Je n’ai pas le temps

Après la lecture un peu décevante de Le joueur et son ombre, j’ai enchainé avec un autre livre reçu en service de presse : Je n’ai pas le temps, de Jacques Cassabois. Comme l’indique le sous-titre, Le roman tumultueux d’Evariste Galois, il s’agit d’une biographie romanesque du mathématicien Evariste Galois.

Évariste Galois fait partie de ces êtres qui ne s’apprivoisent pas. Mathématicien de génie, provocateur irrésistible, républicain militant, il a traversé le début du XIXe siècle telle une comète. Flamboyant, éphémère.

Mort à vingt ans pour une querelle de pacotille, il aura malgré tout eu le temps de d’être arrêté deux fois, jugé, incarcéré en prison pour crime politique, et, bien sûr, de marquer l’histoire des mathématiques.

Évariste a mené, à cent à l’heure, une vie digne d’un roman. Jacques Cassabois nous livre ici le récit de ses dernières années.

Je dois avouer que je connaissais très mal cette figure de l’histoire des sciences, alors que j’ai pourtant passé deux années – il y a certes bien longtemps – dans une résidence universitaire qui portait son nom. La lecture de ce roman biographique était une occasion de combler cette lacune.

J’ai très vite été passionné par le récit de la vie d’Évariste et par sa personnalité. C’est un jeune homme brillant mais turbulent, qui se rebelle contre l’autorité et la tradition.

Brillant, il l’est en particulier dans l’étude des mathématiques, pour lesquelles il passionne à partir de l’âge de 15 ans, se plongeant dans l’étude des grands maîtres de la discipline et ambitionnant de les dépasser en développant des théories sur des questions alors sans réponse.

Turbulent, il le prouve à de nombreuses reprises. Fils d’un républicain convaincu dans la France de la Restauration, au tournant des années 1820 et 1830, Évariste s’engage à son tour dans les mouvements républicains et s’oppose aux gouvernements du roi Charles X puis à la Monarchie de Juillet de Louis-Philippe, qu’il accuse d’avoir confisqué la révolution populaire des Trois Glorieuses. Il enchaine les provocations, que ce soit comme élève au collège puis étudiant à l’Ecole Normale, s’attirant les foudres de ses aînés et de ses maîtres.

Si ce roman est peut-être un peu long – une cinquantaine voire une centaine de pages de moins n’auraient en rien réduit sa qualité, bien au contraire – mon intérêt a rarement faibli. J’ai particulièrement apprécié que le récit ne se limite pas à la “carrière” mathématique d’Évariste Galois mais nous parle aussi longuement de son engagement républicain, qui n’est évidemment pas pour rien – au même titre que sa jeunesse – dans le mépris que ses travaux ont suscité auprès de ses pairs.

La descente aux Enfers puis la fin tragique, voire pathétique, d’Évariste n’enlèvent rien au respect que j’ai pu ressentir à son égard tout au long du roman.

Je n’ai pas le temps est un roman passionnant qui nous raconte les dernières années de la vie d’une personnalité assez incroyable qui mérite qu’on s’y intéresse. A ce titre, ce roman est une réussite, que je recommande à ceux qui s’intéresse aux mathématiques, aux sciences en général, mais aussi à la politique et à la France du XIX° siècle.

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About Zéro Janvier

Blogueur. Lecteur obsessionnel, sériephile assidu, cinéphile occasionnel, amateur de comics. Citoyen engagé.