Livres & Romans

Augustin

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Grâce à la plateforme de service de presse NetGalley.fr, j’ai eu la chance de découvrir en avant-première Augustin, un roman d’Alexandre Duyck, consacré au dernier soldat français mort à la toute fin de la Première Guerre Mondiale, le 11 novembre 1918 :

Le 11 novembre 1918 à 5h15, la France et l’Allemagne signent l’armistice. Mais l’état-major français décide d’attendre onze heures, en ce onzième jour du onzième mois, pour que cessent les combats.

A 10h45, le soldat de première classe Augustin Trébuchon est tué. Il est le dernier soldat français tué.

Alexandre Duyck a fouillé les archives militaires et civiles, retrouvé tout ce qu’on pouvait savoir sur ce  berger devenu soldat et imaginé le reste  : les pensées de cet homme courageux, observateur, taiseux, blessé deux fois, qui fut de tous les combats, ne prit en 4 ans qu’une seule permission et obéi aux ordres jusqu’au bout.

Je dois avouer que j’ai mis un peu de temps à entrer dans ce roman, sans doute parce que son personnage principal ne m’a pas tout de suite plu. Augustin Trébuchon est berger de Lozère, taiseux, loyal, peu éduqué, j’ai eu du mal à m’identifier à lui. Pourtant, son destin est singulier et intéressant à connaître. Son récit de la Première Guerre Mondiale, entre la mobilisation, les champs de bataille, la camaraderie entre soldats, le mépris de nombreux officiers pour les soldats ordinaires, est évidemment fictionnel par les mots d’Alexandre Duyck, mais sonne malheureusement juste. Avec ce roman, on se retrouve dans l’ambiance mortelle, sale, angoissante de cette guerre.

Il jure que les boches ne sont pas si salauds que ça (il l’assurait encore hier soir), qu’il y en a des bons et sur ce point je lui donne raison. Je veux dire, je n’en connais pas des boches, pas de vivants en tout cas, je n’ai jamais pu leur parler, je n’en avais pas vu en vrai avant et ils ne m’avaient rien fait, donc j’imagine qu’ils ne sont ni pires ni différents de nous. Contrairement à ce que nous jurait monsieur l’instituteur qui n’est pas venu faire la guerre et n’avait pas dû beaucoup en croiser dans sa vie. Pons assure aussi que nous rentrerons tous sains et saufs chez nous, que les hommes vont comprendre, cette guerre ne connaîtra jamais, jamais, la moindre suite. Elle sera la seule de ce siècle.

Surtout, la mort d’Augustin Trébuchon sonne comme le symbole ultime, s’il en fallait un, de la cruelle absurdité de cette guerre, de toute guerre en général. Pire encore : l’armistice a été signé le 11 novembre à l’aube, mais l’état-major français a décidé, consciemment, que les combats ne nécessitaient pas avant la onzième heure du onzième jour du onzième mois de l’année.

Par cette décision, le maréchal Foch et ses confrères ont condamné à mort 35 soldats morts dans la matinée du 11 novembre 1918. Outrage final, signe indélébile de la honte et de l’indécence de cette décision, les archives militaires et leurs tombes falsifieront leur date de décès, prétendant qu’ils sont tombés « pour la France » le 10 novembre 1918, car il aurait été inacceptable d’afficher que des soldats français soient morts le jour de l’armistice. Inacceptable, en effet …

Tous du 415e, tous morts pour la France le 11 novembre 1918. Mais c’est une autre date, la même pour tous, qui est gravée sur leur pierre tombale, dans le carré militaire du petit cimetière de Vrigne-Meuse : 10 novembre 1918.

Augustin sortira dans toutes les bonnes (et mauvaises) libraires le 10 octobre prochain, n’hésitez pas à l’acheter, à le lire et à l’offrir autour de vous, c’est un très bon roman sur la Première Guerre Mondiale.

