Livres & Romans

Mon année de lecture 2018

Lecture 2018

Grâce à Goodreads, il est facile pour moi de faire un bilan de mon année de lecture. Tout le détail est ici mais je vous propose une synthèse rapide.

Rien de sert de courir, il faut partir à point

Au début de l’année 2018, je m’étais fixé pour objectif de 52 livres lus au cours de l’année. C’est le nombre minimal auquel je tente de m’astreindre, avec un rythme moyen d’un livre par semaine que j’ai toujours réussi à tenir, voire à surpasser largement, depuis quelques années.

Cette année, j’ai terminé 175 livres, mon record depuis longtemps. L’an passé, qui était déjà une grosse année de lecture pour moi, j’avais terminé l’année avec 84 livres. Cette année, diverses raisons m’ont permis de consacrer beaucoup de temps à la lecture. Autre explication : j’ai inclus dans mon décompte de cette année les bandes dessinées, ce que je ne faisais pas les années précédentes. Malgré tout, les BD doivent représenter entre 30 et 40 livres dans mes lectures de cette année : même sans elles, j’aurais largement dépassé à la fois mon objectif et mon record de l’année dernière.

C’est pas la taille qui compte

Le livre le plus long que j’ai lu cette année est Berlin Finale, un pavé de 880 pages que son poids n’empêche pas d’être un excellent roman historique ayant pour cadre la ville de Berlin dans les dernières semaines de la Seconde Guerre Mondiale.

A l’inverse, ma lecture la plus courte n’est même pas un album de bande dessinée, mais la sympathique nouvelle L’Elfe et les égorgeurs de Jean-Philippe Jaworski, qui se déroule dans le même univers que son très bon roman Gagner la guerre et son tout aussi bon recueil de nouvelles Janua Vera.

Mouton ou solitaire

Le livre le plus populaire, c’est-à-dire le plus lu par les membres de Goodreads, que j’ai lu cette année est Un gentleman à Moscou, que j’avais beaucoup aimé à l’époque. C’était un roman original, porté par des personnages sympathiques, dans la Russie du XX° siècle. Je suis content de voir que d’autres, nombreux, ont lu et sans doute apprécié ce roman très plaisant.

Par contre, j’ai été l’unique lecture cette année du catalogue de l’exposition Auguste qui avait eu lieu il y a quelques années au Grand Palais à Paris. J’avais retrouvé avec plaisir ce recueil de plus de 300 pages à la médiathèque et je l’avais emprunté et lu avec joie pour retrouver la magnifique collection et les textes érudits de cette exposition marquante.

Premiers et derniers de cordée

Ma première lecture de 2018, c’est-à-dire le premier livre que j’ai terminé cette année est Horus Rising, le premier d’une longue saga de science-fiction se déroulant dans l’univers de Warhammer 40k. J’avais bien aimé et j’avais poursuivi avec les deux tomes suivants, avant d’être attiré par d’autres lectures. Il faudrait peut-être que j’y retourne pour découvrir la suite.

Sauf retournement de situation improbable d’ici ce soir, ma dernière lecture de 2018 aura été Les Buddenbrook, le sublime roman de Thomas Mann qui nous décrit la vie d’une famille de négociants allemands sur plusieurs générations. Un chef d’oeuvre de la littérature allemande que je suis heureux d’être enfin pris le temps de lire.

Coups de coeur

Plusieurs livres m’ont suffisamment plu ou marqué cette année pour que je ressente le besoin de les citer ici :

Des hommes qui lisent (Edouard Philippe)

L’Aiglon à deux têtes (Jean-Marc Ligny et Patrick Cothias)

L’Histoire revisitée : Panorama de l’uchronie sous toutes ses formes (Eric B. Henriet)

Rien de s’oppose à la nuit (Delphine de Vigan)

Fatherland (Robert Harris)

Deux garçons, la mer (Jamie O’Neill)

La mort est mon métier (Robert Merle)

Ni partir ni rester (Julian Fuks)

Les jeunes gens (Mathieu Larnaudie)

Reunion (Fred Uhlman)

A Ladder to the Sky (John Boyne)

Avec toutes mes sympathies (Olivia de Lamberterie)

Idiss (Robert Badinter)

Qui a tué mon père (Edouard Louis)

Et en 2019 ?

