Livres & Romans

Le joueur et son ombre

Le joueur et son ombre est un roman de Brice Matthieussent, à paraître le 15 août prochain chez Phébus. J’ai eu l’opportunité de la découvrir en avant-première grâce à la plateforme de service de presse NetGalley.fr, où le résumé m’avait donné envie de lire ce roman :

« J’ai perdu à la loyale, sans avoir recours au moindre stratagème douteux ni à la moindre tricherie. Après le dernier point du second set, une ivresse sans précédent m’a submergé, plus grisante que celle de mes nuits ; j’ai lâché ma raquette, je me suis laissé tomber à genoux, pris la tête entre les mains sans arriver à y croire, puis j’ai embrassé les fissures de ce court bosselé où, en perdant mon dernier match, je venais de gagner un avenir radieux. J’avais les larmes aux yeux quand je me suis relevé pour rejoindre le Nippon décontenancé près du filet. Il a dû attribuer mes pleurs à la déception, à l’humiliation. Mais en même temps que les larmes ruisselaient sur mes joues, j’arborais un sourire éclatant. J’étais aux anges. »

En suivant un joueur de tennis prodige, Brice Matthieussent nous offre un roman sur nos pulsions et notre désir de chute.

L’auteur nous propose de suivre Chris, un jeune joueur de tennis promis à un brillant avenir après des succès éclatants sur les tournois Junior. Entrainé par son père avec lequel il a une relation difficile, le jeune prodige va progressivement perdre le fil de sa carrière, enchainant les coups d’éclat, les défaites pénibles, et les frasques sur et en dehors des courts.

Le roman est plutôt court, seulement 185 pages, mais j’ai quand même trouvé que le rythme était lent au milieu du livre. Il y a des passages qui permettent de rester éveillé mais l’ensemble n’est guère passionnant. J’ai trouvé que l’auteur se perdait trop souvent dans des considérations philosophiques ou mystiques qui ont sans doute du sens dans son récit mais qui m’ont plus ennuyé qu’autre chose.

Le style est plutôt bon, et si je mets de côté les passages ennuyants dont je viens de parler, c’est un livre qui se lit aisément. Je m’attendais tout de même à quelque chose de plus captivant. A la fin, j’ai l’impression d’avoir suivi les mésaventures plus ou moins intéressantes d’un personnage auquel je ne suis pas parvenu à m’attacher. C’est donc une petite déception que ce roman qui m’avait attiré par son thème prometteur. Tel un prodige du tennis qui ne réalise pas les promesses placées en lui …


Le joueur et son ombre, Brice Matthieussent

Note : ★★☆☆☆

Livres & Romans

1793

1793 est le premier roman de l’écrivain suédois Niklas Natt och Dag. Ce roman a été publié en 2017 dans sa langue d’origine, le suédois, et a bénéficié d’une traduction française disponible depuis le mois d’avril 2019.

J’avais repéré ce livre sur NetGalley.fr, son résumé m’avait beaucoup plu. J’avais alors sollicité un exemplaire en service de presse, que l’éditeur ne m’avait pas accordé, pour des raisons qui lui appartiennent et que je n’ai pas à critiquer. Cela ne m’a pas empêché de continuer à m’intéresser à ce livre, j’en ai d’ailleurs acheté un exemplaire lors de sa sortie, même si je viens seulement de le lire.

Comme je le disais à l’instant, le résumé m’avait donné très envie d’en savoir plus :

1793. Le vent de la Révolution française souffle sur les monarchies du nord. Un an après la mort du roi Gustav III de Suède, la tension est palpable. Rumeurs de conspirations, paranoïa, le pays est en effervescence. C’est dans cette atmosphère irrespirable que Jean Michael Cardell, un vétéran de la guerre russo-suédoise, découvre dans un lac de Stockholm le corps mutilé d’un inconnu. L’enquête est confiée à Cecil Winge, un homme de loi tuberculeux. Celui-ci va bientôt devoir affronter le mal et la corruption qui règnent à tous les échelons de la société suédoise, pour mettre au jour une sombre et terrible réalité. 

