Cinéma, TV & DVD

HHhH

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HHhH est un film réalisé par le cinéaste français Cédric Jimenez et sorti en salles en 2017. Le synopsis nous plonge dans les années 1930 puis en pleine Seconde Guerre Mondiale :

L’ascension fulgurante de Reinhard Heydrich, militaire déchu, entraîné vers l’idéologie nazie par sa femme Lina. Bras droit d’Himmler et chef de la Gestapo, Heydrich devient l’un des hommes les plus dangereux du régime. Hitler le nomme à Prague pour prendre le commandement de la Bohême-Moravie et lui confie le soin d’imaginer un plan d’extermination définitif. Il est l’architecte de la Solution Finale.

Face à lui, deux jeunes soldats, Jan Kubis et Jozef Gabcik. L’un est tchèque, l’autre slovaque. Tous deux se sont engagés aux côtés de la Résistance, pour libérer leur pays de l’occupation allemande. Ils ont suivi un entraînement à Londres et se sont portés volontaires pour accomplir l’une des missions secrètes les plus importantes, et l’une des plus risquées aussi : éliminer Heydrich.

C’est en réalité une adaptation du livre du même nom de Laurent Binet, qui avait remporté à cette occasion le prix Goncourt du premier roman en 2010. J’avais lu et été marqué par ce roman historique passionnant et intelligent. J’avais entendu parler ces dernières années qu’une adaptation pour le grand écran était dans les tuyaux, mais je n’avais pas prêté attention à sa sortie l’année dernière et c’est seulement ce week-end que j’ai constaté qu’il passait sur Canal + et que c’était l’occasion parfaite pour le voir.

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Le titre HHhH est l’acronyme de l’allemand « Himmlers Hirn heißt Heydrich », qui signifie « le cerveau de Himmler s’appelle Heydrich » ; il s’agit en fait du surnom donné par les SS à Reinhard Heydrich, adjoint d’Himmler dès 1933. Cet acronyme n’est jamais explicité ni expliqué dans le film me semble-t-il, contrairement au livre où j’y avais lu cette explication. C’est l’une des divergentes entre le livre et le film, même si celle-ci reste mineure.

La plus grosse divergence entre le roman et son adaptation littéraire, c’est son point de vue très différent. Dans le livre de Laurent Binet, le narrateur était un écrivain qui voulait écrire sur Heydrich et les deux soldats résistants tchèques qui l’ont assassiné. En parallèle du récit historique, on y suivait son enquête minutieuse et ses interrogations sur la difficulté à « raconter l’Histoire ». Il y avait donc une profondeur supplémentaire, sur le dilemme entre véracité historique et souci d’une narration fluide et intéressante pour le lecteur. Le film est plus classique, nous sommes face à un récit plus classique, entre film historique et biopic. Le film se divise d’ailleurs en deux parties distinctes.

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La première partie est très académique, trop conventionnelle d’ailleurs, à la limite de l’ennui tellement c’est convenu et sans saveur. Cela se présente presque comme un biopic classique de Reinhard Heydrich, en commençant son exclusion de la Marine allemande en 1929, puis son mariage avec une militante du Parti National-Socialiste, sa rencontre avec Himmler, son ascension au sein des SS, sa participation dans l’élimination des SA, son rôle majeur dans la Shoah (d’abord par la création des Einsatzgruppen, les sections SS chargées de l’élimination des juifs par fusillade en Pologne au début de la guerre, puis son élaboration de la solution finale), sa nomination à Prague comme Reichprotektor, et l’attentat dont il a été victime en 1942 dans la capitale tchèque.

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Cet attentat marque la transition entre la première et la seconde partie. Celle-ci est centrée sur les résistants tchécoslovaques et en particulier sur Jan Kubis et Jozef Gabcik, deux soldats respectivement tchèque et slovaque qui vont mener l’attentat contre Heyrich. Tout est évidemment fait pour qu’on admire ces deux héros et qu’on s’attache à eux. Cette deuxième partie est nettement plus convaincante, marquée par des scènes glaçantes qui restent en mémoire et malgré quelques défauts sur lesquels je reviendrai.

