Toi, tu as la haine !

Librinova est une maison d’auto-édition qui me contacte régulièrement pour me proposer de recevoir gracieusement un exemplaire numérique des romans de leurs auteurs. Parfois, je fais l’impasse quand le résumé et le dossier de presse ne me disent rien. D’autres fois, je laisse sa chance à un auteur et son roman, quand quelque chose me titille et me donne suffisamment envie de tenter la découverte. C’est ce qui s’est passé récemment avec Raphaëlle Ahme et son roman Toi, tu as la haine !

Si le résumé ne m’avait pas totalement emballé, il y avait cependant suffisamment d’éléments pour attirer mon attention, notamment les passions artistiques – et surtout littéraires – de sa protagoniste et l’évocation de l’évolution de l’hôpital public.

Musicienne amatrice, Gabrielle est aussi danseuse et passionnée de littérature. Son métier et les activités artistiques qu’elle a développées de manière cathartique l’ont-ils sauvée d’une enfance trop sérieuse et dénuée de chaleur maternelle ? J.S. Bach, le flamenco, Rachmaninov, Tolstoï, le tango argentin, Dumas… Son combat contre elle-même qu’a été sa vie a-t-il suffi ?

Avec beaucoup de lucidité, d’humour et d’autodérision, convoquant ses souvenirs, tristes ou joyeux, et les personnes qu’elle a côtoyées, sa famille et ses amis, elle tente de répondre à cette question, jusqu’à la déflagration de l’impensable diagnostic.

En tant que soignant, elle témoigne aussi, de l’intérieur, d’une activité en plein essor exercée au lit du patient, la pharmacie clinique et de la dérive managériale des hôpitaux.

Le roman comporte 248 pages et se lit facilement. Le style est fluide, peut-être un peu plat, sans que cela me dérange outre mesure. Le récit est avant tout la chronique d’une vie, que j’imagine au moins en partie autobiographique. La narratrice, Gabrielle, nous parle de son enfance, de son adolescence puis de sa vie d’adulte.

L’ombre de sa mère, stricte et peu aimante, est omniprésent tout au long du roman, qui n’est pas vraiment un règlement de compte entre une fille et sa mère mais parle tout de même sans détour de leur relation complexe, comme l’est d’ailleurs celle entre Gabrielle et sa fille cadette.

Ce n’est pas inintéressant, quoiqu’un peu décousu par moment. La structure narrative est symptomatique : si la plupart des chapitres suivent un ordre chronologique, des intermèdes se déroulent à une période plus récente, et écrits par ailleurs à la troisième personne du singulier alors que Gabrielle s’exprime à la première personne dans les autres chapitres. Je n’ai pas vraiment compris ce que ce découpage et cette singularité de point de vue apportait à la lecture.

Autre exemple : vers la fin du roman, l’auteur nous parle des conditions de travail dans l’hôpital où Gabrielle dirige le service de pharmacie. Elle attaque frontalement les politiques publiques de santé et la dérive de la gestion des hôpitaux par des administrateurs obsédés par des indicateurs plutôt que par la qualité des soins, la prise en charge efficace des patients et les conditions de travail des soignants. C’est intéressant, même si cela arrive un peu comme un cheveu sur la soupe.

C’est d’ailleurs le plus gros reproche que je ferai à ce roman : comme c’est la chronique de la vie d’une femme de son enfance à son âge adulte, il aborde beaucoup de sujets sans forcément choisir son camp. C’est à la fois un roman sur la famille, la maternité, l’amour, le deuil, l’hôpital, c’est tout cela à la fois sans être totalement engagé dans une voie ou dans l’autre, ni sans être totalement pertinent à chaque fois.

Je me demande si ce n’est pas un défaut propre à un premier roman : une tentation de l’auteur de parler de nombreux sujets qui lui sont chers plutôt que se fixer sur une thématique et la traiter profondément.

Il y a cependant de vrais beaux passages dans ce roman, dont certaines évocations, sur la famille ou la relation avec la mère, m’ont particulièrement touchées. Cela n’a pas suffi à me convaincre totalement, mais j’ai tout de même lu avec plaisir ce roman courageux, un peu déroutant, et peut-être pas totalement abouti.


Toi, tu as la haine, Raphaëlle Ahme

Note : ★★★☆☆

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About Zéro Janvier

Blogueur. Lecteur obsessionnel, sériephile assidu, cinéphile occasionnel, amateur de comics. Citoyen engagé.