Livres & Romans

Helliconia Spring

Helliconia Spring est le premier volume d’une trilogie de science-fiction baptisée Helliconia et signée par Brian W. Aldiss.

J’avais déjà essayé de lire ce premier tome il y a quelques années mais j’avais abandonné, trouvant cette lecture trop difficile. J’ai retenté ma chance cette semaine et je ne le regrette pas !

L’idée de départ de cette trilogie de Brian W. Aldiss, c’est une planète : Helliconia, située à des années-lumières de la Terre. Sa particularité, c’est d’être en orbite autour d’un premier soleil baptisé Batalix, qui tourne lui-même autour de Freyr, un autre soleil bien plus grand que le premier. Helliconia tourne autour de Batalix en un peu plus de quatre-cent jours, constituant ainsi une année assez similaire à celles que nous connaissons sur Terre. Mais Helliconia et Batalix mettent plus de mille ans à tourner autour de Freyr.

Cette particularité astronomique provoque sur Helliconia des saisons immensément longues : l’hiver et l’été durent chacun plusieurs siècles et sont séparés par un court printemps qui bouleverse chaque fois l’écologie de la planète. Deux espèces humanoïdes se partagent le globe : les humains, qui nous ressemblent, semblent destinés à dominer pendant la longue saison estivale, tandis que les phagors, que j’ai envie de comparer à des minotaures des neiges, sont particulièrement adaptés aux conditions de vie hivernales.

Au rythme de ces saisons longues de plusieurs siècles, des civilisations naissent et meurent au gré des changements climatiques et écologiques. La faune et la flore évoluent également au fur et à mesure de l’éloignement ou du rapprochement de la planète par rapport au soleil Freyr.

Tout ceci n’est pas connu des habitants d’Helliconia, qui subissent les conséquences de ces longues saisons mais sans en comprendre le fonctionnement ni les causes. Humains et phagors semblent condamnés à revivre apogée et décadence de leurs civilisations respectives, une race dominant l’autre pendant plusieurs siècles avant que le printemps ne vienne inverse les rôles.

Dans le roman, nous découvrons tout cela à travers un ensemble de personnages, principalement humains, qui peuplent l’un des continents d’Helliconia. De temps en temps, l’auteur nous propose également des interludes sur une station orbitale terrienne qui observe Helliconia à l’insu de ses habitants, et sans avoir le droit d’intervenir sur la planète.

Tout commence avec un long prélude qui nous raconte l’enfant et l’apprentissage du jeune Yuli, un chasseur qui découvre la vie dans une cité souterraine après avoir perdu son père dans une attaque par des phagors. Ensuite, le récit se poursuit plusieurs décennies plus tard, quand les descendants de Yuli vivent dans un petit village qui s’apprête à quitter l’hiver d’Helliconia pour connaître le printemps et ses bouleversements.

Le récit est parfois lent, s’attardant sur des détails plus ou moins intéressants. On sent la volonté de l’auteur de nous présenter une planète cohérent, pensée dans ses moindres détails sans ses particularités, avec son climat, sa géographie, sa faune, sa flore, ses civilisations, ses religions, etc. C’est ambitieux, souvent passionnant, parfois un peu moins.

Après avoir terminé ce premier volume, je comprends pourquoi j’avais eu du mal à le terminer lors de ma première tentative de lecture, mais je suis également heureux d’avoir insisté cette fois-ci. L’effort n’est pas négligeable car c’est une lecture difficile et exigeante, mais j’ai très envie de poursuivre l’aventure et de découvrir l’évolution de la planète Helliconia et de ses habitants dans le prochain volume : Helliconia Summer, qui comme son nom l’indique se déroule lors de la prochaine saison, l’été.


Helliconia Spring, Brian W. Aldiss

Note : ★★★★☆

Livres & Romans

Mémoires d’un détective à vapeur

Après avoir passé plusieurs semaines en immersion dans l’histoire des Romanov, je suis resté en quelque sorte dans le monde russe avec un livre pourtant bien différent. Mémoires d’un détective à vapeur est en effet un recueil de nouvelles policières qui se déroule dans un univers uchronique où la reine Victoria a épousé le tsar Constantin pour former un grand Empire anglo-russe au XIX° siècle.

Londres est la plus grande métropole anglo-russe, une statue géante du Bouddah Amida vient d’y être érigée et l’on prépare les festivités impériales du troisième millénaire…

Jan Marcus Bodichiev, détective privé et spécialiste en sécurité informatique, mène l’enquête sur une station extraterrestre, des crimes météorologiques, des cambrioleurs génétiquement modifiés ou dans la France soviétique… dans un ensemble de documents retraçant sa carrière et cet univers uchronique légèrement décalé.