Nous sommes donc face à un roman historique, mais qui emprunte certains codes du polar scandinave en vogue depuis de nombreuses années. Cela donne d’ailleurs une ambiance assez particulière au début du roman, on ne sait pas exactement sur quel pied danser : c’est à la fois déstabilisant et parfait pour entrer dans le roman.

La suite est globalement à la hauteur, malgré à mes yeux une petite baisse de régime – inévitable ? – au milieu du roman. C’est d’autant plus marqué que l’auteur a découpé son récit en quatre grandes parties : la deuxième et la troisième étant relatées par des narrateurs différents des enquêteurs, que l’ont suit dans la première partie et dans la dernière. Si le deuxième narrateur m’a bien plu, le troisième récit m’a plutôt ennuyé. J’étais vraiment soulagé de retrouver les deux enquêteurs en arrivant à la quatrième et dernière partie du roman.

Le récit est captivant, l’enquête progresse bien et nous fait découvrir habilement le contexte particulier de la Suède pendant les années de la Révolution Française. L’aristocratie suédoise se sent en danger après la chute de la monarchie française et l’exécution de Louis XVI et celle à venir de Marie-Antoinette. Un vent de révolte parcourt le royaume de Suède et sa capitale Stockholm, d’autant que la terrible guerre contre la Russie a laissé des traces.

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce pavé de près de 450 pages, qui mêle parfaitement fiction historique et enquête policière. J’ai cru comprendre que l’auteur avait publié une suite intitulée, sans surprise, 1794, je ne crois pas que ce nouveau roman ait déjà été traduit mais je m’y intéressai probablement de près lorsqu’il le sera.


1793, Niklas Natt och Dag

Note : ★★★★☆

Livres & Romans

Une fille sans histoire

Une fille sans histoire est un roman de Constance Rivière, à paraître chez Stock le 21 août prochain. J’ai eu l’occasion de le lire en avant-première grâce à NetGalley.fr qui, rappelons-le, met en relation des éditeurs et des blogueurs, des journalistes, des bibliothécaires, etc, pour mettre à disposition en service de presse des exemplaires numériques de livres à paraître prochainement.

Le résumé m’avait assez intrigué, cela m’avait motivé à solliciter ce service de presse :

13 novembre 2015. Comme tous les soirs, Adèle est assise seule chez elle, inventant les vies qui se déroulent derrière les fenêtres fermées, de l’autre côté de la cour. Quand soudain, en cette nuit de presqu’hiver, elle entend des cris et des sirènes qui montent de la rue, envahissant son salon, cognant contre ses murs. La peur la saisit, elle ne sait plus où elle est, peu à peu elle dérive. Au petit matin apparaît à la télévision l’image de Matteo, un étudiant porté disparu, un visage qu’elle aimait observer dans le bar où elle travaillait. Sans y avoir réfléchi, elle décide de partir à sa recherche, elle devient sa petite amie. Dans le chaos des survivants, Adèle invente une histoire qu’elle enrichira au fil des jours, jouant le personnage qu’on attend d’elle. Les autres la regardent, frappés par son étrangeté, mais ils ne peuvent pas imaginer qu’on veuille usurper la pire des douleurs.

Le personnage principal est donc Adèle, une jeune femme plutôt trouble qui endosse le rôle fictif de la petite amie d’une victime de l’attentat du Bataclan en novembre 2015. Face aux parents de Matteo, face à ses ses camarades des Beaux-Arts, auprès d’un psychologue qui l’accompagne depuis l’attaque, au sein de l’association d’aide aux victimes dans laquelle elle s’engage, Adèle joue son rôle pour devenir elle aussi une victime, pour se fondre dans un collectif, même réuni autour d’une tragédie.

