Livres & Romans

Napoléon Apocryphe

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J’ai entendu parler de ce livre pour la première fois tout récemment, en lisant l’excellent L’Histoire Revisitee: Panorama de L’Uchronie Sous Toutes Ses Formes. Ce Napoléon Apocryphe y était présenté comme l’une des premières uchronies publiées en français, avant même que le terme ‘uchronie’ n’apparaisse pour la première fois sous la plume de Charles Renouvier dans son livre Uchronie.

Napoléon Apocryphe se présente comme un roman historique qui vise à nous raconter le règne de Napoléon Ier, entre la campagne de Russie en 1812 et la mort de l’Empereur au sommet de sa gloire en 1832. Oui, vous avez bien lu ! Le point de départ de cette uchronie est la victoire de l’armée impériale en Russie : après la prise de Moscou brûlée et dévastée par les russes, Napoléon file vers Saint-Petersbourg et défait les armées du tsar a lieu de sonner la retraite dont l’issue tragique a fait entrer le mot Berezina dans le langage courant.

A part de ce point de divergence, les victoires s’enchaînent pour Napoléon qui étend son empire de façon inéluctable sur toute l’Europe, avant de conquérir l’Asie, l’Afrique, l’Amérique et de fonder finalement une Monarchie Universelle à laquelle aucune surface du globe n’échappera. Cette ère de conquête territoriale et de consolidation politique s’accompagne d’un âge d’or scientifique , technique, et culturel.

Cette Histoire fictive est l’invention de Louis Geoffroy-Château, né en 1803 et qui a passé son enfance sous le règne de Napoléon Ier et dans le souvenir de son père, officier de l’armée napoléonienne mort au combat en 1806. Son uchronie est le fantasme d’un homme qui a grandi sous la grandeur bonapartiste et semble regretter l’Empire. Il exprime ainsi ce regret dans l’introduction de son livre :

Et si cela, par malheur, avait existé, l’homme n’aurait-il pas droit de se réfugier dans sa pensée, dans son cœur, dans son imagination, pour suppléer à l’histoire, pour conjurer ce passé, pour toucher le but espéré, pour atteindre la grandeur possible ? Or, voici ce que j’ai fait : j’ai écrit l’histoire de Napoléon depuis 1812 jusqu’en 1832, depuis Moscou en flammes jusqu’à sa monarchie universelle et sa mort, vingt années d’une grandeur incessamment grandissante et qui l’éleva au faite d’une toute-puissance au-dessus de laquelle il n’y a plus que Dieu. J’ai fini par croire à ce livre après l’avoir achevé.

Louis Geoffroy-Château témoigne d’une admiration profonde et fervente pour Napoléon Bonaparte, qu’il met en scène comme un monarque tout-puissant et quasi-infaillible dans son récit. Quand il décrit l’aboutissement de l’oeuvre de ce Napoléon fictif, la Monarchie Universelle, on le sent partager entre réalisation d’un rêve et effroi face à la terrible grandeur du fruit de son imagination. Semblant pris d’un vertige, il prête ses mots à un général épris de liberté et qui préfère la mort que la soumission au règne total de Bonaparte :

Oui, Bonaparte, il faut que je meure, je ne peux plus vivre au milieu de ton despotisme ; tu as renié ta mère, tu as étouffé la liberté sous des monceaux de gloire, et on a oublié jusqu’à son nom dans ton empire. […] Vivre libre ! et où ? Tu ne sais donc pas toi-même, Napoléon, ce que c’est que ta monarchie universelle….. Dis- moi donc un coin de la terre qui soit libre ? dis-moi le flot des océans qui ne soit point à toi ? dis-moi s’il y a une parcelle d’atmosphère et d’air qui ne soit empoisonnée par ton despotisme universel ? Et que sais-je, si, fouillant les entrailles de la terre pour y chercher une tombe, je ne trouverai pas encore ta monarchie universelle dans ses profondeurs !