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Le plus gros défaut de ce film à mes yeux, c’est sa grandiloquence, sa volonté de faire du spectaculaire et de l’esthétique à partie d’un matériel historique dramatique. L’exercice de tourner et de montrer des scènes de tortures ou d’assassinats de masse est sans doute difficile voire très périlleux, mais j’ai parfois ressenti une certaine gêne face à certaines scènes. A force de vouloir rendre ça spectaculaire et « beau« , on frôle parfois l’indécence.

L’autre reproche que je ferais à ce film, c’est qu’il ait été tourné en anglais, ce qui me gêne toujours quand l’action se déroule dans un pays non anglophone et que les habitants de ce pays ne parlent pas leur langue natale. Je comprends la justification commerciale de ce choix, mais en ce qui me concerne elle nuit à l’immersion. Des dialogues en allemand ou en tchèque entre les personnages, avec les sous-titres adéquats, auraient été un choix plus judicieux à mes yeux, ou plutôt à mes oreilles. Cette uniformisation des langues, aussi artificielle soit-elle d’un point de vue narratif, est malheureusement une tendance forte dans l’industrie cinématographique. Je crains que mon humble avis de cinéphile très occasionnel n’ait pas beaucoup de poids face aux exigences commerciales des grosses sociétés de production.

Je n’insisterai pas sur les acteurs, qui m’ont tous semblé talentueux et qui font le job, comme on dit. La musique accompagne bien l’action, même si elle a tendance à être omniprésente comme dans toutes les grosses productions actuelles.

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Dans l’ensemble, j’ai du mal à me faire un avis clair et définitif sur ce film. La première partie m’a nettement déçu et ennuyé, la seconde m’a plus emballé malgré les défauts dont je viens de parler. Ce n’est pas véritablement un mauvais film, mais j’ai tout de même le sentiment qu’à force de vouloir trop en faire, il passe à côté de son sujet. C’est d’autant plus dommage que le livre de Laurent Binet avait une richesse et une profondeur remarquables, peut-être difficilement adaptables à l’écran mais qui auraient sans doute mérité mieux.


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Cinéma, TV & DVD

Capitaine Marleau

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Ceux qui me connaissent doivent savoir que ni les productions françaises ni les séries policières ne sont à mon goût habituellement. Et pourtant je dois faire un aveu : j’adore Capitaine Marleau, la série policière qui cartonne sur France 3 depuis l’automne 2015.

Je ne sais plus exactement quand et dans quelles circonstances j’ai découvert cette série, je pense que je suis tombé dessus en regardant la TV dans une chambre d’hôtel pendant un séjour en vacances. Ce qui m’a tout de suite marqué, c’est l’humour déjanté de la série. J’avais pris l’épisode en route mais cela m’a suffisamment plu pour avoir envie de le revoir et de regarder les autres épisodes de la série. Depuis, je n’en manque pas un seul.

La série repose sur Corinne Masiero qui incarne la fameuse capitaine Marleau, capitaine de gendarmerie excentrique, à l’humour ravageur et qui ne mâche pas ses mots. Le contraste est saisissant avec les personnages plus posés interprétés par des guests prestigieux qui varient d’un épisode à l’autre, comme Gérard Depardieu (dans le premier épisode de la série), Victoria Abril, Pierre Arditi, Charles Berling, Yolande Moreau, Niels Arestrup, Jean-Hugues Anglade, ou David Suchet (connu pour son rôle mémorable du détective Hercule Poirot dans la série homonyme).

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Je l’ignorais au début mais je l’ai appris dans l’article Wikipedia sur la série, le capitaine Marleau a été créé pour un téléfilm baptisé Entre vents et marées, également réalisé par Josée Dayan à laquelle on doit la série. Je ne suis pas forcément fan de l’oeuvre télévisuelle de cette réalisatrice, mais je dois dire qu’elle a réussi à créer qu’avec Capitaine Marleau une série et un personnage mémorables.

Le personnage de Marleau a semble-t-il été créé sur le modèle de – ou en hommage à – l’inspecteur Colombo de la célèbre série américaine. Le lieutenant de police américain et la capitaine de gendarmerie française ont plusieurs points communs : ils se déplacent tous deux dans une vieille voiture emblématique (la 404 pour Colombo ; une Range Rover pour Marleau), on ne connait pas leur prénom, et ils portent un vêtement caractérise (l’imperméable pour Colombo ; des chemises à carreaux, une parka et une chapka pour son homologue de la gendarmerie nationale).

