Livres & Romans

Where Things Come Back

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Lorsque j’avais terminé en début de semaine Highly Illogical Behavior j’avais déjà envie de découvrir les autres romans de l’écrivain américain John Corey Whaley. Il ne m’a fallu que quelques jours et la lecture d’un roman très différent de Christophe Donner pour accomplir mon souhait. Il s’agit cette fois du premier roman de John Corey Whaley, intitulé Where Things Comme Back au résumé assez intriguant :

In the remarkable, bizarre, and heart-wrenching summer before Cullen Witter’s senior year of high school, he is forced to examine everything he thinks he understands about his small and painfully dull Arkansas town. His cousin overdoses; his town becomes absurdly obsessed with the alleged reappearance of an extinct woodpecker; and most troubling of all, his sensitive, gifted fifteen-year-old brother, Gabriel, suddenly and inexplicably disappears.

Meanwhile, the crisis of faith spawned by a young missionary’s disillusion in Africa prompts a frantic search for meaning that has far-reaching consequences. As distant as the two stories initially seem, they are woven together through masterful plotting and merge in a surprising and harrowing climax.

This extraordinary tale from a rare literary voice finds wonder in the ordinary and illuminates the hope of second chances.

Le roman nous plonge tout d’abord dans une petite ville de l’Arkansas, où l’événement de l’été est la présumée réapparition d’un oiseau dont l’espèce a pourtant disparu depuis plusieurs décennies. Cullen Witter est un adolescent que cet engouement agace, d’autant que son petit frère âgé de quinze ans a disparu depuis peu.

It was easier for me to hate everyone in town than hate myself for being afraid I’d be just like them.

Dans un second arc narratif, l’auteur nous présente un jeune missionnaire chrétien qui est envoyé en Afrique où sa foi et ses convictions vont être mises à mal. J’ai eu du mal à comprendre le lien entre ces deux récits, jusqu’au dernier quart du livre où cela finit enfin par trouver une explication. Entre temps, le récit du jeune missionnaire se perd en détours, passe d’un personnage à un autre sans qu’on comprendre où l’auteur veut en venir. A la fin, tout finit par s’éclaircir mais le chemin pour y parvenir m’a semblé bien tortueux.

My cynicism had been known, from time to time, to get me into accidental trouble. I was especially cynical in groups, perhaps feeling that a witty cut-down about a stranger would earn me the respect and admiration of friends. This rarely worked. You can only act like a jerk so many times before people stop listening to you. Gabriel broke me of this habit one night after I made fun of a couple leaving a movie theater. “You act like you hate everyone. It must be exhausting.” And, having no response, I decided that he was right.

J’ai du mal à me faire un avis définitif sur ce livre qui m’a touché par moments et m’a ennuyé à d’autres moments. C’est un peu embêtant d’alterner le bon et le moins bon en lisant un roman.

Dans le bon, il y a le personnage de Cullen, sa relation avec son meilleur ami Lucas, et surtout celle avec son frère Gabriel, un personnage attachant même si on ne le voit quasiment qu’à travers les souvenirs et l’imagination de son frère aîné.

Dans le moins bon, il y a toute l’histoire autour de l’oiseau présumé disparu, dont j’ai saisi la symbolique mais qui m’a profondément ennuyé, ainsi que le récit secondaire sur le missionnaire et les personnages qui gravitent plus ou moins directement autour de lui, avant que l’explication du lien avec le récit principal ne soit enfin fournie. C’est seulement à ce moment-là que tout prend forme et que le roman devient passionnant pour son épilogue.

Dr. Webb says that losing a sibling is oftentimes much harder for a person than losing any other member of the family. “A sibling represents a person’s past, present, and future,” he says. “Spouses have each other, and even when one eventually dies, they have memories of a time when they existed before that other person and can more readily imagine a life without them. Likewise, parents may have other children to be concerned with—a future to protect for them. To lose a sibling is to lose the one person with whom one shares a lifelong bond that is meant to continue on into the future.”

Pour un premier roman, je dois reconnaître que c’est une réussite. Par contre, je suis content d’avoir lu Highly Illogical Behavior avant celui-ci, car je ne suis pas certain que j’aurais eu envie de suivre cet auteur prometteur uniquement en lisant son premier roman. Il est tout de même rassurant de voir qu’un auteur perfectionne son écriture au fil de ses romans. C’est en tout cas le cas de John Corey Whaley, dont je surveillerai sans doute les prochains romans avec attention.