L’état d’esprit de ce roman est une sorte de Simenon légèrement décalé, comme du Maigret situé dans une uchronie où notre monde est dominé par un empire allant de la Grande-Bretagne à la Russie.

Le livre se présente comme le recueil de notes Viatcheslav Pavlovitch Koulikov collectées par son fils Olav. Ces deux personnages sont crédités comme auteurs originaux du livre, dont la traduction en français depuis l’anglo-russe est assurée par André-François Ruaud. C’est un peu étrange, et il m’a fallu un peu de temps pour comprendre.

En réalité, tout ceci n’est qu’un artifice pour nous raconter les enquêtes du détective privé Jan Marcus Bodichiev, d’après des notes de son ami Viatcheslav Pavlovitch Koulikov.

L’action se déroule dans les années 3000 du calendrier bouddhiste adopté par l’Empire anglo-russe, au tournant des années 1960 et 1970 dans notre calendrier. Malgré tout, la technologie est par certains aspects plus avancée qu’elle ne l’était à cette époque-là, et même qu’aujourd’hui dans certains domaines. Dans d’autres domaines, on est au contraire plus proche de l’époque victorienne.

On retrouve ce contraste dans d’autres domaines, et c’est tout à fait caractéristique du mélange des genres proposé par ce roman, entre policier (avec Sherlock Holmes et Hercule Poirot en inspirations revendiquées et citées dans le texte), steampunk (avec des dirigeables comme moyens principaux de locomotion), science-fiction et même cyberpunk avec les hommes « modifiés » évoqués dans deux récits.

Je dois dire que la première histoire m’a beaucoup déçu. Hormis l’omniprésence de patronymes à consonance slave, j’ai eu du mal à discerner l’originalité du cadre promis en quatrième de couverture. J’ai plutôt découvert une enquête somme toute classique, avec un détective plaisant mais ne sortant pas vraiment de l’ordinaire.

Heureusement, l’univers se dévoile progressivement dans les histoires suivantes. La technologie et les questions géopolitiques sont abordées à travers les enquêtes de notre fameux détective à vapeur. Outre Londres, métropole de l’Empire anglo-russe, le détective Bodichiev nous propose une escapade en France, ou plutôt dans l’Union des Républiques Solidaires Françaises, suite à une révolution « solidariste » qui a mis en place un nouveau régime d’inspiration marxo-engeliste.

Je dois avouer que les enquêtes elles-mêmes ne m’ont pas passionné, mais ce n’est pas vraiment ce que je cherchais. Par contre, j’ai pris plaisir dans ce savant mélange des genres, entre roman policier, uchronie, steampunk et même science-fiction au sens large avec des questionnements sur l’intelligence artificielle notamment.

Sans révolutionner le genre (lequel, d’ailleurs ?), ce recueil de nouvelles est un bon divertissement qui joue habilement sur plusieurs registres. J’ai pris plaisir à le lire et j’ai bien envie de me laisser tenter par le deuxième volume annoncé.


Mémoires d’un détective à vapeur, André-François Ruaud

Note : ★★★☆☆

Livres & Romans

The Romanovs : 1613-1918

L’ambition de ce livre, The Romanov : 1613-1918, est grande : raconter l’histoire de la dynastie des Romanov, qui ont régné sur la Russie pendant plus de trois siècles, de 1613 à 1918.

Je dois reconnaître que j’ai mis du temps à entrer dans ce livre, qui donne énormément de détails sur la vie de l’ancienne famille impériale russe, souverain par souverain. L’auteur semble par ailleurs avoir un intérêt particulier, et parfois gênant, pour les histoires de coeur, de sexe mais aussi de torture qui ont émaillé la destinée des Romanov.

Certains chapitres m’ont ennuyé, d’autres m’ont captivé : je pense notamment à ceux sur Alexandre Ier, le grand rival de Napoléon, mais aussi évidemment sur Nicolas II, le tsar déchu par la Révolution de 1917. Le passage sur l’exécution de Nicolas II et sa famille est particulièrement éprouvant à lire.

J’ai bien aimé, enfin, l’épilogue qui dresse des parallèles étonnants mais intéressants entre les Romanov, les dirigeants du régime soviétique, et le dirigeant russe actuel, Vladimir Putin.

Au final, ce livre de plus de 650 pages est parfois difficile à lire, pas toujours passionnant, mais vaut le coup d’être lu pour certains chapitres et salué pour le travail monumental réalisé par l’auteur pour nous proposer une biographie des Romanov sur trois siècles d’Histoire.


The Romanovs: 1613-1918, Simon Sebag Montefiore

Note : ★★★☆☆