Comics & BD

Sir Arthur Benton, 3. L’assaut final

41Pl4RbGJLL

Je viens de terminer le dernier des trois albums qui composent le premier cycle de la BD Sir Arthur Benton, écrite par Trek et illustrée par Stéphane Perger.

Trois années se sont écoulées depuis la fin du deuxième album. Nous sommes en 1945, la fin de la guerre approche et les soviétiques encerclent Berlin :

1945 : pendant la prise du bunker d’Hitler, le IIIe Reich s’effondre. On retrouve Benton, interrogé comme criminel de guerre. Mais à la demande expresse de l’Etat-Major anglais, le traître, Sir Arthur Benton, est transféré dans une caserne en Belgique ! Pour Marchand qui l’a traqué, l’explication  » secret défense  » ne suffit pas… Pourquoi Churchill intervient-il – en personne, pour récupérer l’agent complice des nazis ? Quel terrible secret détient Sir Arthur Benton pour échapper à ses juges ?

Tarek et Perger terminent ce cycle d’une guerre « secrète » par un final apocalyptique (exécutions sommaires dans un Berlin en feu…) et surprenant.

Magistralement documentée, cette histoire d’espionnage, psychologique et à suspense, a reçu de nombreux prix du scénario et du dessin. Déjà un classique.

Le britannique aux fidélités troubles Sir Arthur Benton et l’agent secret français Marchand se font toujours face à face pour le grande règlement de compte à l’issue de la guerre. Benton est transféré en Belgique sur l’ordre direct de Churchill, une décision qui scandalise Marchand, plus encore quand il découvre la raison de cette décision.

En toile de fond, soviétiques et alliés tentent d’exfiltrer des scientifiques allemands ou issus des pays occupés. La guerre n’est pas encore terminée mais les pays vainqueurs commencent déjà à préparer la prochaine : l’affrontement inévitable entre le bloc soviétique de Staline et l’Occident mené par les Etats-Unis d’Amérique.

Ce troisième album est du même niveau que le deux précédents, à savoir très réussi. La conclusion de ce premier cycle consacré à la montée et à la chute du nazisme avant et pendant la Seconde Guerre Mondiale est parfaite.

Cette trilogie montre notamment comment d’une certaine façon les démocraties occidentales ont été complices des crimes commis par les nazis en permettant d’abord leur montée en puissance pour lutter contre le communisme, en sous-estimant le danger que représentaient Hitler et ses amis, avant de les combattre par les armes lorsque ce fut trop tard.

La série se poursuit avec trois autres albums qui se déroulent cette fois pendant la guerre froide. Je risque de vous en reparler ici très vite !


Sir Arthur Benton, 3. L’assaut final, Tarek (scénario) et Stéphane Perger (illustrations)

Note : ★★★★☆

Livres & Romans

Le cheval blême – Journal d’un terroriste

91OfDl9wpML

J’avais découvert ce livre en lisant la bande dessinée en deux volumes Mort au Tsar (1. Le Gouverneur et 2. Le Terroriste), ce roman étant en effet cité parmi les sources de l’auteur de la BD. J’avais beaucoup apprécié ce récit de l’attentat perpétré par un groupe de cinq révolutionnaires et qui avait coûté la vie au Gouverneur Général de Moscou en 1905. Les deux albums étaient centrés l’un sur le personnage de la victime, l’autre sur celle du bourreau, le cerveau des terroristes.

Dans la « vraie vie », ce cerveau était Boris Savinkov, qui livra en 1908 un récit en grande partie autobiographique d’un attentat terroriste contre le gouverneur général de Moscou :

Sous la forme d’un journal intime, Le Cheval blême rapporte la confession d’un chef révolutionnaire russe, un homme sans foi ni loi, qui prépare un attentat contre le gouverneur général de Moscou. Combat politique, interrogations mystiques, scrupules et doutes, mais aussi amour et sexe lient les cinq membres du commando, dont un seul réchappera à la mort.

Publié en 1908, ce roman empreint d’un profond désarroi moral et largement autobiographique – Boris Savinkov fut le cerveau de l’assassinat du grand-duc Serge en 1905 -, interroge la justification éthique de l’acte terroriste sur fond de commandement biblique (« Tu ne tueras point »).

Dans la lignée de Dostoïevski, cette uvre à la fois cynique et saisissante est, aujourd’hui encore, d’une prodigieuse modernité.

Je le redis, ce récit est évidemment en grande partie autobiographique, même si l’auteur a pris la peine de se créer pour les besoins de la fiction un alter-ego nommé George. Celui-ci est un chef terroriste désabusé, à la tête d’un groupe qui rassemble autour de lui quatre révolutionnaires très différents : Erna, la chimiste amoureuse de son chef ; Vania, le mystique ; Heinrich, l’étudiant dépassé ; Fiodor, le révolutionnaire convaincu.

Le roman se présente sous la forme d’un journal tenu par le chef des terroristes. Il nous raconte trois tentatives d’attentat contre le gouverneur général de Moscou, jusqu’à celle qui sera un « succès », tout en partageant avec nous ses pensées et ses discussions avec ses camarades. Plus que le récit de l’attentat, c’est en effet tout ce qui l’entoure qui m’a semblé intéressant.

Je pense notamment les discussions entre George et Vania, qui est à la fois révolutionnaire et très croyant et qui cherche dans sa foi la justification de l’acte de donner la mort. Je retiens également les réflexions désabusées du narrateur, qui est d’abord obsédé par sa volonté de tuer le gouverneur général, mais qui ne sait plus vraiment pourquoi il souhaite sa mort.

Au-delà du témoignage historique passionnant, c’est donc un roman très psychologique que nous sommes amenés à lire. Et c’est clairement réussi, tant ce livre pourtant court (à peine 160 pages en poche) est riche.


Le cheval blême – Journal d’un terroriste, Boris Savinkov

Note : ★★★★☆