Que va-t-on faire de Knut Hamsun ?

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Grace à la plateforme de service de presse NetGalley.fr, j’ai eu l’opportunité de découvrir ce roman de Christine Barthe, une auteur(e ?) que je ne connaissais pas. Je crois d’ailleurs qu’il s’agit de son premier roman, ceci expliquant sans doute cela :-)

Le sujet du roman m’avait tout de suite attiré en découvrant son résumé :

Ils m’ont placé dans cette bâtisse, entre hospice et hôpital, service des maladies infectieuses. Ils ne savent pas quoi faire d’un homme comme moi, du nom de Knut Hamsun, Prix Nobel de littérature. La justice piétine, tourne en rond, parle tout bas. Je me doute bien que pour beaucoup de mes juges, il serait préférable que je passe de vie à trépas ou, tout au moins, que je bascule dans la sénilité. On aimerait que mes opinions politiques relèvent de la psychiatrie. On cherche à cerner mon caractère, on pense que j’ai courbé l’échine devant l’Allemand Terboven qui dirigeait notre pays pendant la guerre, et que j’ai baisé les pieds d’Hitler. Grands dieux, ce n’est pas ce que j’ai fait. Ils disent que je suis un traître. Je suis un traître mais mon procès est reporté. Je suis un traître qu’ils ne veulent pas juger.  »

Avec les armes de la fiction, Christine Barthe s’interroge sur la dérive tragique d’un écrivain de génie, suivant son héros de son arrestation jusqu’à la cour de justice. Dans un livre percutant, empreint de poésie et de mystère aussi, elle pose la question de l’engagement et de la responsabilité, sans jamais perdre de vue le caractère romanesque de ses personnages.

Christine Barthe s’intéresse à Knut Hamsun, écrivain norvégien et lauréat du Prix Nobel de littérature en 1920, mais aussi soutien affiché du parti pro-nazi de Vidkun Quisling, à la tête du gouvernement collaborationniste de la Norvège occupée par l’Allemagne nazie. Le roman se déroule entre l’arrestation de l’écrivain en 1945 pour collaboration avec l’occupant nazi et sa mort en 1952 à l’âge de quatre-vingt-douze ans.

Avant la guerre, Knut Hamsun était une grande figure adulée par ses compatriotes. Pendant l’Occupation, il a publié plusieurs articles pour soutenir le Troisième Reich et la collaboration du gouvernement norvégien avec l’Allemagne. Quelques jours après la mort d’Hitler, il a même écrit un texte rendant hommage au défunt, mettant en avant la combattivité du Führer. Son attitude et ses prises de position pendant la guerre ternissent considérablement son image. en 1945, il est arrêté puis interné, les autorités préférant le faire déclarer inapte plutôt que d’organiser un procès embarrassant. Malgré tout, Knut Hamsun va insister pour être jugé, et il sera finalement condamné pour collaboration avant de mourir quelques années plus tard dans sa résidence familiale.

C’est ce parcours assez particulier que le roman relate. Knut Hamsun est évidemment un personnage intéressant, ses choix pendant la guerre sont condamnables mais il ne semble pas avoir conscience de ses erreurs. Il explique ses prises de position par le souci de préserver la Norvège rurale de l’industrialisation, qu’il associe à l’Angleterre et dont il craint une alliance avec la Russie, mais à aucun moment il n’exprime de regret pour avoir soutenu l’Allemagne nazie et la collaboration du gouvernement norvégien avec l’occupant.

Certes il n’avait pas aimé, dans les années vingt, le passage à la production industrielle, il avait regardé nerveusement la migration des hommes vers la ville, car ainsi ces hommes oubliaient l’origine de toute chose : la terre. Il avait voulu prévenir par ses romans comment les uns et les autres, en adhérant à la fabrique de masse, allaient perdre leur âme, se mentir à eux-mêmes, mener une vie d’insecte qui déclencherait violence, bassesses, misère. S’était-il trompé ? Le déracinement ne provoquait-il pas le désarroi, la société nouvelle n’entraînait-elle pas l’éclatement de la famille, la science ne prenait-elle pas le pas sur l’amour, l’individu sur la participation commune à la vie sociale ? Quels bienfaits dans cette vie nouvelle, où l’homme étouffe entre vapeur et ciment ? Où la mort plus que la vie s’élève en même temps que la fumée des industries ?

Je dois dire que le début du roman m’a un peu ennuyé, le rythme m’a semblé particulièrement lent. Heureusement, le récit gagne en intérêt et en intensité au fur et à mesure, même si cela reste assez lent. Nous suivons la vie et les pensées d’un vieillard qui ne semble pas comprendre la gravité de ses erreurs et la colère du peuple norvégien à son égard.

Le roman n’est pas parfait, notamment à cause de son rythme, mais j’en garde plutôt une bonne impression, en particulier parce que le dernier tiers voire la deuxième moitié sont bien meilleurs que le début. C’est finalement un livre triste, sur un homme vieux et seul face à ses choix passés.

Tu as dit : « Je fais ça pour la Norvège. » Je te demande : « Qu’as tu fait avec Elle ? » Es-tu bien sûr que tu voulais faire le chemin avec Elle ? Es-tu bien sûr que c’était avec Elle que tu voulais voir grandir l’Europe germanique ? Ou pour toi ? C’est une vraie question, Hamsun. Il y a des moments où l’on doit savoir. Sinon, on devient complice, on collabore par manque de discernement, et on se retrouve à suivre un homme nourri de colère au point d’avoir besoin de mettre le monde à ses pieds. Alors toi, quelle colère t’a porté jusqu’à Hitler ? Ton enfance ? Tes errances ? La sensation un temps d’avoir été rejeté ? Les Anglais ? Je ne peux pas croire que tu aies écrit ces livres sans avoir jamais dépassé tes tourments. Pourtant. Tu as cautionné la terreur plus que la grandeur. Même si tu t’en défends. Même si tu te mens.


Que va-t-on faire de Knut Hamsun, Christine Barthe

Note : ★★★☆☆


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