Livres & Romans

L’inconscient est politiquement incorrect

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J’arrive presque au bout de mes lectures en service de presse, mais je n’ai pas gardé que de mauvaises expériences pour la fin. Ma dernière lecture n’est pas un roman mais un essai sur la psychanalyse et l’inconscient, écrit par le psychanalyste et professeur de psychopathologie Jacques André.

J’avais lu le résumé avant de solliciter ce livre auprès de l’éditeur sur NetGalley.fr et je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre.

À l’heure du « développement personnel », du « bonheur en vingt leçons » et du devoir de « positiver », la force de la psychanalyse est de ne pas sous-estimer la violence de la vie psychique. Derrière la façade des vies « comme il faut », la folie privée est la chose du monde la mieux partagée.

Ce livre, à travers des instantanés de séances, cherche à faire entendre la parole souvent dérangeante, et en dépit du bon sens, de l’inconscient. Le bouleversement des anciennes rigidités familiales, les nouvelles libertés du choix sexuel ont le « mérite » de révéler mieux que jamais l’âpreté de la relation homme-femme, l’expérience à la fois éprouvante et passionnante de leur altérité.

Les « vérités » de la psychanalyse ne sont pas toujours bonnes à entendre – l’inconscient ignore le « politiquement correct » –, mais au moins elles ne font pas l’impasse sur la complexité des vies intérieures.

Je ne savais pas à quoi m’attendre, disais-je : soit ce serait très intéressant, soit ce serait inaccessible au commun des mortels, c’est-à-dire à ceux qui ne sont pas initiés à la psychanalyse, que ce soit comme analyste ou « patient ». Le résultat est finalement entre les deux : certains chapitres ou certains passages sont passionnants et facilement accessibles au novice que je suis, d’autres m’ont semblé plus obscurs ou moins intéressants.

Le livre commence par une introduction où l’auteur défend fermement la psychanalyse face aux « psychologies douces » et autres méthodes de développement personnel, qui d’après Jacques André ne reposent que sur un positivisme factice qui nie la dimension complexe et douloureuse de l’inconscient.

Positiver ! Vu de la psychanalyse, ce mot d’ordre a tout d’une formation réactionnelle ! « Le bonheur en 20 leçons » qui envahit le livre et les ondes est la face visible d’une médaille dont le revers est le désordre des vies individuelles et collectives. Cachez cette angoisse, cette haine, cette folie que je ne saurais voir. L’honneur de la psychanalyse est de ne pas s’en détourner, ce qui ne signifie évidemment pas en triompher.

Dans les chapitres suivants, Jacques André nous raconte des échanges réels avec des « patients » et s’en sert pour illustrer son propos sur de nombreux thèmes récurrents dans la psychologie et dans la psychanalyse en particulier : le rapport à la mère, au père, la sexualité (qu’elle soit hétérosexuelle, homosexuelle ou bisexuelle), la culpabilité, le pouvoir, la soumission, la relation entre l’analyste et son patient, le rapport à la mort, etc.

Ce livre est également l’occasion pour son auteur de disserter sur des évolutions de notre société, en les décrivant sans les juger. Avec des allers-retours bienvenus entre sphère privée, à travers les instantanés de séances de psychanalyse, et sphère publique, avec des réflexions d’ensemble, Jacques André joue sur deux tableaux en restant intéressant. Raconter uniquement des histoires individuelles pourrait être intéressant, mais manquerait peut-être de profondeur. Là, il mêle habilement vies intimes et vie en société pour étayer et illustrer son propos.

J’avais surligné plusieurs passages marquants pendant ma lecture, mais je ne vais pas les citer tous ici. Je vais me contenter de quelques exemples :

Sur la soumission privée ou publique :

Libre de se soumettre … c’est presque un slogan politique. Plus d’un dictateur, aujourd’hui comme par le passé, doit à un vote démocratique la disposition de ses pleins pouvoirs. La « servitude volontaire » est aussi un fantasme de masse.