Au moment où le récit donne à Napoléon la toute-puissance sur Terre, où toutes les conquêtes sont réalisées, ou tous les projets sont accomplis, l’auteur écrit :

Arrivé à ce terme, le moment est venu d’achever ce livre. J’hésite moi-même devant l’histoire de ces dernières années, toutes pleines de la grandeur et de la félicité des hommes, mais qui ne furent pas les meilleures de la vie de Napoléon. Le maître de la terre était en effet, à cette époque, parvenu au faîte, mais il était aussi parvenu au bout. Il avait dompté les hommes, épuisé les choses et usé le monde sans pouvoir s’user lui-même. Monté si haut, il portait la peine de son élévation, car il n’avait trouvé au sommet que l’humanité avec sa misère et son impuissance. N’ayant plus rien à faire, parce qu’il avait tout fini, ni rien à désirer, parce qu’il n’y avait plus pour lui de désirs possibles, trop loin des choses et des hommes, il se trouvait seul dans l’univers. Il sut alors qu’il n’y a que Dieu qui trouve, dans sa divinité, le moyen de supporter son éternelle solitude. Serait-il donc permis de sonder les dernières pensées de cette grande âme, et le maître de la terre, le roi des rois, le monarque universel, n’avait-il donc plus d’autre avenir, et peut-être d’autre espoir, que la mort !

L’ouvrage s’achève alors en juillet 1832 par la mort naturelle de Napoléon, Empereur des Français et Monarque Universel, sans que l’on sache si dans l’imagination de l’auteur sa Monarchie Universelle lui aurait survécu.

C’est un livre très particulier, une uchronie poussée à l’extrême par un auteur nostalgique de l’Empire et qui semble réaliser un fantasme intime, mais c’est aussi un récit qui se lit bien malgré parfois quelques longueurs, et une fresque « historique » passionnante. On peut regretter que ce récit ne soit pas plus critique sur Bonaparte, ses projets de conquête, sa personnalisation du pouvoir et sa volonté de contrôle total sur toute la société. Cette interrogation est présente en filigrane, mais elle semble légère face à ce semble tout de même un rêve de l’auteur.


Napoléon Apocryphe, Louis-Napoléon Geoffroy-Château

Note : ★★★★☆


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The Iron Dream

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Je vais tout de suite le dire : The Iron Dream est un drôle de livre, une oeuvre étrange et parfois dérangeante. Il s’agit d’un roman publié en 1972, qui se déroule dans une univers fictif, dans laquelle l’Allemagne est devenue communiste en 1930 et où le Parti national-socialiste est resté confidentiel. Dans cet univers uchronique, Adolf Hitler a émigré aux Etats-Unis où il a eu une carrière d’illustrateur et d’auteur de science-fiction. Il aurait remporté le prix Hugo à titre posthume en 1954 avec son oeuvre majeure, Lord of the Swastika.

C’est ce roman dans le roman qui constitue le coeur du livre. Il s’agit d’un récit post-apocalyptique dans lequel un homme surpuissant et prédestiné prend le pouvoir et unifie sa nation pour purifier l’humanité et détruire les hordes de mutants manipulés par d’ignobles « Dominators » de l’Empire Zind. Evidemment, les similitudes avec la montée en force et l’arrivée au pouvoir des nazis en Allemagne puis les politiques raciales du Troisième Reich sont présentes à chaque page, je ne citerai pas ici tous les exemples.

Le roman dans le roman, Lord of the Swastika est long et parfois pénible à lire. Une fois passés les premiers clins d’oeil à la sombre Histoire, on tombe dans une surenchère, certes réaliste, mais dérangeante. La violence gratuite et les thèses antisémites sont omniprésentes, rendant la lecture vraiment difficile, même en comprenant l’intention de l’auteur.

A ce stade, j’étais partagé sur ce « roman ». Puis j’ai lu la post-face, elle aussi fictive, présentée comme une étude du roman Lord of the Swastika, par un universitaire vivant dans le même monde uchronique que celui dans lequel Adolf Hitler a publié ce pseudo-roman. Et là, c’est clairement jouissif de second degré et en même temps très éclairant et instructif sur ce que Norman Spinrad a voulu faire de cette oeuvre. Je vais me contenter de citer deux extraits, qui résument parfaitement le propos de l’auteur et le ton si particulier qu’il utilise pour faire passer son message :

Pour commencer, ce morceau si ironique sur la littérature de science-fiction :

The literature of science fiction abounds with stories of all-powerful phallic supermen, alien creatures rendered as fecal surrogates, penile totems, vaginal castration symbols (such as the monster with the many sucking mouths filled with razor-sharp teeth in Swastika), subliminally homoerotic or even pederastic relationships, and the like. While a few of the better writers in the field make sparing and judicious use of such elements on a conscious level, most of this material bubbles up from the subconscious into the work of writers writing on a purely superficial surface level.