À 160 kilomètres de là, dans la forêt de Compiègne, les plénipotentiaires allemands ont signé l’acte d’armistice et accepté les conditions posées par le maréchal Foch. Il est heureux, le vieux Ferdinand. Il jubile. Il tient sa victoire, son Allemagne humiliée, la gloire, bientôt l’avenue dans les plus beaux quartiers de Paris, la statue équestre place du Trocadéro, une autre à Londres à Grosvernor Gardens. Qu’importe qu’il soit en train d’échafauder méthodiquement les conditions idéales pour tout recommencer dans vingt ans, avec plus de morts encore. Qu’importe que de l’autre côté du Rhin, un petit caporal de rien du tout se prépare à se jeter sur l’occasion pour, bientôt, prendre sa revanche.


Augustin, Alexandre Duyck

Note : ★★★★☆


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Livres & Romans

Les mémoires de l’ombre (tome 1)

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Fabrice Brot est un auteur qui a fait le choix de l’auto-édition avec Librinova. J’ai eu l’occasion de découvrir son premier roman en service de presse par l’intermédiaire de NetGalley.fr.

Les mémoires de l’ombre s’annonce comme une série de fantasy dont le premier tome, dont je vais vous parler ici, est disponible depuis le mois d’août de cette année. Je ne sais plus exactement ce qui m’avait donné envie de lire ce premier roman, car le résumé est tout de même assez classique quand on a déjà lu de la fantasy :

« Les Mémoires de l’ombre – Tome 1 » est un roman de Fantasy littéraire dépeignant au fil de ses pages les valeurs d’un monde rétro-futuriste. Cet ouvrage narre les aventures de Quiten, un assassin à la solde de la guilde des Homnes. Un évènement perturbateur viendra bouleverser sa vie morne et austère, en le conduisant jusqu’à Eran, capitale millénaire d’un royaume éponyme. Sa quête effrénée d’un mystérieux coffret l’amènera à être un témoin impuissant des contingences tragiques qui bouleverseront à jamais cette somptueuse mégalopole. Des rêves étranges agiteront ces remarquables péripéties, durant lesquels le héros ne saura plus si ces songes surnaturels transfigurent une partie de son présent, de son passé ou bien de son avenir ?

La rencontre fortuite d’individus peu recommandables l’amènera à retrouver les traces de ses origines, et lui permettra ainsi de découvrir une partie de sa vie qui lui a été sciemment occultée.

Pénétrez au cœur d’une aventure époustouflante, qui vous conduira le long d’un dédale tortueux, jusqu’aux confins d’un monde mystérieux, détenteur d’une vérité dure à entendre ! Bienvenue dans le monde des hommes, où s’amalgament étroitement rêves et réalité !

A la lecture, j’ai finalement un sentiment mitigé sur ce roman. J’ai alterné les moments où j’avais une impression de déjà vu en lisant des situations déjà vues et revues dans tellement d’oeuvres de fantasy, et des moments plus réussis.

La quête menée par Quiten, l’assassin narrateur du roman, n’est pas forcément passionnante en soi, mais elle permet de découvrir l’univers créé par Fabrice Brot, qui m’a semblé cohérent et intéressant, avec quelques trouvailles bien pensées. Nous ne sommes pas ici dans un univers médiéval-fantastique classique, mais dans un monde où la technologie commence à se développer, avec de l’éclairage par des dispositifs particuliers et des mécanismes plus ou moins automatiques. Tout ce qui touche à cette technologie mais aussi aux relations diplomatiques entre les différents royaumes de cet univers m’a beaucoup plu.

Le découpage du roman m’a surpris, avec trois ou quatre chapitres qui nous emmènent à peu près au premier tiers du livre, puis un dernier très long chapitre jusqu’à la fin. Cela m’a semblé un choix étonnant et pas forcément compréhensible. Par contre, dans le même temps, le rythme du roman est bien construit, avec une accélération progressive de l’action du début à la fin.

Seul gros bémol : la fin m’a déçue, elle n’explique qu’une toute petite partie des enjeux du récit et ne répond pas à de nombreuses questions posées tout au long du roman. Mon plus gros reproche serait donc celui-ci : ce premier tome n’est pas un roman qui se suffit à lui-même, mais uniquement la première partie d’un ensemble plus vaste. Or, j’aime quand les romans d’une même série puissent se lire non pas de façon indépendante mais constituent tout de même un récit fermé avec un début et une fin, même englobé dans un récit plus vaste.