Where Things Come Back, John Corey Whaley

Note : ★★★☆☆


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L’innocent

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Christophe Donner est un auteur que j’aime beaucoup. J’avais notamment adoré ses romans Un roi sans lendemain, Ainsi va le jeune loup au sang, et L’empire de la morale. C’est donc assez naturellement que je me suis penché sur son roman L’innocent que j’avais raté à sa sortie et dont j’ai découvert tout récemment le résumé :

« Je suis sorti de la maison au petit matin, j’ai marché à grands pas sous les platanes du cours Mirabeau, sans pouvoir m’empêcher de sourire. Une chose m’apparaissait sûre et certaine : je n’étais plus le même. Je venais de passer la nuit dans le lit d’une femme, à l’embrasser, la serrer, la baiser, car si cette nuit n’avait pas été celle de l’accomplissement de l’acte sexuel, elle n’en avait pas moins été une nuit d’amour, entière, complète, jusqu’au petit matin frisquet, le reste n’était qu’une question de vocabulaire : est-ce que nous avions fait l’amour ? C’est ce qu’il me semblait puisque j’étais amoureux. »

Christophe entre dans les années soixante-dix et dans l’adolescence bercé par les idées révolutionnaires de ses parents divorcés, entre qui il va et vient, et la découverte angoissante d’une sexualité dévorante, obsessionnelle. De Paris à Saint-Tropez en passant par la Tunisie, l’adulte qu’il est devenu égraine les souvenirs d’une jeunesse douce-amère à travers le prisme de ses aventures sexuelles.

De brefs chapitres qui sont autant de souvenirs, paysages, odeurs, mêlent la voix de l’enfant précoce et de l’auteur qui, quarante ans plus tard, observe avec tendresse et cruauté ce Christophe d’une autre époque. L’école, la famille, la révolution, les vacances, la mer. Autant d’éléments de décor aux scènes que se remémore Donner avec ce court récit, très intime, qui montre le film irréalisable de sa vie, entre 13 et 15 ans, quand l’amour s’apprenait dans les tourments du sexe. Un récit effronté, émouvant, drôle, cinématographique : Visconti croisant Pialat.

L’innocent est un court roman qui nous raconte l’adolescence d’un garçon dans les années soixante-dix, entre mésaventures familiales et découverte de la sexualité. Comme souvent avec Christophe Donner, la fiction frôle l’autobiographie, jusqu’au style lui-même, avec un récit où alternent des paragraphes à la première personne (« je … ») et à la troisième personne (« Christophe … »).

On ne m’avait encore jamais écrit de lettre d’amour, fallait-il que la première fût une lettre de rupture ?

Le livre est court, moins de 140 pages, et décomposé en chapitres eux aussi très courts. Le rythme est rapide, on ne s’attarde pas sur les événements. C’est haletant, parfois frustrant quand on voudrait en apprendre plus sur certains personnages. D’autres fois c’est salvateur, quand le récit nous présente des situations gênantes que l’on aurait peut-être préféré ne pas connaître.

— Ce n’est pas toi, le problème. C’est elle… tu es beaucoup plus en avance qu’elle sur plein de trucs.

— Donc c’est bien moi le problème. J’ai jamais l’âge qu’il faut avec personne.

— Tu ne seras pas toujours le plus jeune, t’en fais pas. Et pas toujours le plus doué non plus … 

Dans l’ensemble, c’est un joli roman sur l’adolescence, sur la découverte de l’amour et de la sexualité, et plus généralement sur les relations familiales et amicales. Ce n’est pas mon roman préféré de Christophe Donner, ce n’est pas son plus riche ni son plus profond, mais c’est un récit léger et intéressant. Il y quelques passages plus forts que d’autres, et suffisamment pour en faire une lecture plaisante.


