Livres & Romans

Des livres sur l’écriture (1)

Si je suis évidemment un gros lecteur, il m’arrive également de m’essayer parfois à l’écriture, même si je n’ai jusque là jamais réussi à produire quoi que ce soit dont je sois vraiment fier, et encore moins digne d’être publié.

Je ne désespère toutefois pas, et pour m’aider dans cette pratique qui tient à la fois de l’art et de la technique, je lis régulièrement des livres sur l’écriture, qu’ils soient des témoignages d’écrivains sur leur quotidien d’auteur, des recueils de conseils pratiques, ou un mélange de tout cela.

Je vous propose donc de partager avec eux mes quelques lectures sur l’écriture, en commençant par ceux qui m’ont été recommandés comme des références sur le sujet.


Comment écrire des histoires, Élisabeth Vonarburg

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En français, le choix reste limité, on a rapidement  fait le tour des livres qui peuvent faire figure de référence. Je ne peux conseiller que l’excellent et à mes yeux indispensable Comment écrire des histoires d’Élisabeth Vonarburg.

C’est un très bon livre pédagogique sur l’écriture de fiction. Je le recommande à tous les apprentis écrivains francophones, il est rempli de bons conseils et de rappels théoriques très utiles.

Note : ★★★★☆


The Art of Fiction, John Gardner

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Cela faisait longtemps que je voulais lire cet ouvrage qui m’avait été présenté comme une lecture quasi-indispensable pour quiconque veut s’essayer à l’écriture de fiction. Je dois dire que j’ai été un peu déçu.

Tout d’abord, je dois tout de même reconnaître que beaucoup d’éléments présentés dans ce livre m’ont semblé très justes, notamment l’idée développée tel un fil rouge par l’auteur, selon laquelle la fiction est comme un rêve éveillé que l’auteur propose à son lecteur et qu’il doit donc alimenter tout au long de son texte pour maintenir le lecteur dans cet état de rêve lucide.

Par contre, j’ai été gêné par le ton condescendant de l’auteur, ses idées très arrêtées sur ce que doit être la bonne littérature, mais aussi par le style très verbeux du livre.

Je m’attendais à un guide pratique et pédagogique sur l’écriture de fiction, et si l’auteur présente et détaillé des idées qui me semblent très pertinentes, il le fait dans un texte peu aisé à lire et gâché par des opinions personnelles qui peuvent déranger voire agacer le lecteur.

Note : ★★★☆☆


Write Away, Elizabeth George

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Après avoir été un peu déçu par le ton parfois aride et souvent condescendant de The Art of Fiction de John Gardner, j’ai par contre été enchanté par ce livre de la romancière américaine Elizabeth George, dont je n’avais pourtant lu aucun livre jusqu’à celui-ci.

Malgré quelques exemples un peu longs parfois, et souvent tirés de ses propres oeuvres, Elizabeth George répond dans ce livre à l’essentiel des attentes qui étaient les miennes en commençant cette lecture. Cet ouvrage est très proche de ce que je recherchais, avec un mélange bien dosé entre le témoignage d’une romancière expérimentée, la description détaillée de son processus d’écriture, et des conseils pratiques pour ceux qui s’essayent à l’écriture de fiction.

Au-delà des conseils sur le processus d’écriture, l’autrice réussit également par petites touches à écrire une ode à l’écriture, à la fois passion et métier, en mettant en garde ceux qui veulent écrire pour acquérir le statut d’auteur, et tout ce qui va avec (célébrité, argent, gloire, etc.), sans la passion d’écrire qui doit être le principal moteur. Ecrire même sans l’ambition ou l’objectif d’être publié, car on ne peut tout simplement pas ne pas écrire.

Note : ★★★★☆


On Writing, Stephen King

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Je ne suis pas un grand lecteur des romans de Stephen King. J’en ai lus une petite dizaine quand j’étais plus jeune, puis j’ai fini par le lasser. Je ne remets pas du tout en cause la qualité de ses romans, mais le lecteur que j’étais et que je suis toujours avait alors besoin de se nourrir avec d’autres auteurs, d’autres récits.