Dans l’ensemble, ce premier tome reste une lecture divertissante mais frustrante. Je surveillerai sans doute la parution du prochain tome, en espérant y retrouver les ingrédients qui m’ont plu dans celui-ci et que les défauts y soient corrigés ou du moins atténués.


Les mémoires de l’ombre (tome 1), Fabrice Brot

Note : ★★★☆☆


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Livres & Romans

Georges, le monde et moi

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Je suis en vacances depuis un peu plus d’une semaine sur la côte basque, et après avoir terminé le très bon premier roman Rue du Triomphe de Dov Hoenig, j’ai trouvé le roman idéal pour accompagner la suite de mon séjour : Georges, le monde et moi que j’ai eu l’occasion de lire en service de presse par l’intermédiaire de NetGalley.fr.

Le résume ne paye pas de mine mais je sentais que ça pouvait bien me plaire :

Avant, je me serais décrit comme le mec de base  : des notes dans la moyenne, une famille aimante, un petit groupe d’amis. Avant, j’étais l’archétype du geek qui termine avec la jolie fille à la fin d’un film. Bref, j’avais une vie banale.

Et puis Georges a débarqué, avec son franc-parler et ses blagues pourries, et tout a changé. Mon monde s’est désaxé. Clairement, je n’allais pas finir avec la jolie fille.

Le narrateur, Priam, a un prénom peu banal, issu de la mythologie grec. C’est un adolescent pas très bien dans sa peau, qui se pose beaucoup (trop) de questions, veut tout prévoir et anticiper et qui angoisse très vite quand les choses échappent à son contrôle. Comment s’étonner après ce portrait que je me sois facilement identifié au protagoniste de ce roman ?

J’aurais bien voulu ne pas m’inquiéter, être le genre de types qui vivent au jour le jour, mais ce n’est pas moi. Il faut toujours que j’analyse tout. Toutes les possibilités, toutes les variantes. Et comme si ça ne suffisait pas, j’angoisse pour chacune d’elles. Si bien qu’une fois qu’on fait le calcul, il en résulte énormément d’anxiété.

Alors qu’il commence son année de terminale, Priam fait la connaissance dans des circonstances rocambolesques de Georges, un jeune garçon au comportement très différent en apparence du sien : il semble ne pas se poser trop de questions et vit sa vie comme il le souhaite. Cette rencontre va changer la vie de Priam, jusque là bien tranquille dans une routine au sein d’un groupe d’amis sympathiques.

L’arrivée de Georges dans sa vie ça également amener Priam à s’interroger sur sa sexualité, alors qu’il n’avait été attiré jusque là que par des filles, au premier rang desquelles se trouve Gabrielle, sa meilleure amie dont il était « secrètement » amoureux depuis de longs mois. Georges assume ouvertement son homosexualité et Priam ne va pas rester insensible à son charme.

J’ai passé la main dans mes cheveux pour m’occuper et essayer de dissimuler au mieux mon malaise. Je n’avais pas l’habitude d’être appelé « le mec plutôt mignon » par un autre homme. En fait, même les filles ne le disaient pas.

Ceci n’est que le point de départ d’un récit très sympathique qui nous fait suivre toute l’année de terminale de Priam, entre ses cours au lycée, sa vie de famille, son groupe d’amis, ses angoisses, et l’évolution de sa relation avec Georges. Il y a pas d’humour, des rebondissements intéressants, des réflexions bien senties sur l’adolescence et le passage à l’âge adulte, et une bonne dose d’émotion.

Tout n’est évidemment pas parfait dans ce roman, c’est d’abord un livre pour adolescents, avec tout ce que cela implique souvent en terme de clichés, de stéréotypes et de maladresses narratives, mais c’est tout de même une jolie histoire d’amour et d’amitié et un très beau roman sur l’adolescence et ses difficultés. C’est vraiment une lecture parfaite pour les vacances, pour avoir le sourire en profitant du soleil ; c’est en tout cas ainsi que j’ai savouré ce roman !