L’innocent, Christophe Donner

Note : ★★★☆☆


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Highly Illogical Behavior

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Après plusieurs lectures presque exclusivement en français, j’avais envie de reprendre mon rythme où j’alterne les livres en français et ceux en anglais. J’ai choisi ce roman young adult de John Corey Whaley, un auteur américain que je n’avais jamais lu auparavant. J’avais découvert ce livre il y a peu de temps sur Goodreads et le résumé m’avait tout de suite donné envie de le lire :

Sixteen-year-old Solomon has agoraphobia. He hasn’t left his house in 3 years. Ambitious Lisa is desperate to get into a top-tier psychology program. And so when Lisa learns about Solomon, she decides to befriend him, cure him, and then write about it for her college application. To earn Solomon’s trust, she introduces him to her boyfriend Clark, and starts to reveal her own secrets. But what started as an experiment leads to a real friendship, with all three growing close. But when the truth comes out, what erupts could destroy them all. Funny and heartwarming, Highly Illogical Behavior is a fascinating exploration of what makes us tick, and how the connections between us may be the most important things of all.

J’ai commencé à le lire ce week-end et j’ai adoré dès le début. Il était impossible pour moi de ne pas être attendri par le personnage de Solomon, un adolescent de seize ans souffrant d’agoraphobie et de crises de panique, dont l’une trois ans auparavant qui l’a poussé à plonger dans la fontaine devant son école où il n’a plus remis les pieds depuis. Pire, Solomon n’est plus sorti de chez lui depuis cet épisode. C’est un personnage évidemment tourmenté mais aussi plein d’humour et de vie.

Sa vie bien réglée, justement, va être bousculée par l’arrivée de Lisa, une lycéenne qui rêve d’être admise dans un département de psychologie à l’université et se donne pour mission de soigner Solomon, qui sera son sujet d’étude pour l’essai qu’elle doit rédiger pour son dossier de candidature.

Le troisième larron, c’est Clark, à la fois athlète, geek et petit-ami de Lisa. D’abord jaloux du temps que Lisa passe avec Solomon, il va lui aussi se rapprocher de l’adolescent reclus dans sa maison, jusqu’à éveiller les soupçons de Lisa quand il va finir par passer plus de temps avec son nouvel ami qu’avec elle.

It was the thing they had most in common—all they wanted was a quiet place to be invisible and pretend the world away. And that’s exactly what they had before things got weird. Now, no matter what they told themselves or each other, it would always be different. After all, no first love goes away overnight, especially one that’s always right in front of you, but just out of your reach.

Je ne vais pas dire que c’est de la grande littérature, on reste dans du young adult assez classique à la fois dans le style d’écriture et dans la construction narrative, mais c’est clairement un récit drôle et touchant, qui oscille entre le thème de la maladie mentale de Solomon et un triangle amical et amoureux entre les trois adolescents. Cela pourrait être un roman sympathique parmi d’autres, mais le personnage de Solomon et son parcours apportent une profondeur et une richesse particulières. J’ai beaucoup aimé lire ce roman, et j’ai bien envie de découvrir les deux autres romans de cet auteur, surtout s’il y aborde de la même façon des sujets aussi forts et intéressants.

I’ll never forget that day at the fountain. The other kids laughed and whispered, even when the principal had gotten him out of the water and wrapped a jacket around him. They just kept laughing and pointing as he walked by, dripping wet and never looking up from the ground. Most everyone I knew heard some ridiculous gossip about him by the end of that day. But then, within weeks, it was like he’d never existed. And that’s when I got the saddest. They never brought him up again. Like we belonged there and he belonged somewhere else. It’s not too hard to disappear when no one’s looking for you. That’s what we do sometimes. We let people disappear. We want them to. If everyone just stays quiet and out of the way, then the rest of us can pretend everything’s fine. But everything is not fine. Not as long as people like Solomon have to hide. We have to learn to share the world with them. 


Highly Illogical Behavior, John Corey Whaley

Note : ★★★★☆


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Chicago requiem

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Chicago Requiem est un roman qui m’a été proposé en service de presse par son auteur(e ?) Carine Foulon sur le site Simplement.pro sur lequel j’avais eu l’occasion de découvrir d’autres romans avec plus ou moins de succès, comme La Symétrie de l’EffetUn secret halo de rose, ou plus récemment Mojenn.

Le résumé m’avait intrigué, sans pour autant m’emballer totalement, mais j’avais envie de laisser une chance à ce roman :

Chicago, années folles…

Sur la scène d’une ville en proie à la corruption, acteurs et gangsters se côtoient.
William, issu d’une famille riche et influente, les Henderson, possède un théâtre cerné de speakeasies et de maisons closes. Il aide son épouse, Susan, à reprendre sa carrière d’actrice malgré la corruption et la prohibition.