Pourtant, je me suis décidé à lire ce livre de Stephen King, qui est souvent cité parmi les références quasi-indispensables quand on recherche des livres sur l’écriture.

J’ai été surpris par le premier tiers du livre, un peu étrange, où Stephen King nous raconte des épisodes de sa vie, de l’enfance à l’âge adulte. Une suite d’anecdotes certes sympathiques mais pas toujours passionnantes, et surtout éloignées de ce que j’attendais de ce livre.

La suite est heureusement bien meilleure, et l’auteur s’intéresse alors au coeur du sujet : son métier d’écrivain, sa façon d’écrire, ses conseils aux auteurs débutants ou plus expérimentés. J’ai trouvé cela très intéressant et riche en conseils que l’on peut retenir ou pas pour sa pratique personnelle. C’est en tout cas passionnant de découvrir la façon de travailler d’un auteur aussi populaire que Stephen King, avec ses dizaines de best-sellers.

Note : ★★★★☆


La suite probablement dans quelques jours ou semaines, car j’ai encore de nombreux livres sur l’écriture qui m’attendent dans ma pile à lire, ou plutôt sur ma liseuse.

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Altered Carbon – Takeshi Kovacs

J’ai une histoire compliquée avec la trilogie de romans de Richard K. Morgan mettant en scène son héros Takeshi Kovacs. J’avais commencé à lire le premier roman Altered Carbon après avoir vu la première saison de la série TV du même nom sur Netflix, mais j’avais abandonné ma lecture au milieu. J’y suis revenu récemment, et j’ai cette fois pris beaucoup de plaisir, au point d’avoir envie de lire les deux romans suivants.


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Altered Carbon est donc le premier tome d’une trilogie de romans de l’écrivain britannique Richard K. Morgan. J’ai découvert cette oeuvre à travers son adaptation en série TV par Netflix : j’avais trouvé cela sympathique sans en garder non plus un souvenir inoubliable. Malgré tout, la lecture récente du jeu de rôles Eclipse Phase, inspiré notamment de l’imaginaire décrit par Richard K. Morgan dans Altered Carbon et ses suites, m’avait donné envie de plonger dans la trilogie.

Il faut d’abord avoir conscience d’une chose : Altered Carbon est un polar dans un univers de science-fiction transhumaniste. Dans ce futur imaginé, l’esprit d’un être humain peut être numérisé et transféré d’un corps à un autre : la mort n’est vraiment réelle que si on efface toutes les sauvegardes de l’esprit d’une personne. Les plus riches passent sans cette d’un corps à un autre et peuvent ainsi vivre jusqu’à trois siècles, quand les plus pauvres doivent travailler toujours plus dur pour disposer d’un corps correct.

Je dois également faire une remarque sur la structure du livre : contrairement à de nombreux romans parfaitement calibrés avec des chapitres de taille quasiment identiques, généralement entre 10 et 15 pages, celui-ci varie les plaisirs : certains chapitres atteignent tout juste 10 pages quand d’autres dépassent les 20 voire 25 pages. C’est déroutant quand on est habitué aux productions littéraires récentes où tout est finement calculé pour plaire au plus grand nombre, et c’est suffisamment notable pour que je le signale ici.

Malheureusement, un polar dans un univers de science-fiction reste un polar, et c’est un genre qui ne m’a jamais vraiment plu. Si j’ai aimé certains romans policiers old-school (Agatha Christie a bercé mon adolescence), j’ai toujours du mal avec les polars, leurs ambiances sombres et souvent poisseuses, et les enquêtes qui avancent péniblement avec un détective plus ou moins sympathique, voire carrément antipathique.

Après avoir tenu plus de la moitié du livre lors de ma première lecture, j’avais fini par renoncer. L’univers décrit par l’auteur est passionnant, il donne envie d’en savoir plus, mais le récit m’avait littéralement ennuyé. J’avais tenté péniblement de passer outre en poursuivant ma lecture mais j’avais fini par me résoudre à abandonner, constatant avec amertume que ce livre n’était pas fait pour moi.

