Livres & Romans

Je pense mieux : Vivre heureux avec un cerveau bouillonnant, c’est possible !

Je continue ma lecture de livres de développement personnel avec mes préoccupations du moment. J’ai beaucoup aimé Je pense trop de Christel Petitcollin avant d’être un peu déçu par J’arrête de trop penser de Béatrice Lorant. Cette fois, j’ai lu la suite du très bon livre de Christel Petitcollin : après Je pense trop, le temps est venu de lire, et dire, Je pense mieux.

La parution de Je pense trop a été (et est encore !) une aventure extraordinaire. Je n’avais jamais reçu autant de lettres, d’e-mails, de posts, de textos à propos d’un de mes livres ! Vous m’avez fait part de votre enthousiasme, de votre soulagement et vous m’avez bombardée de questions : sur les moyens d’endiguer votre hyperémotivité, de développer votre confiance en vous, de bien vivre votre surefficience dans le monde du travail et dans vos relations amoureuses… Vous avez abondamment commenté le livre.

Je me suis donc appuyée sur vos réactions, vos avis, vos témoignages et vos astuces personnelles pour répondre à toutes ces questions. Je pense trop est devenu le socle à partir duquel j’ai élaboré avec votre participation active de nouvelles pistes de réflexion pour mieux gérer votre cerveau.

Je pense mieux est un livre-lettre, un livre-dialogue, destiné aux lecteurs qui connaissent déjà Je pense trop et qui en attendent la suite.

Je pourrais dire que tout est dans le titre, mais ce serait un trop gros raccourci. Si Je pense trop était beaucoup dans le diagnostic, et j’avais d’ailleurs regretté que la partie consacrée aux conseils pratiques soit un peu légère, cette suite a une vocation plus concrète. Son sous-titre est d’ailleurs porteur d’une promesse : Vivre heureux avec un cerveau bouillonnant, c’est possible !

Je ne sais plus combien de temps s’est écoulé entre la parution de Je pense trop et de sa suite, mais Christel Petitcollin affirme avoir reçu un abondant courrier provenant de personnes qui se sont reconnues dans son livre. Dans ce flux de retours par les premiers concernés, certaines remarques l’ont amusé, d’autres l’ont surprise, certaines l’ont conforté dans ce qu’elle pressentait ou savait, d’autres enfin lui ont permis d’affiner ou de compléter sa connaissance du sujet.

Comme elle n’a pas pu répondre individuellement à chaque courrier, l’auteur nous explique avoir décidé d’écrire ce second livre pour répondre aux interrogations et aux remarques qu’elle a reçues suite à la publication du premier. Elle présente ainsi ce livre comme un dialogue avec ses lecteurs, avec à la fois des réponses à leurs questions et des compléments sur des sujets non évoqués ou survolés dans le premier livre.

Si on met évidemment de côté son aspect commercial (surfer sur une vague est souvent rentable), la démarche m’a semblé intéressante. Le résultat m’a par contre laissé sur ma faim. Il y a du bon dans ce livre, mais aussi des choses qui m’ont moins intéressé quand elles ne m’ont pas agacé.

Il m’a semblé que l’auteur voulait aborder de nombreux sujets, cherchant à leur trouver un lien, parfois tiré par les cheveux, avec la surefficience mentale. Ainsi, j’ai trouvé passionnante les chapitres sur le jumeau perdu ou le chamanisme mais je ne suis pas certain d’y voir un rapport évident avec le sujet qui m’intéressait tout d’abord en lisant ce livre.

A l’inverse, j’ai apprécié les chapitres où l’auteur parle de trouver sa voie, ce qui anime notre âme et notre esprit. C’est sans doute parce que c’est au coeur de mes préoccupations actuelles, j’y ai en tout cas trouvé des éléments intéressants pour alimenter mes réflexions en cours et à venir.

Le ton m’a parfois semblé condescendant, voire agressif dans certains passages. J’ai également noté une obsession de l’auteur sur la question des manipulateurs, encore une fois omniprésents dans cette suite après avoir déjà occupé une grande place dans ce premier. J’ai bien compris que la vision de Christel Petitcollin est de diviser le monde en 3 parties : les sur efficients d’une part, les manipulateurs de l’autre, et au milieu ce qu’elle appelle les « normo-pensants », c’est-à-dire la majorité de l’humanité. Je ne suis pas convaincu de la pertinence de ce découpage et j’ai été gêné de retrouver cet aspect aussi souvent dans le propos de l’auteur.

