Je poursuis ma lecture de l’intégrale des Rougon-Macquart d’Emile Zola, avec le troisième roman de la saga : Le Ventre de Paris.

Après les conséquences du coup d’Etat dans la ville provençale imaginaire de Plassans et le milieu parisien des affaires, Emile Zola nous plonge cette fois dans les Halles de Paris, récemment inaugurées à l’ouverture du roman, et véritable centre et ventre de la capitale du Second Empire.

Contrairement aux deux premiers romans qui étaient clairement centrés sur des personnages issus d’une ou l’autre branche de la grande famille des Rougon-Macquart, celui-ci ne les fait apparaître qu’à travers des personnages secondaires.

Le principal « héros » du récit, c’est Florent, un républicain revenu à Parois après s’être évadé du bagne de Cayenne où il avait été déporté injustement pour le meurtre de plusieurs gendarmes, un crime qu’il n’avait en réalité par commis. L’arrivée de Florent à Paris va dérégler la petite vie des Halles de Paris et des commerçants qui y ont leurs habitudes.

Les Halles sont presque le personnage principal du roman. Emile Zola nous décrit les commerçants et leurs produits. C’est le livre de la description des corps : le gras des bien nourris est glorifié, les maigres sont mal vus, ils inspirent la méfiance, leur maigreur cache forcément de sombres secrets.

L’auteur nous raconte également les rivalités, les jalousies, les querelles, les mesquineries entre les commerçants des Halles. Comme il l’avait fait pour le microcosme mondain dans La Curée, Émile Zola dresse le portrait des petits commerçants parisiens, les habitués des Halles nouvellement ouvertes.

Les Halles, c’est aussi le royaume de la rumeur, des ragots qu’on s’échange sur les étals, souvent sans preuve, lâchés pour ternir la réputation de tel ou telle marchande ou marchande avec qui on a eu querelle la veille à propos du prix ou de la qualité d’un produit.

La politique n’est pas absente, avec les discussions entre aspirants révolutionnaires le soir autour d’un verre, et surtout la passionnante et éclairante conversation entre les époux Quenu, où est exposée la position, éminemment conservatrice, des petits commerçants qui ne souhaitent que la stabilité du régime, quel qu’il soit, tant qu’il garantit la prospérité du commerce.

Le Ventre de Paris est un roman difficile à lire : certains passages sont passionnants, d’autres sont moins accessibles. Si je peux me permettre l’expression, je dois dire que j’ai fait une indigestion à la cinquième ou sixième description d’une boutique et des produits que l’on peut y trouver.

Malgré ce style parfois lourd, on retrouve l’ironie et la causticité d’Emile Zola pour dresser un portrait sans concession d’une partie de la société du Second Empire. Ce n’est donc pas mon roman préféré de la saga, mais il s’agit tout de même d’une brique essentielle dans un ouvrage qui s’annonce monumental.

Je vais poursuivre ma découverte des Rougon-Macquart, même si pour éviter une nouvelle indigestion je vais sans doute lire un autre roman qui n’aura rien à voir, avant de replonger dans le Second Empire vu par Emile Zola.


Le Ventre de Paris (Les Rougon-Macquart #3), Emile Zola

Note : ★★★☆☆

2 réflexions sur “Le Ventre de Paris (Les Rougon-Macquart #3)

  1. C’est marrant, je trouve pour ma part le style de Zola limpide, jamais lourd. Et ce qui m’a frappé, c’est la modernité de la langue (Balzac, 50 ans plus tôt écrit das un français beaucoup plus daté, et dans 30 ans, je pense que ce que je viens de dire sera daté, parce que la langue de Zola touche à sa fin. Dans 30 ans, on aura du mal à lire Zola, abreuvé des « tkt, wesh, je gère en mode easy » – tentative ratée d’écrire jeune, mais tu vois l’idée).
    Modernité du propos aussi. Macron, c’est vraiment Napoleon III

    1. Lourd n’est peut-être pas le bon terme, et il est vrai que Zola se lit bien. C’est surtout l’accumulation de descriptions de boutiques et de produits alimentaires, évidemment voulue par le cadre et le thème du roman, qui m’ont fait frôler l’indigestion.

      Je me suis fait la même réflexion sur la comparaison entre Macron et Napoléon III, avec ce mélange entre libéralisme économique et autoritarisme politique, le tout en s’appuyant sur la bourgeoisie et les milieux d’affaires.

Laisser un commentaire