reprenant le travail, j’ai eu l’occasion de discuter de mes difficultés et de mes craintes avec quelqu’un, et le mois de février s’est mieux passé. Pourtant, tout a recommencé cette semaine. Je suis à nouveau terrifié par la pression, par les décisions à prendre, par les responsabilités qui m’incombent. Je sens que je ne suis à nouveau proche de la chute.

Je disais que je ne sais pas exactement quand cela a commencé mais je suis tout de même capable d’identifier un moment-clé où le doute a commencé à m’envahir. Cet automne, j’ai participé à une formation dédiée aux managers de ma boîte. Le groupe était soudé, sympathique, mais je ne m’y suis jamais vraiment senti à l’aise. Je me suis très vite senti différent, je n’avais pas leur aisance, leur capacité à dépasser leurs limites. Je suis sorti de cette formation avec un gros doute au fond de moi : étais-je vraiment fait pour être chef de projet ?

Aujourd’hui, j’ai peur de connaître la réponse. Tout cela n’est pas pour moi. Je me suis lancé dans une aventure qui ne me ressemble pas, qui me demande des efforts que je ne suis pas capable de faire. Il faudrait que je fasse tomber des barrières qui sont trop hautes. C’est difficile pour moi d’admettre cela, de toucher mes limites et de réaliser que j’ai échoué.

Et maintenant, que dois-je faire ? Je ne sais même pas d’où vient le problème : suis-je démotivé parce que je suis en difficulté ou en difficulté parce que je ne suis plus motivé ? Faut-il que je change de fonction en restant dans le même domaine d’activité ou changer totalement de métier ?

Tout cela me bouffe, me gâche la vie. J’ai trente ans et je me demande encore ce que j’ai envie de faire de ma vie.

Livres & Romans

L’empire de la morale

L'empire de la morale
L'empire de la morale

Après Ainsi va le jeune loup de sang, j’ai ressorti de mes étagères un autre roman de Christophe Donner qui m’attendait depuis plusieurs années : L’empire de la morale. Sur la quatrième de couverture, on peut lire ceci :

Un jeune adolescent surdoué, habité par une hallucination qui fait de lui un handicapé de la vie auquel tout contact physique est interdit, est interné dans une institution spécialisée. Enfin libéré, il part avec son père à Saint-Tropez avant de revenir vers Paris où il s’affranchit progressivement de ses démons.

Comment le narrateur en arrive-t-il là ? Il est le fils bâtard de Freud et de Marx, de la psychanalyse et du communisme, deux fléaux incarnés par sa mère et son père.

La religion de l’Inconscient contre celle de la Révolution ont coulé dans ses veines depuis l’enfance : c’est cette double violence exercée sur lui, ce double mensonge meurtrier du siècle, qui constituent les véritables personnages du roman.

La révolte contre la tyrannie douce d’une mère psychanalyste passe par la dénonciation de l’escroquerie du freudisme ; l’apostasie de la religion du père communiste passe par le règlement de comptes avec la légende léniniste.

De sorte que l’extrême singularité du « roman familial » touche à l’universalité du roman générationnel. Roman total où l’on trouve de la drôlerie et de la sauvagerie, de la science et de l’histoire, une théorie de la morale et une certain pratique de la fiction …

L’empire de la morale n’est pas un roman comme les autres. Je suis tenté de dire que c’est plus qu’un roman, tant le narrateur, ou l’auteur, nous entraîne parfois dans des réflexions qui vont au-delà de la fiction. Je vais partir de l’hypothèse que c’est l’auteur qui s’exprime dans les deux passages, excellents et mémorables, où il dénonce la psychanalyse et les théories freudiennes dans un premier temps, puis le communisme, dans des démonstrations qui semblent d’une précision chirurgicale. Je n’ai pas suffisamment de connaissance de ces sujets pour évaluer la pertinence des éléments présentés par Christophe Donner, mais je dois au moins reconnaître que cela semble très bien documenté, mais aussi sa force de conviction et le fait que tout cela semble vraiment « sortir des tripes ». J’ai particulièrement apprécié ce qui ressemble presque à un cours sur l’histoire du socialisme, sur Lénine et sur la révolution russe.

Ces réflexions éclipsent presque le reste du roman, plus anecdotique à mes yeux, avec notamment des éléments sur la relation du narrateur avec ses parents. Je ne sais plus, finalement, si la dénonciation de la psychanalyse et du communisme servent de prétexte au propos du narrateur sur ses parents, ou si c’est l’inverse qui est voulu. Quel est le message, finalement ? C’est peut-être la seule critique que je ferais à ce livre : ne pas vraiment choisir entre fiction et essai. Les deux aspects du livre sont réussis, c’est là la force de Christophe Donner, mais c’est un peu perturbant pour le lecteur un peu simplet que je suis. Je reste malgré tout emballé par ce livre particulier et marquant.

L’empire de la morale, Christophe Donner

Grasset, ISBN 2-246-59291-7

Note : ★★★★/☆☆☆☆☆