Pour l’année qui s’annonce, j’hésite encore sur l’objectif que je souhaite me fixer. Je pourrais repartir sur un objectif de 52 livres, en sachant qu’il y a encore de très grandes chances que je l’atteigne dès le mois de juin ou juillet, ou partir tout de suite sur un objectif plus ambitieux mais réaliste autour d’une centaine de livres. A suivre …

Livres & Romans

Les Buddenbrook

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Les Buddenbrook est un classique de la littérature allemande signé de la main de Thomas Mann, à qui l’on doit également La Mort à Venise ou La montagne magique. Cela fait un moment que je voulais lire ce roman, dont le résumé proposé par l’éditeur français m’avait très vite attiré :

Les Buddenbrook, premier roman de Thomas Mann, devenu l’un des classiques de la littérature allemande, retrace l’effondrement progressif d’une grande famille de la Hanse au XIXe siècle, de Johann, le solide fondateur de la dynastie, à Hanno, le frêle musicien qui s’éteint, quarante ans plus tard, dans un pavillon de la banlieue de Lübeck.

Le style, tout en nuances, où l’émotion se teinte de connivence et d’ironie, d’affinités et de détachement, traduit parfaitement la relation que l’auteur entretient avec la réalité et accentue subtilement la transcription du lent processus de décadence.

L’ambition de Thomas Mann est considérable : narrer la destinée d’une famille de la bourgeoisie allemande au XIX° siècle. Au fil de ses 11 parties et ses 758 pages (en poche), nous suivons en effet la vie de plusieurs générations des Buddenbrook, une lignée de négociants de Lübeck, une ville du nord de l’Allemagne. Au début du récit, dans les années 1930, le consul Johann Buddenbrook est à la tête d’une compagnie familiale florissante. Son fils Johann est destiné à lui succéder après que son fils aîné ait été déshérité suite à son mariage « scandaleux » avec la fille d’un boutiquier.

Tout au long du récit, des mariages sont arrangés – oserais-je dire négociés ? – des enfants naissent, les personnages vieillissent et s’éteignent, laissant les reines à la génération suivante. Nous suivons ainsi une lignée de personnages auxquels il n’est pas toujours aisé de s’attacher mais que l’on suit tout de même avec délectation. Quand le roman s’achève, à la fin des années 1870, on quitte cette famille avec une certaine émotion.

Le récit n’est pas toujours palpitant, mais le rythme m’a semblé tout à fait adapté au sujet du roman. Avec ces petites aventures familiales, cette importance donnée à des affaires qui nous semblent aujourd’hui triviales, Thomas Mann dresse un portrait passionnant de la société allemande du XIXème siècle, en particulier de la bourgeoisie de l’Allemagne du nord. La déchéance progressive de la famille Buddenbrook est relatée de façon parfaite, l’exercice est parfaitement réussi à mes yeux.

Les Buddenbrook est une fresque familiale de grande qualité, un roman au long court dont le faux rythme ne doit pas faire oublier la richesse de ses personnages et la finesse psychologique et sociale de son propos.


Les Buddenbrook, Thomas Mann

Note : ★★★★☆

Comics & BD

Lectures BD en vrac #1

Pour des tas de raisons, j’ai eu un peu de mal à me motiver pour écrire régulièrement ici et parler de mes lectures. Je vais tout de même essayer de rattraper une partie de mon retard en faisant un bilan rapide de mes lectures récentes, en commençant par les BD.


