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Grâce à Dieu

Grâce à Dieu est le nouveau long-métrage de François Ozon, un cinéaste que j’aime suivre depuis maintenant de nombreuses années. Je l’avais découvert en 2001 avec 8 femmes et son casting de rêve, j’avais ensuite aimé Swimming Pool, 5×2, j’avais été touché par Ricky, et j’avais adoré Dans la maison.

Cette année, il revient avec un long-métrage consacré à la pédophilie dans l’Eglise catholique.

Alexandre vit à Lyon avec sa femme et ses enfants. Un jour, il découvre par hasard que le prêtre qui a abusé de lui aux scouts officie toujours auprès d’enfants. Il se lance alors dans un combat, très vite rejoint par François et Emmanuel, également victimes du prêtre, pour « libérer leur parole » sur ce qu’ils ont subi.

Mais les répercussions et conséquences de ces aveux ne laisseront personne indemne.

Le film s’inspire grandement d’une affaire réelle et sa sortie a d’ailleurs été menacée par une plainte car les procès du prêtre évoqué dans la film et de sa hiérarchie n’ont pas encore rendu son verdict. Un bandeau au début et à la fin du film rappellent d’ailleurs le principe de la présomption d’innocence et signale que le film n’est qu’une fiction basée sur des faits réels. Toutefois, l’oeuvre de François Ozon ne laisse pas de place au doute : le prêtre est coupable des faits qui lui sont reprochés, son alter-ego dans le film l’avoue d’ailleurs à plusieurs reprises.

Ce que j’ai beaucoup aimé dans ce film, c’est qu’il montre parfaitement la libération, après plusieurs décennies, de la parole de victimes d’un prêtre pédophile, face au silence et à l’inaction coupables de l’Eglise catholique. Au cours du film, nous suivons le combat de plusieurs hommes différents, qui ont grandi avec cette blessure, qui se sont reconstruit ou pas, et qui ont gardé la foi ou pas.

L’un reste un catholique convaincu et pratiquant, élevant ses enfants dans l’amour de Dieu et les confiant à une école privée catholique. Tel autre a abandonné la foi, quand un autre va jusqu’à l’apostasie pour signifier son rejet de l’Eglise qui n’a pas su le protéger lorsqu’il était enfant. Nous avons ainsi de beaux portraits d’hommes face à la foi et l’Eglise après avoir vécu un traumatisme destructeur.

Moi qui ne suis pas croyant, j’ai trouvé que le film abordait avec beaucoup de finesse et de respect la question de la foi, en faisant bien la distinction entre la foi de chacun et le comportement complice voire coupable de l’Eglise en tant qu’institution face aux actes pédophiles.

J’ai aimé également la façon dont François Ozon aborde la pluralité des réactions des familles face aux crimes pédophiles du prêtre auquel ils ont confié leur enfant. Les parents de l’un, restés très proches de l’Eglise, reprochent à leur fils de « remuer la merde » après tant d’années. D’autres ont tenté des années avant de combattre pour que le prêtre coupable soit éloigné des enfants, quand une autre mère regrette de ne pas avoir suffisamment écouté son fils à l’époque. Quant au frère aîné de l’une des victimes, il reproche à son frère la place qu’il juge excessive que cette affaire prend dans sa vie et dans celle de ses parents.

Nous avons ainsi une multitude de réactions de victimes et de leurs familles, au moment des faits puis vingt à trente ans après, quand la parole se libère enfin.

Face à cette parole libérée, François Ozon nous livre également les réactions du prêtre et de sa hiérarchie, en particulier le cardinal Barbarin. Bizarrement, c’est le prêtre coupable qui s’en sort le mieux, parce qu’il finit par exprimer des regrets et demander pardon à ses victimes, assumant être malade et regrettant que sa hiérarchie ne l’ait pas suffisamment aidé à lutter contre ce mal.

Quant au cardinal Barbarin, il alterne silences, tentatives d’amadouer les victimes pour calmer le jeu, et déclarations maladroites. Je retiens évidemment cette scène marquante de la bande-annonce et du film, à laquelle elle donne d’ailleurs son titre, dans laquelle le cardinal Barbarin déclare que « grâce à Dieu, les faits sont prescrits », provoquant la stupéfaction de son auditoire. L’un des spectateurs exprime alors tout haut ce que tout le monde pense tout bas, à savoir que « grâce à Dieu » signifie « heureusement » et que de tels propos sont d’une violence incroyable.

