Livres & Romans

Au Bonheur des Dames (Les Rougon-Macquart #11)

Après un petit hiatus totalement dépendant de ma volonté :-), je reprends mes chroniques des Rougon-Macquart d’Emile Zola, avec le onzième roman de la saga : Au Bonheur des Dames.

Ceux qui suivent fidèlement ces chroniques pourraient peut-être me demander : comment suis-je passé directement du septième volume, L’Assommoir, au onzième ? L’explication est double :

D’une part, des questions personnelles m’ont tenu éloigné du blog ces dernières semaines, ou en tout cas m’ont suffisamment préoccupé pour que je ne trouve pas l’énergie et la motivation de rédiger des chroniques plus ou moins construites pour ce blog.

D’autre part, parmi les trois volumes des Rougon-Macquart que j’ai lus entre temps, il y en a deux que je n’ai pas pu terminer, ou en sautant tellement de pages qu’il aurait été indécent de vouloir en parler ici.

Pour les citer tout de même, Une page d’amour et Nana, respectivement le huitième et neuvième volume de la saga, m’ont profondément ennuyé. Quant au dixième, Pot-Bouille, je l’ai plutôt apprécié, mais la motivation m’a manqué pour en faire une chronique digne de ce nom.

Revenons donc au roman qui nous intéresse ici : Au Bonheur des Dames, où la famille des Rougon-Macquart est représentée par Octave Mouret, le fils ainé du couple Mouret. Nous avions déjà rencontré le jeune homme en suivant les tristes aventures de ses parents dans La conquête de Plassans. Octave est également le personnage principal dans le roman précédent, Pot-Bouille, où nous assistions à son arrivée à Paris et ses deux premières années dans la capitale.

Cette fois, nous le retrouvons à la tête d’un grand magasin, Au Bonheur des Dames, hérité de sa défunte épouse avec laquelle il avait entrepris d’opérer la transformation de la petite boutique en grand magasin moderne.

En effet, le thème principal de ce roman, outre l’histoire d’amour contrariée entre Octave et Denise, le personnage principal du roman, jeune vendeuse employée dans son magasin, c’est l’essor des grands magasins parisiens, provoquant l’étouffement et la mort à petit feu des petits commerces de quartier.

Emile Zola nous présente le modèle économique du commerce de masse, qui vit ses premières heures sous le Second Empire : un renouvellement permanent des stocks avec des nouveautés incessantes ; des prix unitaires bas avec un bénéfice faible pour chaque article vendu mais qui imposent une concurrence intenable pour les petits commerces voisins et permettent au grand magasin un résultat significatif sur les ventes cumulées ; et le rôle primordial de la publicité, de la réclame comme on l’appelait alors, et du bouche-à-oreille pour attirer des clientes, car ce sont les femmes qui sont visées.

Le personnage de Denise, nièce d’un petit boutiquier parisien, sert de point de vue idéal pour illustrer le propos du livre. Nous suivons son ascension sociale de provinciale débarquant à Paris avec des deux jeunes frères après la mort de ses parents. D’abord jeune vendeuse débutante, elle gravit les échelons au sein du personnel du grand magasin, tandis que les boutiques voisines, dont celles de son oncle et de sa tante, sont poussées à la faillite. Denise est ainsi prise entre son attachement à sa famille et sa foi en la vision du commerce moderne portée par son patron Octave Mouret, qui est également l’homme qu’elle aime.

Les enjeux économiques, sociaux et affectifs s’entremêlent donc parfaitement dans le récit proposé par Emile Zola. C’est un réel plaisir de lire un roman aussi bien construit, qui décrit avec acuité un aspect de la société du Second Empire et de son évolution.

Evidemment, comme souvent avec Zola, il y a des quelques passages plus intéressants que d’autres, avec un côté parfois répétitif de certaines scènes, mais l’ensemble est largement réussi et plaisant à lire.


Au Bonheur des Dames (Les Rougon-Macquart #11), Emile Zola

Note : ★★★★☆

Livres & Romans

L’Assommoir (Les Rougon-Macquart #7)

L’Assommoir est le septième volume de la saga Les Rougon-Macquart d’Emile Zola. Le grand romancier y poursuit son portrait de la société française sous le Second Empire. Après les coulisses du pouvoir dans le roman précédent, place cette fois au petit peuple ouvrier de Paris.

Nous suivons la lente et fragile ascension sociale de Gervaise, la jeune fille boiteuse élevée à l’anisette par sa mère Joséphine Macquart. Au début du roman, abandonnée par son amant Lantier qui lui a donné deux fils, elle se marie avec le bon chapelier Coupeau et se met à compte comme blanchisseuse.

Les débuts du ménage sont prometteurs, mais on pressent que l’édifice est fragile, qu’une simple bourrasque peut faire chuter le château de cartes. On guette les signes avant-coureurs de la déchéance que l’on devine inévitable. C’est la triste fatalité des gens mal nés.

Le roman décrit également les rapports de voisinage dans ce quartier populaire de Paris. Les amitiés se font et se défont, au gré des jalousies provoquées par la réussite des uns et des autres. Les rumeurs circulent vite, qu’elles soient avérées ou non.

J’ai lu que ce roman avait suscité des polémiques lors de sa sortie, certains le trouvant trop cru. En effet, Emile Zola dresse un portrait dur et acerbe de la condition ouvrière dans cette seconde partie du XIXe siècle, mais je la crois volontiers réaliste. L’auteur n’est pas toujours tendre avec ses personnages, il ne nous épargne pas leurs faiblesses et leurs vices, mais il le fait pour éclairer leur condition vécue comme une fatalité.

L’Assommoir est un roman dur mais nécessaire, l’un de mes préférés de la saga des Rougon-Macquart pour le moment.


L’Assommoir (Les Rougon-Macquart #7), Emile Zola

Note : ★★★★☆