Je ne pouvais même pas dire que c’est un livre raté. Je suis bien incapable de juger s’il s’agit ou pas d’un bon polar. Par contre, je pouvais dire que le décalage – sans doute voulu par l’auteur – entre l’univers très inventif et le récit très classique n’avait pas produit chez moi les effets désirés.

Et puis il y a eu cette seconde lecture, plus récemment. C’est étrange comme on peut avoir un ressenti totalement différent sur le même livre à quelques mois d’intervalle. Cette fois, j’ai été captivé par le récit dès le début et malgré une petite baisse d’intensité au milieu, j’ai tenu bon et j’ai pris dans cette deuxième lecture un plaisir que je n’avais pas connu la première fois. Comme quoi, il est parfois bon de laisse une seconde chance à un roman qui nous a déçu mais dont on perçoit un potentiel à côté duquel on est peut-être passé la première fois. C’est bien le cas ici, sans que je comprenne bien pourquoi. Sans doute une question d’état d’esprit au moment de la lecture.

Altered Carbon, Richard K. Morgan

Note : ★★★★☆


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Le deuxième épisode des aventures de Takeshi Kovacs est très différent du premier. Après le mélange de science-fiction et de roman noir dans Altered Carbon, nous avons affaire ici à un roman de guerre mêlé d’aventure archéologique.

C’est plutôt bien fait, même si j’ai regretté quelques longueurs à plusieurs moments du récit. J’ai trouvé ce deuxième roman un peu moins réussi que le premier, peut-être parce qu’il innove moins et que le genre sur lequel il s’appuie (le roman de guerre) me plait moins a priori.

L’auteur en profite tout de même pour étendre la mythologie de son univers de science-fiction, et livre surtout une description parfaite de la guerre et de ce que cette expérience représente pour les soldats comme pour les civils.

Broken Angels, Richard K. Morgan

Note : ★★★☆☆


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J’ai malheureusement abandonné ce troisième roman de la série après en avoir lu un gros tiers.

L’excès de scènes d’action m’a profondément ennuyé et m’a carrément donné envie de sauter des chapitres entiers. Si l’action était toujours très présente dans les deux précédents romans de la trilogie, le dosage me paraît ici déséquilibré.

Tant pis, je n’irai au bout des aventures de Takeshi Kovacs, mais je n’y prenais aucun plaisir dans ce troisième et dernier volume.

Woken Furies, Richard K. Morgan

Note : ★★☆☆☆


Comme je le disais en introduction, j’ai donc une histoire compliquée avec cette trilogie. Une première tentative de lecture avortée du premier roman, une seconde tentative plus concluante, une petite baisse de plaisir pour le deuxième tome, et un abandon net pour le troisième et dernier livre. Cette fois, je ne pense pas y revenir un jour ! D’autant que la deuxième saison de la série adaptée des romans ne me donne pas une grande impression après en avoir vu deux ou trois épisodes, je ne suis pas certain non plus de la terminer …

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The Vampire Lestat

Après avoir relu avec plaisir Interview with the Vampire, le roman d’Anne Rice qui a modernisé le mythe du vampire dans le dernier quart du vingtième siècle, j’avais très envie de lire les romans suivants de la saga vampirique de l’actrice américaine. Je me suis donc attaqué au deuxième roman de la série : The Vampire Lestat.

Après avoir suivi les aventures de Louis, le vampire presque humaniste du premier roman, nous changeons de narrateur dans ce deuxième roman, puisque Anne Rice nous propose ici le point de vue de Lestat, le « géniteur vampirique » de Louis.

Le roman débute en 1984, alors que Lestat a entamé une carrière de rock-star et qu’il s’apprête à publier son autobiographie. C’est le texte de celle-ci qui compose l’essentiel du roman.

C’est plutôt intéressant de retrouver Lestat qui nous raconte sa destinée, de sa jeunesse mortelle à la fin du XVIIIe siècle jusqu’à son projet fou de révéler l’existence des vampires à travers sa carrière de vampire-rockeur au milieu des années 1980.