Constance Rivière donne également la parole à d’autres personnages , notamment Francesca, la mère de Matteo qui se méfie très vite, instinctivement d’Adèle, et Saïd, le psychologue qui a accueilli Adèle dans le cadre de la cellule de crise le lendemain de l’attentat et qui continue de l’accompagner pendant plusieurs mois par la suite.

Cela donne un roman qui alterne des chapitres à la troisième personne, qui suivent Adèle dans ses mensonges, et d’autres à la première personne, où s’expriment Francesca, Saïd, et d’autres personnages ayant croisé Adèle avant ou après le 13 novembre.

Le résultat est plutôt réussi, j’ai trouvé cette lecture plutôt agréable. Le roman est court, ses 144 pages se lisent facilement, même si le style m’a semblé un peu sec par moments. Je ne sais pas si on s’attache véritablement aux personnages, en particulier Adèle qui est une protagoniste étrange, mais on suit avec intérêt leur vie après la tragédie qui a bouleversé leur vie, chacun à leur façon.

Par contre, j’ai été saisi d’un doute pendant toute la lecture : ce roman est-il inspiré d’un fait réel ? J’ai eu l’impression tout au long du livre d’avoir entendu parler d’une telle affaire, mais je n’en suis pas certain. Peut-être était-ce une fausse victime plutôt qu’une fausse proche de victime ?


Une fille sans histoire, Constance Rivière

Note : ★★★☆☆

Livres & Romans

My Brother’s Name is Jessica

J’aime beaucoup l’écriture de John Boyne, sa capacité à raconter des histoires, à inventer des personnages et des situations, je le considère comme un grand romancier. Son dernier roman jeunesse, My Brother’s Name is Jessica, a fait polémique dès avant sa sortie, à la fois pour son titre et son résumé :

Sam Waver has always idolised his big brother, Jason. Unlike Sam, Jason, seems to have life sorted – he’s kind, popular, amazing at football, and girls are falling over themselves to date him. 

But then one evening Jason calls his family together to tell them that he’s been struggling with a secret for a long time. A secret which quickly threatens to tear them all apart. His parents don’t want to know and Sam simply doesn’t understand. Because what do you do when your brother says he’s not your brother at all? That he thinks he’s actually . . . your sister?

En s’attaquant à un sujet aussi périlleux que la transidentité, sans être concerné lui-même, John Boyne a pris un risque : celui de tomber à côté de la plaque, d’être maladroit, voire de blesser les personnes concernées. Apparemment, il n’est pas parvenu à contourner ce risque, quand je vois sur les réseaux sociaux les critiques assassines de personnes trans-genres, dont la colère face à ce livre semble sincère.

Je suis donc mal placé pour juger ce livre, je l’ai lu comme un lecteur lambda, avec toutefois une certaine gêne en sachant qu’il avait déplu à tant de personnes directement concernées.

John Boyne nous raconte l’histoire d’une famille dont l’enfant aîné, âgé de dix-sept ans, annonce à ses parents qu’il se sent fille et non garçon. Mais il le fait avec un parti-pris lui même risqué : le récit se fait à travers les yeux et les mots de Sam, le fils cadet.

C’est donc un roman qui nous parle principalement de la réaction d’un jeune garçon au seuil de l’adolescence, face à l’annonce de la transidentité de celui qui a été son grand frère depuis 13 ans et qui souhaite désormais qu’on l’appelle Jessica et non plus Jason.

Le début du roman m’a laissé une impression mitigée. Certains moments m’ont bien plu – en particulier les interventions à la fois cyniques et drôles des parents de Sam, obsédés par la carrière politique de Madame, ministre qui vise Downing Street. Ce qui m’a le plus gêné, je pense, c’est que Sam, qui est censé avoir treize ans, m’a semblé très immature plutôt son âge. Mais c’est peut-être dû au fait que je n’ai pas fréquenté depuis longtemps d’adolescents de cet âge !