Georges, le monde et moi, Illana Cantin

Note : ★★★★☆


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Livres & Romans

Rue du Triomphe

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Grâce à ce service de presse obtenu par l’intermédiaire de NetGalley.fr, j’ai eu l’opportunité de lire ce premier roman de Dov Hoenig, Rue du Triomphe, dont le résumé m’avait semblé très prometteur :

 » Pendant les dimanches d’été au ciel d’azur et aux parfums d’acacia, le spectre de la guerre ne nous empêchait pas de nous lever tard. Une fois que Maria, la domestique du propriétaire Theodorescu, avait aspergé d’eau froide le gravier des allées et l’asphalte des trottoirs brûlants, les portes commençaient à s’ouvrir lentement, invitant les effluves de la terre rafraîchie à l’intérieur des maisons. C’était le signal attendu. Les gens sortaient devant leur seuil, s’installant sur des chaises en paille et des chaises longues, et la cour s’animait comme une foire. Les femmes exposaient leurs bras et leurs épaules au soleil brûlant – les jambes, par décence, jusqu’aux genoux seulement – et les hommes se réunissaient à l’ombre autour de petites tables couvertes de nappes multicolores pour discuter politique ou se taquiner lors d’effervescentes parties de poker. J’étais l’attraction principale de ces débats animés. Dévorant avec passion les quotidiens que mon père rapportait à la maison, j’étais au courant des moindres drames et intrigues de la vie politique roumaine.  »

Rue du Triomphe raconte les rêves et les tourments, les aspirations politiques et les émois amoureux d’un jeune homme grandissant à Bucarest avant, pendant et après la Seconde Guerre mondiale. Dans ce roman initiatique qui est aussi un face-à-face avec l’Histoire, Dov Hoenig, avec une force d’évocation rare, redonne vie à tout un monde disparu.

Le roman nous raconte d’un jeune garçon juif dans la Roumanie des années 1930 et 1940. En toile de fond, il y a évidemment la montée du régime nazi en Allemagne, l’alliance de la Roumanie avec le Troisième Reich, puis la Seconde Guerre Mondiale et ses conséquences avec le rapprochement de la Roumanie avec l’Union Soviétique. Bernard, le narrateur âgé d’une dizaine d’années au début du récit, suit ces événements avec un mélange de vif intérêt et d’appréhension, le sort des juifs roumains étant en suspens comme dans tous les pays alliés de l’Allemagne hitlérienne.

Depuis mes premières années d’école, j’avais témoigné un intérêt particulier pour l’histoire. J’étais fasciné par la vie et l’œuvre des grands héros du passé et par les vicissitudes des peuples et des nations. Contrairement à l’arithmétique et à la géométrie que j’estimais appartenir à un espace planétaire inanimé et stérile, l’histoire m’offrait tout ce qu’il y a de plus excitant dans l’aventure de l’homme sur terre. Ma passion pour cette matière allait de pair avec mon intérêt pour la politique. Cet intérêt, peu courant pour un garçon de mon âge, était dû en grande partie au fait que durant mon enfance, entre les années 1938 et 1945, j’avais été témoin involontaire d’une série d’événements historiques de grande importance pour le monde autant que pour la Roumanie.

Bernard grandit, passe de jeune garçon à adolescent, alors que son pays se transforme sois l’Occupation allemande. Il sait que l’issue de la guerre, selon qu’elle signe la victoire ou la défaite de l’Allemagne nazie, est une question de survie pour lui et ses proches.

De l’autre côté, un groupe de jeunes soldats allemands, riant à pleine voix, sortaient hésitants d’une pâtisserie, ne sachant pas quelle direction emprunter. Leurs voix, leurs uniformes, leurs insignes, leurs bottes courtes, chics, me mirent en rage. Ah ! Les Boches ! Depuis des mois nous vivions avec eux, parmi eux. Ils étaient les loups, nous étions leur proie. Nos chemins se croisaient maintes fois. Nous ne nous saluions pas, mais nos regards convergeaient. Parfois même nous nous frôlions. Leurs yeux nous scrutaient avec une froide curiosité, leurs narines nous flairaient. Mais ce n’était pas encore l’heure. Ils étaient dressés pour se comporter comme des loups dociles, policés, entraînés à ne pas dévorer leur proie tant que l’ordre ne serait pas donné. Ils se transformeraient en tueurs le temps venu. Pour l’instant, nous vivions en leur compagnie, la compagnie des loups, dans une sorte de paix précaire, dans ce Bucarest devenu incongru et incohérent.