Vu de l’intérieur, on découvre un personnage très différent du vampire antipathique, cruel et désabusé qui empoisonnait la vie de Louis dans Interview with the Vampire. C’est un contrepoint intéressant, qui éclaire d’un oeil neuf certains éléments du premier roman.

Le récit souffre toutefois de quelques longueurs au milieu, au bout d’un moment je me demandais où l’autrice voulait nous emmener. Heureusement, les révélations finissent par se succéder et le rythme s’accélère même franchement dans la dernière partie.

Il faut comprendre que nous avons presque affaire ici à un récit à histoires : au fur et à mesure du récit de Lestat, il rencontre des vampires ancestraux qui lui racontent leur vie mortelle et immortelle, nous remontons ainsi le temps, comme si nous feuilletions une Histoire des vampires, jusqu’aux origines de ces créatures de l’ombre. Le récit remonte effectivement très loin dans le temps, et c’est la partie que j’ai préféré dans le roman.

La fin s’achève sur un cliffhanger qui promet de l’action et sans doute de nouvelles révélations dans le prochain roman : The Queen of the Damned, que je ne devrais pas tarder à lire à son tour.


The Vampire Lestat, Anne Rice

Note : ★★★★☆

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Interview with the Vampire

Après avoir enfin lu le Dracula de Bram Stoker, je me suis décidé à lire une autre oeuvre emblématique du mythe vampirique : Interview with the Vampire, de l’écrivaine américaine Anne Rice.

Outre son succès auprès des lecteurs, ce roman est également connu pour son adaptation sortie au cinéma en 1994, avec Brad Pitt et Tom Cruise dans les rôles principaux.

Le titre nous renseigne d’abord sur un point : nous allons lire un entretien avec un vampire. Enregistré par un jeune journaliste à la fin du XX° siècle, le récit du vampire prénommé Louis nous fait découvrir le mythe du vampire revisité par Anne Rice.

Louis est né en Louisiane à la fin du XVIII° siècle, il avait une vingtaine d’années quand il a été attaqué et transformé en vampire par Lestat, avec qui il va partager sa vie pendant de longues décennies malgré leurs différences de personnalité. Lestat est sans scrupule, sans foi, là où Louis doute, culpabilise, s’interroge sur l’origine des vampires, refuse sa condition de tueur sanguinaire.

Quand Lestat vampirise une jeune fillette, le duo devient un drôle de trio, avec les deux « pères » d’une vampire qui ne ne grandit pas, condamnée à garder son corps d’enfant. Les aventures de Louis vont ensuite l’amener en Europe centrale, puis à Paris, où sa vie va changer à nouveau.

Ce qui traverse ce livre du début à la fin, c’est la quête de Louis pour comprendre le bien et le mal et sa place dans le monde. C’est aussi l’histoire d’une relation complexe entre Louis et son « maître » Lestat, comme entre un fils et un père qui ne se comprennent pas.

J’ai tendance à considérer ce livre comme celui qui a donné naissance au mythe moderne du vampire, en le rajeunissant et en le remettant au goût du jour, à l’époque où le roman est sorti en tout cas, c’est-à-dire au coeur des années 1970.

Il y a des passages passionnants dans ce roman, d’autres un peu moins, mais j’ai pris du plaisir à le relire. Je crois même que j’ai plus apprécié cette seconde lecture que la première. Suffisamment en tout cas pour me donner envie de lui les romans suivants des Vampire Chronicles d’Anne Rice.


Interview with the Vampire, Anne Rice

Note : ★★★★☆

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Dracula – Bram Stoker

Après deux tentatives infructueuses ces dernières années, l’une dans la version originale en anglais, l’autre dans sa traduction française, j’ai enfin réussi à terminer ce classique de la littérature fantastique, le fameux Dracula de Bram Stoker. J’avais choisi la version originale pour profiter directement et pleinement du texte de l’auteur irlandais et britannique.

Si je n’avais pas réussi à le terminer les deux premières fois, c’est parce qu’après une première partie captivante, qui nous plonge dans l’ambiance étrange puis terrifiante du château de Dracula en Transylvanie, la suite est moins prenante, plus lente. J’ai eu le même ressenti cette fois encore, mais j’ai tenu bon pour aller jusqu’au bout.