Dans l’ensemble, il y a du bon à tirer de ce livre, malgré une volonté de l’auteur de ratisser large en parlant de sujets multiples, aves influences multiples et hétéroclites, sans forcément suivre une ligne directrice. Cela m’a donné une impression de fourre-tout, avec des étagères-chapitres remplies d’objets intéressants voire essentiels, et d’autre plus dispensables. Chacun y trouvera sans doute son compte.


Je pense mieux : Vivre heureux avec un cerveau bouillonnant, c’est possible !, Christel Petitcollin

Note : ★★★☆☆

Livres & Romans

J’arrête de trop penser

En ce moment, je lis pas mal de livres de « développement personnel ». Je mets des guillemets car je n’aime pas trop ce terme, avec ce qu’il m’évoque et ce qu’il véhicule comme clichés et à priori. Malgré cette réticence, depuis quelque temps je m’intéresse d’assez près à certains sujets de psychologie et de développement personnel, cela m’aide à traiter certaines préoccupations que j’ai sur mes besoins, mes attentes, mon travail, mes projets, etc.

Ainsi, je vous avais parlé des livres de Vadim Zeland sur le Transurfing et tout récemment du très bon Je pense trop : comment canaliser ce mental envahissant de Christel Petitcollin. Sur le même thème que ce dernier livre, je viens de lire dans la foulée un petit bouquin intitulé J’arrête de trop penser, signé Béatrice Lorant, journaliste dans la presse féminine principalement.

Vous pensez tout le temps… À la lessive que vous avez oublié de lancer avant de partir au travail, à la réflexion de votre supérieur hiérarchique sur le dossier que vous venez de lui présenter, au choix du « bon » gâteau pour l’anniversaire de votre fils ou de votre fille… Et le soir venu, impossible de vous relaxer et de dormir immédiatement, vous ressassez…

Pas de panique, vous êtes « juste » hyperpenseur ! Faites une pause et apprenez à dompter votre bouillonnant cerveau pour éviter le burn-out !
Pour y parvenir, Béatrice Lorant, hyperpenseuse (qui aujourd’hui le vit bien !), vous invite à :

– clarifier vos idées pour devenir intellectuellement plus productif

– soigner votre corps et votre esprit

– libérer votre créativité

– penser moins pour penser mieux

TOUTES LES CLÉS POUR LÂCHER PRISE ET ÊTRE PLUS ZEN !

J’ai peut-être commis un erreur en enchainant la lecture de deux livres sur le même sujet. J’ai ainsi trouvé dans celui-ci beaucoup de notions déjà découvertes ou évoquées dans le précédent. J’ai d’ailleurs trouvé que celui-ci était un peu moins pertinent et détaillé que celui de Christel Petitcollin. Le ton, plus léger, m’a également semblé différent et j’y ai été moins sensible.

Là où ce livre se distingue de Je pense trop : comment canaliser ce mental envahissant, c’est sur la partie conseils pratiques, beaucoup concrète et développée. J’ai toutefois regretté que ces conseils soient peu inventifs et se contentent de proposer des choses souvent déjà connues. Faire du sport, libérer sa créativité, être bienveillant avec soi : tout cela me semble d’excellentes idées mais j’ai envie de dire que j’y ai déjà pensé et que la difficulté n’est pas dans le fait d’identifier le besoin mais dans le passage à l’action, dans le fait de lever les freins pour se lancer.

Tout cela donne, à la fois à cause du ton employé par l’auteur et pas la nature du propos, un petit côté « livre de recettes miracles » face à des problèmes qui ne se règlent pourtant pas simplement en claquant des doigts.

Dans l’ensemble, ce petit livre d’environ 180 pages en poche est plutôt intéressant mais plutôt comme un point de départ avant d’aller plus loin dans d’autres ouvrages plus développés, plus détaillés. En tout cas, j’en suis sorti en restant un peu sur ma faim.


