Trepalium

Trepalium

Trepalium est une série que j’avais ratée lors de sa première diffusion sur ARTE en février 2016 et dont on m’avait dit beaucoup de bien. J’avais vu qu’elle était disponible sur Netflix et j’ai finalement pris le temps de la regarder ce mois-ci.

Il s’agit en réalité d’une mini-série, puisqu’elle est composée d’une saison unique de 6 épisodes et qu’aucune suite n’est prévue. Elle s’inscrit a priori dans une collection de séries d’anticipation qui évoquent  des problèmes de la société actuelle en les transposant dans un futur proche, la prochaine série serait par exemple consacrée au vieillissement de la population.

Le thème de cette série est le travail et son titre n’est pas anodin, puisque le mot français travail prend son origine dans le mot latin trepalium qui signifie instrument de torture, une étymologie qui associe donc clairement le travail aux notions de soumission et de souffrance.

Dans le futur proche décrit dans Trepalium, seule une faible partie de la population, les actifs dans le vocabulaire de la série, a un emploi et peut vivre en ville. Les autres, surnommés les zonards, vivent de l’autre côté d’un mur érigé trente ans avant le début de la série pour mettre à l’écart les inactifs et « protéger » les actifs.

Du côté de la zone, les conditions de vie sont déplorables ; l’eau et la nourriture sont rationnés et font l’objet par les autorités de vagues de distributions insuffisantes pour satisfaire les besoins de tous ; l’eau naturelle ne peut plus être utilisée sans risque, la pollution la rendant nocive pour les habitants, seule l’eau minérale fournie par la société Aquaville peut être bue sans danger.

En ville, les conditions semblent plus faciles : les habitants vivent dans des logements modernes et travaillent sur des écrans sophistiqués dans des gratte-ciels impressionnants. Toutefois, tout n’est pas rose : tout y est uniformisé et la liberté semble portée disparue. Surtout, l’esprit de compétition est féroce parmi la population active, entre lutte sans scrupules pour obtenir une promotion (et les avantages qui vont avec) et pression sur la performance avec la menace permanente de perdre son emploi et d’être relégué de l’autre côté du mur.

Quand la série commence, le Ministre du Travail est tout juste libéré après avoir été retenu en otage dans la Zone par des activistes. La Première Ministre, par ailleurs épouse du ministre libéré, profite de cet événement pour annoncer une nouvelle politique qu’elle présente comme le début de réconciliation entre les actifs et les zonards : plusieurs milliers de zonards vont être recrutés pour rejoindre les actifs dans le cadre d’emplois « solidaires ».

Cette mesure, dictée en réalité par la pression de banques qui craignent un embrasement de la Zone et la chute du système actuel, est le point de départ d’un récit qui voit se rencontrer des personnages venus d’horizons différents : des actifs, des zonards, des zonards envoyés en ville comme « emplois solidaires », mais aussi le gouvernement et les dirigeants d’Aquaville, la plus grande société et donc premier employeur de la ville. Sans surprise, le récit va mettre en danger le statu-quo et bousculer l’ordre établi.

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L’idée de départ de la série est excellente, elle porte une critique sans concession du monde du travail actuel : pression sur la performance, industrialisation à outrance y compris des activités dites intellectuelles, déshumanisation des relations dans l’entreprise. Au-delà, elle met en avant la place prépondérante et excessive qu’a pris le travail dans notre société. Je n’ai plus la citation exacte en tête, mais au cours d’un épisode l’un des personnages explique à un autre que le fait de ne pas avoir de travail ne l’empêche pas d’être un être humain au même titre que les actifs.

Malheureusement, cette idée de départ est gâchée par plusieurs défauts majeurs : la mise en scène est souvent maladroite, avec des plans tout en emphase qui manquent cruellement de subtilité ; les dialogues et la direction d’acteurs sont proches de la catastrophe ; les personnages ne m’ont pas vraiment intéressé, je crois que chacun d’entre eux m’a plus ou moins agacé à un moment ou un autre ; et surtout, le récit est lent, ne décolle jamais, et est trop prévisible du début à la fin.

Je veux tout de même noter un point positif : les décors sont jolis, avec notamment une ambiance rétro-futuriste très réussie du côté des actifs. J’ai bien aimé l’utilisation maligne de la Bibliothèque François Mitterrand et son quartier, et aussi et surtout l’ironie suprême d’avoir tourné les séquences mettant en scène le gouvernement dans l’architecture magnifique et si particulière du 2, place du Colonel Fabien à Paris, siège du Parti Communiste Français.

Ceci étant dit, l’ensemble de la série m’a déçu. C’est pour moi un véritable gâchis d’avoir raté une série en partant d’un concept aussi fort et disruptif, pour employer un mot à la mode. Il y avait là de quoi faire un chef d’oeuvre, à la fois passionnant et riche en réflexion sur notre société. Il ne reste qu’une idée géniale, un regard intéressant sur notre rapport au travail, mais une réalisation qui ne met pas tout cela en valeur, loin de là.


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  1. […] cinéma. Jacques, interprété par Pierre Deladonchamps que j’ai vu récemment dans la série Trepalium, est trentenaire, homosexuel, séropositif, et père d’un garçon d’une dizaine […]

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