J’ai plus apprécié la suite et la fin du roman, qui parvient à être émouvant après avoir été un peu agaçant. Je regrette toutefois que l’évolution de certaines situations et des réactions de certains personnages soit un peu rapide à mon goût. J’aurais peut-être aimé un peu plus de nuance, ou que ce soit plus progressif.

J’ai tout de même passé un bon moment de lecture avec ce livre d’environ 250 pages. Je sais bien qu’il est loin d’être parfait, en particulier pour les personnes concernées directement par son sujet, je le vois donc comme une tentative, maladroite peut-être, d’écrire sur la façon dont les proches peuvent le vivre. Même si, clairement, l’essentiel n’est pas là …


My Brother’s Name is Jessica, John Boyne

Note : ★★★★☆

Livres & Romans

Récidive. 1938

Je ne sais plus dans quelle émission j’ai découvert il y a quelques semaines le philosophe Michaël Foessel, mais j’ai tout de suite été attiré par le projet sur lequel il s’était appuyé pour écrire son dernier livre : Récidive. 1938.

Cette démarche peut se résumer en quelques mots : relire, en 2018, la presse française de 1938 : la dernière année avant la guerre, l’année des accords de Munich, peut-être l’année de la dernière chance des démocraties face aux régimes fascistes.

« Populisme », « néolibéralisme », « nationalisme » : les mots se bousculent et pourtant l’insatisfaction demeure. Pour décrire ce qui nous arrive, nous ne manquons pas de savoirs. La crise de la démocratie fait l’objet de diagnostics récurrents. Mais c’est la stupeur qui domine, comme si la nouveauté du présent contribuait encore à accroître l’inquiétude. Et si cette nouveauté tant de fois mise en avant était un obstacle à la compréhension ?

Ce livre décrit la rencontre entre un philosophe inquiet du présent politique et l’année 1938. Tombé presque par hasard sur la presse française de 1938, l’auteur est allé de surprise en surprise. Au-delà de ce qui est bien connu (les accords de Munich et la supposée « faiblesse des démocraties »), il a découvert des faits, mais aussi une langue, une logique et des obsessions étrangement parallèles à ce que nous vivons. L’abandon de la politique de Front populaire, une demande insatiable d’autorité, les appels de plus en plus incantatoires à la démocratie contre la montée des nationalismes, une immense fatigue à l’égard du droit et de la justice : l’auteur a vu dans ce passé une image de notre présent.

Ce livre ne raconte pas l’histoire de l’avant-guerre, il n’entonne pas non plus le couplet attendu du « retour des années 30 ». Il fait le récit d’un trouble : pourquoi 1938 nous éclaire-t-il tant sur 2018 ? Non sur les événements, bien sûr, mais sur une manière de les interpréter systématiquement dans le sens du pire. « Récidive », c’est le nom d’une errance dans un passé que l’auteur croyait clôt. C’est aussi le risque d’une nouvelle défaite.

Dans son introduction, Michaël Foessel explique tout d’abord sa « rencontre » avec l’année 1938, ce qui l’a motivé ensuite à éplucher la presse française de 1938, sur tout le spectre de l’échiquier politique, de L’Humanité à Je suis partout, sans oublier la presse dite populaire et locale. Il y a notamment ce passage qui explique très bien, me semble-t-il, pourquoi l’auteur a estimé utile l’écriture de ce livre :

J’ai rencontré 1938, je n’en ai pas fait l’étude. La rencontre suppose une surprise, elle est tout le contraire d’une confirmation. En l’occurrence, la confirmation de mon savoir scolaire sur la période aurait consisté dans la découverte d’un pays amoindri par des querelles intérieures, idéaliste sur les chances du maintien de la paix européenne et soucieux de préserver des règles démocratiques dans un environnement continental de plus en plus hostile. La surprise est venue de ce que je n’ai rien découvert de tout cela. En 1938, j’ai rencontré des logiques, des discours, des urgences économiques ou des pratiques institutionnelles qui m’ont d’abord instruit sur ce que nous vivons aujourd’hui. […]