La sœur de William, Meredith, vient de passer cinq ans en prison. Résolue à se venger de son frère et de tous ceux qu’elle pense responsables de son incarcération, elle s’établit à Miami où elle rencontre un certain Al Capone.

Le vaudeville peut alors virer au drame, à la scène comme à la ville.

J’ai eu assez peur au début, car les premiers chapitres sont lents. Cela présente l’avantage de plonger progressivement dans l’ambiance et dans le récit, mais j’ai bien failli décrocher. L’ambiance me paraissait assez terne, et les personnages ne me semblaient pas attachants. Après avoir lu à peu près 20% du livre, je me suis posé la question d’abandonner, craignant que cela ne décolle jamais. J’ai décidé de continuer malgré tout.

La suite est meilleure, avec une intrigue qui se développe et nous entraine dans une saga familiale ayant pour cadre Chicago dans les années 1920. Le cadre est surtout représenté par les histoires autour de la mafia. C’est d’ailleurs l’un des reproches que je ferais à ce roman : je m’attendais à plonger totalement dans l’ambiance des années folles aux Etats-Unis, mais finalement j’ai eu l’impression que cela n’était présent qu’en toile de fond. Je me suis fait plusieurs fois la réflexion que tout ceci aurait pu se dérouler n’importe où et n’importe quand.

Malgré tout, le récit est intéressant et plaisant à suivre. Il y a quelques rebondissements plus ou moins surprenants et l’ensemble se laisse lire avec un certain plaisir. Je me dis que cela pourrait être un bon scénario de saga de l’été comme celles avec lesquelles j’ai grandi : une grande histoire familiale avec ses secrets, ses manigances, ses vengeances, et ses couples emblématiques. Ce ne sera pas mon livre de l’année, ni même sans doute celui du mois, mais cela reste une lecture divertissante dans son genre.


Chicago Requiem, Carine Foulon

Note : ★★★☆☆


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Sonate pour Gustav

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Je ne sais pas par quel mystère j’avais perdu ce livre parmi mes services de presse en attente. Je l’avais sollicité sur NetGalley.fr il y a un an, je ne me souvenais pas avoir reçu la réponse positive de l’éditeur, et pourtant j’ai trouvé ce livre parmi mon catalogue disponible il y a peu de temps, alors qu’il ne me semblait pas l’y avoir vu quand j’étais fait le point sur mes services de presse il y a plusieurs semaines.

Qu’importe ce mystère finalement, l’important était que je voulais lire ce livre et que j’en ai enfin eu l’occasion. Le résumé de l’éditeur m’avait donné envie de m’y plonger :

Juste avant que n’éclate la Seconde Guerre mondiale,  dans un petit village suisse, deux jeunes garçons vont se lier d’amitié. Gustav, à l’enfance difficile, est orphelin de père. Celui-ci, un policier local a permis, malgré les ordres des autorités, à des réfugiés juifs d’entrer dans le pays. Selon Emilie, sa veuve, la crise cardiaque qui l’a emporté après la guerre, n’est pas étrangère à ce comportement. Elle reporte son amertume sur Gustav.  Anton, lui, est un pianiste prodige, choyé par des parents juifs très aisés, qui ont pour lui une très grande ambition et veulent qu’il réussisse une carrière de concertiste. Gustav est invité par Anton et ses parents à les accompagner à Davos, ou ils vont nouer une amitié encore plus forte, au cours de longues promenades dans les bois qui vont sceller leurs solitudes. Si Anton expérimente de terribles tourments psychologiques à l’idée de se produire en public dans des concours musicaux,  Gustav de son côté vit une existence de profond désarroi avec une mère qui a perdu son emploi  et dont les expériences amoureuses sont sans lendemain.
Les années ont passé, Gustav a ouvert un hôtel à Matzlingen, son village natal. Un jour Anton,  devenu professeur de piano, viendra le rejoindre et ensemble ils partageront une existence enfin apaisée.

Une première précision : le résumé est erroné, puisque la rencontre entre Gustav, le protagoniste, et son ami Anton n’a pas lieu avant le début de la Seconde Guerre Mondiale mais juste après. C’est un peu étrange de commettre une telle erreur dans un résumé, mais c’est ainsi … L’éditeur a peut-être été trompé par le fait qu’une partie du roman se déroule bien entre 1938 et 1942, mais nous y reviendrons.