Quartier lointain, Jiro Taniguchi

Un manga en deux volumes, qui m’a fait penser à Un ciel radieux du même auteur, et qui explore joliment les mêmes thèmes : l’adolescence, la vie adulte, le temps qui passe, la famille, le travail qui prend une énergie folle dans nos vies, etc.

J’ai lu les deux volumes en une matinée, cela se lit très bien et les dessins sont jolis, sobres mais plaisants. Le récit ne présente pas vraiment de surprise une fois qu’on a compris les thèmes que l’auteur veut aborder, mais c’est fait avec talent et une certaine poésie.

Note : ★★★★☆


Otto, l’homme réécrit, Marc-Antoine Mathieu

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Une bande dessinée atypique, difficile à résumer, et sans doute trop philosophique voire métaphysique pour moi. Je suis passé à côté.

Note : ★★☆☆☆


Homicide, une année dans les rues de Baltimore (tomes 1 à 3), Philippe Squarzoni

Un premier album captivant, l’adaptation d’un livre-documentaire de David Simon, également créateur de l’excellente série The Wire. Une plongée dans la brigade criminelle de la police de Baltimore, chargée des enquêtes sur les homicides.

Un deuxième album est peut-être encore meilleur que le premier. Il se concentre sur la frustration des inspecteurs confrontés à des affaires non résolues. Il parle également de l’importance de la scène de crime, mais aussi des rapports difficiles entre police et population majoritairement noire de Baltimore.

Le troisième album poursuit le récit d’enquêtes déjà évoquées dans l’album précédent, et s’attarde particulièrement sur l’art de l’interrogatoire. Passionnant !

Note : ★★★★☆


Ils ont fait l’Histoire : Jaurès

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Si j’avais beaucoup apprécié le volume consacré à Vercingétorix, qui mêlait habilement récit divertissant et Histoire richement documentée, cet album de la collection « Ils ont fait l’Histoire » sur Jean Jaurès m’a un peu déçu.

Il s’agit pourtant d’une personnalité pour laquelle j’ai beaucoup d’estime et d’admiration, une figure politique incontournable à laquelle se réfèrent encore souvent certains de nos représentants.

Malheureusement, si l’aspect historique de cet album reste excellent, le récit m’a semblé un peu aride et manquant de rythme. Les textes sont longs, bavards, et n’aident pas à plonger dans le récit qui revient, dans le désordre, sur plusieurs événements et engagements dans la vie de Jaurès.

Cela reste un vibrant hommage au fondateur du journal L’Humanité, à l’unificateur des socialistes français, et au combattant pour la paix avant la guerre de 14-18. Dommage que le récit ne soit pas totalement à la hauteur du personnage.

Note : ★★★☆☆


Le local, Gipi

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Une jolie bande dessinée sur la jeunesse de province italienne, avec ses aspirations, ses doutes, ses problèmes familiaux, et ses rêves pour l’avenir. C’est gentillet et plutôt touchant, servi par un dessin délicat.

Note : ★★★☆☆


Chute libre, carnets du gouffre, Mademoiselle Caroline

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Une très jolie bande dessinée dans laquelle l’auteur(e) nous raconte sans filtre sa dépression, ou plutôt sa dépression et ses rechutes. Des signes avant-coureur à la guérison, toujours fragile, en passant par le gouffre, c’est un récit touchant et authentique sur une maladie trop souvent sous-estimée.

Note : ★★★★☆


La terre des fils, Gipi

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Une jolie bande dessinée dans un cadre post-apocalyptique, avec des personnages attachants, un dessin subtil et un scénario touchant.

Note : ★★★★☆


Jour J, 27. Les ombres de Constantinople

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Une bande dessinée uchronique plutôt sympathique, où en 1453 le prince Vlad de la dynastie des Draculea se porte au secours de Constantinople, quand la capitale de l’Empire Byzantin est assiégée par les troupes du sultan de l’Empire Ottoman. La chute de Constantinople aura-t-elle lieu ?

Note : ★★★☆☆


Maus, Art Spiegelman

J’ai enfin lu ce qui est souvent présenté comme un chef d’œuvre de la bande dessinée.