Je l’ai dit, la première partie se déroule en Transylvanie, où le jeune avocat anglais Jonathan Harker a été convié par le mystérieux comte Dracula dans son château isolé pour finaliser l’achat d’une maison en Angleterre. Le jeune britannique y découvre un lieu étrange, hors du temps, et un comte Dracula excentrique et inquiétant.

La deuxième partie s’intéresse au destin de Lucy Westenra, l’amie d’enfance de la fiancée de Jonathan, Mina Murray, courtisée par trois hommes différents : le psychiatre John Seward, l’américain Quincey Morris, et l’aristocrate Arthur Holmwood dont elle accepte la demande en mariage.

La troisième partie raconte la lutte entre Dracula, désormais en Angleterre, et le groupe formé par Jonathan, Mina et les amis de Lucy, menés par le professeur hollandais Van Helsing.

La première partie nous plonge dans une atmosphère sombre et glaçante, on reconnait bien la patte de l’horreur victorienne. La suite est moins réussie à mes yeux : les chapitres s’enchainent, parfois répétitifs, souvent ennuyants, et la fin m’a semblé arriver abruptement au vu du rythme du reste de l’ouvrage.

Nous avons donc affaire à une classique de la littérature fantastique, un livre-culte qui a engendré le mythe toujours vivant (sans jeu de mot) du vampire Dracula, mais c’est aussi un livre qui n’a pas forcément très bien vieilli. Certains classiques sont indémodables, tant par le récit que par le style ; ce n’est pas, à mes yeux, le cas de celui-ci, au-delà de sa place indéniable dans l’histoire de la littérature fantastique.


Dracula, Bram Stoker

Note : ★★★☆☆

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Les Rougon-Macquart : suite et fin (#12 à 20)

Cela fait plusieurs semaines que je n’ai pas publié mes chroniques de lecture des Rougon-Macquart. Je m’étais arrêté mi-février avec ma critique du très bon Au Bonheur des Dames.

Pourtant, j’ai continué à lire les volumes suivants de la saga familiale d’Emile Zola, mais j’ai préféré ne pas en parler ici, notamment parce que certains m’ont ennuyé au point de ne pas les achever. D’autres m’ont beaucoup plu, mais je manquais clairement de motivation pour en écrire une chronique réellement construite.

Ce matin, j’ai terminé la dernière ligne du dernier paragraphe du dernier chapitre du dernier des vingt volumes des Rougon-Macquart. J’ai trouvé dommage de ne pas en parler ici, pour porter un point final à cette expérience de lecture débutée au début de l’année.

Je vous propose donc de découvrir les courtes critiques des neuf derniers volumes des Rougon-Macquart, telles que je les ai rédigées à chaud et publiées sur Goodreads après chaque lecture.


La joie de vivre (#12) : ★★★★☆

Quelle belle surprise que ce douzième volume des Rougon-Macquart ! Je n’attendais pas grand chose de ce roman qui ne figure pas parmi les plus connus et appréciés de la saga d’Emile Zola, et j’ai pourtant été séduit par cette histoire de famille en Normandie, avec ses malheurs, ses histoires d’argent et de cœur, ses jalouseries, et ses sentiments entravés. Avec une mention spéciale pour Lazare, le fils de la famille, angoissé par la mort au point de ne pas savoir profiter de la vie.


Germinal (#13) : ★★★★☆

J’avais lu ce roman d’Emile Zola au lycée et j’en gardais un bon souvenir, pour sa description des classes sociales et de la violence sociale. Je viens de le relire, et c’est sans doute le roman le plus fort du cycle des Rougon-Macquart. Le plus politique également, sans doute. Quelle claque !


L’Oeuvre (#14) : ★★☆☆☆

Je ne suis pas parvenu à m’intéresser aux aventures du peintre maudit Claude Lantier, j’ai préféré renoncer plutôt qu’insister péniblement dans cette lecture qui me laissait de marbre.


