Le monde à nos pieds

Le monde à nos pieds est le premier roman de Claire Léost, à paraître le 27 mars prochain chez JC Lattès. Sur NetGalley.fr, le résumé m’a tout de suite donné envie de le lire :

Paris. Septembre 1994. Tandis que la France se prépare à enterrer les années Mitterrand, Louise, jeune fille sage débarquée de sa banlieue, fait son entrée à Sciences-Po, certaine d’avoir rendez-vous avec son destin.

Dans le hall de la rue Saint-Guillaume, où l’on débat du marxisme et du libéralisme sous un épais nuage de fumée, elle se lie avec une bande d’élèves. Il y a Lucas, le militant d’extrême-gauche romantique. La sublime et pétillante Finette. Katel, d’origine africaine, passionnée par Bourdieu. Max, le chiraco-gaulliste solitaire. Et Stan, qui se destine à la présidence de la République. Trois filles et trois garçons promis à un brillant avenir, et que ces années à Sciences-Po vont lier à jamais.

Ensemble, ils découvrent tout  : l’engagement et le combat politique, les tourments de l’amitié et de l’amour. Mais quand les espoirs romantiques de leur adolescence se heurtent à l’injustice et à la violence, tous se retrouvent confrontés à leur incapacité à changer le monde. Les années passent, et ils porteront le poids des secrets, des fautes et des regrets nés de cette époque. Vingt ans plus tard, en pleine effervescence macronienne, le temps sera venu d’affronter ou d’être rattrapé par les fantômes de ces trois années.

Le Monde à nos pieds restitue ce moment si particulier où l’on découvre que grandir c’est renoncer, et que toute réussite a un prix. Il explore le mystère de ces fils invisibles qui nous relient, et que le temps attaque sans parvenir à rompre.

Les années 1994-1997 qui servent de cadre aux deux premiers tiers du roman sont celles où j’ai commencé à m’intéresser à la politique : c’est donc avec un certain plaisir et un brin de nostalgie que j’ai replongé dans les événements qui ont marqué le début de ma vie de citoyen : l’atmosphère de fin de règne à l’issue du deuxième mandat de François Mitterrand, le renoncement de Jacques Delors annoncé face à Anne Sinclair dans Sept sur Sept avant l’élection présidentielle de 1995, la campagne marquée par l’affrontement fratricide entre Jacques Chirac et Edouard Balladur, la percée inattendue de Lionel Jospin au premier tour qui réveille en partie la gauche, et la victoire de celle-ci aux législatives anticipées en 1997 suite à la dissolution provoquée par le président Chirac.

J’ai dévoré ce livre car même si certains passages sont plus faibles que d’autres, c’est une chronique prenante du milieu des années 90 d’un point de vue politique, avec ces jeunes étudiants plus ou moins idéalistes ou au contraire déjà cyniques, et plus ou moins sincères dans leur engagement.

Si je n’ai pas forcément été passionné par les histoires de coeur des six personnages du roman, j’ai bien aimé ce récit à plusieurs voix avec des personnalités affirmées et qui représentent autant de stéréotypes : l’opportuniste prêt à changer de camp pour faire carrière, l’idéaliste gauchiste, la noire qui cherche encore sa voie mais qui refuse d’être l’africaine de service, etc.

La troisième partie, qui se déroule au printemps au moment de l’événement du « nouveau monde » macroniste et de l’entrée de son champion à l’Elysée, m’a un peu moins plu. Je ne sais pas si les destinées des personnages, vingt ans après leur passage à Sciences-Po, se veulent surprenantes mais elles ne l’ont pas vraiment été pour moi. Malgré tout cel reste intéressant, avec un arrière-goût de désillusion et de renoncement qui m’a semblé juste et adapté à notre époque.

Tout n’est pas parfait dans ce roman, je pense même que certains n’y trouveront pas leur compte, mais j’y ai trouvé un certain charme et je dois dire que j’ai été captivé presque du début à la fin. Plutôt bon signe au moment de faire le bilan !

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About Zéro Janvier

Blogueur. Lecteur obsessionnel, sériephile assidu, cinéphile occasionnel, amateur de comics. Citoyen engagé.