Le jeune homme acquiert une conscience politique, se convertit à la fois au marxisme-léninisme et au sionisme, tentant ainsi une périlleuse fusion entre deux idéologies plutôt éloignées à la base. Il croit à la fois à la lutte des classes et à la création d’un Etat national juif, auquel il veut participer en partant en Palestine. Pendant ce voyage dangereux, il va rencontrer d’autres jeunes hommes qui partagent cet idéal mais qui le confrontent également à d’autres points de vue politiques.

Moi aussi je suis pour un État socialiste. Mais à condition qu’il soit démocratique. La belle révolution socialiste dont tu parles, tu peux voir ce qu’elle a donné en URSS. La tyrannie du tsar a été remplacée par la dictature du prolétariat, le pivot du marxisme-léninisme. Les libertés individuelles ont été étouffées et tout le pouvoir est aux mains d’un seul parti, et pire encore, d’un seul homme : Staline !

Ce livre est un excellent roman initiatique, dans un contexte politique à la fois connu (la Seconde Guerre Mondiale) et méconnu (la Roumanie). L’auteur mêle habilement des histoires de famille et des considérations politiques et historiques. Comme en plus c’est très bien écrit, cela donne un très bon roman, passionnant à lire du début à la fin. Un beau succès pour un premier roman !

Je veux m’enfuir du passé et du présent, de notre maison, de notre cour et de notre rue… Je veux m’enfuir de toi… Je veux m’enfuir des larmes de maman, de la mine abattue de papa, de l’expression de défaite dans ses yeux et de la façon dont tu lui parles, dont tu le regardes. Penses-tu que je ne vois pas comme tu l’observes quand il parle, quand il mange, quand il s’habille ? Pourquoi le regardes-tu comme ça ? Et pourquoi tu ne l’embrasses plus ? C’est toi qui as empoisonné maman avec l’idée qu’il devait se faire examiner la tête. Je veux m’enfuir de tout ça. Et je veux m’enfuir aussi de l’avenir qui m’attend si je reste ici avec vous. C’est de tout ça que je veux m’enfuir !


Rue du Triomphe, Dov Hoenig

Note : ★★★★☆


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Cinéma, TV & DVD, Livres & Romans

Atypical

Atypical

J’étais persuadé d’avoir parlé ici de la première saison de cette série, mais après vérification il semble que cela ne soit pas le cas. Comme je viens de terminer la deuxième saison, disponible sur Netflix depuis vendredi dernier, je me dis que c’est le bon moment pour vous en parler, et de faire d’une pierre deux coups en parlant directement des deux premières saisons de cette excellente série.

Atypical est une série proposée par Netflix depuis 2017. Elle compte à ce jour deux saisons de respectivement huit et dix épisodes d’une trentaine de minutes chacun. Elle tourne autour d’une famille américaine, dont le fils aîné, Sam, âgé de dix-huit ans, est atteint d’un trouble du spectre de l’autisme.

Les deux parents de Sam ont chacun une approche très différent de la particularité de leur fils : là où la mère est très protectrice de Sam et très impliquée dans des activités de type groupes de soutien pour parents d’enfants autistes, le père est plus distant et plus mal à l’aise avec le handicap de son fils, qu’il aime pourtant profondément.

Quant à Casey, la soeur cadette de Sam, elle l’aime également énormément, elle se positionne régulièrement comme sa grande soeur alors qu’elle a deux ans de moins que lui, mais peine parfois à trouver sa place dans une famille où les difficultés ou les progrès de Sam restent le sujet principal de discussion et de préoccupation.

D’autres personnages secondaires apparaissent également au cours des deux saisons : Julia, la thérapeute de Sam ; Zahid, son collègue et meilleur ami ; Evan, le petit ami de Casey ; Paige, une fille qui s’intéresse à Sam et le soutient au lycée. Tous ces personnages sont sympathiques et apportent quelque chose à la série.

J’ai regardé la première saison l’année dernière et je n’en garde pas forcément de souvenirs précis, hormis que j’avais beaucoup aimé la sensibilité et l’intelligence de la série. J’ai retrouvé avec plaisir les mêmes ingrédients dans la seconde saison que je viens de terminer en moins d’une semaine.

