Mémoires d’un détective à vapeur

Après avoir passé plusieurs semaines en immersion dans l’histoire des Romanov, je suis resté en quelque sorte dans le monde russe avec un livre pourtant bien différent. Mémoires d’un détective à vapeur est en effet un recueil de nouvelles policières qui se déroule dans un univers uchronique où la reine Victoria a épousé le tsar Constantin pour former un grand Empire anglo-russe au XIX° siècle.

Londres est la plus grande métropole anglo-russe, une statue géante du Bouddah Amida vient d’y être érigée et l’on prépare les festivités impériales du troisième millénaire…

Jan Marcus Bodichiev, détective privé et spécialiste en sécurité informatique, mène l’enquête sur une station extraterrestre, des crimes météorologiques, des cambrioleurs génétiquement modifiés ou dans la France soviétique… dans un ensemble de documents retraçant sa carrière et cet univers uchronique légèrement décalé.

L’état d’esprit de ce roman est une sorte de Simenon légèrement décalé, comme du Maigret situé dans une uchronie où notre monde est dominé par un empire allant de la Grande-Bretagne à la Russie.

Le livre se présente comme le recueil de notes Viatcheslav Pavlovitch Koulikov collectées par son fils Olav. Ces deux personnages sont crédités comme auteurs originaux du livre, dont la traduction en français depuis l’anglo-russe est assurée par André-François Ruaud. C’est un peu étrange, et il m’a fallu un peu de temps pour comprendre.

En réalité, tout ceci n’est qu’un artifice pour nous raconter les enquêtes du détective privé Jan Marcus Bodichiev, d’après des notes de son ami Viatcheslav Pavlovitch Koulikov.

L’action se déroule dans les années 3000 du calendrier bouddhiste adopté par l’Empire anglo-russe, au tournant des années 1960 et 1970 dans notre calendrier. Malgré tout, la technologie est par certains aspects plus avancée qu’elle ne l’était à cette époque-là, et même qu’aujourd’hui dans certains domaines. Dans d’autres domaines, on est au contraire plus proche de l’époque victorienne.

On retrouve ce contraste dans d’autres domaines, et c’est tout à fait caractéristique du mélange des genres proposé par ce roman, entre policier (avec Sherlock Holmes et Hercule Poirot en inspirations revendiquées et citées dans le texte), steampunk (avec des dirigeables comme moyens principaux de locomotion), science-fiction et même cyberpunk avec les hommes “modifiés” évoqués dans deux récits.

Je dois dire que la première histoire m’a beaucoup déçu. Hormis l’omniprésence de patronymes à consonance slave, j’ai eu du mal à discerner l’originalité du cadre promis en quatrième de couverture. J’ai plutôt découvert une enquête somme toute classique, avec un détective plaisant mais ne sortant pas vraiment de l’ordinaire.

Heureusement, l’univers se dévoile progressivement dans les histoires suivantes. La technologie et les questions géopolitiques sont abordées à travers les enquêtes de notre fameux détective à vapeur. Outre Londres, métropole de l’Empire anglo-russe, le détective Bodichiev nous propose une escapade en France, ou plutôt dans l’Union des Républiques Solidaires Françaises, suite à une révolution “solidariste” qui a mis en place un nouveau régime d’inspiration marxo-engeliste.

Je dois avouer que les enquêtes elles-mêmes ne m’ont pas passionné, mais ce n’est pas vraiment ce que je cherchais. Par contre, j’ai pris plaisir dans ce savant mélange des genres, entre roman policier, uchronie, steampunk et même science-fiction au sens large avec des questionnements sur l’intelligence artificielle notamment.

Sans révolutionner le genre (lequel, d’ailleurs ?), ce recueil de nouvelles est un bon divertissement qui joue habilement sur plusieurs registres. J’ai pris plaisir à le lire et j’ai bien envie de me laisser tenter par le deuxième volume annoncé.


Mémoires d’un détective à vapeur, André-François Ruaud

Note : ★★★☆☆

One thought on “Mémoires d’un détective à vapeur

  1. Je l’avais lu – ainsi que le deuxième tome – et si c’est plaisant à lire, je trouve ça tout de même un peu décevant. Les enquêtes sont très moyennes et le décor… est juste un décor. Il y a pourtant des idées géniales, mais ça ne décolle pas vraiment.

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About Zéro Janvier

Blogueur. Lecteur obsessionnel, sériephile assidu, cinéphile occasionnel, amateur de comics. Citoyen engagé.