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La différence avec Colombo, c’est qu’on ne connait pas au début des épisodes l’auteur du crime qui sert de prétexte à l’épisode. Je parle de prétexte car l’intrigue policière est souvent assez faible et, en ce qui me concerne, ne sert que de cadre pour mettre en scène le capitaine Marleau et son humour décalé, et ses interactions très souvent drôles avec les personnages plus classiques présents dans l’épisode. On sent que Corinne Masiero s’amuse beaucoup dans ce rôle et je la soupçonne parfois d’improviser certaines répliques. C’est en tout cas très efficace, je ne compte pas le nombre de fois où j’éclate de rire pendant un épisode.

La programmation de la série est assez difficile à suivre. Treize épisodes de 90 minutes ont à ce jour été produits, dont onze ont été diffusés en France en septembre 2015, les deux prochains ne devant plus tarder à arriver. Lors de chaque diffusion, France 3 a tendance à diffuser deux ou trois épisodes inédits avant de rediffuser quelques épisodes précédents, ce qui ne facilite pas la tâche des téléspectateurs qui tentent d’être fidèles. Le replay n’est pas de trop pour ne rater aucun épisode quand la saison de l’humour noir et déjanté du Capitaine Marleau revient.

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Peaky Blinders (saison 2)

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Cela fait seulement une semaine que j’ai terminé la première saison de Peaky Blinders, et je reviens déjà pour parler de la deuxième saison. Il faut dire pour ma défense que chaque saison ne comporte que 6 épisodes et que cela passe à une vitesse folle.

Cette deuxième saison commence deux ans après la fin de la première. Nous sommes désormais en 1921, Thomas Shelby s’apprête à entraîner les Peaky Blinders dans un plan ambitieux et un peu fou pour étendre leur territoire d’influence et conquérir Londres. Le récit se partage ainsi entre Birmingham, le berceau et terrain de jeu d’origine des Shelby, et Londres où leur arrivée ne va pas faire que des heureux.

En parallèle de la lutte des Peaky Blinders pour la conquête de la capitale anglaise, nous assistons aux manigances de Chester Campbell, l’inspecteur des services spéciaux de Sa Majesté, pour se venger de sa némésis Thomas Shelby. On retrouve également avec plaisir Polly Shelby, la tante de Thomas, qui va tenter de retrouver son fils et sa fille qui lui ont été enlevés lorsqu’ils étaient petits.

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Cette saison m’a semblé plus violente que la première, avec également  un rythme peut-être plus rapide mais toujours une forte intensité tout au long des six épisodes qui la composent. S’il y a des temps faibles dans le rythme, ils sont voulus et maîtrisés, comme une accalmie avant la tempête. L’univers de la série s’enrichit, à la fois géographiquement et avec de nouveaux personnages, mais cela ne se fait pas au détriment de la qualité du scénario, qui reste parfaitement écrit et prenant du début à la fin. La saison s’achève sur un épisode de haut niveau, qui conclut certaines intrigues tout en laissant des portes ouvertes pour la suite.

Les décors sont toujours aussi magnifiques et réalistes, d’autant qu’ils gagnent en variété. Là où la première saison restait cantonnée dans les quartiers ouvriers et portuaires de Birmingham, celle-ci nous emmène à Londres, y compris dans des quartiers plus chics que ceux que les les Shelby avaient l’habitude de fréquenter jusque là.

Je ne reviendrai pas sur la qualité des acteurs, toujours aussi bons, en particulier Cillian Murphy dans le rôle de Thomas Shelby et à Helen McCrory dans celui de sa tante Polly, et une mention spéciale pour le prometteur Finn Cole qui interprète Michael, un nouveau venu dans l’entourage des Peaky Blinders auquel je prédis un grand avenir.

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Cette deuxième saison confirme toutes les qualités de la série, on y retrouve les ingrédients de la première saison mais en les chauffant plus fort encore. Le cocktail est explosif mais passionnant. J’ai encore deux saisons à regarder sur Netflix et il ne fait aucun que si la qualité reste aussi bonne, je vais les regarder à toute vitesse et Peaky Blinders rejoindra directement le panthéon de mes séries préférées, par très loin de The West Wing, The Wire et The Sopranos.


