Civilizations

Civilizations – avec un z, vous avez bien lu et ce n’est pas une faute de frappe – est le nouveau roman de Laurent Binet, déjà auteur de l’excellent roman HHhH qui m’avait beaucoup plu il y a quelques années. Ce roman paraîtra le 14 août prochain mais j’ai eu la chance de le lire en avant-première grâce à la maison d’édition Grasset et à la plateforme de service de presse NetGalley.fr.

Je dois dire que lorsque j’avais lu le résumé du roman, j’avais hâte de pouvoir le lire, il semblait avoir tout pour me plaire :

Vers l’an mille  : la fille d’Erik le Rouge met cap au sud.
1492  : Colomb ne découvre pas l’Amérique.
1531  : les Incas envahissent l’Europe.
 
À quelles conditions ce qui a été aurait-il pu ne pas être ? Il a manqué trois choses aux Indiens pour résister aux conquistadors.  Donnez-leur  le cheval, le fer, les anticorps, et toute l’histoire du monde est à refaire.

Civilizations est le roman de cette hypothèse : Atahualpa débarque dans l’Europe de Charles Quint. Pour y trouver quoi  ?

L’Inquisition espagnole, la Réforme de Luther, le capitalisme naissant. Le prodige de l’imprimerie, et ses feuilles qui parlent. Des monarchies exténuées par leurs guerres sans fin, sous la menace constante des Turcs. Une mer infestée de pirates. Un continent déchiré par les querelles religieuses et dynastiques.

Mais surtout, des populations brimées, affamées, au bord du soulèvement, juifs de Tolède, maures de Grenade, paysans allemands  : des alliés.

De Cuzco à Aix-la-Chapelle, et jusqu’à la bataille de Lépante, voici le récit de la mondialisation renversée, telle qu’au fond, il s’en fallut d’un rien pour qu’elle l’emporte, et devienne réalité.

Laurent Binet nous propose une uchronie que je trouve originale, même si je me doute que cette possibilité a déjà été explorée dans d’autres textes de fiction : pendant la Renaissance, ce n’est pas Christophe Colomb qui découvre l’Amérique mais au contraire la civilisation inca qui traverse l’océan et “découvre” l’Europe.

Le roman est décomposé en quatre parties :

Dans la première, Laurent Binet expose le point de divergence de cette histoire alternative. Il se situe vers l’an 1000, quand une expédition viking débarque dans les Caraïbes où elle finit par s’installer et se mêler aux tribus indigènes sur plusieurs générations, leur apportant ainsi trois éléments essentiels pour la suite : des chevaux, du fer, et des anticorps pour résister aux maladies venues du Vieux Monde. Même s’il m’a semblé un peu confus par moment, j’ai bien aimé cette introduction.

La deuxième partie se déroule en 1492 : Christophe Colomb débarque à son tour dans les Caraïbes mais rien ne se passe comme dans l’Histoire telle que nous la connaissons : les indigènes, qui maîtrisent les chevaux et le fer – et donc l’armement qui va avec – prennent le dessus sur les troupes européennes, résistent aux maladies venues d’Europe, et Christophe Colomb ne rentrera jamais en Europe. Cette deuxième partie m’a bien plu, on commence à sentir clairement les différences avec l’Histoire réelle et c’est captivant.

Quelques décennies se passent avant que débute la troisième partie, qui est de loin la plus longue, puisqu’elle représente une bonne moitié du roman. C’est aussi celle qui m’a le plus plu. Il s’agit de la chronique de la conquête de l’Europe par Atahualpa, l’empereur Inca qui fuit une guerre civile avec son frère sur le continent sud-américain. L’Inca et ses maigres troupes débarquent à Lisbonne au lendemain du tremblement de terre et se retrouvent très vite en situation périlleuse. La suite est passionnante, avec rebondissements, intrigues politiques et récits de batailles épiques. La confrontation entre la civilisation Inca et les monarchies européennes est captivante et parfois drôle, comme lorsque les incas parlent à de nombreuses reprises de la religion du “dieu cloué” pour parler du christianisme.

La quatrième et dernière partie se déroule après la mort d’Atahualpa et relate les aventures de Cervantes dans une Europe conquise par les civilisations sud-américaines. C’est clairement la partie qui m’a le moins intéressé, je n’ai pas réussi à me passionner pour les mésaventures de Cervantes et de son compagnon d’infortune. J’ai trouvé que cela gâchait un peu la fin d’un roman tellement réussi jusque là.

Malgré cet épilogue décevant, j’ai pris énormément de plaisir à lire ce roman inventif et bien écrit, qui captive dès le début grâce à une idée géniale. C’est vraiment une excellente uchronie, que je conseille à tous les amateurs du genre et plus généralement à tous les amoureux d’Histoire.


Civilizations, Laurent Binet

Note : ★★★★☆

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About Zéro Janvier

Blogueur. Lecteur obsessionnel, sériephile assidu, cinéphile occasionnel, amateur de comics. Citoyen engagé.