C’est une très belle série, qui fait rire et tire quelques larmes parfois, sur l’autisme, le handicap, et la vie de famille en général. Le personnage de Sam est évidemment le plus touchant, mais il est entouré de personnages tous remarquablement écrits. C’est un ensemble qui fonctionne parfaitement et en fait une série écrite avec beaucoup de finesse. A mes yeux, c’est peut-être la meilleure création originale Netflix, en tout cas parmi celles que j’ai eu l’occasion de regarder.

Atypical-Saison-2

Comics & BD

Le Cri du Peuple – 1. Les canons du 18 mars

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Cette bande dessinée fait partie de mes premiers emprunts à la médiathèque de ma nouvelle commune. Cet album intitulé Les canons du 18 mars constitue le premier épisode de la série Le Cri du Peuple, signée Jacques Tardi d’après le roman du même nom de Jean Vautrin. Vous savez sans doute que je suis passionné par l’Histoire et j’ai donc été naturellement attiré par cette BD historique :

18 mars 1871. Sur le coup de trois heures du matin, des hommes en armes montent à l’assaut des collines escarpées de la butte Montmartre. Dans cette nuit silencieuse, à peine troublée par la chute des flocons de neige qui meurent doucement sur le mauvais pavé parisien, la troupe vient prendre possession des canons de la Garde nationale. Ordre de Monsieur Thiers, le chef du gouvernement.

L’époque est troublée. La guerre avec les Prussiens vient tout juste de s’éteindre. Pas question de laisser ces pièces d’artillerie entre les mains du peuple. Mais celui-ci ne l’entend pas ainsi. Et au lever du jour, tandis que les soldats tentent maladroitement de descendre les canons le long de la butte, Paris se réveille révolutionnaire. Cris, protestations, poings qui se lèvent : personne ne le sait encore, mais la Commune vit ses premières heures …

La Commune de Paris est une période, courte il faut bien le reconnaître, qui m’intéresse beaucoup. Il s’agit pour certains de la première tentative de « gouvernement » socialiste. Je garde cependant peu de souvenirs de son évocation en cours d’Histoire quand j’étais au collège et au lycée, et j’en sais finalement peu de choses. Cette bande dessinée était donc  un moyen comme un autre de rattraper cette lancune, au moins en partie.

J’ai eu du mal dans les premières pages de l’album. Le dessin, en noir et blanc, n’est pas vraiment à mon goût et la multitude de personnages pas forcément tous sympathiques m’a un peu perdu. J’ai également regretté que le contexte historique ne soit pas décrit avec plus de pédagogie pour ceux comme moi qui ne le maîtrisent pas. Malgré tout, le récit était suffisamment intéressant pour que je persiste. Je ne regrette pas ma patience, car la fin de l’album m’a bien plu.

L’action ne tourne pas autour des grandes personnalités de la Commune, ils n’apparaissent qu’en arrière-plan, les personnages principaux de la BD sont des hommes du peuple, avec leurs propres enjeux, pas forcément engagés dans l’action révolutionnaire. Sans forcément connaître cette période de l’Histoire, j’ai apprécié de plonger ainsi dans le quotidien de parisiens anonymes au cours des événements mouvementés du printemps 1871. L’argot parisien est omniprésent dans les dialogues, et s’il n’est pas toujours aisé de le comprendre, cela facilite l’immersion dans la période historique de la BD.

Dans l’ensemble, j’ai plutôt apprécié ce premier album, même si j’avais été un peu déçu au début. J’espère que les prochains albums continueront sur la lancée de la fin de celui-ci.


Le Cri du Peuple – 1. Les canons du 18 mars, Jacques Tardi, d’après le roman de Jean Vautrin

Note : ★★★★☆


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Livres & Romans

Une vie en l’air

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Une vie en l’air est un drôle de livre, mais ce fut donc un plaisir quand l’éditeur a accepté de me fournir un exemplaire numérique en service de presse, car j’avais tout de suite eu envie de le lire lorsque j’avais découvert son résumé sur NetGalley.fr :

C’est une ligne de béton tendue à dix mètres au-dessus de la Beauce, qui barre depuis toujours le paysage de son enfance. Elle devait servir de rampe à un véhicule révolutionnaire, un monorail propulsé à 430 kilomètres à l’heure sur coussins d’air : l’aérotrain, invention futuriste née de l’imagination de l’ingénieur Jean Bertin et conçu pour relier, à très grande vitesse, les centres urbains de la France pompidolienne. Si le projet fou de Bertin a fait long feu, cette ruine du futur, elle, est restée debout, absurde, au milieu des champs.