Et les derniers paragraphes, qui résument parfaitement le propos :

No doubt many of Hitler’s readers must find it tempting to imagine what the emergence of a leader like Feric Jaggar could mean to America. Our great industrial resources would be channeled into producing armed forces the equal of anything on earth, our population would be galvanized into a state of patriotic resolve, our moral qualms would be held in abeyance for the duration of our life-or-death struggle with the Greater Soviet Union. Of course, such a man could gain power only in the extravagant fancies of a pathological science fiction novel. For Feric Jaggar is essentially a monster: a narcissistic psychopath with paranoid obsessions. His total self- assurance and certainty is based on a total lack of introspective self-knowledge. In a sense, such a human being would be all surface and no interior. He would be able to manipulate the surface of social reality by projecting his own pathologies upon it, but he would never be able to share in the inner communion of interpersonal relationships. Such a creature could give a nation the iron leadership and sense of certainty to face a mortal crisis, but at what cost? Led by the likes of a Feric Jaggar, we might gain the world at the cost of our souls. No, although the specter of world Communist domination may cause the simpleminded to wish for a leader modeled on the hero of Lord of the Swastika, in an absolute sense we are fortunate that a monster like Feric Jaggar will forever remain confined to the pages of science fantasy, the fever dream of a neurotic science fiction writer named Adolf Hitler.

Une fois cette post-face terminée, je me suis rendu compte que l’objectif de l’auteur était parfaitement atteint, en troublant le lecteur et en l’interrogeant profondément sur l’Histoire mais aussi sur le rapport de la littérature de science-fiction avec certaines noires passions malheureusement humaines.


The Iron Dream, Norman Spinrad

Note : ★★★★☆


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La part de l’autre

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La Part de l’autre est un roman étonnant par son audace et sa construction. Le récit débute par l’annonce des résultats du concours d’entrée à l’Ecole des Beaux-Arts de Vienne en 1908. Dans un cas, Adolf Hitler est recalé, comme il le fut dans la réalité. Dans l’autre cas, il est admis. Le récit devient alors double : d’un côté, on suit la vie du véritable Adolf Hitler de notre tragique Histoire ; de l’autre, nous assistons à celle imaginée par l’auteur d’un alter-ego simplement nommé Adolf H. dans ses études puis sa carrière de peintre.

C’est un roman très audacieux, parfois dérangeant, mais qui fait mouche car il interroge sur ce qui constitue l’humanité et la monstrosité. La fin, avec son approche très personnelle par l’auteur, est parfaite.


La part de l’autre, Eric-Emmanuel Schmitt

Note : ★★★★☆


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L’Histoire Revisitée

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Eric B. Henriet est l’un des meilleurs spécialistes, si ce n’est le meilleur spécialiste francophone de l’uchronie. Il l’a démontré dans ce livre phénoménal dont le sous-titre Panorama de l’uchronie sous toutes ses formes ne ment pas : l’auteur y définit parfaitement le genre spécifique de l’uchronie et l’étudie en détail à travers un nombre incalculable de références et d’exemples littéraires, ainsi qu’un chapitre dédié aux uchronies sur d’autres supports (bandes dessinées, cinéma, télévision, jeux, etc.)

Quand on est, comme moi, à la fois passionné par l’Histoire et par la science-fiction, l’uchronie est un genre passionnant, puisque comme l’écrit l’auteur de ce panorama, l’uchronie peut être vue comme de la science-fiction où la science est l’Histoire. Un mélange parfaitement décrit, analysé et documenté dans ce long essai qui m’a captivé et m’a permis de noter de nombreuses références de romans uchroniques que je rêve de lire désormais !