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On My Block (saison 1)

On My Block (saison 1)

On My Block est l’une des dernières nées parmi les séries originales Netflix. C’est une série qui se présente comme une comédie assez classique pour adolescents mais qui sait dépasser ce statut de départ pour donner un résultat tout à fait intéressant, loin d’une série décevante comme Everything Sucks, autre production Netflix récente dont je reparlerai peut-être un jour ici.

Je vous laisse découvrir la bande-annonce si vous voulez vous faire votre propre avis, sachant que la série va bien au-delà de ce trailer sympathique mais pas très original :

La série est centrée autour d’un groupe de Monse, Cesar, Ruby et Jamal, quatre amis d’enfance inséparables qui s’apprêtent à entrer au lycée, auxquels s’ajoute rapidement Olivia, dont les parents sont expulsés au Mexique et qui va être hébergée par les parents de Ruby. Comme toujours dans ce genre de séries, on se retrouve face à un ensemble de personnages tous dotés de leur propre caractère, même si on évite globalement les stéréotypes tout en s’en approchant dangereusement. Plus gênant, on se retrouve à nouveau avec des acteurs qui ont au moins 5 ans de plus que leurs personnages : ils sont censés entrer au lycée mais certains acteurs semblent avoir l’âge de sortir de l’université. C’est souvent le cas dans les séries adolescentes mais c’est dommage de ne pas y échapper cette fois-ci.

Le récit s’articule autour des histoires d’amitié et d’amour entre les cinq personnages, avec quelques intrigues secondaires propres à chaque personnage, que ce soit la tentative de Monse de retrouver sa mère qui l’a abandonnée quand elle était gamine, l’enquête loufoque de Jamal pour retrouver le butin d’un hold-up commis il y a plus de vingt ans, et le recrutement de Cesar au sein du gang de son frère aîné.

Le format de cette première saison m’a beaucoup plu : avec 10 épisodes d’environ 30 minutes chacun. C’est suffisamment long pour plonger dans l’univers de la série et développer les personnages, et suffisamment court pour aller à l’essentiel. C’est une série qui sait maintenir le rythme et qui évite globalement les détours inutiles.

Le gros point positif de la série, c’est son côté multiculturel. L’action se déroule dans un quartier défavorisé de Los Angeles où se côtoient latinos et blacks. Les personnages principaux sont à l’image de ce quartier et représentent bien la diversité de ses habitants.

L’autre point remarquable, c’est le traitement de la violence, qui n’est pas occultée mais au contraire omniprésente. Le personnage de Cesar, dont le frère commence à l’intégrer dans son gang, est évidemment le meilleur représentant de cet aspect de la série. Plus généralement, on constate plusieurs fois que les personnages savent reconnaître le modèle d’une arme à feu quand ils entendent des tirs sur le chemin du lycée, cela fait véritablement partie de leur quotidien. C’est certainement une représentation fidèle de la vie dans de nombreux quartiers américains, si l’on en croit les tristes statistiques d’homicides par arme à feu aux USA.

Dans l’ensemble, c’est une très bonne série, meilleure que la bande-annonce me l’avait laissé penser, et je suis content d’avoir pris le temps de la découvrir. La première saison s’achève par un épisode particulièrement fort qui me donne envie de regarder au plus vite la deuxième saison, déjà annoncée par Netflix mais sans qu’on en annonce la date de  sortie.

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Dark (saison 1)

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Dark est une série originale Netflix qui nous vient d’Allemagne, puisque le géant américain ne se contente pas de nous proposer des contenus produits aux Etats-Unis mais finance également des productions locales qui peuvent être ensuite être exportées dans d’autres pays. En France, nous avions eu droit à Marseille, dont les critiques ont été catastrophiques et que je n’ai pas osé regarder pour me faire mon propre avis. Dark est quant à elle la toute première production originale Netflix venue d’outre-Rhin et la première en langue allemande pour le producteur-diffuseur américain.