Enfant, puis adolescent, le narrateur a fait de ce môle abandonné un domaine, passant des heures, des jours entiers à scruter le paysage comme s’il s’agissait d’un diorama, à observer la vie alentour et les allées et venues en contrebas. Jamais il n’est descendu de ce perchoir. Cette existence suspendue s’est poursuivie pendant trente ans, en parallèle à la vie réelle. Le paysage a changé, le rail aérien s’est effondré en plusieurs endroits mais le narrateur a continué d’habiter la jetée, songeant même à l’acquérir, et à en déclarer l’indépendance.

Que faire de la hantise ? Comment vivre habité ? L’écriture peut-elle
ressaisir un lieu, et faire d’une retraite un monument ?

Il est sans doute difficile d’accrocher de nombreux lecteurs avec un tel pitch, mais j’ai tout de suite été attiré : un livre sur l’Aérotrain et un homme fasciné par cette innovation avortée, cela avait tout pour me plaire !

Il m’est difficile de résumer ce quoi parle ce livre finalement. Il ne s’y passe pas grand chose, hormis le récit de la longue obsession du narrateur (auteur ?) pour la rampe d’essai de l’aérotrain, au pied de laquelle il a passé son enfance et auprès de laquelle, une fois adulte, il revient souvent.

Mon monument était une ruine du futur, le vestige d’un avenir radieux qui n’avait jamais été.

Je sais que ce livre ne plaira pas à tout le monde, son thème est sans doute trop spécifique et son récit trop lent et étrange pour conquérir une majorité de lecteurs. En un peu plus de cent-vingt pages, Philippe Vasset parvient cependant à parler joliment de l’obsession d’un homme pour un projet abandonné, mais aussi d’innovation et surtout d’aménagement du territoire.

Et pourtant : si, à douze ans, j’avais lu Simon du Fleuve plutôt que Comment ça marche ?, je me serais sans doute forgé une vision assez différente de l’aérotrain : en lieu et place de l’appareil rutilant présenté sur les planches de l’encyclopédie pour enfants, j’aurais découvert un bolide dominant une plaine soufflée par l’explosion du capitalisme, un carrosse sur coussin d’air transportant, dans une Beauce jonchée de silos crevés, les maîtres d’un monde dévasté. Enfermés derrière leurs remparts, « ceux des cités » asservissaient les campagnes où vivait Simon et circulaient, lointains, dans un vacarme aéroglissé. Ce futur-là, m’expliquait Florent, c’était celui qui s’esquissait à Bure, dans le Val de Suse et à Notre-Dame-des-Landes : un « pays utile » que la vitesse ampute de ses rebuts, un territoire quadrillé par des bolides avec, dans les trous du maillage, des zones d’enfouissement de déchets, qu’ils soient industriels ou humains.

Je ne conseillerais pas ce livre à tout le monde, je pense qu’il s’adresse avant tout à ceux qui ont envie de le lire, mais si c’est le cas je vous promets un voyage poétique et onirique dans la Beauce natale du narrateur, à quelques mètres de hauteur, seul sur un rail abandonné.

Si toutes ces années jetées par-dessus bord doivent servir à quelque chose, c’est à ceci : inscrire l’aérotrain au patrimoine mondial de l’incertitude généralisée, en faire un Monument à la gloire de tous ceux qui préfèrent le tâtonnement à l’installation, tous ceux qui considèrent qu’une place ne se donne pas, mais se prend, tous ceux qui construisent leur lieu et, par touches successives, transforment l’espace autour d’eux, tout ceux qui persévèrent dans le froid et la nuit, tous les furtifs, les discrets et les petits malins, tous ceux qui forent le monde de minuscules galeries et sapent les fondations de ce décor qu’on nous présente comme réel.


Une vie en l’air, Philippe Vasset

Note : ★★★☆☆


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