Grâce à Dieu est un très beau film sur un sujet difficile. Il le traite avec une finesse remarquable, sans esquiver les difficultés. Il me parait difficile de sortir indifférent à ce film, j’ai pour ma part été remué et touché par le combat de ces hommes pour que leurs blessures soient reconnues et punies.

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Atypical

Atypical

J’étais persuadé d’avoir parlé ici de la première saison de cette série, mais après vérification il semble que cela ne soit pas le cas. Comme je viens de terminer la deuxième saison, disponible sur Netflix depuis vendredi dernier, je me dis que c’est le bon moment pour vous en parler, et de faire d’une pierre deux coups en parlant directement des deux premières saisons de cette excellente série.

Atypical est une série proposée par Netflix depuis 2017. Elle compte à ce jour deux saisons de respectivement huit et dix épisodes d’une trentaine de minutes chacun. Elle tourne autour d’une famille américaine, dont le fils aîné, Sam, âgé de dix-huit ans, est atteint d’un trouble du spectre de l’autisme.

Les deux parents de Sam ont chacun une approche très différent de la particularité de leur fils : là où la mère est très protectrice de Sam et très impliquée dans des activités de type groupes de soutien pour parents d’enfants autistes, le père est plus distant et plus mal à l’aise avec le handicap de son fils, qu’il aime pourtant profondément.

Quant à Casey, la soeur cadette de Sam, elle l’aime également énormément, elle se positionne régulièrement comme sa grande soeur alors qu’elle a deux ans de moins que lui, mais peine parfois à trouver sa place dans une famille où les difficultés ou les progrès de Sam restent le sujet principal de discussion et de préoccupation.

D’autres personnages secondaires apparaissent également au cours des deux saisons : Julia, la thérapeute de Sam ; Zahid, son collègue et meilleur ami ; Evan, le petit ami de Casey ; Paige, une fille qui s’intéresse à Sam et le soutient au lycée. Tous ces personnages sont sympathiques et apportent quelque chose à la série.

J’ai regardé la première saison l’année dernière et je n’en garde pas forcément de souvenirs précis, hormis que j’avais beaucoup aimé la sensibilité et l’intelligence de la série. J’ai retrouvé avec plaisir les mêmes ingrédients dans la seconde saison que je viens de terminer en moins d’une semaine.

C’est une très belle série, qui fait rire et tire quelques larmes parfois, sur l’autisme, le handicap, et la vie de famille en général. Le personnage de Sam est évidemment le plus touchant, mais il est entouré de personnages tous remarquablement écrits. C’est un ensemble qui fonctionne parfaitement et en fait une série écrite avec beaucoup de finesse. A mes yeux, c’est peut-être la meilleure création originale Netflix, en tout cas parmi celles que j’ai eu l’occasion de regarder.

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La casa de papel (1ère partie)

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La casa de papel (littéralement « La maison de papier » dans notre vieille langue de Molière) est une série espagnole produite à l’origine pour la chaîne Antena 3 et diffusée à l’international par Netflix. C’est une des séries qui fait beaucoup parler en ce moment, par son succès et par la seconde vie qu’elle a offerte à la chanson italienne anti-fasciste Bella Ciao, chantée à plusieurs reprises par les personnages de la série.

En Espagne, la série a été diffusée comme une mini-série en deux parties, une première composée de 9 neuf épisodes diffusés entre mai et juin 2017, la deuxième de 6 épisodes entre octobre et novembre de la même année. Pour l’international, Netflix a choisi un découpage différent : la première partie a été découpée en 13 épisodes de 45 minutes environ, et la deuxième en 9 épisodes. Une troisième partie est annoncée, à la fois pour une diffusion par Antena 3 en Espagne et sur Netflix pour le reste du monde.

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Le synopsis de la série est simple :

Un homme mystérieux, surnommé le Professeur (El Profesor), planifie le meilleur braquage jamais réalisé. Pour exécuter son plan, il recrute huit des meilleurs malfaiteurs du pays qui n’ont rien à perdre.

Le but est d’infiltrer la Fabrique nationale de la monnaie et du timbre afin d’imprimer 2,4 milliards d’euros, en moins de onze jours et sans verser une goutte de sang – malgré la présence de 67 otages, dont la fille de l’ambassadeur du Royaume-Uni.