On devrait donc s’attendre à voir la France passer sans transition de la lumière à l’ombre : d’un régime parlementaire, peut-être faible, mais attaché à ses principes, à un système autoritaire imposé par l’occupant. Or, je n’ai pas vu dans la France de 1938 un pays que son respect des règles parlementaires rendait vulnérable à l’ennemi fasciste. Justement parce que j’étais animé par des inquiétudes sur la démocratie en 2018, j’ai décelé dans la France de 1938 une société qui, sans rien savoir de ce qui l’attendait, avait déjà abdiqué sur l’essentiel.

Plutôt qu’un récit chronologique, l’auteur s’attache à suivre un plan thématique, il nous parle ainsi tour à tour de questions économiques, sociales, institutionnelles, morales, etc. La lecture et l’analyse de la presse de 1938 par Michaël Foessel montre la nature des débats qui agitaient alors le pays : la politique étrangère de la France (apaisement ou confrontation avec l’Allemagne), les relations avec l’URSS, les alliances politiques entre radicaux et les socialistes et communistes ou au contraire avec la droite, la mise en place sans cesse différée d’une retraite pour les « vieux », la remise en cause des acquis du Front Populaire, et le procès médiatique fait à cette période de progrès social. 1936 est dénoncée en 1938 comme la cause de tous les maux, oubliant au passage les effets de la crise économique de 1929, comme Mai 68 ou les 35 heures sont encore régulièrement posés en bouc-émissaire dans nos débats contemporains, oubliant les crises économiques et financières successives depuis la fin des Trente Glorieuses.

Pourtant, l’auteur ne veut pas se contenter de l’équation 1938 = 2018, attendue et trop simpliste. Ainsi, il ne parle jamais directement, ouvertement, des événements et des personnalités de 2018, laissant le lecteur face à sa propre réflexion à travers des citations de discours et d’articles de 1938. Il est souvent troublant de retrouver dans ces textes de 1938 des préoccupations omniprésentes dans le discours public actuel, ainsi qu’un vocabulaire dont l’usage nous semble pourtant récent. Là où j’ai été plus gêné, c’est quand l’auteur, heureusement en de très rares occasions, paraphrase les écrits et les déclarations de 1938 avec des mots d’aujourd’hui, pour renforcer artificiellement la similitude entre les deux époques.

La thèse proposée par Michaël Foessel et que le lecteur pourra ou non s’approprier, est que la France de 1938 n’était pas la démocratie faible et impuissante face à des régimes autoritaires, telle qu’on l’a longtemps décrite dans nos manuels d’Histoire. Pour l’auteur, cette vision est même trompeuse : serait-ce la démocratie, soupçonnée d’être par nature lente et inefficace, qui serait la cause de la défaite de 1940 ? Au contraire, l’auteur tend à montrer qu’en 1938, la République Française avait déjà commencé le tragique chemin qui l’amenait à n’avoir plus de République que le nom. Selon lui, la dérive autoritaire était déjà en route, et c’est en reniant ses valeurs, en acceptant les termes du débat portés par ses ennemis, que la Troisième République agonisante préparait le terrain du régime de Vichy. Michael Foessel reprend ainsi le terme de « pré-fascisme » employé dans la revue Esprit en 1938, pour qualifier le régime et l’atmosphère politiques de la France de la fin des années 30.

Dans sa conclusion, l’auteur Michaël Foessel prend garde à ne pas tomber dans la facilité : il réfute l’idée que l’histoire se répète, que les années qui ont suivi 1938 préfigurent les années à venir pour nous. Il reconnait toutefois des similitudes entre 1938 et notre époque. Il parle d’analogie, sans laquelle ce livre serait finalement sans objet.

Une analogie n’est pas une simple ressemblance, mais une égalité des proportions. Elle n’affirme pas que A = B (1938 = 2018), mais que A/B = C/D : il s’agit d’une identité de rapports entre des réalités hétérogènes.