Sur le sentiment de culpabilité :

Le crime a beau n’être qu’un crime de pensée, le fardeau du coupable n’en est pas moins accablant. Au point, parfois, de commettre un délit afin d’échanger le crime psychique, impossible à payer, contre un crime réel pour lequel la justice exige des comptes. […] Remplacer une torture intérieure, impossible à fuir, par la soumission à un châtiment extérieur.

Sur la mort :

La pensée de la mort, sinon la mort elle-même qui est un possible que jamais la vie ne réalise, est bien la blessure narcissique par excellence. La conviction d’une vie éternelle, qui évite le face-à-face avec l’inéluctable, est le prolongement délirant du fantasme de Narcisse.

Sur les morts des attentats :

Comment rendre à la mort anonyme d’aujourd’hui son humanité, comment échapper à l’indifférence, comment défendre la culture contre la destruction, comment rendre à la qualité, celle de la symbolisation, la mort devenue quantité ? L’un des gestes collectifs les plus vivants, les plus émouvants, après le Bataclan, a été de passer d’un chiffre, 130, à une collection de portraits, texte et photo, restituant à chacun des disparus l’absolue singularité d’une vie. Ce que les journalistes du Monde ont réalisé alors, ils l’ont refait pour les tués de Nice. Contre la Mort, les morts. Contre l’anonymat, restituer un visage et une histoire.

Sans être initié à la psychanalyse, ni comme patient ni encore moins évidemment comme praticien, j’ai trouvé de l’intérêt à cet livre sur le sujet. Ce qui se présentait tout d’abord comme un plaidoyer en défense d’une psychanalyse en perte de vitesse ou du moins passée de mode s’est révélé être un essai intéressant et bien écrit, agréable à lire.


L’inconscient est politiquement incorrect, Jacques André

Note : ★★★☆☆


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Livres & Romans

Tu seras un ange, mon fils

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J’arrive presque au bout des livres que je m’étais engagé à lire en service de presse avec NetGalley.fr. Je pense que je vais ensuite réduire le rythme pour alterner plus sereinement mes lectures totalement choisies (et achetées) de celles que je sollicite en service de presse. J’ai découvert par ce biais d’excellents livres, et d’autres m’ont vraiment déçu.

Cette fois, il s’agit d’un récit intitulé Tu seras un ange, mon fils de Yolande Chapuisat-Gervaise, photographe et épouse de Gilles Dreu, chanteur populaire dans les années 1960-1970 et habitué des tournées Âge tendre et Têtes de bois.

Le résumé du livre m’avait attiré, j’attends clairement beaucoup de cette lecture :

« Tu n’es plus là où tu étais, mais tu es partout où je suis. »
Victor Hugo a dit bien mieux que moi le vide irréparable qu’est la perte d’un enfant.
La seule façon de survivre à ce drame est d’en parler et d’en parler encore. J’ai mis vingt ans à mûrir ce livre, vingt ans, jour pour jour, depuis le départ de Benjamin…

C’est parce que Benjamin aimait la vie qu’il aimait celle des autres… en particulier celle de ceux qu’il aimait.

J’aurais tellement aimé ce livre. Une mère qui parle de son fils décédé trop tôt, je ne pouvais pas y rester insensible. Malheureusement, ce récit ne m’a pas plu. Il n’y a pas une raison unique qui explique ma déception, c’est une somme de petites choses qui m’ont gêné ou dérangé pendant ma lecture.

Tout d’abord, c’est d’abord et avant tout un récit de la vie de la mère, plutôt que celle de son fils Benjamin. Je crois d’ailleurs qu’il faut attendre plus d’un tiers d’un livre pour que Benjamin fasse son apparition.  Je n’ai évidemment pas de problème avec l’idée que l’auteure nous raconte sa vie, les livres de ce genre sont nombreux, mais j’ai eu l’impression d’être trompé sur la marchandise, en commençant un livre où je m’attendais à ce qu’elle parle principalement de son fils et de sa relation avec lui. L’auteure s’en explique à un moment mais je n’ai pas été convaincu.