Le roman débute donc au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, dans une petite ville suisse, relativement épargnée par les tourments de la guerre. Gustav vit avec sa mère, veuve d’un policier dont on apprend qu’il a été déchu de ses fonctions après avoir aidé des juifs à fuir l’Autriche et l’Allemagne nazie avant la guerre. A l’école maternelle, il rencontre Anton, un petit garçon juif dont les parents viennent de s’installer dans la région. Anton est un pianiste de grand talent, mais qui angoisse à l’idée de se produire sur scène. Gustav, quant à lui, a une relation difficile avec sa mère, qui ne lui témoigne que reproches et amertume.

Toute la première partie du roman nous relate l’amitié entre Gustav et Anton pendant leur enfance. La deuxième partie reprend le récit à la veille de la guerre, pour nous raconter la rencontre entre les parents de Gustav, leur mariage malheureux, les circonstances dans lesquelles le père de Gustav a été contraint de quitter la police, et finalement la mort de celui-ci. La troisième partie se déroule quant à elle bien des années plus tard, dans les années 1990, alors que Gustav est propriétaire d’un hôtel dans la petite ville où il a toujours vécu et qu’Anton a renoncé à une carrière de pianiste renommé pour enseigner la musique dans le collège où il avait lui-même été élève avec Gustav quarante ans plus tôt.

Le roman est principalement centré sur la relation entre Gustav et Anton, entre amitié et homosexualité refoulée. Autour d’eux gravitent leurs familles respectives, avec le contraste saisissant entre les parents aimants d’Anton et la mère veuve et amère de Gustav, dont il cherchera l’amour jusqu’à la fin de sa vie.

Quelque part au fond de lui-même, il avait toujours cru que sa mère ne pouvait pas mourir avant d’avoir appris à l’aimer. En vieillissant, il avait essayé de l’y entrainer avant qu’il ne soit trop tard, mais il n’avait pas réussi.

Je dois dire que la deuxième partie consacrée à Emilie et Erich, les parents de Gustav, m’a bien intéressé. Je me demande si le choix de l’auteur de raconter leur histoire de cette façon n’est pas une erreur, s’il n’aurait pas suffi de l’évoquer dans le coeur du récit. Bien sûr, le roman appartient d’abord à son auteur, le choix qu’elle a fait est certainement le bon de son point de vue,  mais cette façon de faire m’a semblé maladroite, comme si ce long interlude n’avait pas totalement sa place dans le roman.

Malgré cette parenthèse moins réussie à mon goût, j’ai beaucoup aimé ce roman. C’est une belle histoire d’amitié, d’amour, et de famille, avec un récit qui met en lumière les liens entre les générations et les conséquences du passé sur la vie de famille, les sentiments, et la vie des enfants. C’est aussi un roman sur l’esprit suisse, entre neutralité, maîtrise de soi, et interrogation à posteriori sur le rôle ambigu joué par cette nation neutre pendant la Seconde Guerre Mondiale.


Sonate pour Gustav, Rose Tremain

Note : ★★★★☆


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Futbol – Le ballon rond de Staline à Poutine

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Alors que la Coupe du Monde de football 2018 vient de commencer en Russie, j’ai lu ce livre repéré sur NetGalley.fr et reçu en service de presse. Le thème m’a tout de suite intéressé :

Trop grande, trop froide, trop isolée, la Russie n’était pas faite pour le football. Et pourtant, dès qu’il a rebondi sur la terre russe, le ballon rond a fait mieux que s’acclimater. Il est devenu l’objet d’une fièvre populaire que le Kremlin, de Staline à Poutine, cherche à instrumentaliser.

Beria était le patron du KGB, mais aussi le parrain des équipes du Dynamo de Moscou et Tbilissi, faisant de ces clubs les instruments d’une lutte sans merci contre  » l’équipe du peuple « , celle du Spartak Moscou. Pendant des décennies, deux clans se sont affrontés et tous les coups étaient permis, jusqu’à la déportation au Goulag des meilleurs joueurs de l’équipe adverse.

En Russie, le football est un sport de combat politique : dès les premières rencontres à Saint-Pétersbourg qui avaient de furieux airs de lutte des classes ; lors du  » match de la mort  » du 9 août 1942, opposant Ukrainiens du FC Start et nazis de la Luftwaffe ; dans la façon dont le régime mit en scène ses vedettes comme Lev Yachine ; avec le football  » scientifique  » qui conquit le monde pendant la guerre froide ; dans le rapport qu’entretiennent les oligarques avec ce sport, et jusqu’à l’organisation éminemment politique du Mondial 2018.

