Super-héros, une histoire politique

Super-héros, une histoire politique est un ouvrage publié en octobre 2018 chez Libertalia, un éditeur que j’ai découvert à cette occasion. Son auteur, William Blanc, est un historien médiévaliste, spécialiste des cultures populaires, qui s’était notamment fait connaître en co-signant en 2013 avec Aurore Chéry et Christophe Naudin Les Historiens de garde , un livre qui s’attaquait à la façon dont des personnalités comme Lorànt Deutsch ou Patrick Buisson racontaient l’Histoire comme un roman national à des fins idéologiques.

Le propos est tout autre ici, avec le livre consacré aux comics, aux super-héros, et à la façon dont ces oeuvres populaires ont aussi été tout au long de leur histoire des outils politiques et idéologiques.

Cinéma, séries télévisées, romans, jeux… les super-héros, nés il y a quatre-vingts ans avec l’apparition de Superman, ont envahi la culture populaire planétaire.

Loin d’être un simple produit de divertissement, le genre super-héroïque a été pensé dès son origine comme un outil politique par des auteurs issus de milieux modestes. Captain America a ainsi été créé par deux auteurs juifs pour corriger Hitler dans des comics avant même que les Etats-Unis n’entrent en guerre, alors que Wonder Woman a été pensée pour promouvoir l’émancipation des femmes.

D’autres super-héros ont rapidement eu pour fonction de faire croire à l’existence d’un futur radieux à portée de main dans lequel le modèle démocratique se répandrait sur l’ensemble du globe pour triompher des tyrannies ” féodales ” totalitaires. Plus tard, de nouveaux personnages plus troubles ont symbolisé une Amérique en plein doute, frappée de plein fouet par la crise pétrolière et la défaite au Vietnam, puis le 11 septembre 2001.

Evoquant tour à tour Superman, Batman, WonderWoman, Captain America, Namor, l’Escadron suprême, Black Panther, Luke Cage, Green Arrow, Red Sonja, Howard the Duck, Punisher, Iron Man, les super LGBT et Wolverine, cet ouvrage se propose d’explorer les discours politiques qui se cachent derrière le masque des surhumains.

Après une très bonne préface signée Xavier Fournier, l’un des plus grands spécialistes français des comics, et une brève introduction par l’auteur, le corps du livre se compose de 28 chapitres, chacun étant consacré à un super-héros ou un phénomène particulier, l’ordre étant principalement chronologique.

Après un premier chapitre sur la naissance des super-héros et notamment la symbolique des châteaux médiévaux par opposition au futur, on commence par le premier super-héros, Superman, symbole du futur et d’une Amérique en pleine ascension. Suit Batman, plus sombre et qui interroge sur les crises urbaines. L’auteur montre bien l’opposition entre les deux héros et notamment leurs villes respectives : Métropolis et Gotham City étant les deux faces d’une même pièce : la ville américaine, tour à tour stimulante et angoissante.

Wonder Woman apparait ensuite comme un symbole de libération pour les femmes, quand Captain America réunit toute l’Amérique contre un ennemi commun : le fascisme. Dans les années 1960 et 1970, d’autres super-héros vont faire leur apparition et coller à l’actualité et aux préoccupations des américains et du monde en général : Namor pour la décolonisation en l’Afrique, Black Panther pour la lutte pour les droits civiques, Green Arrow pour la question sociale, etc.

L’auteur évoque également des super-héros que je ne connaissais pas ou très peu, comme Red Sonja, une barbare alliée de Conan, devenue égérie du féminisme, Howard the Duck, candidat à l’élection présidentielle de 1976 face à Ford et Carter.

Sont également évoqués le Punisher, pendant violent de Captain America, lui aussi ancien combattant d’une guerre (d’abord le Vietnam puis l’Afghanistan) et qui prend les armes pour se venger des criminels qui ont massacré sa famille, Iron Man, un chevalier qui fait s’interroger sur l’industrie de l’armement et le rôle des Etats-Unis à l’international, ou Wolverine, anti-héros ou “dernier” super-héros, symbole d’un pessimisme ambiant sur l’avenir de notre monde.

Plusieurs chapitres disséminés au fil du livre, mais toujours de façon logique, abordent des sujets transversaux : la réutilisation d’anciennes images pour les comics (la figure de Jeanne d’Arc ou le mythe arthurien), les rapports entre super-héros et baseball, et les questions LGBTQ dans un chapitre passionnant.

Ce livre fait plus de 350 pages mais je l’ai lu en moins de trois jours. D’abord car il m’a passionné : j’ai dévoré chaque chapitre en étant impatient de lire le suivant. Ensuite car l’ouvrage est truffé d’illustrations : chaque chapitre s’achève avec en moyenne une dizaine d’images référencées dans le texte, et il y a également un cahier couleur de 32 pages au milieu du livre. Enfin, car l’auteur mêle parfaitement culture populaire et histoire sociale et politique, ce qui était semble-t-il son objectif : il est largement atteint avec cet ouvrage captivant !


Super-héros, une histoire politique, William Blanc

Note : ★★★★☆

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About Zéro Janvier

Blogueur. Lecteur obsessionnel, sériephile assidu, cinéphile occasionnel, amateur de comics. Citoyen engagé.