Ensuite, j’ai noté un côté « entre-soi » assez gênant. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai lu la tournure « grâce à X, j’ai eu la chance de », que ce soit pour trouver un appartement, un emploi, ou une maison de vacances. Cela m’a un peu rappelé « Instants précieux » que j’ai lu très récemment, avec cette tendance à nommer toutes les personnes plus ou moins connues que l’auteure a rencontré et avec qui elle a plus ou moins sympathisé. J’ai eu du mal à voir en quoi cela apportait quelque chose au récit, censé être consacré à son fils.

Enfin, la structure du livre est très étrange. Une longue première partie relate la vie de l’auteur avant et après la naissance de Benjamin. Au bout d’un moment, le livre devient un recueil de textes plus ou moins obscurs de la vie de Benjamin, qui plonge alors dans la drogue. Ensuite, l’auteur reprend la parole pour raconter les dernières années de la vie de son fils, les circonstances de sa disparition, et son propre deuil. Enfin, le livre s’achève par une collection de poèmes écrits par Benjamin, que j’ai clairement survolés, étant assez insensibles à cette prose.

Si j’essaie aujourd’hui de faire passer un message à tous ceux qui, de près ou de loin, ont pu vivre un cauchemar similaire avec l’un de leurs enfants, ou leur seul enfant, c’est parce que la seule façon de continuer à les faire exister sur terre, malgré leur lourde absence, est de ne pas cesser de parler d’eux ! Jamais je n’ai cessé de parler de Benjamin dès que j’en ai eu l’occasion, et elles ne manquent pas ! Et puis si on résiste à cette réalité, dont on prend peu à peu conscience, il arrive que l’on en sorte, non pas plus forts, mais malgré tout en état de continuer à vivre.

Je m’attendais à être ému par ce livre, et c’est loin d’être le cas, ou pas suffisamment pour éviter ma déception. C’est tout de même une belle déclaration d’une mère à son fils disparu, même si j’y suis trop souvent resté insensible, la faute à une forme qui m’a globalement déplu.

Pour finir, je ne peux mas m’empêcher de citer ce passage savoureux, dont je ne sais si c’est de l’ironie ou de la naïveté, quand on sait que l’auteur écrit ceci quand son fils se bat comme son addiction à la drogue :

C’est alors que j’ai pensé qu’il serait bon pour lui d’essayer d’entrer dans le milieu de la pub.


Tu seras un ange, mon fils, Yolande Chapuisat-Gervaise

Note : ★★☆☆☆


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Livres & Romans

L’invitation

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Je rattrape mon retard dans mes lectures en service de presse, avec un nouveau roman reçu gracieusement en version numérique (Kindle) par l’intermédiaire de la plateforme NetGalley.fr. Fait rare pour moi depuis plusieurs années, il s’agit d’une traduction en français, sortie au mois de mars de cette année, d’un livre publié à l’origine en langue anglaise en 2017. L’invitation (The Party en VO) est un roman de la journaliste et écrivaine britannique Elizabeth Day, que j’ai découverte à cette occasion.

Le résumé m’avait tout de suite donné envie de lire ce roman, quand je l’avais découvert dans le catalogue de NetGalley :

Martin Gilmour ne s’est jamais vraiment senti à sa place. Mais en réussissant à décrocher une bourse pour la prestigieuse Burtonbury school, ce fils unique d’une mère célibataire sans le sou s’est vu ouvrir un monde auquel il n’aurait même jamais oser rêver : celui de l’aristocratie britannique. Un monde clos, exclusif, sur lequel règne le très charismatique, populaire et séduisant Ben Fitzpatrick.

Contre toute attente, entre l’héritier d’une dynastie et le working class héros va se nouer une forte amitié. Amitié qui va perdurer, quand Ben sera pressenti pour une haute fonction politique et que Martin se sera fait un nom en tant que critique d’art. Quand le premier épousera la très parfaite Serena et que Martin se mettra en ménage avec la très discrète Lucy.