Résumé ainsi, cela ressemble à une histoire banale de braquage d’une banque par une bande de malfaiteurs. Pas forcément de quoi m’attirer à la base, mais j’avais envie tout de même de laisser une chance à cette série en raison des très bons échos que j’avais la concernant.

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Le gros point positif de la série, c’est sa capacité à conserver tout le long un rythme rapide. Les rebondissements sont nombreux, on découvre progressivement le plan des braqueurs, et les tentatives de la police pour déjouer la prise d’otages. On s’attache rapidement aux malfaiteurs, que la série rend sympathiques, et on tremble quand les progrès de l’enquête policière les met en danger. Dans le même temps, on s’attache également à certains otages et aux enquêteurs.

Ce n’est pas vraiment une série avec des gentils et des méchants. on suit à la fois le plan génial et un peu fou du Professeur, les erreurs inévitables des braqueurs, les tentatives d’évasion des otages, l’enquête de la police et les négociations avec le Professeur de l’inspectrice en charge de l’affaire. C’est par cette multitude de points de vue et d’enjeu que la série devient intéressante.

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Malgré tout, sur la durée, certains événements ou rebondissements semblent tellement gros qu’on peine à y croire. Il y a un côté à la fois jouissif et irréaliste à voir le Professeur et les braqueurs se sortir de situations très mal engagées. A la fin de la première saison-partie, on peine tout de même à croire que cette histoire puisse durer aussi longtemps dans la réalité. On continue malgré tout à suivre et à accepter ce manque de réalisme, pour le pur plaisir de suivre un plan hors normes et des personnages globalement attachants et sympathiques.

Je me suis pour le moment arrêté à la fin de la première partie, c’est-à-dire après les 13 premiers épisodes proposés par Netflix. J’ai préféré faire une petite pause avec d’autres séries avant de reprendre la deuxième partie, de peur d’être lassé par les rebondissements irréalistes de l’intrigue.Au fond, je pense que La casa de papel est une sorte de plaisir coupable qu’il faut savoir déguster avec modération, pour ne pas en être dégoûté.

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Peaky Blinders (saison 4)

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Après la première, la deuxième, et la troisième, j’ai terminé ce week-end la quatrième saison de Peaky Blinders. Il ne m’a fallu qu’un petit mois pour regarder les 4 saisons disponibles sur Netflix, et ce fut un plaisir.

L’action de cette quatrième saison reprend environ un an après la fin de la précédente. Nous sommes à la veille de Noël en 1925 et l’ambiance au sein de la famille Shelby n’est pas au beau fixe. Après ses manigances à la fin de troisième saison, Thomas est isolé, rejeté par ses frères et sa tante. Une nouvelle menace va cependant forcer les Peaky Blinders à se serrer les coudes et retrouver un semblant de solidarité. En effet, la famille Changretta, issue de la mafia sicilienne exilée à New-York, a décrété une vendetta contre les Paky Blinders et menace de tuer tous les membres de la famille Shelby.

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La série accueille pour cette série deux guest-stars notables : Adrien Brody dans le rôle de Luca Changretta, l’antagoniste principal de la série, et Aiden Gillen qui incarne Aberama Gold, un allié gitan de des Shelby. Je vais être franc, j’ai été déçu par l’interprétation d’Adrien Brody, qui m’a semblé surjouer et forcer le trait du mafiaso italien, au point d’approcher le ridicule. J’ai trouvé Aiden Gillen plus sobre, faisant le job correctement. Comme dans les deux saisons précédentes, on retrouve également avec plaisir l’excellent Tom Hardy en gangster juif à la langue bien pendue, l’un des personnages secondaires les plus marquants de la série.

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Le récit de cette saison suit un rythme intense, l’ambiance est lourde, on sent véritablement la menace représentée par la vendetta dont les Peaky Blinders sont la cible. Contrairement à certaines séries où on peut avoir l’impression que les personnages principaux ont un totem d’immunité, ce n’est pas le cas ici :  on tremble véritablement pour le sort de la famille Shelby, du début à la fin de la saison.