L’Histoire Revisitée – Panorama de l’uchronie sous toutes ses formes, Eric B. Henriet

Note : ★★★★★


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PSG – Révélations d’une révolution

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Paris United, également connu à ses débuts sous le nom PSG United avant qu’une question de propriété intellectuelle ne l’oblige à changer de nom, est un collectif de supporters du Paris Saint-Germain qui s’est surtout fait connaître pendant l’été 2017 en révélant avant les médias traditionnels les arrivées à venir de Neymar et de Mbappé au PSG. Grâce à des sources qu’ils décrivent comme multiples, ils ont pu annoncer avant tout le monde ces deux transferts records, ces deux coups portés au statu-quo dans le monde du football européen.

PSG – Révélations d’une révolution commence son récit le 8 mars 2017, lors de la fameuse remontada qui voit le PSG se faire éliminer de la Ligue des Champions en s’inclinant 6-1 sur la pelouse du Nou Camp après avoir pourtant battu le FC Barcelone 4-0 au Parc des Princes trois semaines plus tôt au Parc des Princes. Cet anti-exploit, ce tremblement de terre qui efface celui du match aller, aurait pu signer la fin du projet parisien mais constitue finalement le début de la prise de conscience des propriétaires quatariens du club. Puisque les grands clubs européens monopolisent les grands trophées, il faut aller jouer sur leur propre terrain, les bousculer en faisant signer les grands joueurs qui leur étaient jusque là réservés. Neymar ne pouvait pas quitter le Barca, Mbappé était destiné à rejoindre le Real Madrid ? Qu’importe, le PSG a finalement renversé la table.

C’est cette histoire que ce livre raconte. Je suis incapable de juger la qualité des sources et des informations révélées dans celui-ci. J’imagine que le niveau des détails qui y sont donnés ne peuvent pas forcément être totalement inventés. C’est en tout cas très intéressant. Mais finalement, plus que les révélations croustillantes sur coulisses du PSG, qui satisferont évidemment les voyeurs que nous sommes sans doute tous un peu, c’est tout ce qu’il y a autour dans ce livre qui m’a vraiment plu : l’analyse de l’évolution du football français et européen depuis 20 ans, et donc la description du paysage actuel qu’il soit sportif, économique ou médiatique, et l’explication du dilemne face auquel le PSG fait face, coincé entre une Ligue 1 trop petite pour lui et une Ligue des Champions dominée outrageusement par des clubs surpuissants qui refusent qu’un petit nouveau vienne remettre en cause leurs privilèges et leur place au soleil. Ce livre devient passionnant lorsqu’il se transforme en vibrant plaidoyer pour l’institution PSG et pour l’instauration d’un « parisianisme » et de médias « parisianistes », sur le modèle de ce qui existe depuis longtemps déjà pour des clubs mythiques comme le Barca ou le Real.

Au rayon des déceptions, un style souvent maladroit et qui manque de subtilité, mais c’est malheureusement le cas de la plupart des ouvrages consacrés au sport. Malgré tout, c’est un livre passionnant qui plaira aux amoureux du football et du PSG en particulier. J’en fais évidemment partie, et ceci depuis mon adolescence.


PSG – Révélations d’une révolution, Paris United

Note : ★★★★☆


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Rien ne s’oppose à la nuit

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J’ai déjà expliqué ici la façon dont j’évite généralement les auteurs de best-sellers et leurs ouvrages que l’on voit fleurir au gré des saisons dans les transports en commun, comme des phénomènes inéluctables qui poussent tous les lecteurs à choisir celivre à cette période. J’ai aussi raconté que Delphine de Vigan a longtemps fait partie à mes yeux de cette catégorie d’auteurs à la mode que je devais fuir comme la peste, et comment j’ai su mettre de côté mes aprioris pour lire son court roman Les Loyautés dont je l’avais vu parler joliment dans un entretien à la télévision. J’avais alors découvert avec surprise une plume plaisante qui savait peindre avec délicatesse les affres de l’esprit humain.

Après cette découverte, j’avais consulté brièvement la bibliographie de Delphine de Vigan et j’avais retenu quelques romans qui pourraient m’y intéresser. J’ai laissé passer quelques semaines pour d’autres lectures, et j’ai finalement commencé ce qui est peut-être son plus grand succès : Rien ne s’oppose à la nuit, un récit consacré à sa mère, atteinte d’un trouble mental bipolaire.