La Terre (#15) : ★★☆☆☆

Comme pour le roman précédent de la saga des Rougon-Macquart, j’ai eu beaucoup de mal à m’intéresser à cette histoire. Après le Paris des artistes, la campagne des paysans m’a laissé indifférent et j’ai préféré ne pas insister. J’y reviendrai peut-être un jour, mais ce n’était pas le bon moment cette fois.


Le Rêve (#16) : ★★☆☆☆

Décidément, c’est le troisième volume consécutif des Rougon-Macquart que je ne parviens pas à achever. Manque de motivation, de concentration, ou véritable problème avec des romans moins à mon goût que les autres ? Quoiqu’il en soit, le problème ne devrait pas se poser avec le volume suivant, La Bête humaine, dont je garde un bon souvenir de ma lecture lorsque j’étais lycéen.


La Bête humaine (#17) : ★★★★☆

Peut-être mon roman préféré d’Emile Zola, lu quand j’étais adolescent et que j’étais déjà fasciné par les trains et les chemins de fer. J’avais très envie de le relire à l’âge adulte. Des années plus tard, je l’ai enfin relu et j’y ai retrouvé tout le plaisir que j’avais pris en le lisant adolescent, et peut-être plus encore. Zola excelle dans ce récit qui mêle histoires d’amour, d’argent, de crime, et de folie, sur fond de chemins de fer.


L’Argent (#18) : ★★★★☆

On retrouve dans ce dix-huitième volume des Rougon-Macquart le personnage d’Aristide Saccard que nous avions déjà suivi dans « La Curée », au début de la saga. Toujours obnubilé par l’argent, Saccard joue avec le feu et avec l’argent des autres dans des aventures financières qui ne peuvent que mal finir.

Émile Zola nous propose ainsi un portrait acide de la Bourse et de ses opérations douteuses, la spéculation cynique et folle, et la folie de tous ceux qui la pratiquent.

Si « La Curée » était le roman de la prospérité, de la croissance, des grands projets et de l’optimisme, celui-ci est son pendant, comme le revers de la médaille. Après les années de gloire et de prospérité du Second Empire, le pessimisme est de mise. La chute approche. La guerre contre la Prusse semble inévitable. Et avec elle, La Débâcle qui fera l’objet du prochain roman du cycle.


La Débâcle (#19) : ★★★★☆

La Débâcle fait partie des romans des Rougon-Macquart que je n’avais pas encore lu et c’est pourtant l’un des meilleurs à mes yeux. Emile Zola y raconte parfaitement la guerre de 1870, la débâcle militaire et la chute du Second Empire, à travers le regard des soldats ordinaires entraînés dans une guerre aussi affreuse que désespérée.


Le Docteur Pascal (#20) : ★★★★☆

Si le récit de ce vingtième et dernier volume des Rougon-Macquart n’est pas le plus passionnant de tous, ce livre offre tout de même une très belle conclusion à une œuvre monumentale.

A travers ses personnages, en particulier le Docteur Pascal mais aussi sa nièce et amante Clotilde, Émile Zola dresse le bilan de sa saga familiale. Après avoir raconté la chute du Second Empire dans le volume précédent, il met un terme au récit familial, sur une jolie fin douce-amère qui mêle chagrin et optimisme. Remarquable.


J’ai passé un peu plus de deux mois à lire les vingt romans quo composent cette saga familiale et historique. J’en garde d’excellents souvenirs, avec certains romans de très grande qualité malgré quelques moments faibles au milieu du cycle. Je suis très content d’avoir mené cette expérience de lecture aussi exigeante que passionnante.

Je connaissais Emile Zola pour avoir lu certains de ses romans les plus connus quand j’étais adolescent, mais j’ai véritablement découvert son oeuvre en lisant tous les Rougon-Macquart en ce début d’année. Sa double ambition d’écrire à la fois une saga familiale sur l’hérédité et un portrait social et historique du Second Empire donne un résultat magistral et remarquable, qui a évidemment toute sa place parmi les grands classiques de la littérature française et mondiale.

Tout a commencé à Plassans, ville provençale fictive, lors du coup d’Etat de décembre 1851 donnant naissance au Second Empire. Tout s’achève à Plassans après la chute de celui-ci. Entre les deux, vingt romans et une page d’histoire, familiale et nationale. Un chef d’oeuvre en vingt tomes.