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J’ai clairement adoré cette quatrième saison, comme les trois précédentes. J’aime beaucoup la façon dont la série gère les enjeux croissants d’une saison à l’autre. La première saison nous faisait découvrir un petit gang local de Birmingham, avant de s’étendre à Londres dans la deuxième, d’être impliqué dans les affaires internationales avec des russes dans la troisième, et d’être confronté à la mafia italienne dans la quatrième. La violence a toujours été omni-présente depuis le début, mais elle m’a semblé encore plus forte et inquiétante dans cette quatrième saison.

Mon gros souci désormais, c’est que la cinquième saison ne sera diffusée qu’en 2019 par la BBC et que je risque d’attendre un bon moment avant qu’elle soit disponible sur Netflix. Ce qui est certain, c’est qu’après 4 saisons, Peaky Blinders est devenue une de mes séries préférées, une oeuvre magnifiquement écrite et réalisée, par très loin dans mon esprit de chefs d’oeuvre comme The Wire et The Sopranos.

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Plaire, aimer et courir vite

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Je n’ai appris qu’il y a deux jours en écoutant la radio qu’un nouveau film de Christophe Honoré sortait en salle cette semaine, en même temps que sa présentation au Festival de Cannes. C’est pourtant un cinéaste que j’aime suivre depuis son magnifique film musical Les chansons d’amour, même si je n’ai pas aimé tous ses films. Dans les réussites, j’ai en tête La belle personne, jolie adaptation moderne de La princesse de Clèves. Au rayon des échecs, je me souviens en particulier du catastrophique Non ma fille, tu n’iras pas danser et sa réplique restée culte pour moi sur les endives braisées.

Avant de foncer tête baissée vers ma salle de cinéma préférée, j’ai tout de même pris la peine de regarder le synopsis et celui-ci a confirmé mon envie de voir le film :

1990. Arthur a vingt ans et il est étudiant à Rennes. Sa vie bascule le jour où il rencontre Jacques, un écrivain qui habite à Paris avec son jeune fils. Le temps d’un été, Arthur et Jacques vont se plaire et s’aimer. Mais cet amour, Jacques sait qu’il faut le vivre vite.

Le film débute en réalité en 1993 et nous plonge tout de suite dans l’ambiance des années 90, à grand renfort de plans appuyés sur les téléphones d’époque, sur le lecteur K7, sur le minitel, ou sur les cigarettes fumées au restaurant ou chez le médecin. Ce n’est pas très subtil, mais c’est efficace.

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Arthur, interprété par un Vincent Lacoste rayonnant et charmeur, est un étudiant rennais de 21 ans. En couple avec une jeune étudiante, il fréquente pourtant en secret les lieux de drague gay. Grand lecteur auto-proclamé, il ne reconnaît pourtant pas Jacques, un auteur de théâtre et de romans, quand il le rencontre au cinéma. Jacques, interprété par Pierre Deladonchamps que j’ai vu récemment dans la série Trepalium, est trentenaire, homosexuel, séropositif, et père d’un garçon d’une dizaine d’années dont il a la garde partagée avec la mère qui est aussi une amie. L’autre grand nom à l’affiche, c’est l’excellent Denis Podalydès, parfait en vieux pédé, voisin et meilleur ami de Jacques, affublé d’une moustache qui lui fait ressembler à Gérard Jugnot époque Le Père Noël est une ordure ou Pinot simple flic.

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Le film est centré sur l’histoire d’amour contrariée entre Arthur et Jacques. Ils se plaisent de façon évidente dès leur première rencontre, mais Jacques ne souhaite par s’investir dans une relation alors que la mort rôde sur lui et emporte ses amis les plus proches.

Ce n’est pas directement un film sur le SIDA. Contrairement à 120 battements par minute avec lequel ce film sera inévitablement comparé et qui montrait à la fois une histoire d’amour entre un séropositif et un séronégatif et la lutte d’Act-Up au coeur des années SIDA, Plaire, aimer et courir vite est d’abord et avant tout une histoire d’amour sur deux personnes qui se rencontrent, se plaisent, s’aiment, mais ont peut-être le malheur de se connaître au mauvais moment. On suit deux garçons, deux hommes, dans leur vie quotidienne, l’un à Rennes, l’autre à Paris, attirés l’un par l’autre mais séparés par l’âge, la distance, et la mort qui plane sur l’un d’eux.