Ce soir, dans la somptueuse demeure familiale, Ben fête ses quarante ans. Tout le gratin est présent. Martin aussi.

Le lendemain, Lucy est internée, Serena est à l’hôpital, Ben est à son chevet. Et Martin répond aux questions de policiers bien déterminés à comprendre : que s’est-il passé durant cette party ? Comment cette amitié a-t-elle subitement volé en éclats ? Pourquoi un tel déchaînement de violence ? Le vers était-il dans le fruit dès le départ ?

Nous entrons dans un récit que je suis tenté de situer entre le thriller classique et le drame sociologique. Tout tourne en effet autour de la relation entre Martin, issu d’un milieu modeste, et Ben, héritier d’une famille riche et puissante en Grande-Bretagne. Quand Martin rencontre Ben à l’école, il va tout faire pour se rapprocher de lui et devenir son meilleur ami. Leur relation va alors s’étendre sur vingt ans.

Comment Ben et moi sommes-nous devenus amis ? J’aimerais beaucoup vous raconter que c’était la rencontre naturelle de deux âmes soeurs, l’épanouissement organique de deux esprits jumeaux. Mais, en vérité, j’ai fait ce qu’il fallait pour le conquérir, comme s’il s’agissait d’une campagne militaire. Je me fixais des objectifs précis, et chaque petite victoire représentait une étape supplémentaire vers mon triomphe final.

Le roman suit plusieurs lignes narratives. D’un côté, nous assistons à l’interrogatoire de Martin par la police, suite à un événement dont on ignore la nature au début du roman mais qui s’est déroulé lors d’une grande soirée organisée par Ben pour son quarantième anniversaire. C’est à travers cet interrogatoire que Martin raconte aux policiers, et au lecteur par ce truchement, la soirée en question. Nous pouvons également découvrir les pensées de Lucy, l’épouse de Martin, internée dans un centre psychiatrique après la fameuse soirée anniversaire. Enfin, Martin se remémore ses années d’adolescent et de jeune adulte aux côtés de Martin, à l’école puis à l’université.

J’ai trouvé ce récit palpitant et très bien construit. On sent la patte d’un auteur qui sait écrire des thrillers, avec une structure narrative qui permet de ménager le suspense tout en captivant le lecteur avec des révélations cadencées.

J’avais sous-estimé le pouvoir de séduction des Fitzmaurice. Être près de gens comme eux – riches, privilégiés, beaux, égoïstes – n’est pas bon pour l’âme. Ils ne s’intéressent qu’à eux tout en n’ayant que le mot « générosité » à la bouche. Ils se fichent des autres. Non par méchanceté, mais simplement par manque d’imagination. Ils ne savent pas comment nous vivons. Mais les plus impressionnables parmi nous – les inadaptés, les solitaires, les aigris et les vulnérables – se font emporter par leurs courants d’or, comme des nageurs trop faibles pour résister à la marée. Nous voudrions être leur place et, en même temps, nous les détestons.

Au-delà du thriller, c’est aussi un portrait virulent de la société britannique, avec le fossé entre les puissants et les autres. Aucun des personnages n’est vraiment sympathique : Martin est tourmenté, manipulateur, inquiétant, presque psychopathe ; Ben est charmeur mais semble vide au-delà de son apparence ; Serena est froide et sans coeur ; Lucy est pâlotte, sans trait distinctif. Difficile de s’attacher véritablement à eux, mais je l’ai ai pourtant suivi avec beaucoup d’intérêt, ce qui est la marque d’un récit très bien écrit.

J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman, d’autant que la traduction en français de Maxime Berrée ne m’a pas gêné plus que cela. Je vous le conseille si vous voulez lire un thriller captivant et intelligent.


L’invitation, Elizabeth Day

Note : ★★★★☆


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Cinéma, TV & DVD

La casa de papel (1ère partie)

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La casa de papel (littéralement « La maison de papier » dans notre vieille langue de Molière) est une série espagnole produite à l’origine pour la chaîne Antena 3 et diffusée à l’international par Netflix. C’est une des séries qui fait beaucoup parler en ce moment, par son succès et par la seconde vie qu’elle a offerte à la chanson italienne anti-fasciste Bella Ciao, chantée à plusieurs reprises par les personnages de la série.