J’arrête de trop penser, Béatrice Lorant

Note : ★★★☆☆

Livres & Romans

Je pense trop : comment canaliser ce mental envahissant

Je pense trop, sous-titré Comment canaliser ce mental envahissant est un livre de psychologie, ou de développement personnel, écrit par Christel Petitcollin et publié en 2010 chez Guy Trédaniel Editeur. Je ne connaissais pas du tout l’auteur mais j’avais entendu parler de ce livre de façon élogieuse dans une discussion sur Twitter entre des personnes généralement de bon conseil. Comme le sujet m’interpellait et pouvait potentiellement m’intéresser, je me suis laissé tenter.

Qui pourrait penser qu’être intelligent puisse faire souffrir et rendre malheureux ? Pourtant, je reçois souvent en consultation des gens qui se plaignent de trop penser. Ils disent que leur mental ne leur laisse aucun répit, même la nuit. Ils en ont marre de ces doutes, de ces questions, de cette conscience aiguë des choses, de leurs sens trop développés auxquels n’échappe aucun détail. Ils voudraient débrancher leur esprit, mais ils souffrent surtout de se sentir différents, incompris et blessés par le monde d’aujourd’hui. Ils concluent souvent par : « Je ne suis pas de cette planète ! »

Ce livre propose des cours de mécanique et de pilotage de ces cerveaux surefficients.

Comme son titre l’indique, ce livre s’adresse surtout aux personnes qui pensent trop, qui sont envahis par leur mental, par leurs pensées. Evidemment, cela va au-delà de cela, et Christel Petitcollin égrène les caractéristiques et les comportements de ces personnes qui les distinguent de la grande majorité des autres personnes qu’elles rencontrent : hypersensiblité, hypérafféctivité, mémoire très développée et détaillée, schéma de raisonnement en arborescence, idéalisme, croyance dans un systèmes exigent de valeurs inamovibles, etc.

L’auteur montre bien comment ces singularités ont un impact sur la vie sociale et sur l’estime de soi : elles peuvent isoler du reste de la population et être sources d’incompréhension, de rejet, d’un sentiment de décalage avec les autres, de repli sur soi, et donc de souffrance.

Une fois ce « diagnostic » établi, la troisième et dernière partie aborde des solutions, sous la forme de conseils à la fois généraux et pratiques. J’ai peut-être trouvé cette partie un peu plus légère que les deux précédentes. C’est pertinent, mais j’ai trouvé que cela restait parfois superficiel.

En sortant de cette lecture, je suis un peu perplexe. Je me suis reconnu en partie dans le portrait-robot établi par l’auteur : certains éléments m’ont semblé totalement ressembler à mon vécu, quand d’autres me sont apparus plus éloignés de moi ou de ma façon de me voir. J’ai un peu de mal à savoir si ce livre s’adresse vraiment à moi, même si j’en ai tiré des éléments vraiment intéressants.

Par contre, pas de doute, ce livre est très bien écrit et passionnant. Ma perplexité tient plus à mon doute sur le « diagnostic » appliqué à moi-même qu’à la qualité du livre. Si vous vous reconnaissez, ou si vous reconnaissez quelqu’un de votre entourage proche dans ce que décrit ce livre, nul doute qu’il vous sera très utile !

Pour ma part, je suis assez tenté de lire la « suite », Je pense mieux : vivre heureux avec un cerveau bouillonnant, c’est possible ! qui m’apportera peut-être des réponses à mes doutes et plus de conseils pratiques.


Je pense trop : comment canaliser ce mental envahissant, Christel Petitcollin

Note : ★★★★☆

Livres & Romans

Apprendre à lire

Il y a des livres que je découvre un peu par hasard, sans me souvenir des circonstances exactes dans lesquelles cette découverte s’est faite. C’est le cas avec Apprendre à lire, un roman de Sébastien Ministru. J’ai dû découvrir le résumé un jour et être suffisamment tenté pour l’acheter puis le lire.

Approchant de la soixantaine, Antoine, directeur de presse, se rapproche de son père, veuf immigré de Sardaigne voici bien longtemps, analphabète, acariâtre et rugueux. Le vieillard accepte le retour du fils à une condition : qu’il lui apprenne à lire. Désorienté, Antoine se sert du plus inattendu des intermédiaires : un jeune prostitué aussitôt bombardé professeur. S’institue entre ces hommes la plus étonnante des relations. Il y aura des cris, il y aura des joies, il y aura un voyage.

Le père, le fils, le prostitué. Un triangle sentimental qu’on n’avait jamais montré, tout de rage, de tendresse et d’humour. Un livre pour apprendre à se lire. 