Dark est une série qu’on peut classer dans plusieurs catégories, je la placerai personnellement entre fantastique, science-fiction, et thriller. L’action « débute » en 2019 à Winden, une petite ville allemande dont le principal centre d’attraction est sa centrale nucléaire qui va bientôt être fermée. Quand la série commence, des disparitions d’enfants se produisent et remettent en cause la quiétude de la ville et de ses habitants. Nous suivons alors plusieurs familles vivant à Winden et à travers ces familles des personnages de plusieurs générations : des enfants et des adolescents, des adultes qui sont leurs parents, et quelques grand-parents pour ceux qui sont encore en vie. Je ne vais pas détailler ici tous les personnages, il y en pour tous les goûts comme on dit et la série évite brillamment l’écueil des personnages moins creusés et négligés par rapport aux autres : chacun a globalement son intérêt et son heure de gloire, même si évidemment chaque spectateur aura ses chouchous.

J’ai pris soin de mettre des guillemets quand j’ai dit que l’action « débute » en 2019 car le récit va ensuite nous amener à d’autres époques : la série nous emmène ainsi en 1986 tout d’abord puis en 1953, tout en continuant à suivre le récit principal en 2019. Ainsi, on retrouve certains personnages à des âges différents de nos jours, dans les années 1980 pour certains, et même en 1953 pour les plus âgés. Cette construction du récit sur 3 époques différentes est un peu déstabilisante et perturbante au début, quand on passe son temps à se dire « ah oui alors la gamine qui fait ça en 1986, c’est la mère de tel personnage en 2019 », mais une fois qu’on a bien fait le lien entre les différentes personnages d’une époque à l’autre, cela devient vite l’un des points vraiment sympathiques de la série. On se prend au jeu facilement et c’est un vrai plaisir, par exemple, de découvrir en 1986 l’adolescence des personnages adultes en 2019.

L’intrigue repose principalement sur le mystère de la disparition d’enfants en 2019, et on se rend compte au fil de la série que ces disparitions ont un lien avec des événements dans le passé. Je ne peux pas en dire plus sans dévoiler des secrets importants de la série, et ce serait vraiment dommage de vous gâcher le plaisir, je vais donc m’abstenir ! Sachez juste que vous allez sans doute passer pas mal de temps pendant et entre chaque épisode à monter des théories sur tout cela.

Le rythme de la série est plutôt bon, il n’y a pas d’épisodes vraiment faibles, même si évidemment certains plus riches en révélations que d’autres. La musique est parfois gênante, dans le sens où elle appuie trop certains passages pour les mettre en valeur (« attention, là il va se passer quelque chose », « attention, là c’est très mystérieux »), mais c’est malheureusement de beaucoup de séries récentes dont la subtilité n’est pas toujours le point fort.

Dans l’ensemble, j’ai pris du plaisir à regarder cette série qui oscille entre fantastique, science-fiction, thriller et finalement drame familial. Seule la toute fin du dernier épisode de la saison m’a un peu déçu, principalement pour ce qu’elle laisse entrevoir de ce qui pourrait se passer dans la deuxième saison, déjà commandée et annoncée par Netflix.

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Trepalium

Trepalium

Trepalium est une série que j’avais ratée lors de sa première diffusion sur ARTE en février 2016 et dont on m’avait dit beaucoup de bien. J’avais vu qu’elle était disponible sur Netflix et j’ai finalement pris le temps de la regarder ce mois-ci.

Il s’agit en réalité d’une mini-série, puisqu’elle est composée d’une saison unique de 6 épisodes et qu’aucune suite n’est prévue. Elle s’inscrit a priori dans une collection de séries d’anticipation qui évoquent  des problèmes de la société actuelle en les transposant dans un futur proche, la prochaine série serait par exemple consacrée au vieillissement de la population.

Le thème de cette série est le travail et son titre n’est pas anodin, puisque le mot français travail prend son origine dans le mot latin trepalium qui signifie instrument de torture, une étymologie qui associe donc clairement le travail aux notions de soumission et de souffrance.

Dans le futur proche décrit dans Trepalium, seule une faible partie de la population, les actifs dans le vocabulaire de la série, a un emploi et peut vivre en ville. Les autres, surnommés les zonards, vivent de l’autre côté d’un mur érigé trente ans avant le début de la série pour mettre à l’écart les inactifs et « protéger » les actifs.

Du côté de la zone, les conditions de vie sont déplorables ; l’eau et la nourriture sont rationnés et font l’objet par les autorités de vagues de distributions insuffisantes pour satisfaire les besoins de tous ; l’eau naturelle ne peut plus être utilisée sans risque, la pollution la rendant nocive pour les habitants, seule l’eau minérale fournie par la société Aquaville peut être bue sans danger.