J’ai trouvé la première partie très forte, même si j’attendais d’avoir lu la seconde pour me faire mon avis définitif.

La deuxième partie poursuit magistralement cette œuvre incroyablement riche.

Je comprends désormais pourquoi les critiques sont si élogieuses sur cette bande dessinée. Le récit historique est évidemment à la fois horrible et captivant, et j’ai aussi beaucoup aimé comment l’auteur raconte dans sa bande dessinée le processus de création de l’œuvre elle-même. Une très belle réussite, mémorable.

Note : ★★★★☆

 

Livres & Romans

Terra Australis

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Terra Australis est une bande dessinée de plus de cinq cent pages, signée LF Bollée pour le scénario et Philippe Nicloux pour le dessin. J’ai emprunté ce gros pavé à la médiathèque car l’ambition du scénariste, raconter la colonisation de l’Australie par les anglais à la fin du XVIII° siècle et au début du XIX° siècle, m’intéressait beaucoup.

Une des plus incroyables odyssées humaines de l’Histoire a eu lieu il y a un peu plus de 220 ans. Environ 1 500 hommes et femmes ont été déportés, entassés à bord de 11 navires, parcourant plus de 24 000 km sur trois océans. Ils étaient des bagnards, des forçats, des condamnés… le rebut de l’Angleterre ! On les a envoyés à l’autre bout du monde, dans un pays qui n’existait pas encore. Aller sans retour vers l’enfer ou chance inespérée d’une nouvelle vie ? Plus rien ne sera comme avant autour de ce nouveau monde, issu d’une terre ancestrale que les habitants d’origine appelaient Bandaiyan …

Le récit commence à Londres dans les années 1780. La misère est totale dans les rues londoniennes, la criminalité est au plus haut, et les prisons sont pleines. L’Angleterre vient de perdre sa colonie en Amérique, où les bagnards étaient souvent envoyés pour vider les prisons. Dans le Pacifique, un territoire a été découvert par le navigateur James Cook. L’idée commence à germer de monter une expédition vers cette terre encore inexplorée, avec le double objectif de se débarrasser de prisonniers encombrants et de fonder une nouvelle colonie de l’Empire britannique dans le Pacifique.

C’est ce voyage que nous raconte cette bande dessinée, en trois grandes parties : la préparation de l’expédition, le voyage lui-même, puis la colonisation de la côté est de ce qui deviendra l’Australie. Nous rencontrons alors plusieurs personnages que nous suivrons tout au long du périple, que ce soit des officiers de la Marine anglaise, des marins anonymes, des prisonniers envoyés de force dans le Pacifique, le révérend en charge de la foi de ses fidèles, ou un civil, ancien fonctionnaire d’un ministère britannique, qui place beaucoup d’espoir dans cette expédition.

 

J’ai trouvé les dessins très beaux, avec un noir et blanc qui colle parfaitement au récit. J’ai parfois eu un peu de mal à distinguer certains personnages, notamment parmi les officieux de la Marine, mais ce n’est pas très grave.

Le récit, bien que long, est passionnant. On suit parfaitement la préparation de l’expédition et le voyage lui-même. La dernière partie est peut-être plus rapide, mais elle reste intéressante et aborde parfaitement les relations complexes entre les colons britanniques et les aborigènes (les « naturels », comme les appellent alors les anglais). La question de l’esclavagisme est également évoquée lorsque les navires de l’expédition britannique croisent un bateau négrier d’où s’échappent les chants de désespoir de ses passagers arrachés à leur terre natale.

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire cette bande dessinée, passionnante et sans doute bien documentée. De la colonisation de l’Australie, je pense que nous connaissons tous l’histoire de ces bagnards envoyés dans le Pacifique pour peupler une nouvelle colonie, et j’ai trouvé très intéressant de découvrir cette histoire plus en détail, à travers des dessins magnifiques et des personnages forts.