Je ne connaissais pas du tout Sébastien Ministru, dont Wikipedia m’apprend qu’il s’agit d’un journaliste belge né au début des années 1960. Le narrateur étant un directeur de presse qui approche de ses soixante ans, je ne peux pas m’empêcher de me demander quelle est la part de fiction et d’auto-biographie dans ce roman.

Quoiqu’il en soit, c’est une jolie histoire autour de la relation père-fils, de la filiation, de la transmission, avec un récit bien construit et qui sort de l’ordinaire. Ce qui fait le sel de ce roman, c’est évidemment le fait que par un retournement des habitudes ce soit le fils qui prenne en charge, d’abord directement puis à travers un tiers, l’apprentissage de la lecture et de l’écriture par son père. Cela donne des situations étonnantes mais bien écrites et parfois touchantes.

La présence d’un troisième larron, ce Ron que le narrateur rencontre d’abord comme escort avant d’apprendre qu’il se destine au métier d’instituteur, apporte également quelque chose au récit. Le prostitué reconverti en professeur sert de lien entre le père et le fils qui n’ont jamais appris à se parler.

Au-delà de l’apprentissage de la lecture et de l’écriture par le père, c’est aussi une histoire sur un père et son fils qui doivent apprendre à se parler, à se comprendre, après des décennies d’éloignement plus ou moins volontaire.

Il y a quelque chose de très beau dans ce roman. Il est court (160 pages), se lit facilement et rapidement, avec un style simple, mais il est riche par son contenu en allant à l’essentiel. « Pas la peine d’en rajouter », comme le disait cette vieille publicité pour une marque de café. Parfois, cela suffit, et c’est très bien ainsi.


Apprendre à lire, Sébastien Ministru

Note : ★★★★☆

Comics & BD

La Présidente, 2. Totalitaire

Après un premier volume qui m’avait beaucoup plu, j’avais hâte de découvrir la suite de la bande dessinée de politique-fiction La Présidente signée François Durpaire sur des illustrations de Farid Boudjellal. Le deuxième album, titré Totalitaire, reprend le récit après la fin du premier.

Après six mois d’exercice du pouvoir, Marine Le Pen a conduit le pays au bord du gouffre : isolée sur le plan diplomatique, théâtre de heurts toujours plus violents à l’intérieur de ses frontières et dans un contexte économique alarmant, la France est dans l’impasse. Apothéose de cette situation catastrophique, le Président de l’Assemblée Nationale Florian Philippot, a été kidnappé.

La Présidente : Totalitaire, dévoile la fuite en avant d’une Marine Le Pen acculée, débordée sur sa droite. Sous la pression du bloc identitaire, le gouvernement remanié opère un tour de vis sécuritaire effrayant. Les étrangers sont toujours plus stigmatisés, les médias d’opposition muselés, la culture reprise en main par le pouvoir. Le tournant est aussi économique : la Présidente paye la sortie de l’Euro et le protectionnisme qui avaient marqué le début de son mandat. Elle est contrainte de mener une politique d austérité.

Construite sur un aller-retour temporel entre la vie politique du quinquennat et la campagne de l’élection présidentielle de 2022, la narration réserve son lot de rebondissements et sa dose de suspens. 

Je ne vais pas revenir sur les illustrations, qui sont du même acabit que dans le premier album : sobres, pas toujours très esthétiques, mais efficaces et d’un réalisme parfois glaçant.

Le récit m’a moins plu que dans le premier volume : il m’a semblé que François Durpaire allait encore plus loin, au risque de forcer le trait par moment. Si le premier album était glaçant de réalisme, celui-ci oscille entre la mise en garde sérieuse et un excès qui peut être contre-productif. Les rebondissements de ce deuxième volume m’ont parfois semblé totalement saugrenus, peu crédibles. J’espère d’ailleurs avoir raison, car l’avenir imaginé par François Durpaire ne donne pas envie de le vivre.

J’ai globalement été un peu déçu après un premier album très réussi. Celui-ci l’est un peu moins, même si cela reste une lecture, sinon agréable car le thème est trop important pour parler de plaisir ou de confort, mais intéressant.

Il me reste maintenant à attendre que le troisième tome soit disponible à la médiathèque pour découvrir la suite (et la fin ?) de cette politique-fiction en BD.


