La bête du Gévaudan

La bête du Gévaudan est un animal bien connu qui a fait couler beaucoup d’encre après avoir été à l’origine d’une vague d’attaques mortelles entre les étés 1964 et 1967 dans l’ancien pays du Gévaudan (qu’on peut assimiler à la Lozère actuelle).

Le mystère autour de cet animal, décrit comme un loup hors normes tant par sa taille et son intelligence, a traversé les siècles et a notamment inspiré le film Le Pacte des Loups en 2003. Plus loin de nous cependant, en 1858, l’écrivain Elie Berthet publiait un roman-feuilleton où il livrait sa propre vision imaginaire de l’histoire de la “bête de Gévaudan” et de la chasse pour délivrer le Gévaudan de ses attaques sanglantes.

C’est ce roman du XIX° siècle, d’abord publié sous forme de feuilleton dans un journal, avant d’être publié en format relié, qui est réédité cette année par Libretto. J’ai eu la chance de pouvoir découvrir cette nouvelle édition grâce à NetGalley.fr, sans savoir d’ailleurs à l’origine qu’il s’agissait d’une réédition d’un roman du XIX° siècle.

Entre le 30 juin 1764 et le 19 juin 1767, une bête sème la terreur dans la France paysanne de la région du Gévaudan (qui correspond globalement à l’actuel département de la Lozère).

L’histoire de la « Bête du Gévaudan » dépassera très rapidement le fait divers et donnera naissance à toutes sortes de superstitions et de récits horrifiques. Le pouvoir royal enverra des troupes pour éliminer cette bête et mettre un terme à toutes les interprétations.

Car la créature tue et déchiquette hommes, femmes, enfants. On lui attribue une centaine de meurtres dont on ne sait si leur auteur est un loup, un chien, une hyène … un loup-garou, peut-être ? La rumeur s’emballe …

Dès le début du roman, une évidence : nous sommes bien face à un roman-feuilleton, un roman populaire avec son cadre typique, ses personnages marqués et son récit enlevé. J’avoue que cela m’a plu dès le début. Certains personnages sont sympathiques d’emblée, d’autres nettement plus antipathiques, mais cela fait partie du charme de ce genre littéraire.

Ce qui m’a beaucoup plu également, c’est que la chasse de la bête de Gévaudan ne prend pas toute la place dans le roman : au contraire le récit est principalement centré sur une histoires de rivalité et de lutte pour un héritage entre un noble désargenté protestant et un moine catholique influent. Entre les deux, on trouvé évidemment deux jeunes gens destinés à s’aimer : la jeune noble rebelle et le roturier sans le sou élevé au monastère de son oncle. S’ajoutent à cela une galerie de personnages secondaires qui ne brillent pas par leur originalité mais complètent parfaitement le tableau et jouent efficacement leur rôle dans le récit.

Ce qui marque en effet, c’est l’efficacité du récit. C’est du roman-feuilleton digne de ce nom : rythmé, captivant du début à la fin, malgré des ficelles un peu grossières par moment. J’ai ainsi deviné très rapidement le “grand secret”, confirmé par la révélation sans surprise à la fin du roman. Ce n’est pas un défaut, car c’est exécuté avec brio et dans un style prenant. On n’est pas surpris, mais on joue le jeu avec plaisir car c’est fait avec talent et conviction.

J’ai aussi aimé le cadre historique du roman : s’il a été écrit en 1858, le récit se déroule un siècle plus tôt, dans les années 1764-1767. Les guerres de religion sont pourtant terminées depuis plus d’un siècle et demi mais la question religieuse reste vive : les protestants, ou anciens protestants abjurés, sont toujours soupçonnés de tous les maux, et eux-mêmes vivent mal la domination et l’influence de l’Eglise catholique.

Pour conclure, je dois vous dire que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman, certes long (528 pages) mais passionnant du début à la fin. Je ne peux que vous encourager à le lire si vous aimez l’Histoire et les récits historiques captivants et intelligents. Cette nouvelle édition par Libretto est l’occasion parfaite pour découvrir cette version fictive du mythe de la bête du Gévaudan.


La bête du Gévaudan, Elie Berthet

Note : ★★★★☆

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