Fourmillant d’anecdotes mettant en scène grands leaders et champions soviétiques, ce livre raconte davantage qu’un siècle de football : il décrypte le pouvoir russe à travers le prisme du ballon rond.

Cela commence, dès l’introduction, par un très beau passage sur l’histoire du football en Russie et en URSS :

Ce livre raconte une histoire de l’URSS et de la Russie à travers le football. Une histoire terrible et grandiose vue depuis les tribunes, où le peuple en supportant tel club plutôt qu’un autre trouvait le moyen de s’exprimer. Comme l’a dit le génial compositeur Dimitri Chostakovitch, fan absolu de foot : « Le stade de football, c’est le seul endroit en Union Soviétique où on pouvait être non seulement pour, mais aussi CONTRE ! »

La suite du livre est à la hauteur de cette introduction et de mes espoirs. Des dernières années de la Russie tsariste à l’ère de Poutine en passant par la Révolution bolchévique,  la lutte contre l’Allemagne nazie et la longue période soviétique, c’est un récit captivant dans l’Histoire du football russe et soviétique. A travers ce récit historique et sportif, c’est aussi une plongée enrichissante dans ce pays et dans le quotidien souvent difficile de ses habitants.

J’ai clairement appris beaucoup de choses sur la Russie, sur son football, ses clubs, mais aussi sur sa politique et sur les pays qui composaient l’URSS. J’ai notamment découvert avec stupeur cette anecdote, quoique le mot soit mal choisi, des joueurs du Dynamo Kiev qui n’apprennent l’incident nucléaire de Tchernobyl que quelques semaines après l’explosion du réacteur, lors d’un déplacement à Lyon pour la finale de la Coupe d’Europe des Vainqueurs de Coupe. Le commentateur russe décidera alors de révéler l’accident aux téléspectateurs russes, poussant ainsi les autorités soviétiques à amplifier l’évacuation de la population à proximité de la centrale.

Le livre est rempli d’anecdotes de ce style, qui montrent bien les liens forts entre football et politique, entre sport et Histoire. Il n’est donc pas étonnant que ce livre m’ait passionné, quand on connait ma passion à la fois pour l’Histoire d’une part et pour le sport d’autre part.

Je finis avec quelques passages du livre qui m’ont marqué.

Sur la nationalisme réprimé en URSS mais exprimé à travers le football :

« J’adorais le foot bien sûr. Mais à vrai dire, c’est surtout le Dynamo que j’adorais. Et la Géorgie à travers lui. Le soutenir, pour nous, c’était secrètement se rebeller contre les bolcheviques. C’était d’abord être Géorgien. Et comme on ne pouvait pas l’exprimer ouvertement, cela aurait été le Goulag assuré, on le disait en soutenant notre Dynamo, l’air de rien. Soutenir notre équipe adorée, ça, on avait le droit de le faire.

Sur le rôle du sport comme instrument de « soft power » par les dirigeants russes et soviétiques :

Depuis son arrivée au pouvoir en août 1999, Poutine s’est politiquement construit sur une seule idée : restaurer la grandeur de la Russie, la remettre au centre de la scène internationale, pour mieux épater son propre peuple notamment. « Je suis un esclave, mais mon Tsar gouverne le monde », ironisait le poète Mikhaïl Lermontov au XIX° siècle.

Mais, comme pour Staline à ses débuts, Poutine a conscience que son pays est une « puissance pauvre » et pour compenser les faiblesses structurelles du pays, les « Tsars » russes et soviétiques ont recours aux symboles, à l’image et aux rodomontades. Voilà pourquoi le sport est si important pour eux. Les fondamentaux restent, alors l’histoire se répète.

Et cette conclusion, que j’ai beaucoup aimée :

Cette histoire est celle d’un sport que les hommes qui régnaient et qui règnent aujourd’hui au Kremlin ont rarement aimé mais dont ils ont compris qu’on pouvait l’exploiter pour magnifier l’image du pays. Un pays fasciné par l’Occident, par sa puissance, et qui n’a rêvé et ne rêve encore que de se mesurer à lui. Un pays sans doute trop grand et trop froid pour bien jouer au football mais qui aura tout fait pour sauver les apparences grâce au ballon rond.