La Présidente, 2. Totalitaire, François Durpaire (scénario) & Farid Boudjellal (illustrations)

Note : ★★★☆☆

Comics & BD

La Présidente (1)

La Présidente est une bande dessinée de politique-fiction signée François Durpaire au scénario et Farid Boudjellal au dessin. Dans cet album publié en 2015, un peu moins de deux ans avant les élections présidentielles de 2017, ils imaginent l’élection de Marine Le Pen comme Présidente de la République, les premiers mois de son mandat et les effets de l’application de son programme présidentiel.

Et si le 7 mai 2017, d’une poignée de voix, Marine Le Pen était élue Présidente de la République ?

L’universitaire et historien François Durpaire et le dessinateur Farid Boudjellal racontent l’onde de choc qui suivrait en France et en Europe.
Aidés d’une équipe d’experts, ils nous font assister à l’inimaginable : l’intronisation de Marine Le Pen, la composition d’un nouveau gouvernement, l’application minutieuse et à marche forcée du programme du Front National.

Née de la guerre d’Algérie, la Ve République donne au Chef de l’État les pouvoirs les plus étendus de toutes les démocraties du monde. Comment Marine Le Pen pourrait-elle en profiter ? Quels contre-pouvoirs pourraient s’y opposer en France et en Europe ? 

Je n’ai pas eu la chance de découvrir cette bande dessinée avant l’élection présidentielle de 2017, je ne saurai donc jamais si j’aurais pu être convaincu par le scénario envisagé par l’auteur si je l’avais lu avant le vote. Dans son avant-propos, François Durpaire présente les hypothèses qu’il a prises pour permettre l’accession de Marine Le Pen à l’Elysée : « une victoire de Nicolas Sarkozy aux primaires de la droite, l’émergence d’une forte candidature centriste, voire d’une candidature dissidente chez les Républicains, l’élimination du candidat Sarkozy suite aux divisions de la droite, puis l’absence de report des voix de droite vers le candidat de gauche, François Hollande ».

On le sait, cela ne s’est pas passé ainsi. Nicolas Sarkozy n’a pas remporté les primaires à droite, et si une candidature qualifiée de centriste a effectivement émergé avec Emmanuel Macron, le candidat en question a fait mieux que menacer le candidat de droite et l’empêcher d’accéder au second tour au profit de François Hollande, il s’est lui-même qualifié pour battre Marine Le Pen au second tour, profitant à la fois de la faiblesse du candidat Fillon embourbé dans les affaires et de la gauche sociale-démocrate après le renoncement de François Hollande.

Ainsi, François Durpaire n’a pas visé totalement juste, mais était-ce vraiment l’objectif ? D’ailleurs, il ne s’est pas trompé sur tout. Quand on lit dans l’album les manoeuvres de Marine Le Pen pour diviser la droite en vue des législatives en nommant un Premier Ministre issu des Républicains et attirant autour d’elles des figures de la droite compatibles idéologiquement avec elle, on ne peut s’empêcher de penser à Emmanuel Macron nommant Edouard Philippe et ralliant à lui des personnalités de la droite dite modérée pour rejoindre son gouvernement.

Bref, l’essentiel est ailleurs. Cette bande dessinée vise un objectif principal : imaginer ce qui pourrait se passer en France et dans le monde en cas d’accession de la candidate d’extrême-droite à la fonction suprême. Pour cela, l’auteur s’appuie directement sur les mesures décrites dans le programme du FN (pardon, RN désormais) et tente d’en analyser les conséquences économiques, sociales, diplomatiques, etc. Evidemment, l’exercice ne peut pas être totalement neutre, et les auteurs ne cachent pas leurs opinions, nettement défavorables à Marine Le Pen.

L’exerice est forcément périlleux mais le résultat est esaisissant et glaçant. J’ai trouvé les illustrations assez pauvres, quoique très ressemblantes quand il s’agit des portraits des nombreuses personnalités politiques et médiatiques qui apparaissent dans l’album. Le récit par contre est captivant. Rien de tout cela ne m’a semblé complètement délirant, et c’est sans doute le plus inquiétant.

Je sais que deux autres tomes ont été publiés pour faire suite à celui-ci, je vais tenter de les emprunter prochainement à la médiathèque pour découvrir la suite de cette politique-fiction en bande dessinée.


