Il fait beau à Paris aujourd’hui

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J’ai découvert Fred Uhlman récemment en lisant son chef d’oeuvre Reunion (L’ami retrouvé en français) et les deux romans qui y font suite regroupés dans un seul ouvrage La Lettre de Conrad / Pas de résurrection. J’avais beaucoup aimé ces récits historiques se déroulant dans l’Allemagne des années 1930. Bien qu’il s’agissait de romans, on pouvait évidemment percevoir une partie de l’expérience de l’auteur, lui-même juif allemand exilé en France, en Espagne puis en Angleterre suite à l’arrivée au pouvoir des nazis dans son pays natal.

C’est cette fois son expérience personnelle en tant que telle que Fred Uhlman raconte dans cette autobiographie :

Ce jour de printemps, Fred Uhlman, jeune avocat plein d’avenir, se rendit à son cabinet comme d’habitude, pour y étudier les dossiers en cours. Mais on était en 1933, à Stuttgart, et Fred Uhlman était juif. Le coup de téléphone fut très bref : « Il fait beau à Paris aujourd’hui. Aujourd’hui. » Uhlman avait compris. Il rassembla quelques vêtements, un peu d’argent, sauta dans sa voiture et quitta pour toujours sa ville, sa famille, son pays.

Ce bref récit est dans sa sobriété et sa concision un écho bouleversant de la plus affreuse tragédie de l’histoire humaine. Arthur Koestler ne s’y était pas trompé, qui avait le premier fait l’éloge de la « qualité musicale obsédante et lyrique à la fois » du talent de Fred Uhlman, « comme si Mozart avait écrit Le Crépuscule des Dieux » …

Le récit débute évidemment par la jeunesse de Fred Uhlman en Allemagne, des années 1900 jusqu’à la montée du nazisme. Lorsque Hitler arrive au pouvoir, il s’engage quelque temps dans l’opposition social-démocrate mais finit par fuir son pays, averti par un ami juge que son arrestation est imminente. Nous suivons alors le parcours d’exilé de l’auteur, à Paris tout d’abord, puis dans l’Espagne à l’aube de la guerre civile, puis en Angleterre où il se marie et est interné dans un camp en tant qu’étranger issu d’un pays ennemi du Royaume-Uni.

Je dois avouer qu’il y a des livres qu’on se sent quasiment obligé d’apprécier, car le thème est trop fort pour qu’on le mette de côté. Ce n’est pas tout à fait le cas avec celui-ci, qui m’a plu dans l’ensemble, mais j’ai parfois trouvé le récit un peu ennuyant. C’est évidemment un panorama exceptionnel de l’Europe des années 1930 et 1940 : on parcourt avec Fred Uhlman l’Allemagne de la Première Guerre Mondiale jusqu’au début du régime nazi, puis la France de l’avant-guerre, l’Espagne à la veille de la guerre civile entre Républicains et Franquistes, puis l’Angleterre pendant la guerre.

C’est un témoignage précieux, parfois passionnant, mais d’autres fois plus anecdotique voire ennuyeux. Personnellement, je me serais facilement passé des longues pages sur l’élevage de poissons exotiques à Paris dans les années trente, ou des nombreuses références à la peinture et à des peintres plus ou moins célèbres. Dans ce dernier cas, c’est évidemment normal puisque Fred Uhlman a été peintre en plus d’être connu pour ses romans, mais c’est malheureusement un art dont je suis loin d’être spécialiste.

J’ai donc un sentiment ambivalent en terminant cette autobiographie. Je me suis parfois ennuyé pendant certains détours du récit, n’y retrouvant pas la force et l’intensité des romans de Fred Uhlman. Malgré tout, le témoignage historique que constitue ce livre est passionnant et certainement essentiel ; rien que pour cela, il vaut la peine d’être lu et de figurer dans la bibliothèque de tout amateur d’Histoire.


Il fait beau à Paris aujourd’hui, Fred Uhlman

Note : ★★★☆☆


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  1. Ah ça me donne à la fois très envie, et pas trop du fait des trucs négatifs que tu cites (que je sens vont me gonfler également ^^). Bon à voir. :)

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    1. J’ai oublié de parler également dans mon billet d’une certaine obsession anti-communiste de Fred Uhlman dans son autobiographie, ça m’a fait un peu bondir parfois. Mais ça reste un bon livre, à lire surtout pour toi qui avais aimé « L’ami retrouvé » au collège 🙂

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  2. J’ai dû lire cela il y a 30 ans !! TU TE RENDS COMPTE CHERI ? TRENTE ANS !!! :D

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    1. Vu qu’on a le même âge à quelques années près, c’est pas très gentil de me rappeler que le collège c’était il y a presque 30 ans pour moi aussi :-)

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  3. […] précédents, que ce soit Reunion, La lettre à Conrad, Pas de résurrection, ou son autobiographie Il fait beau à Paris aujourd’hui parlaient tous de la montée du nazisme en Allemagne et de la Seconde Guerre Mondiale, nous avons […]

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