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Contrairement à ce que peut laisser penser l’affiche, excessivement aguicheuse à mon goût, c’est un très joli film. Il y a quelques longueurs au milieu du récit, mais il laisse le temps de s’installer et de découvrir les personnages. J’ai même souri plusieurs fois avec des dialogues vraiment drôles. Comme souvent avec Christophe Honoré, les références littéraires et cinématographiques sont omniprésentes, et ont sent que le réalisateur aime écouter ses acteurs déclamer de longues répliques lourdes de sens.

Malgré ces quelques travers, j’ai vraiment passé un très bon moment devant ce film très poétique et touchant. Je vous le conseille si vous voulez assister à une belle histoire d’amour qui sait trouver le juste milieu entre guimauve dégoulinante et mélo larmoyant.

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Fiertés

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Fiertés est une mini-série française créée et réalisée par François Faucon et diffusée la semaine dernière sur Arte. Je n’en avais pas entendu avant sa diffusion mais quelques articles dans les médias et sa courte présentation sur le site de la chaîne franco-allemande m’ont donné envie de la regarder en replay :

La minisérie « Fiertés » retrace le combat pour les droits des minorités sexuelles en France à travers le récit intime de trois générations et trois destins d’hommes. Série chorale, « Fiertés » est une chronologie de la tolérance et une saga familiale.

Le format de la série est particulier : elle est construite en 3 épisodes qui se déroulent chacun à une époque différente, marquée par une avancée des droits des personnes homosexuelles :

  • le premier se déroule en 1981-1982 avec le dépénalisation de l’homosexualité suite à l’élection de François Mitterand
  • le deuxième en 1999 lors du vote du PACS par la majorité plurielle issue de la dissolution ratée de l’Assemblée par Jacques Chirac
  • le troisième et dernier prend place en 2013 lors des débats sur le mariage pour tous et l’ouverture de l’adoption aux couples homosexuels

Dans les trois épisodes, on retrouve les mêmes personnages que l’on suit ainsi à trois périodes différentes de leur vie et de notre Histoire contemporaine.

Au début de la série, en 1981, nous découvrons Victor, 17 ans, qui découvre l’amour avec les garçons, au grand damn de son père Charles, chef de chantier qui souhaite la victoire de François Mitterand à l’élection présidentielle mais reste très conservateur sur les questions de société. La rencontre de Victor avec Serge, un homme plus âgé, va être l’étincelle qui va faire éclater en morceaux la relation entre Charles et son fils.

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Dans le deuxième épisode, qui se déroule en 1999, la relation entre Charles et son fils s’est un peu apaisée, mais le projet d’adoption de Victor va causer de nouvelles tensions avec son père. Ce même projet va également mettre en danger la relation de Victor avec son compagnon Serge, désormais séropositif, et qui va se sentir relégué au second plan quand Victor va devoir jouer au célibataire hétérosexuel pendant l’enquête des services sociaux pour obtenir l’agrément en vue de l’adoption.

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Le troisième épisode est le plus proche de nous, puisque l’action se déroule en 2013, en pleins débats sur le mariage pour le tous. Je me suis surpris à réaliser que cela faisait déjà 5 ans que ce débat enflammé, et à vrai dire nauséabond, entre partisans et opposants du mariage pour tous. Je me souviens d’ailleurs avoir écrit un billet ici à l’occasion d’une journée où la Manif pour Tous nous insultait vaillamment dans la rue. Fin de la parenthèse personnelle, désolé. Dans la série, Victor et Serge élèvent désormais Diego, adolescent en classe de terminale, qui voit en cachette son grand-père Charles avec qui Victor est toujours en froid.

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C’est à la fois simple et difficile pour moi de donner mon avis sur cette mini-série. En effet, le premier épisode m’a beaucoup plu, le deuxième un peu moins, et le troisième encore moins.

J’ai beaucoup aimé le récit et le cadre du premier volet, dans ce début des années 1980 où un homme de gauche comme Charles, très progressif sur les questions sociales l’est beaucoup moins sur les questions sociétales. Le personnage de Victor est également sympathique, pris entre son cadre familial qui sent un peu le formal et la naphtaline et son attirance nouvelle pour les garçons, que ce soit Serge qu’il vient de rencontrer ou le jeune Selim avec lequel il travaille le week-end sur le chantier de son père.

