Jour de courage

Il y a des livres qui nous tombent dessus un peu par hasard, dont on découvre l’existence par un de ces étranges enchainements de circonstances que la vie nous réserve parfois, et dont on se dit ensuite, une fois lus, qu’on ne pouvait pas y échapper, que les lire était comme une obligation, une évidence. Jour de courage en fait assurément partie.

Le résumé m’avait beaucoup plu mais je m’attendais, sans forcément comprendre pourquoi, à un roman gentillet sur un thème fort :

Lors d’un exposé en cours d’histoire sur les premiers autodafés nazis, Livio, 17 ans, retrace l’incroyable parcours de Magnus Hirschfeld, ce médecin juif-allemand qui lutta pour l’égalité hommes-femmes et les droits des homosexuels dès le début du XXe siècle. Homosexuel, c’est précisément le mot que n’arrive pas à prononcer Livio : ni devant son amie Camille, dont il voit bien qu’elle est amoureuse de lui, ni devant ses parents. Magnus Hirschfeld pourrait-il parler pour lui ? Sous le regard interdit des élèves de sa classe, Livio accomplit alors ce qui ressemble à un coming out.

Deux histoires se mêlent et se répondent pour raconter ce qu’est le courage, celui d’un jeune homme prêt à se livrer, quitte à prendre feu, et celui d’un médecin qui résiste jusqu’à ce que sa bibliothèque de recherche soit brûlée vive. À un siècle de distance, est-il possible que Magnus Hirschfeld et Livio se heurtent à la même condamnation ?

Le tout début m’a conforté dans mon idée préconçue : c’est bien écrit mais gentillet, cette histoire d’un adolescent qui profite d’un exposé en cours d’histoire pour parler de sa propre homosexualité, c’est sympathique mais ça ne va pas forcément m’emmener très loin.

Là où l’auteur fait preuve d’un véritable talent d’écriture, c’est que le rythme et la tension montent progressivement. Au fur et à mesure que Livio avance dans son exposé, qu’il raconte l’histoire du premier autodafé nazi qui a touché un institut de la sexualité engagé pour l’égalité des droits, que ce soit pour les femmes ou pour les homosexuels, il se dévoile lui aussi de plus en plus. Il s’expose, au sens premier du terme, au regard de ses camarades.

J’ai été véritablement happé par le double récit, celui de Livio faisant son exposé dans la salle de classe et celui de l’autodafé annoncé. J’ai dévoré les dernières pages, impatient de découvrir le fin mot de l’histoire.

En terminant ce roman, j’ai eu très vite deux pensées. La première, c’est qu’il s’agit d’un très grand livre, dont la qualité d’écriture – à la fois par le style et par le rythme et l”intérêt du récit – m’a surpris et captivé. La seconde, c’est que son titre a été magnifiquement choisi. Ce n’est pas toujours le cas, mais ce Jour de courage reflète parfaitement le contenu du roman, avec toutes les interprétations que chacun pourra en faire.


Jour de courage, Brigitte Giraud

Note : ★★★★★

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About Zéro Janvier

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