En Espagne, la série a été diffusée comme une mini-série en deux parties, une première composée de 9 neuf épisodes diffusés entre mai et juin 2017, la deuxième de 6 épisodes entre octobre et novembre de la même année. Pour l’international, Netflix a choisi un découpage différent : la première partie a été découpée en 13 épisodes de 45 minutes environ, et la deuxième en 9 épisodes. Une troisième partie est annoncée, à la fois pour une diffusion par Antena 3 en Espagne et sur Netflix pour le reste du monde.

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Le synopsis de la série est simple :

Un homme mystérieux, surnommé le Professeur (El Profesor), planifie le meilleur braquage jamais réalisé. Pour exécuter son plan, il recrute huit des meilleurs malfaiteurs du pays qui n’ont rien à perdre.

Le but est d’infiltrer la Fabrique nationale de la monnaie et du timbre afin d’imprimer 2,4 milliards d’euros, en moins de onze jours et sans verser une goutte de sang – malgré la présence de 67 otages, dont la fille de l’ambassadeur du Royaume-Uni.

Résumé ainsi, cela ressemble à une histoire banale de braquage d’une banque par une bande de malfaiteurs. Pas forcément de quoi m’attirer à la base, mais j’avais envie tout de même de laisser une chance à cette série en raison des très bons échos que j’avais la concernant.

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Le gros point positif de la série, c’est sa capacité à conserver tout le long un rythme rapide. Les rebondissements sont nombreux, on découvre progressivement le plan des braqueurs, et les tentatives de la police pour déjouer la prise d’otages. On s’attache rapidement aux malfaiteurs, que la série rend sympathiques, et on tremble quand les progrès de l’enquête policière les met en danger. Dans le même temps, on s’attache également à certains otages et aux enquêteurs.

Ce n’est pas vraiment une série avec des gentils et des méchants. on suit à la fois le plan génial et un peu fou du Professeur, les erreurs inévitables des braqueurs, les tentatives d’évasion des otages, l’enquête de la police et les négociations avec le Professeur de l’inspectrice en charge de l’affaire. C’est par cette multitude de points de vue et d’enjeu que la série devient intéressante.

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Malgré tout, sur la durée, certains événements ou rebondissements semblent tellement gros qu’on peine à y croire. Il y a un côté à la fois jouissif et irréaliste à voir le Professeur et les braqueurs se sortir de situations très mal engagées. A la fin de la première saison-partie, on peine tout de même à croire que cette histoire puisse durer aussi longtemps dans la réalité. On continue malgré tout à suivre et à accepter ce manque de réalisme, pour le pur plaisir de suivre un plan hors normes et des personnages globalement attachants et sympathiques.

Je me suis pour le moment arrêté à la fin de la première partie, c’est-à-dire après les 13 premiers épisodes proposés par Netflix. J’ai préféré faire une petite pause avec d’autres séries avant de reprendre la deuxième partie, de peur d’être lassé par les rebondissements irréalistes de l’intrigue.Au fond, je pense que La casa de papel est une sorte de plaisir coupable qu’il faut savoir déguster avec modération, pour ne pas en être dégoûté.

Livres & Romans

Instants précieux

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J’ai l’impression d’alterner le bon et le moins bon en ce moment avec mes lectures en service de presse. Cette fois encore, je viens de terminer un livre dont j’ai reçu un exemplaire numérique par l’intermédiaire de la plateforme NetGalley.fr.

Je ne savais pas exactement quoi attendre de ce roman, dont le résumé m’avait laissé entrevoir quelques promesses :

« Je suis le dromadaire qui passe, d’une lucidité active, ironique et curieux, l’humour est ma carapace, l’étonnement ma joie, je traverse la vie en éternel locataire, grain de sable sans illusions. »

Intenses ou légers, sombres ou joyeux, les instants précieux sont le sel d’une vie.