Malheureusement, ce début prometteur s’est un peu écroulé par la suite. Sur la durée, les personnages ne sont pas restés très attachants, en particulier Victor qui m’a semblé franchement antipathique à partir du deuxième épisode. Serge, son compagnon, m’est apparu presque transparent, à la limite de l’accessoire, alors que le couple atypique qu’il forme avec Victor constitue la constante des trois épisodes, des trois époques. Charles, le père de Victor, est peut-être le personnage le plus touchant, par ses limites, ses défauts et son évolution. Très honnêtement, je me suis détaché progressivement du récit et des personnages, pas aidé d’ailleurs par un jeu d’acteurs que j’ai trouvé assez médiocre, à quelques exceptions près.

Fiertés est d’abord un récit sur la perception et la place de l’homosexualité dans la société, mais aussi plus généralement une série sur la paternité et les relations père-fils. Je disais que le couple formé par Victor et Serge est la constante des trois épisodes, mais la relation entre Victor et son père Charles en est la véritable pierre angulaire. C’est peut-être ce qui m’a le plus intéressé finalement sur l’ensemble de la série, au-delà de l’historique de la lutte pour les droits des homosexuels qu’elle retrace. Je suis tout de même embêté parce que je voulais vraiment aimer cette série. Elle a de sérieux atouts, à commencer par ses intentions et son ambition, mais le résultat m’a tout de même un peu déçu. C’est dommage car cela aurait pu être une série mémorable et cela tient à peu de choses.


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Peaky Blinders (saison 3)

Peaky Blinders saison 3 - 1

L’avantage d’une série comme Peaky Blinders qui est composée de saisons de 6 épisodes, c’est que chaque saison passe très vite. En une semaine, une saison est déjà bouclée et je peux passer à la suivante. Ainsi, une semaine après avoir terminé la saison 2, je suis déjà de retour pour parler de la troisième saison.

Peaky Blinders saison 3 - 3

La saison reprend deux ans après la fin de la précédente. Les Peaky Blinders sont désormais en position de force à Londres en plus de leur fief historique de Birmingham. Les affaires de la Shelby Limited Company sont florissantes et la part de commerce légal prend de l’ampleur par rapport aux activités illégales du gang. Thomas Shelby est cependant entrainé dans un complot à grand ampleur impliquant à la fois le gouvernement britannique, des Russes blancs, des aristocrates exilés en Angleterre suite à la Révolution bolchévique dans leur patrie natale, et des militants socialistes en lien avec l’ambassade soviétique au Royaume-Uni.

Peaky Blinders saison 3 - 2

Je ne vais pas en dire plus ici par crainte de trop en dévoiler. Je vais me contenter de dire que la saison est riche en événements et en rebondissements, et que les Peaky Blinders vont se retrouver confrontés avec des individus et des organisations peut-être plus dangereux et aux agissements et aux méthodes bien pires que ce dont ils sont eux-même capables, ce qui n’est pas peu dire. La série nous offre à nouveau des antagonistes à la hauteur. D’une part on a affaire à des agents anti-communistes du gouvernement britannique, dont un prêtre terrifiant incarné par l’excellent Paddy Considine. De l’autre, on fait la connaissance d’une famille en exil de l’aristocratie russe, dont les membres sont tous plus étranges les uns que les autres.

L’intrigue de la saison m’a beaucoup plu, j’ai trouvé ça plus riche et plus fouillé que les deux saisons précédentes, qui m’avaient pourtant déjà beaucoup plu. On sent toujours que les épisodes sont écrits avec beaucoup de soin, le rythme est travaillé, les dialogues sont toujours justes, avec la pointe d’humour qui va bien au bon moment. Quant aux personnages, ils sont toujours aussi forts et dotés d’une profondeur remarquable. Je suis encore obligé de citer Polly, la tante des frères Shelby, peut-être le personnage le plus touchant de la série.

Peaky Blinders saison 3 - 4

Cela fait trois semaines et trois saisons que j’ai découvert Peaky Blinders, et je suis encore et toujours sous le charme de cette série. La qualité reste à un très haut niveau et le récit est toujours aussi passionnant. Il ne me reste plus que la quatrième saison à regarder sur Netflix. Il faudra ensuite que je sois patient pour découvrir la cinquième, annoncée pour une diffusion sur BBC Two en 2019, ce qui laisse un peu de temps pour la voir débarquer sur Netflix en France.


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