Futbol – Le ballon rond de Staline à Poutine, Régis Genté & Nicolas Jallot

Note : ★★★★★


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Manuel d’écriture et de survie

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Je pense que cela me fait du bien de varier un peu mes lectures après plusieurs semaines où j’ai principalement lu les livres en service de presse. C’était chaque fois des livres que j’avais malgré tout choisis de lire, mais l’engagement pris tacitement auprès de l’éditeur de lire et chroniquer chaque ouvrage sollicité induit une sorte de contrainte qui peut peser. A l’avenir, je serai vigilant à alterner plus régulièrement les lectures totalement choisies et celles sollicitées et reçues en service de presse.

Cette fois, pas de service de presse, il s’agit d’un livre assez court intitulé Manuel d’écriture et de survie par Martin Page, un écrivain français dont je n’avais lu aucun des romans jusque là. Je vous laisse découvrir le résumé avant de vous en dire plus :

Martin Page répond aux lettres d’une jeune écrivaine prénommée Daria. Tout en lui donnant des conseils d’écriture, il esquisse des moyens de se débrouiller avec le monde, avec le milieu littéraire, avec ses propres névroses et fragilités. Au fil de ce dialogue, il brosse aussi une sorte d’autoportrait. Entre dépression et exaltation, il nous parle de l’art sauvage de l’écriture, un art encore jeune, riche de possibilités. Sans escamoter la dureté sociale ni la réalité des coups et des blessures, il défend l’imagination comme forme de résistance et de création intime. La littérature est un sport de combat autant qu’un des grands plaisirs de l’existence.

Le livre se présente sous la forme de lettres écrites par l’auteur à une correspondante prénommée Daria, lectrice et qui se rêve écrivaine, à laquelle il donne des conseils sur l’écriture, le monde de l’édition, et la vie en général. Le procédé n’est pas forcément très subtil, mais il est efficace dans le sens où il permet à Martin Page d’évoquer des thèmes importants autour de l’écriture et du métier d’écrivain : le travail d’écriture, les relectures, les corrections ; la recherche d’un éditeur puis la relation avec cet éditeur ; les ateliers d’écriture ; le métier d’écrivain, y compris son volet financier ; les relations entre l’auteur et les lecteurs ; le monde littéraire en général. C’est à la fois didactique et agréable à lire.

Au-delà de ce côté guide pour écrivain qui ne ressemble pas à un manuel, le livre est également l’occasion pour l’auteur d’adresser des sujets plus perosnnels : son rapport aux autres, ses difficultés, ses névroses, etc. Cela reste discret mais cela donne un peu de vie au livre, pour que cela ne soit pas qu’une succession de conseils.

Je me rends compte en terminant ma lecture que j’ai surligneur (sur mon Kindle) énormément de passages du livre. Je ne vais pas tous les citer ici, mais je ne peux pas résister à l’envie de vous en proposer quelques uns.

Sur l’apprentissage et l’évolution de l’écrivain :

Un écrivain devrait être fidèle à toutes ses œuvres, car elles sont le reflet de son évolution. Il ne s’agit pas de tout aimer sans nuances, mais de respecter l’être qu’on était et qui a fait de son mieux.

Sur la « magie » de la lecture :

Le livre est un objet magique. Non seulement la littérature est une source de plaisirs et de connaissances, mais elle sauve des vies. Le dire paraît exagéré en ces temps de tiédeur. Je le répète : la littérature sauve des vies. Il y a quelques semaines j’ai reçu la lettre d’une femme qui me racontait qu’à une époque de sa vie les livres lui avaient permis de gagner un combat contre le désespoir, et de renaître. J’ai reçu quantité de lettres semblables. Les livres sont des armes et des outils pour transformer nos vies.

Sur la solitude :

Toute ma jeunesse a été solitaire. Je n’arrivais pas à être avec les autres. C’était comme si j’étais à des milliers de kilomètres. J’ai mis du temps à rencontrer ceux qui seraient mes amis. Quant à ma vie sentimentale, elle a été vide pendant des années. Je connais bien ces jours et ces soirées sans fin où rien ne se passe, ces samedis soir où les bruits des joyeuses soirées alentour blessent le cœur de celui qui est seul chez lui. Peu à peu, j’en ai fait un espace de liberté et de création. Seul, je ne suis jamais seul. C’est parmi les autres que je suis seul. Cette découverte est un soulagement.