Christian Blanckaert prend un verre d’eau fraîche avec sa fille sur une terrasse ombragée. Il passe une journée seul dans un jardin japonais. Il se souvient de ses conversations avec François Mitterrand quand il avait dix-huit ans. Sa jeunesse était solitaire. Son meilleur ami meurt à l’hôpital. Bernard Cazeneuve l’a emmené en Chine. Jean-Louis Dumas l’a épaté. Un temple au Cambodge est une porte ouverte sur son imaginaire. Raymond Barre aimait partager des plats canailles en parlant politique avec lui. Pierre Bergé l’a étonné. Il n’a presque jamais vu son père. En classe de troisième, un professeur de français a changé sa vision de l’existence. Il est maire de son village, c’est une dette d’enfance.

L’auteur, Christian Blanckaert, est un homme d’affaires, tour à tour dirigeant de Bricorama, Thomson, Hermès et plus récemment Petit Bateau. Il a beaucoup travaillé dans le secteur du luxe, il a notamment dirigé le Comité Colbert, une association de promotion du luxe français partout dans le monde. Il a également été maire d’un petit village normand pendant plus de trente ans. C’est cette expérience qu’il tente de nous raconter dans ce livre autobiographique, à travers des instantanées de voyages, de rencontres, et de réflexions à vélo, une pratique sportive qu’il a découverte tardivement.

Grand dîner au palais du Peuple, je suis placé en face de Bernard Cazeneuve, mais à cinquante mètres de lui car la table est immense, nous sommes soixante autour de deux Premiers Ministres.

Le dîner commence, musique, fanfare, soudain, je reçois un SMS : « passe-moi le pain ». Il est comme cela, Cazeneuve, toujours prêt à rire, toujours ce mélange entre le sérieux, l’élégance et la dérision.

L’auteur raconte qu’il déjeunait deux fois par an avec Raymond Barre, glisse innocemment qu’il est ami avec Laurent Fabius depuis leur scolarité commune. A l’âge de dix-nuits, il déjeune avec Français Mitterand avec lequel il restera proche, et affirme avoir présenté Jacques Attali au futur Président de la République. A dix-neuf ans, étudiant à Science-Po, il se fait financer un voyage au Cambodge par Matignon et le Ministère de l’Education Nationale, grâce au soutien de son maître de conférence. Plus tard, au tout début des années 1990, désormais à la tête du Comité Colbert, il rencontre par hasard Ronald Reagan dans l’ascenseur d’un hôtel à Tokyo et prend un verre le soir même avec les époux Reagan, devisant sur l’industrie française du luxe et son séjour de quelques mois en Californie lorsqu’il était étudiant.

C’est un drôle de roman, qui peut amuser comme agacer. Il y beaucoup de name-dropping, comme si l’auteur ne pouvait s’empêcher de citer à chaque chapitre le nom d’une personnalité dont il a été proche ou qu’il a au moins pu approcher. Cela donne l’impression d’un auteur sûr de sa propre importance, mais qui n’a finalement pas grand chose à raconter. Au-delà du défilé des noms des grands de ce monde et de quelques anecdotes sympathiques, le roman est assez vide et sans grand intérêt.

Mendès France, je ne le connais pas. Je l’avais aperçu au mariage de Nathalie de Fleurieu et de Jérôme Duhamel, mon vieux pote.

Finalement, c’est involontairement un portrait fascinant et accablant de cette fameuse « France d’en haut », de ceux qui réussissent et dont la réussite entraîne la réussite, de ceux dont le « réseau » ouvre toutes les portes, y compris semble-t-il celles de l’édition …

Je suis peut-être un peu dur avec ce roman, qui a l’avantage d’être correctement écrit, avec un style agréable à lire. Cependant, l’agacement a fini par prendre le dessus face à cet exposé à la limite de l’indécence.