En ville, les conditions semblent plus faciles : les habitants vivent dans des logements modernes et travaillent sur des écrans sophistiqués dans des gratte-ciels impressionnants. Toutefois, tout n’est pas rose : tout y est uniformisé et la liberté semble portée disparue. Surtout, l’esprit de compétition est féroce parmi la population active, entre lutte sans scrupules pour obtenir une promotion (et les avantages qui vont avec) et pression sur la performance avec la menace permanente de perdre son emploi et d’être relégué de l’autre côté du mur.

Quand la série commence, le Ministre du Travail est tout juste libéré après avoir été retenu en otage dans la Zone par des activistes. La Première Ministre, par ailleurs épouse du ministre libéré, profite de cet événement pour annoncer une nouvelle politique qu’elle présente comme le début de réconciliation entre les actifs et les zonards : plusieurs milliers de zonards vont être recrutés pour rejoindre les actifs dans le cadre d’emplois « solidaires ».

Cette mesure, dictée en réalité par la pression de banques qui craignent un embrasement de la Zone et la chute du système actuel, est le point de départ d’un récit qui voit se rencontrer des personnages venus d’horizons différents : des actifs, des zonards, des zonards envoyés en ville comme « emplois solidaires », mais aussi le gouvernement et les dirigeants d’Aquaville, la plus grande société et donc premier employeur de la ville. Sans surprise, le récit va mettre en danger le statu-quo et bousculer l’ordre établi.

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L’idée de départ de la série est excellente, elle porte une critique sans concession du monde du travail actuel : pression sur la performance, industrialisation à outrance y compris des activités dites intellectuelles, déshumanisation des relations dans l’entreprise. Au-delà, elle met en avant la place prépondérante et excessive qu’a pris le travail dans notre société. Je n’ai plus la citation exacte en tête, mais au cours d’un épisode l’un des personnages explique à un autre que le fait de ne pas avoir de travail ne l’empêche pas d’être un être humain au même titre que les actifs.

Malheureusement, cette idée de départ est gâchée par plusieurs défauts majeurs : la mise en scène est souvent maladroite, avec des plans tout en emphase qui manquent cruellement de subtilité ; les dialogues et la direction d’acteurs sont proches de la catastrophe ; les personnages ne m’ont pas vraiment intéressé, je crois que chacun d’entre eux m’a plus ou moins agacé à un moment ou un autre ; et surtout, le récit est lent, ne décolle jamais, et est trop prévisible du début à la fin.

Je veux tout de même noter un point positif : les décors sont jolis, avec notamment une ambiance rétro-futuriste très réussie du côté des actifs. J’ai bien aimé l’utilisation maligne de la Bibliothèque François Mitterrand et son quartier, et aussi et surtout l’ironie suprême d’avoir tourné les séquences mettant en scène le gouvernement dans l’architecture magnifique et si particulière du 2, place du Colonel Fabien à Paris, siège du Parti Communiste Français.

Ceci étant dit, l’ensemble de la série m’a déçu. C’est pour moi un véritable gâchis d’avoir raté une série en partant d’un concept aussi fort et disruptif, pour employer un mot à la mode. Il y avait là de quoi faire un chef d’oeuvre, à la fois passionnant et riche en réflexion sur notre société. Il ne reste qu’une idée géniale, un regard intéressant sur notre rapport au travail, mais une réalisation qui ne met pas tout cela en valeur, loin de là.


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Peaky Blinders (saison 1)

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Peaky Blinders est une série qui me faisait de l’oeil depuis un moment. J’en avais déjà entendu parler, en bien voire en très bien, et je savais qu’elle avait été diffusée sur ARTE, ce qui me semble un signe de qualité. Je savais également que les 4 premières saisons étaient disponibles sur Netflix. J’attendais simplement le bon moment pour m’y attaquer, ce qui fut le cas cette semaine après avoir regardé successivement Grace & Frankie, Trepalium, et Dark, la série allemande de Netflix.