Sur le raisons qui poussent à écrire :

Tu me demandes pourquoi j’écris. La vraie question me semble plutôt être : mais pourquoi tout le monde n’écrit pas ? C’est une chose si magique que ne pas le faire est pour moi incompréhensible. Tout le monde devrait écrire. En tout cas, avoir cette possibilité et s’y sentir autorisé.

Mais je ne me défile pas, je vais te répondre. J’écris parce que c’est un plaisir infini, parce que j’aime voir mes idées se transformer en un livre, parce que c’est ainsi que j’affronte la mort, parce que ça me permet des rencontres, parce que c’est une façon de continuer à m’inventer, parce que je peux jeter mes angoisses et mes obsessions sur le papier comme dans une arène, parce qu’ainsi ma conscience et mon inconscient entrent en conversation, parce que c’est une manière de m’en sortir. J’écris pour contre-attaquer et manger ce monde qui essaye de me dévorer. J’écris pour équilibrer le rapport de force avec le réel. J’écris pour avoir une bonne excuse d’être à l’écart et de me soustraire aux jeux sociaux. J’écris parce que l’encre sur le papier m’émeut. J’écris par plaisir, pour en recevoir et pour en donner. J’écris parce que j’aime la fiction et que je crois en son pouvoir. J’écris aussi pour des raisons moins nobles : parce que ça me donne l’occasion de prendre une revanche, et parce que, désespérément, je veux qu’on m’aime. C’est absurde, je le sais. Rien d’extérieur à moi-même ne résoudra mes problèmes narcissiques. Mais c’est ainsi.

Sur notre société actuelle :

Mais que font les plus fragiles ? Ils chutent et s’abîment sans cesse. Ceux qui pensent que nous vivons dans une société juste et démocratique mériteraient qu’on les paye au salaire minimum pour un boulot éreintant et ennuyeux.

Sur la place de la lecture de notre société :

Si le mercantilisme est une blessure faite à la littérature, l’entre-soi des plus éduqués l’est tout autant. Je vais souvent dans des écoles pour rencontrer élèves et professeurs, et je suis triste de constater que beaucoup d’adolescents (et d’adultes) ont peur des livres. Comment en est-on arrivé là ? Le livre est devenu l’instrument d’une sanction, c’est un devoir et une punition. Ça devrait être tout le contraire. Ce malaise s’incarne dans une polarisation de plus en plus grande : il y a des livres pour le peuple et d’autres pour les plus éduqués. Comme si chaque groupe social devait avoir sa littérature. (Ce phénomène touche tous les arts.) […]

La majeure partie de la population ne lit pas, elle est donc privée d’un des grands plaisirs de l’existence. Toutes les barrières qui font des livres un art réservé et effrayant sont à faire tomber. Allons dans les écoles, les prisons, les universités, parlons des livres sur internet. La littérature est pour tout le monde.

Sur la société française :

La France est un curieux mélange : c’est une société éclairée, riche de talents et de désirs, mais archaïque, sclérosée et violente. Elle est fragilisée par une école faussement républicaine (et réellement créatrice de réseaux et d’endogamie), le respect de l’autorité, et une organisation sociale hiérarchique qui décourage et opprime les personnalités atypiques, compétentes et originales. La créativité et l’enthousiasme y sont mal considérés, la cruauté des petits chefs incapables récompensée. Je me demande où ça va nous mener.

Encore une fois, sur la place de la lecture dans notre société, comme en écho au livre Des hommes qui lisent de notre Premier Ministre Edouard Philippe :

Si on veut défendre le livre, il faut défendre une certain conception de la vie en société. Les lecteurs doivent avoir les moyens d’acheter des livres et avoir du temps à consacrer à la lecture. Je ne vois pas comment on peut déclarer aimer le livre et soutenir une politique qui pousse la plupart des femmes et des hommes à travailler constamment pour s’en sortir. Le livre existe grâce à un environnement. C’est un fait de civilisation.

Je ne peux recommander la lecture de ce livre à ceux qui aiment la littérature et qui aiment ou rêvent d’écrire. En ce qui me concerne, ce livre m’a donné deux envies : découvrir l’oeuvre littéraire de Martin Page, et ré-écrire. C’est déjà beaucoup !


Manuel d’écriture et de survie, Martin Page

Note : ★★★★★


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