Ce livre se présente comme un roman, il en a d’ailleurs la forme, mais c’est aussi un récit hybride, entre biographie de la mère et autobiographie lorsque l’auteur y parle de l’écriture du livre lui-même, ou relate certains événements passés avec ses yeux. On touche à l’auto-fiction, à la manière d’un Lionel Duroy dont Delphine de Vigan parle d’ailleurs à deux reprises dans son récit.

La mère, Lucile, est le personnage principal du récit, autour de laquelle gravitent ses parents, ses nombreux frères et soeurs, les fantômes de quelques disparus, puis les conjoints, les enfants puis les petits-enfants de toute cette tribu. C’est une histoire familiale que Delphine de Vigan nous présente, et à travers cette histoire, elle cherche les causes de la maladie de sa mère, dont le suicide a déclenché l’écriture de ce livre.

C’est un très beau livre, avec des personnages marquants, vivants, avec leurs failles et leur part d’ombre. C’est un récit qui sonne juste sur le trouble mental, mais aussi sur le processus d’écriture, sur les liens familiaux, sur le secret et le silence, sur la perte d’êtres chers et l’impact qu’ils peuvent avoir sur ceux qui leur survivent. C’est un livre empreint d’émotion d’autant plus forte qu’elle reste retenue, comme prisonnière entre les lignes, entre les mots de Delphine de Vigan. Un grand livre, assurément.


Rien ne s’oppose à la nuit, Delphine de Vigan

Note : ★★★★★


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Deux garçons, la mer

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Je ne sais pas depuis quand je possède ce livre, mais je ne dois pas me tromper de beaucoup en disant que cela fait au moins dix ans que je l’ai acheté et qu’il m’a accompagné, d’étagère en étagère, de carton en carton, au gré de mes déménagements successifs. Son résumé m’a tout de suite plu, et c’est donc un véritable mystère pour moi que de ne pas l’avoir lu dès son achat, ou dans les semaines qui ont suivi, tout comme je n’explique pas ce qui m’a éloigné de lui pendant toutes ces années. Je ne saurais pas dire non plus pourquoi j’ai finalement répondu à son appel ce mois-ci.

Je crois que je me doutais que ce livre pouvait me plaire et me marquer. C’est le cas. C’est un roman sublime qui, comme je le supposais et l’espérais, réunit tout ce qui peut me plaire. C’est peut-être finalement ce qui explique pourquoi j’ai mis autant de temps à plonger dans cette lecture : la peur d’être déçu. Cette peur était une erreur.

Le roman nous plonge dans la vie d’une petite ville irlandaise, en 1915-1916. A la veille d’une insurrection irlandaise contre les Britanniques, deux garçons de 16-17 ans se lient d’amitié, et plus, entourés de personnages plus ou moins secondaires : leurs pères respectifs, une aristocrate célibataire et son neveu de retour en Irlande après deux années d’emprisonnement en Angleterre pour s’être fait surprendre dans une situation scandaleuse avec un autre garçon. Ce personnage, d’abord présenté sous un jour antipathique, est peut-être celui qui m’a le plus touché dans ce récit, que ce soit par son passé tragique, ses pensées à la fois cyniques et brillantes, et sa relation émouvante avec les deux garçons au coeur du récit et qui donnent son titre au roman.

Je ne vais pas raconter ici tout le roman, mais il mêle habilement petites histoires humaines au sein de la grande Histoire, à savoir la lutte de l’Irlande pour son identité nationale et pour son indépendance, au cours d’une Première Guerre Mondiale où les soldats irlandais se battent à la fois pour et contre les Anglais et les Allemands, selon leur allégeance.

Ce roman avait tout pour me plaire : une plongé dans une partie de l’Histoire que je connaissais très mal, une histoire d’amitié et d’amitié, des réflexions sociales et sociétales passionnantes. Le pari est largement tenu, et ce livre pourrait bien rejoindre le panthéon de mes oeuvres littéraires préférées. Le temps dira si cette impression à chaud se confirmera.


Deux garçons, la mer, Jamie O’Neill

Note : ★★★★★


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