Instants précieux, Christian Blanckaert

Note : ★★☆☆☆


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Livres & Romans

La quatrième dimension

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Je poursuis mes lectures en service de presse avec La quatrième dimension, roman de l’écrivaine chilienne Nona Fernández, publié en langue espagnole en 2016 et traduit en français par Anne Plantagenet pour une publication cette année par Stock.

Le résumé m’avait attiré :

« Son visage en couverture d’un de ces magazines, et la photo barrée d’un titre en lettres blanches : j’ai torturé. »
Le 27 août 1984, Andrés Antonio Valenzuela Morales, agent du renseignement des Forces Armées Chiliennes livre à une journaliste des aveux glaçants sur l’enlèvement, la torture et l’assassinat de milliers de personnes disparues. Son témoignage marque profondément Nona Fernández, alors âgée de treize ans. Des années plus tard, au moment où le Chili prône la réconciliation nationale et le droit à l’oubli, elle décide d’écrire son histoire.

J’avais sollicité un exemplaire de ce livre sur la plateforme NetGalley.fr et l’éditeur avait répondu favorablement à ma demande. Je dois tout de même préciser que la version numérique que j’ai reçue pour Kindle n’est absolument pas mise en page : ni sauts de page, ni gestion des notes de bas de page, ce qui n’a pas rendu ma lecture très confortable.

La narratrice de ce roman enquête sur Andrés Antonio Valenzuela Morales, un ancien tortionnaire repenti au service de la dictature militaire de Pinochet au Chili. En 1984, il a livré un témoignage à un journal chilien sur les disparitions forcées des opposants au régime, avant de s’exiler en France. Dans le livre, Nona Fernández s’interroge sur les motivations de cet homme tout en nous livrant des récits de vies – et de morts – pendant la dictature chilienne.

Pourquoi écrire sur vous ? Pourquoi ressusciter une histoire vieille de plus de quarante ans ? Pourquoi parler encore de couteaux, de grils électriques et de rats ? De disparitions forcées de personnes ? D’un homme qui a participé à tout ça et qui, à un moment, a décidé qu’il n’en pouvait plus ? Comment décide-t-on qu’on n’en peut plus ? Quelle est la limite pour prendre cette décision ? Existe-t-il une limite ? Avons-nous tous la même ? Comment aurais-je réagi, moi, si à dix-huit ans, comme vous, j’avais fait mon service militaire obligatoire et si mon supérieur m’avait ordonné de surveiller un groupe de prisonniers politiques ? Aurais-je obéi ? Me serais-je enfuie ? Aurais-je compris que ce serait le début de la fin ? Qu’aurait fait mon conjoint ? Et mon père ? Que ferait mon fils dans cette situation ?

Ce n’est pas un contexte que je connais très bien, hormis quelques noms célèbres, comme Salvador Allende, le président socialiste mort lors du coup d’Etat, et évidemment le général Pinochet, dictateur sanguinaire dont nous avons suivi l’arrestation et le procès à Londres puis sa libération pour raisons de santé, avant qu’il ne se lève outrageusement de son fauteuil roulant à peine descendu de l’avion qui le ramenait au Chili. C’est toutefois un cadre et une période qui m’intéressent car ils permettent de s’interroger sur les limites de l’humain.

Le choix du sujet de ce roman n’est pas anodin : en décidant d’enquêter sur un tortionnaire repenti, Nona Fernández nous présente deux faces de la même pièce : la descente aux enfers d’un homme d’abord loyal, puis sa révolte et son exil. On s’interroge ainsi sur les choix que nous aurions pu faire en étant confronté aux mêmes situations.

Je ne veux pas que mes enfants sachent ce que j’ai été, dit-il. Je vais retourner à mon travail et payer pour ce que j’ai fait. Je me fiche s’ils me tuent.

Ce qui m’a manqué dans ce roman par contre, c’est un récit plus prenant et un style plus vif. Je ne sais pas si c’est la fatigue ou tout simplement l’ennui, mais j’ai parfois piqué du nez en lisant certaines pages, ce qui n’est pas très bon signe. J’aurais aimé être totalement passionné par ce récit, mais ce n’était pas le cas. Le sujet me parait tellement intéressant et important que j’en sors déçu, j’aurais voulu être totalement emporté.


