HHhH

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HHhH est un film réalisé par le cinéaste français Cédric Jimenez et sorti en salles en 2017. Le synopsis nous plonge dans les années 1930 puis en pleine Seconde Guerre Mondiale :

L’ascension fulgurante de Reinhard Heydrich, militaire déchu, entraîné vers l’idéologie nazie par sa femme Lina. Bras droit d’Himmler et chef de la Gestapo, Heydrich devient l’un des hommes les plus dangereux du régime. Hitler le nomme à Prague pour prendre le commandement de la Bohême-Moravie et lui confie le soin d’imaginer un plan d’extermination définitif. Il est l’architecte de la Solution Finale.

Face à lui, deux jeunes soldats, Jan Kubis et Jozef Gabcik. L’un est tchèque, l’autre slovaque. Tous deux se sont engagés aux côtés de la Résistance, pour libérer leur pays de l’occupation allemande. Ils ont suivi un entraînement à Londres et se sont portés volontaires pour accomplir l’une des missions secrètes les plus importantes, et l’une des plus risquées aussi : éliminer Heydrich.

C’est en réalité une adaptation du livre du même nom de Laurent Binet, qui avait remporté à cette occasion le prix Goncourt du premier roman en 2010. J’avais lu et été marqué par ce roman historique passionnant et intelligent. J’avais entendu parler ces dernières années qu’une adaptation pour le grand écran était dans les tuyaux, mais je n’avais pas prêté attention à sa sortie l’année dernière et c’est seulement ce week-end que j’ai constaté qu’il passait sur Canal + et que c’était l’occasion parfaite pour le voir.

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Le titre HHhH est l’acronyme de l’allemand « Himmlers Hirn heißt Heydrich », qui signifie « le cerveau de Himmler s’appelle Heydrich » ; il s’agit en fait du surnom donné par les SS à Reinhard Heydrich, adjoint d’Himmler dès 1933. Cet acronyme n’est jamais explicité ni expliqué dans le film me semble-t-il, contrairement au livre où j’y avais lu cette explication. C’est l’une des divergentes entre le livre et le film, même si celle-ci reste mineure.

La plus grosse divergence entre le roman et son adaptation littéraire, c’est son point de vue très différent. Dans le livre de Laurent Binet, le narrateur était un écrivain qui voulait écrire sur Heydrich et les deux soldats résistants tchèques qui l’ont assassiné. En parallèle du récit historique, on y suivait son enquête minutieuse et ses interrogations sur la difficulté à « raconter l’Histoire ». Il y avait donc une profondeur supplémentaire, sur le dilemme entre véracité historique et souci d’une narration fluide et intéressante pour le lecteur. Le film est plus classique, nous sommes face à un récit plus classique, entre film historique et biopic. Le film se divise d’ailleurs en deux parties distinctes.

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La première partie est très académique, trop conventionnelle d’ailleurs, à la limite de l’ennui tellement c’est convenu et sans saveur. Cela se présente presque comme un biopic classique de Reinhard Heydrich, en commençant son exclusion de la Marine allemande en 1929, puis son mariage avec une militante du Parti National-Socialiste, sa rencontre avec Himmler, son ascension au sein des SS, sa participation dans l’élimination des SA, son rôle majeur dans la Shoah (d’abord par la création des Einsatzgruppen, les sections SS chargées de l’élimination des juifs par fusillade en Pologne au début de la guerre, puis son élaboration de la solution finale), sa nomination à Prague comme Reichprotektor, et l’attentat dont il a été victime en 1942 dans la capitale tchèque.

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Cet attentat marque la transition entre la première et la seconde partie. Celle-ci est centrée sur les résistants tchécoslovaques et en particulier sur Jan Kubis et Jozef Gabcik, deux soldats respectivement tchèque et slovaque qui vont mener l’attentat contre Heyrich. Tout est évidemment fait pour qu’on admire ces deux héros et qu’on s’attache à eux. Cette deuxième partie est nettement plus convaincante, marquée par des scènes glaçantes qui restent en mémoire et malgré quelques défauts sur lesquels je reviendrai.

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Le plus gros défaut de ce film à mes yeux, c’est sa grandiloquence, sa volonté de faire du spectaculaire et de l’esthétique à partie d’un matériel historique dramatique. L’exercice de tourner et de montrer des scènes de tortures ou d’assassinats de masse est sans doute difficile voire très périlleux, mais j’ai parfois ressenti une certaine gêne face à certaines scènes. A force de vouloir rendre ça spectaculaire et « beau« , on frôle parfois l’indécence.

L’autre reproche que je ferais à ce film, c’est qu’il ait été tourné en anglais, ce qui me gêne toujours quand l’action se déroule dans un pays non anglophone et que les habitants de ce pays ne parlent pas leur langue natale. Je comprends la justification commerciale de ce choix, mais en ce qui me concerne elle nuit à l’immersion. Des dialogues en allemand ou en tchèque entre les personnages, avec les sous-titres adéquats, auraient été un choix plus judicieux à mes yeux, ou plutôt à mes oreilles. Cette uniformisation des langues, aussi artificielle soit-elle d’un point de vue narratif, est malheureusement une tendance forte dans l’industrie cinématographique. Je crains que mon humble avis de cinéphile très occasionnel n’ait pas beaucoup de poids face aux exigences commerciales des grosses sociétés de production.

Je n’insisterai pas sur les acteurs, qui m’ont tous semblé talentueux et qui font le job, comme on dit. La musique accompagne bien l’action, même si elle a tendance à être omniprésente comme dans toutes les grosses productions actuelles.

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Dans l’ensemble, j’ai du mal à me faire un avis clair et définitif sur ce film. La première partie m’a nettement déçu et ennuyé, la seconde m’a plus emballé malgré les défauts dont je viens de parler. Ce n’est pas véritablement un mauvais film, mais j’ai tout de même le sentiment qu’à force de vouloir trop en faire, il passe à côté de son sujet. C’est d’autant plus dommage que le livre de Laurent Binet avait une richesse et une profondeur remarquables, peut-être difficilement adaptables à l’écran mais qui auraient sans doute mérité mieux.


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