La Présidente (1), François Durpaire (scénario) & Farid Boudjellal (illustrations)

Note : ★★★★☆

Livres & Romans

Toi, tu as la haine !

Librinova est une maison d’auto-édition qui me contacte régulièrement pour me proposer de recevoir gracieusement un exemplaire numérique des romans de leurs auteurs. Parfois, je fais l’impasse quand le résumé et le dossier de presse ne me disent rien. D’autres fois, je laisse sa chance à un auteur et son roman, quand quelque chose me titille et me donne suffisamment envie de tenter la découverte. C’est ce qui s’est passé récemment avec Raphaëlle Ahme et son roman Toi, tu as la haine !

Si le résumé ne m’avait pas totalement emballé, il y avait cependant suffisamment d’éléments pour attirer mon attention, notamment les passions artistiques – et surtout littéraires – de sa protagoniste et l’évocation de l’évolution de l’hôpital public.

Musicienne amatrice, Gabrielle est aussi danseuse et passionnée de littérature. Son métier et les activités artistiques qu’elle a développées de manière cathartique l’ont-ils sauvée d’une enfance trop sérieuse et dénuée de chaleur maternelle ? J.S. Bach, le flamenco, Rachmaninov, Tolstoï, le tango argentin, Dumas… Son combat contre elle-même qu’a été sa vie a-t-il suffi ?

Avec beaucoup de lucidité, d’humour et d’autodérision, convoquant ses souvenirs, tristes ou joyeux, et les personnes qu’elle a côtoyées, sa famille et ses amis, elle tente de répondre à cette question, jusqu’à la déflagration de l’impensable diagnostic.

En tant que soignant, elle témoigne aussi, de l’intérieur, d’une activité en plein essor exercée au lit du patient, la pharmacie clinique et de la dérive managériale des hôpitaux.

Le roman comporte 248 pages et se lit facilement. Le style est fluide, peut-être un peu plat, sans que cela me dérange outre mesure. Le récit est avant tout la chronique d’une vie, que j’imagine au moins en partie autobiographique. La narratrice, Gabrielle, nous parle de son enfance, de son adolescence puis de sa vie d’adulte.

L’ombre de sa mère, stricte et peu aimante, est omniprésent tout au long du roman, qui n’est pas vraiment un règlement de compte entre une fille et sa mère mais parle tout de même sans détour de leur relation complexe, comme l’est d’ailleurs celle entre Gabrielle et sa fille cadette.

Ce n’est pas inintéressant, quoiqu’un peu décousu par moment. La structure narrative est symptomatique : si la plupart des chapitres suivent un ordre chronologique, des intermèdes se déroulent à une période plus récente, et écrits par ailleurs à la troisième personne du singulier alors que Gabrielle s’exprime à la première personne dans les autres chapitres. Je n’ai pas vraiment compris ce que ce découpage et cette singularité de point de vue apportait à la lecture.

Autre exemple : vers la fin du roman, l’auteur nous parle des conditions de travail dans l’hôpital où Gabrielle dirige le service de pharmacie. Elle attaque frontalement les politiques publiques de santé et la dérive de la gestion des hôpitaux par des administrateurs obsédés par des indicateurs plutôt que par la qualité des soins, la prise en charge efficace des patients et les conditions de travail des soignants. C’est intéressant, même si cela arrive un peu comme un cheveu sur la soupe.

C’est d’ailleurs le plus gros reproche que je ferai à ce roman : comme c’est la chronique de la vie d’une femme de son enfance à son âge adulte, il aborde beaucoup de sujets sans forcément choisir son camp. C’est à la fois un roman sur la famille, la maternité, l’amour, le deuil, l’hôpital, c’est tout cela à la fois sans être totalement engagé dans une voie ou dans l’autre, ni sans être totalement pertinent à chaque fois.

Je me demande si ce n’est pas un défaut propre à un premier roman : une tentation de l’auteur de parler de nombreux sujets qui lui sont chers plutôt que se fixer sur une thématique et la traiter profondément.

Il y a cependant de vrais beaux passages dans ce roman, dont certaines évocations, sur la famille ou la relation avec la mère, m’ont particulièrement touchées. Cela n’a pas suffi à me convaincre totalement, mais j’ai tout de même lu avec plaisir ce roman courageux, un peu déroutant, et peut-être pas totalement abouti.


Toi, tu as la haine, Raphaëlle Ahme

Note : ★★★☆☆