Peaky Blinders est une série britannique, créée et écrite par Steven Knight, diffusée depuis 2013 sur BBC Two et qui compte 4 saisons à ce jour. Elle nous plonge dans la vie des Peaky Blinders, une famille de criminels – les Shelby – qui sévit à Birmingham dans l’entre-deux-guerres. A noter que le nom des Peaky Blinders n’est pas totalement fictif puisqu’il s’agit d’un gang réel qui était actif à Birmingham à la fin du XIXème siècle.

La première saison se déroule en 1919 et on sent bien tout le poids du traumatisme de la Première Guerre Mondiale dans les têtes des anciens soldats revenus à la vie civile. Arthur, Thomas et John, les trois frères les plus âgés de la fratrie Shelby, sont des vétérans des tranchées en France et les leaders des Peaky Blinders. Bien qu’Arthur soit l’aîné, c’est Thomas, plus intelligent et ambitieux, qui dirige véritablement la famille et le gang. Ce personnage de Thomas Shelby est fascinant : c’est un homme qu’on sait dangereux mais qui peut aussi être touchant que ce soit par son passé dans les tranchées ou sa façon de protéger sa famille et ses proches, et l’interprétation sublime de Cillian Murphy n’y est sans doute pas étrangère.

Cette première saison tourne autour d’une affaire de vol d’armes dans une usine de Birmingham, pour laquelle Winston Churchill, alors Ministre de la Guerre, dépêche sur place Chester Campbell, un inspecteur de police expérimenté qui vient de gérer la crise irlandaise à Belfast, pour enquêter sur ce vol et tout faire pour remettre la main sur les armes et les munitions dérobées à la Couronne. Sam Neill, qui interprète ce policier sans scrupules, est l’autre star de la série avec Cillian Murphy.

Je ne peux pas parler des acteurs de cette série sans parler d’Helen McCrory dans le rôle de Polly Shelby, la tante des frères Shelby qui a dirigé les Peaky Blinders en l’absence des garçons pendant la guerre. C’est un personnage remarquable, pour qui la survie et le succès de sa famille sont plus importants que tout et qu’on devine capable de tout pour la protéger.

Je pourrais également parler d’autres personnages qui m’ont peut-être moins marqué mais qui contribuent à un ensemble cohérent et intéressant : Arthur Shelby, l’aîné de Thomas, dont les tourments de la guerre semblent l’avoir plus marqué, au moins en apparence ; John Shelby, le cadet qu’on ne voit qu’en personnage secondaire mais qui ne demande sans doute qu’à se développer dans les saisons suivantes ; Ada Shelby, la soeur cadette, amoureuse de Freddie Thorne, un militant communiste aux prises avec les autorités pour ses activités d’agitateur politique ; Grace Burgess, une jeune irlandaise séduisante qui vient chercher du travail dans le bar qui est le repère des Shelby et de leur gang.

L’esthétique de la série est splendide, les décors semblent très réalistes, on se croit vraiment plongé dans les rues de Birmingham en 1919, avec sa poussière, ses ouvriers crasseux, les forges dont des flammes jaillissent presque jusque sur la rue, ses rares automobiles – évidemment d’époque. La musique subit un sort particulier, puisque le choix a été fait d’accompagner les images de musiques contemporaines et donc anachroniques par rapport à l’époque du récit. C’est un peu perturbant au début, mais cela contribue ensuite à donner un ton particulier à la série.

Je dois évidemment conclure en parlant du récit lui-même, de l’intrigue et du rythme. Je pourrais me contenter d’un simple mot : parfait ; ou en tout cas presque parfait. La première saison comporte 6 épisodes de près d’une heure, et cela m’a semblé le format idéal : les épisodes sont suffisamment longs pour plonger dans l’ambiance et développer les intrigues et les personnages, et la saison comporte suffisamment peu d’épisodes pour éviter de traîner en longueur et de perdre en route. Les six épisodes de la saison forment un tout passionnant qui permet de découvrir à la fois le cadre et les personnages mais au cours duquel on ne s’ennuie jamais une seule seconde. C’est magnifiquement écrit, que ce soit le récit lui-même ou les dialogues.

Cette première saison de Peaky Blinders est donc pour moi une excellente découverte. Quand on entend beaucoup de bien d’une série, on peut parfois être déçu face à ses attentes excessives ; ce n’est clairement pas le cas avec cette série. La saison 2 m’attend déjà et je risque de vous en reparler très vite !


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