Féodalités (888-1180)

81r+vreHYpL

Féodalités (888-1180) est le deuxième volume de la collection Histoire de France dirigée par Joël Cornette pour les éditions Belin. J’avais beaucoup aimé le premier tome intitulé La France avant la France (481-888) et j’ai entamé la lecture de celui-ci avec beaucoup d’enthousiasme.

Là où le premier volume avait été confié à un duo d’historiens, celui-ci est l’oeuvre d’un seul historien, Florian Mazel, historien médiéviste dont les recherches portent principalement sur les élites aristocratiques, l’Eglise et les questions territoriales du haut Moyen-Âge au XIIIè siècle. Cela tombe bien, car ces thématiques forment le coeur du propos de cet ouvrage :

L’époque où surgit la dynastie capétienne ne se confond pas avec « la naissance de la France » : le souverain se dit encore « roi des Francs « , le sentiment d’une unité française n’existe pas, le pays demeure une mosaïque de régions, de langues et de coutumes diverses. La société féodale se caractérise cependant par un dynamisme économique, social et religieux exceptionnel, soutenu par un ordre seigneurial effaçant peu à peu les derniers vestiges de l’empire carolingien. Les recherches récentes permettent de mieux appréhender ce dynamisme renouvelé par le développement urbain et commercial, le regroupement des populations et les réformes de l’Eglise, ce dont témoigne l’épanouissement de l’art roman et gothique. Elles conduisent également à remettre en cause la thèse de la « mutation de l’an mil » au profit d’une appréciation plus nuancée des évolutions, privilégiant les deux inflexions majeures de l’histoire européenne que sont la crise de l’ordre carolingien et la réforme grégorienne.

Dans une première partie, Florian Mazel décrit la société médiévale du Xe et de la première partie du XIe siècle : l’affaiblissement de la royauté au profil de principautés, l’essor du monachisme, et la société seigneuriale.

La suite, plus longe, décrit la longue évolution de cette société jusqu’à la fin XXe siècle, avec l’apparition du modèle dit féodal. La révolution grégorienne, qui voit la reprise en main des questions religieuses par l’Eglise qui devient une institution, est présentée comme le point de départ de cette évolution. Les villes se développent, et avec elles la diversification de la population urbaine, avec des activités d’artisanat, de commerce, de crédit. Dans le même temps, la seigneurie centrée sur la château fait son apparition et les campagnes se transforment. La culture évolue, avec l’émergence d’une société chevaleresque et d’une littérature de l’amour courtois, exaltant les valeurs des chevaliers.

Avant de longues annexes, l’ouvrage s’achève par l’atelier de l’historien, qui permet de découvrir les débats et les évolutions de l’Histoire ainsi que les outils (archéologie, anthropologie) utilisés par les historiens pour leurs recherches. J’ai bien aimé notamment le plaidoyer de l’auteur pour un dialogue plus constructif entre les historiens et les autres disciplines (notamment l’archéologie) pour compléter et approfondir la connaissance historique.

Si le premier volume m’avait passionné, je dois avouer avoir eu un peu plus de mal avec celui-ci, qui m’a semblé moins accessible. J’y vois deux raisons principales.

D’une part, j’étais beaucoup moins familiarisé avec cette période de l’histoire qu’avec l’ère mérovingienne et carolingienne décrite dans le volume précédent. Là où le premier tome m’avait permis de remettre en cause ma vision d’une période qui m’avait été longuement enseignée à l’école primaire et au collège, celui-ci m’a donné l’impression de repartir de zéro, sur des bases que je ne connaissais pas vraiment, ou de façon très superficielle jusqu’à aujourd’hui. C’est passionnant, mais nettement plus difficile.

D’autre part, l’approche socio-culturelle m’a moins parlé que l’alternance d’approche chronologique et thématique du premier volume. Mais là aussi, je pense que c’est dû à ma moindre connaissance préalable de la période étudiée. J’y vois également le poids de l’enseignement de l’Histoire tel qu’il m’a été prodigué quand j’étais plus jeune, plus centré sur les évolutions politiques et territoriales, avec les successions de monarques et de guerres, que sur les évolutions de la société.

Malgré ce bémol, je reconnais la grande qualité de ce livre, qui fait un tour d’horizon impressionnant de la société féodale en s’appuyant sur les recherches les plus récentes et en expliquant comment notre vision du haut Moyen-Âge a évolué depuis une cinquantaine d’années. Certains chapitres m’ont plus intéressé que d’autres, mais je sais que j’aurai de la matière si plus tard je souhaite me documenter plus précisément sur des sujets que j’ai passés rapidement dans ma lecture. Je dois également signaler à nouveau, comme pour le premier volume, la grande qualité des illustrations et des documents présentés, que ce soit des textes, des cartes, des arbres généalogiques, des peintures, des manuscrits, des bâtiments, ou des objets.

J’ai en tout cas suffisamment apprécié ce deuxième volume pour plonger sans tarder dans le troisième : L’âge d’or capétien (1180-1328).


Féodalités, Florian Mazel

Note : ★★★☆☆


Publicités
  1. […] Belin. J’avais beaucoup aimé le premier tome (La France avant la France), le deuxième (Féodalités) m’avait également plu mais avait moins suscité mon […]

    J'aime

    Réponse

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Publicités
Publicités
%d blogueurs aiment cette page :