Terra Australis, LF Bollée (scénario) & Philippe Nicloux (dessin)

Note : ★★★★☆

Livres & Romans

Paris dans les veines

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Je suis supporter du PSG depuis que je suis adolescent, depuis que j’ai commencé à m’intéresser au football. Avant même de quitter ma Champagne natale pour vivre 15 ans à Paris, j’aimais cette ville et son club. Je n’ai pas toujours été un supporter acharné, je me suis parfois détaché du club et du football en général, mais il a toujours eu une place particulière dans mon coeur.

Récemment encore, la catastrophique Remontada barcelonaise en 2017 et la piteuse élimination contre le Real Madrid en 2018 m’avaient poussé à penser que « ce n’est que du foot, il y a plus important dans la vie ». Et pourtant, les jours de grand match, la passion revient toujours. Mercredi dernier par exemple, le PSG recevait Liverpool pour un match décisif pour son avenir en Ligue des Champions : une victoire permettait de continuer à espérer, tout autre résultat aurait été catastrophique. Pendant la journée précédent le match, j’étais plutôt détaché. Et pourtant le soir-même, en écoutant le match à la radio, j’étais à nouveau tout fou sur les deux buts parisiens, frustré lors du penalty concédé par Paris et transformé par Liverpool, stressé comme jamais quand il a fallu tenir le score tout au long de la second période, et enfin soulagé et fier quand le coup de sifflet final a retenti.

Vous allez me dire que ma vie de supporter est très intéressante, mais que ce n’est pas forcément le sujet de cet article. Ce n’est pas totalement faux, je vous le concède ! Toutefois, cela s’en approche car le livre dont je vais vous parler est signé Damien Dole, supporter du PSG et par ailleurs journaliste sportif à Libération. Dans Paris dans les veines, 365 jours dans la peau d’un supporter du PSG, il nous propose de suivre ses réflexions de supporter pendant une année complète. Tout a commencé en fait pendant l’été 2017, quand la rumeur Neymar au PSG a commencé à enfler, et que Libération a proposé à Damien Dole de tenir une chronique quotidienne sur cette rumeur, dans la peau d’un supporter. Il a ensuite prolongé l’exercice toute l’année, pour nous proposer ce livre.

Dans ce livre, chaque entrée est un jour de l’année qui ouvre sur une histoire, qui tire un fil –une anecdote, un but, un joueur, une rencontre, une sensation. Et chaque phrase instruit l’idée qu’un supporter de club ne vit pas de la même manière que les autres. Une vie qui n’est pas meilleure ou pire, juste différente. La condescendance de ceux pour qui « ce n’est que du foot » n’y changera rien, car l’irrationalité des actes et des émotions est assumée.

Tout commence donc avec cet été fou qui a vu Paris « se payer » deux immenses stars du ballon rond : le génie brésilien Neymar et la pépite française Mbappé. La folie est lancée mi-juillet avec un tweet de Marcelo Bechler, un journaliste brésilien qui annonce que Neymar a choisi de quitter le Barca pour devenir le star incontestée du PSG. Je pense que tous les supporters parisiens se souviendront de cet été passé à guetter toutes les rumeurs, sur les sites d’information, sur les forums, et les comptes Twitter, avec les recherches sauvegardées sur « Neymar » actualisées toutes les cinq minutes pour voir si une nouvelle information ou rumeur est tombée. Damien Dole décrit parfaitement cette période.

