Salò, l’agonie du fascisme

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Si vous me lisez fidèlement, vous savez certainement que je suis passionné d’Histoire. Il y a quelques semaines, j’avais donc parcouru le catalogue des lectures proposées en service de presse sur NetGalley.fr, un peu par hasard pour changer un peu des romans. J’étais alors tombé sur ce livre intitulé Salò, l’agonie du fascisme et signé Mathilde Aycard et Pierre Vallaud.

Le 25 juillet 1943, alors que l’Italie ne parvient pas à résister aux assauts des Alliés, le Grand Conseil fasciste désavoue Mussolini. Le Duce est limogé et arrêté. Le 8  septembre, l’Italie tire les conséquences de sa situation militaire et politique, et signe un armistice. L’Allemagne hitlérienne ne l’entend pas de cette oreille qui envoie de nouvelles troupes et libère Mussolini pour le remettre en selle sous son contrôle. Le 1er  décembre naît la République sociale italienne, dont les principes ne s’embarrassent plus de «  compromis  » avec la monarchie ou l’Église.

Si la Seconde Guerre mondiale semble se jouer ailleurs, sur le front de l’Est, c’est en Italie que l’Allemagne nazie est confrontée à l’ouverture du second front et qu’elle perd de facto son allié principal. C’est aussi durant ces quelques mois que se construit l’Italie d’après-guerre, celle de la conciliation entre communistes et chrétiens démocrates.

Dans ce livre captivant, Mathilde Aycard et Pierre Vallaud retracent les 600  jours de la République de Salò, véritable tragédie antique, avec ses traîtres, ses figures tutélaires, ses enjeux politiques et humains, ses intrigues amoureuses.

Comme son résumé l’indique parfaitement, ce livre est consacré à la « république de Salò », une période de l’Histoire italienne pendant la Seconde Guerre Mondiale que je ne connaissais pas vraiment jusque là.

De l’Italie de cette époque, je connaissais surtout la montée du fascisme et la prise de pouvoir de Mussolini dans les années vingt, la relation fluctuante entre le Duce et Hitler au fil du temps, l’entrée en guerre comme allié de l’Allemagne nazie, et la défaite face aux Alliés. J’avais un vague souvenir d’avoir su un jour que Mussolini avait perdu le pouvoir une première fois, avant de le reprendre puis d’être capturé et exécuté à la fin de la guerre, mais je ne connaissais pas les circonstances précises de ces événements. Il est vrai qu’à mon époque, et je ne sais pas si cela a beaucoup changé, l’enseignement de la Seconde Guerre Mondiale au collège puis au lycée était principalement centré sur la France, l’Allemagne, et accessoirement la bataille d’Angleterre, l’entrée en guerre des Etats-Unis avec l’attaque de Pearl Harbor par les japonais, et la fin de la guerre mondiale avec la capitulation du Japon suite aux attaques à la bombe atomique sur Hiroshima et Nagasaki par les américains.

Ce livre a donc un premier avantage : celui de me faire découvrir des événements que je ne connaissais pas ou très peu. En 300 pages environ, Mathilde Aycard et Pierre Vallaud couvre près de deux ans de l’histoire italienne : de la chute de Mussolini, désavoué par le Grand Conseil fasciste et placé sous résidence surveillée en juillet 1943, jusqu’à sa capture et son exécution en avril 1945. Entre temps, les hiérarques du régime fasciste ont fait appel au roi Victor-Emmanuel III, qui était resté roi mais mis de côté quand Mussolini détenait tous les pouvoirs, pour négocier un armistice avec les anglo-américains. Face à cette tentative de paix séparée de l’Italie avec les Alliés, Hitler a réagi en occupant le Nord de l’Italie et en faisant libérer Mussolini pour le remettre à la tête d’un nouveau régime.

La république de Salò (qui porte d’ailleurs très bien son nom, si je peux me permettre ce mot d’esprit un peu facile sur un sujet aussi sérieux), c’est ce régime fasciste mis en place par l’Allemagne en Italie du Nord entre 1943 et 1945. A sa tête, Mussolini collabore encore plus franchement avec les nazis, accentuant encore les mesures antisémites déjà en place depuis les années trente. La lutte contre la résistance, qu’elle soit communiste, démocrate-chrétienne ou monarchiste, est également féroce.

Le livre présente à la fois Mussolini comme une marionnette manipulée par l’Allemagne, qui contrôle de fait le gouvernement de la république de Salò, et comme un homme trahi par les siens et désabusé face à une défaite qu’il comprend comme inévitable.

Par de nombreux aspects, la comparaison entre la république de Salò et l’Etat français est saisissante : même collaboration active avec l’occupant nazi, même politique antisémite, même férocité dans la lutte contre le résistants, avec la création d’un bras armé spécifiquement chargé de pourchasser et tuer les « partisans », avec la collaboration des SS allemands.

Ce qui est vraiment intéressant dans ce récit, c’est le basculement d’une Italie qui était d’abord l’allié fidèle de l’Allemagne nazie et qui devient progressivement un pays occupé, vassalisé par l’Allemagne, et par ailleurs en proie à une guerre civile entre le Nord contrôlé par les fascistes et les nazis et un Sud occupé par les Alliés.

L’évolution de la relation entre Hitler et Mussolini est également intéressant. Mussolini, qui a pris le pouvoir dans les années 1920 alors qu’Hitler échouait dans son putsch de Munich et passait quelques années en prison, est d’abord un modèle pour le futur chancelier allemand. Le rapport de force s’inverse après la prise de pouvoir des nazis en Allemagne : Hitler devient un conquérant, qui défie les démocraties occidentales et impose l’annexion de l’Autriche et de la Tchécoslovaquie, pendant que Mussolini organise la conférence de Munich pour se poser comme intermédiaire entre l’Allemagne d’une part et la France et l’Angleterre d’autre part.

Ce livre décrit et décrypte parfaitement tout cela, à travers un récit bien écrit et passionnant, qui suit la chronologie des événements tout en sachant s’arrêter régulièrement pour prendre du recul et rappeler le rôle passé et futur des acteurs de l’Histoire. On assiste ainsi à la chute du fascisme, sans réel procès comme l’Allemagne le connaître à Nuremberg, ce qui d’après les auteurs a eu des conséquences sur la suite de l’Histoire italienne dans la seconde partie du XX° siècle.

En conclusion, j’ai lu ce livre avec beaucoup d’intérêt. J’y ai appris beaucoup de choses et le récit est captivant. Je n’irai pas jusqu’à dire que cela se lit comme un roman, mais pas loin !


Salò, l’agonie du fascisme, Mathilde Aycard & Pierre Vallaud

Note : ★★★★☆

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