La quatrième dimension, Nona Fernández

Note : ★★★☆☆


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Livres & Romans

Toni

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Troisième lecture consécutive d’un roman édité par Stock et dont j’ai reçu gracieusement un exemplaire numérique grâce la plateforme NetGalley.fr. Malheureusement, toutes les lectures en service de presse ne sont pas nécessairement des réussites. Je dois le dire tout de suite : ce roman m’a déçu.

Je ne sais pas dire ce que j’en attendais exactement, même après avoir lu le résumé de l’éditeur :

« J’ai eu envie d’écrire Toni parce qu’aussi vite qu’un météore, il est venu, puis reparti de notre vie. Il me fallait coucher par écrit ces quelques souvenirs qui me restaient de lui afin de les graver, qu’ils ne s’envolent pas comme lui s’est envolé, à jamais. » De Hambourg à Berlin, Toni nous plonge dans l’insouciance de la jeunesse et des nuits magnétiques rythmées par les fêtes clandestines.

Le narrateur est un jeune allemand prénommé Ezra qui va nous raconter les années de sa jeunesse qu’il va partager avec son cousin Anton, surnommé Toni. Toni est un garçon rêveur, qui aime imaginer des jeux et des histoires lors de ses séjours estivaux dans la maison de ses grand-parents. La mort de sa mère alors qu’il a quatorze ans va le rapprocher d’Ezra, avec qui il va d’abord vivre à Hambourg chez les parents de son cousin, puis à Berlin où ils vont s’installer pour leurs études.

A Berlin, un autre monde s’ouvre à eux. Toni et Ezra découvrent un ancien hôtel et décident de le rénover et de le transformer en lieu de fête avec un groupe d’amis et de colocataires. C’est le début d’un court âge d’or pour les deux cousins, une ère éphémère de musique, de danse, de joie, de plaisir, d’amitié et d’amour. Comme tous les âges d’or, ils finissent par s’effondrer. Les amis s’éloignent, les crises se succèdent, le lieu de fête devient une prison de tristesse.

Je raconte tout cela mais j’aurais presque pu le faire après avoir lu le premier tiers du livre. Une fois les deux cousins installés à Berlin, tout s’enchaine sans surprise où tout est écrit d’avance. J’aime être surpris dans un récit et ce n’est pas le cas ici. En tournant la dernière page, je ne pouvais que me dire : « d’accord, et alors ? »

Le style est bon sans être vraiment remarquable. J’ai notamment été gêné par quelques pages très denses, où les phrases s’enchainent sans respiration. C’est sans doute voulu pour représenter le rythme infernal de la vie du groupe d’amis berlinois, la cadence ininterrompue de leurs activités nocturnes, mais j’ai eu du mal à m’y faire.

Arrête de t’occuper de moi ! Je ne te concerne pas ! Occupe-toi de toi, de ce que tu veux, fais ton chemin. J’ai l’impression, tu vois, et je n’en peux plus d’ailleurs, ça me tue, j’ai l’impression que tu me rentres dans le crâne, le cerveau, m’envahis, que tu y mets tes pieds et essaies de t’y faire une place ! Eh bien, c’est plein, ma tête, mon cerveau, c’est la merde là-dedans, c’est bondé, blindé, il n’y a aucune place pour toi, d’accord ? […]

Arrête de croire que tu connais mieux que moi mes pensées, mes humeurs, mes envies… C’est mon cerveau, et j’y suis coincé, d’ailleurs, et c’est la merde, et tu n’y entreras pas, et je n’en sortirai pas, j’y suis coincé, coincé, et rien.

Comme je l’ai dit, la conclusion est sans surprise, le récit m’a globalement déçu. Je ne peux pas dire que c’est un mauvais roman, mais je n’ai pas été emballé, ni embarqué par les personnages et leurs aventures.


Toni, Line Papin

Note : ★★☆☆☆


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