On a vécu dix-neuf journées comme jamais avec le Paris SG. On a connu la joie de la Coupe d’Europe en 1996, la déception au même niveau de compétition l’année suivante, on a vécu les énièmes crises de novembre, la joie du 6-1 (un score qui suit le Paris SG depuis 1997) contre Montpellier avec un festival de Bošković, on se souvient de la banderole sur les Ch’tis qu’on a vue se déployer dans un anneau du Stade de France à quelques mètres au-dessus de nos têtes, puis le déferlement médiatique. On a vécu les soirées gelées dans le virage Auteuil ou en tribune G pour des matchs pourris joués par des mecs qui semblaient s’en foutre de porter les couleurs rouge et bleu, de nous voir là, prêts à les aduler, on a vécu le grand huit contre les Marseillais et la finale de la Coupe de France gagnée contre eux, qui nous ont donné un totem contre les vannes de nos amis supportant le club rival. On se rappelle les soirées tragiques et les morts lors des matchs contre l’Hapoël Tel-Aviv ou l’OM, on se souvient de Couly, on se souvient de Momo. On a vu la fin des ultras, donc d’une partie de notre vie et, dans l’ère suivante, on a vécu le premier titre à la télé, puis sur les Champs avec un bordel comme seule l’Ile-de-France sait en déployer. Tout ça, c’est ce qui a construit notre relation fusionnelle et passionnelle avec Paris, incompréhensible pour ceux qui ne sont fans d’aucun club et qui méprisent le football, voire le sport. Mais ce qui s’est passé depuis le 18 juillet et le tweet du journaliste brésilien Marcelo Bechler, non, jamais on ne l’avait vécu.

La suite est de la même veine : sous les yeux d’un supporter auquel il m’a été aisé de m’identifier, c’est toute la saison du PSG qui se déroule avec ses temps forts (le titre de champion de France acquis par une victoire de prestige 7-1 face au dauphin Monaco) et ses déceptions (le double échec contre le Real Madrid en Ligue des Champions). Je ne suis pas forcément d’accord avec toutes les prises de position de Damien Dole, mais j’ai quand même retrouvé pas mal de réflexions que je m’étais faites pendant l’année. Et puis un auteur qui adore Thiago Silva autant que moi ne peut être qu’un homme de qualité :

Pour Silva, donc, c’était une autre sensation. Celle de voir une bague de mariage s’insérer à notre doigt. La réunion de deux êtres, nous et lui, nous en admiration, lui en démonstration. Il n’a pas tardé à montrer que l’amour était justifié. Du coup, on supporte mal les critiques à son égard. On en a voulu à Dunga, le sélectionneur brésilien qui l’a rejeté, aux personnes, fans du PSG parfois, qui ont critiqué ses pleurs et son émotivité. On le sait irréprochable sur le terrain, tant pis pour le reste. « Certains capitaines sont aimés. D’autres sont respectés. Thiago, ce n’est ni l’un ni l’autre. » Par ses mots, un ancien joueur du PSG, sous couvert d’anonymat, nous fend le cœur. Une nouvelle attaque contre notre modèle, à quelques jours du choc de la saison. On est énervé et triste. On se sent attaqué dans notre chair, comme si c’était notre amour pour lui et ses gestes qui étaient tournés en ridicule. L’amour ne rend pas aveugle : il éclaire et montre ce que les autres ne voient pas.

Sans oublier cette jolie pique à Canal Plus, alors à la fois propriétaire du PSG et diffuseur de la Division 1, qui avait refusé le titre de champion de France 1993 duquel l’OM avait été déchu, pour ne pas se fâcher avec les abonnés sudistes :

Le « Campus PSG », nom donné au futur lieu, doit voir le jour en 2020, une fois les fouilles archéologiques préventives réalisées. Peut-être qu’on y retrouvera le titre de champion de France de 1993 jamais attribué.

Le livre est passionnant, surtout au début. La dernière partie, une fois passée l’élimination en Ligue des Champions face au Real, est moins prenante. Tout un symbole de la saison 2017-2018 du PSG, qui est passé des espoirs fous du mercato à un nouvel échec sur la scène continentale. Qu’importe :

Le plaisir est immense, la saison a repris, ou plutôt il n’y a plus que le foot qui compte. La substance rouge et bleu coule de nouveau dans nos veines, comme depuis notre naissance. Et coulera ainsi pour l’éternité.


Paris dans les veines, Damien Dole

Note : ★★★★☆