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Au Bonheur des Dames (Les Rougon-Macquart #11)

Après un petit hiatus totalement dépendant de ma volonté :-), je reprends mes chroniques des Rougon-Macquart d’Emile Zola, avec le onzième roman de la saga : Au Bonheur des Dames.

Ceux qui suivent fidèlement ces chroniques pourraient peut-être me demander : comment suis-je passé directement du septième volume, L’Assommoir, au onzième ? L’explication est double :

D’une part, des questions personnelles m’ont tenu éloigné du blog ces dernières semaines, ou en tout cas m’ont suffisamment préoccupé pour que je ne trouve pas l’énergie et la motivation de rédiger des chroniques plus ou moins construites pour ce blog.

D’autre part, parmi les trois volumes des Rougon-Macquart que j’ai lus entre temps, il y en a deux que je n’ai pas pu terminer, ou en sautant tellement de pages qu’il aurait été indécent de vouloir en parler ici.

Pour les citer tout de même, Une page d’amour et Nana, respectivement le huitième et neuvième volume de la saga, m’ont profondément ennuyé. Quant au dixième, Pot-Bouille, je l’ai plutôt apprécié, mais la motivation m’a manqué pour en faire une chronique digne de ce nom.

Revenons donc au roman qui nous intéresse ici : Au Bonheur des Dames, où la famille des Rougon-Macquart est représentée par Octave Mouret, le fils ainé du couple Mouret. Nous avions déjà rencontré le jeune homme en suivant les tristes aventures de ses parents dans La conquête de Plassans. Octave est également le personnage principal dans le roman précédent, Pot-Bouille, où nous assistions à son arrivée à Paris et ses deux premières années dans la capitale.

Cette fois, nous le retrouvons à la tête d’un grand magasin, Au Bonheur des Dames, hérité de sa défunte épouse avec laquelle il avait entrepris d’opérer la transformation de la petite boutique en grand magasin moderne.

En effet, le thème principal de ce roman, outre l’histoire d’amour contrariée entre Octave et Denise, le personnage principal du roman, jeune vendeuse employée dans son magasin, c’est l’essor des grands magasins parisiens, provoquant l’étouffement et la mort à petit feu des petits commerces de quartier.

Emile Zola nous présente le modèle économique du commerce de masse, qui vit ses premières heures sous le Second Empire : un renouvellement permanent des stocks avec des nouveautés incessantes ; des prix unitaires bas avec un bénéfice faible pour chaque article vendu mais qui imposent une concurrence intenable pour les petits commerces voisins et permettent au grand magasin un résultat significatif sur les ventes cumulées ; et le rôle primordial de la publicité, de la réclame comme on l’appelait alors, et du bouche-à-oreille pour attirer des clientes, car ce sont les femmes qui sont visées.

Le personnage de Denise, nièce d’un petit boutiquier parisien, sert de point de vue idéal pour illustrer le propos du livre. Nous suivons son ascension sociale de provinciale débarquant à Paris avec des deux jeunes frères après la mort de ses parents. D’abord jeune vendeuse débutante, elle gravit les échelons au sein du personnel du grand magasin, tandis que les boutiques voisines, dont celles de son oncle et de sa tante, sont poussées à la faillite. Denise est ainsi prise entre son attachement à sa famille et sa foi en la vision du commerce moderne portée par son patron Octave Mouret, qui est également l’homme qu’elle aime.

Les enjeux économiques, sociaux et affectifs s’entremêlent donc parfaitement dans le récit proposé par Emile Zola. C’est un réel plaisir de lire un roman aussi bien construit, qui décrit avec acuité un aspect de la société du Second Empire et de son évolution.

Evidemment, comme souvent avec Zola, il y a des quelques passages plus intéressants que d’autres, avec un côté parfois répétitif de certaines scènes, mais l’ensemble est largement réussi et plaisant à lire.


Au Bonheur des Dames (Les Rougon-Macquart #11), Emile Zola

Note : ★★★★☆