En l’occurrence, l’hypothèse finale de ce livre est que la politique Daladier, faite d’assouplissement économique et de reprise en main autoritaire, est aux régimes totalitaires qu’elle combat ce que les politiques néolibérales menées depuis plus d’une décennie sont au nationalisme autoritaire qui menace de venir dans nombre de pays européens.

A et C sont adoptées comme des politiques alternatives à ce dont elles risquent en réalité de faciliter l’advenue par toute une série de mesures et d’associations d’idées.

Le fait, par exemple, d’avoir introduit dans le « grand débat » la question de l’immigration absente des revendications initiales des « Gilets jaunes » est hautement symbolique. En 1938, déjà, les décrets-lois sur la police des étrangers apparaissaient au milieu d’une avalanche de mesures économiques. Cela crée artificiellement un lien entre les problèmes sociaux et les angoisses identitaires dans le but de flatter une opinion publique supposée intrinsèquement xénophobe. […]

Ce qui ne diffère pas, en revanche, c’est la tentation de déplacer le centre de gravité du conflit : de social et démocratique, il devient identitaire et culturel. Comme le débat sur la politique économique est borné par des a priori gestionnaires, on engage la discussion sur l’insécurité culturelle et l’identité nationale. Des sujets qui présentent l’avantage de n’impliquer aucune ligne budgétaire, mais qui donnent par avance raison aux adversaires de la démocratie que l’on entend combattre.

Michaël Foessel évoque notamment l’idée dangereuse de combattre les adversaires de la démocratie avec des armes qui, d’abord, ne font que les renforcer, et ensuite, pourront leur servir s’ils parviennent au pouvoir :

L’analogie entre 1938 et 2018 présente aussi l’intérêt de mettre en garde contre des mesures prises pour défendre la démocratie et qui, dans les faits, risquent de la mettre à terre. […]

Quelles que soient les précautions que l’on peut avoir à l’égard des leçons de l’Histoire, il est utile de se souvenir que, parvenus au pouvoir, les adversaires acharnés de la République se sont appuyés sur l’héritage d’une République délestée de ses défenses démocratiques.

Je pourrai disserter encore des heures, ou des pages, sur ce livre passionnant et vous livrer les nombreux passages que j’y ai surinés pendant ma lecture. Je vais me contenter de citer la conclusion, parfaite à mes yeux :

En 1938, rien n’était inéluctable. La lassitude à l’égard de la démocratie s’est transformée en ressentiment seulement lorsque l’on s’est convaincu que cette forme de société était à l’origine du malheur français.

Aujourd’hui, tout est à reprendre. Conquis de haute lutte après la Seconde Guerre mondiale, le consensus européen autour de la démocratie est largement effrité. Certains présentent comme une fête au coût exorbitant un amour pour la liberté et une passion égalitaire qui, en réalité, ont triomphé au cours d’un combat sans merci.

Rien n’oblige, pour autant, à emprunter une nouvelle fois le chemin d’une longue et vaine pénitence pour redonner vie à ces sentiments.


Récidive. 1938, Michaël Foessel

Note : ★★★★★

Web & Tech

Un nouveau look pour le blog

Cela faisait un peu plus d’un an que j’avais mis en place sur ce blog un nouveau thème WordPress que j’aimais beaucoup à l’époque, notamment pour la richesse des options de personnalisation qu’il offrait.

Cependant, j’ai récemment eu envie de revenir à une apparence plus épurée, afin que le lecteur puisse se concentrer sur la lecture sans être distrait par les (trop) nombreux widgets présents sur la page.

Après plusieurs essais parmi la multitude de possibilités proposées par WordPress, j’ai finalement opté pour le thème Journalistic, qui me semble à la fois épuré pour la lecture et esthétiquement réussi.

Je ne vous en dis pas plus, et je vous laisse découvrir dès maintenant le résultat, en espérant qu’il vous plaise autant qu’à moi !