Livres & Romans

Port d’Âmes

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La plume de Lionel Davoust n’est pas exempte de défauts et de tics de langage, mais il a indibutablement du talent pour construire un univers imaginaire et des récits qui s’y déroulent. Ce long roman situé dans un monde fétiche d’Evanégyre est passionnant du début à la fin.

On y suit les aventures d’un héritier de l’aristocratie qui débarque dans une cité franche où règnent le commerce et la toute-puissante Administration, après huit années de servitude suite à la déchéance de sa famille noble. Il va se retrouver au milieu d’intrigues politico-commerciales tout en s’intéressant au sort d’une mystérieuse femme qui vend des morceaux de sa mémoire et de son âme pour survivre.

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman dense et rythmé. Tout n’est pas parfait mais la grande force de Lionel Davoust est d’écrire des histoires intéressantes dans un cadre cohérent, avec des romans et des nouvelles qui dévoilent des aspects et des époques différentes du monde imaginé par l’auteur. Cela me donne clairement envie de plonger dans la trilogie Les Dieux Sauvages située dans le même univers, même si je vais sans doute attendre la sortie des deux prochains tomes pour cela. Une certitude cependant : je reviendrai me promener dans Evanégyre.

 


Port d’Âmes, Lionel Davoust

Note : ★★★★☆


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Livres & Romans

La Volonté du Dragon

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Lionel Davoust est un auteur que j’ai d’abord découvert grâce à son blog passionnant où il parle de techniques et d’outils d’écriture. Je l’ai donc connu d’abord pour ses conseils très utiles sur l’écriture avant de le découvrir comme auteur. La Volonté du dragonest le premier roman que je lis de lui, et cela tombe bien puisque sauf erreur de ma part il s’agit de son premier roman publié, en 2010.

Ce roman se déroule dans l’univers imaginaire d’Evagényre, un monde dominé par un empire à vocation hégémonique qui dispose d’une arme dont la puissance surpasse celle de tous ses adversaires. C’est en quelque sorte un Empire romain avec la bombe atomique, comme Lionel Davoust l’a décrit lui-même dans une conférence aux Utopiales 2017.

Dans ce premier roman se déroulant dans ce monde fictif, nous assistons à la tentative de conquête d’un petit royaume isolationniste par l’Empire dominant. La victoire aux promise aux conquérants mais tout ne va évidemment pas se passer comme prévu, sinon il n’y aurait pas forcément besoin d’un roman pour nous raconter cette conquête. Le récit est passionnant, oscillant entre narration de batailles navales impressionnantes et réflexions philosophiques sur la société, le mode d’exercice du pouvoir, et en général la liberté individuelle et collective. L’auteur nous permet de suivre plusieurs personnages participants à cette conquête et leur regard est chaque fois intéressant. L’univers imaginé par Lionel Davoust m’a bien plu, avec ce régime impérialiste doté d’une technologie très steampunk face à un royaume mystique et mystérieux.

Je dois dire que j’ai beaucoup aimé cette première découverte de l’univers d’Evanégyre et que que j’ai hâte de suivre les aventures dans ce monde dans les autres oeuvres de Lionel Davoust, à commencer par La route de la conquête, et autres récits, un recueil de nouvelles se déroulant dans le même univers imaginaire.

 


La Volonté du Dragon, Lionel Davoust

Note : ★★★★☆


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Du sel sous les paupières

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Par son résumé en quatrième de couverture, ce roman semblait tout avoir pour me plaire, et comme je suis un incorrigible pessimiste, j’avais donc très peur d’être déçu.

Ce roman est difficile à classer, il navigue tour à tour entre le roman historique, l’uchronie, le steampunk et la fantasy. C’est un mélange qui pourrait être dangereux qui pourrait ne pas fonctionner, mais dans le cas présent c’est une véritable réussite à mes yeux. J’ai pris beaucoup de plaisir à suivre les aventures extraordinaires des différents personnages, que ce soit en Irlande, à Saint-Malo ou à Guernesey, tout cela au début des années 1920, après la fin d’une Grande Guerre qui pour des raisons inexpliquées a duré quelques années de plus que dans notre histoire réelle. Il y a ainsi quelques différences entre le passé imaginé dans ce roman et celui qui s’est réellement déroulé, tout n’est pas forcément expliqué mais cela fonctionne bien et cela donne un cadre à la fois connu et atypique au récit.

J’ai particulièrement apprécié de découvrir cette magnifique cité de Saint-Malo recouverte par une étrange brume de guerre ; c’est une ville que j’ai déjà visité à plusieurs reprises et que j’aime beaucoup, ce fut un vrai plaisir de la découvrir légèrement différente dans ce roman passionnant.

 


Du sel sous les paupières, Thomas Day

Note : ★★★★☆


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Vous écrivez ? Le roman de l’écriture

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La quatrième de couverture de ce livre ne ment pas : « Ce petit livre n’est pas un cours. Moins encore une boîte remplie de clefs. Son ambition : tenter de décrire ce qu’est le travail du romancier ». L’intention est claire et le résultat est à la hauteur.

L’auteur est un écrivain de littérature jeunesse, mais pas seulement, et aborde le travail de l’écrivain à travers plusieurs thèmes : comment commencer (commencer à écrire, commence une histoire), les personnages, l’intrigue, les scènes, les dialogues, les descriptions. Dans chaque chapitre, il donne quelques clefs, des conseils que j’ai trouvés très utiles, et décrit ses propres habitudes d’écriture. Ce n’est pas un ouvrage théorique où on trouve de façon détaillée un cours théorique sur l’écriture, on n’y trouve pas par exemple de définition détaillée des « points de vue » de la narration. C’est au contraire un livre qui se lit presque comme un roman, dont le narrateur est un écrivain qui raconte sa façon de travailler.

L’ouvrage s’achève sur 2 chapitres encore moins techniques que les précédents : l’un sur les habitudes d’écriture de l’auteur, le dernier est une jolie définition de la littérature jeunesse et un vibrant plaidoyer pour ce genre souvent décrié.

J’ai dévoré ce livre avec beaucoup de plaisir et d’intérêt, comme s’il s’agissait d’une mine d’or dont il fallait puiser des pépites innombrables. Il m’a encore plus redonné envie de me remettre sérieusement à l’écriture.


Vous écrivez ? Le roman de l’écriture, Jean-Philippe Arrou-Vignod

Note : ★★★★☆


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Les loyautés

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Je me méfie toujours des auteurs de best-sellers, des romans « phénomènes » que tout le monde dit dans les transports en commun, je dois avoir un côté élitiste et méprisant pour ce qui plait « au plus grand nombre », craignant que ces oeuvres ne soient que le fruit de recettes bien huilées à base d’ingrédients consensuels et sans saveur. C’est ce qui m’a tenu éloigné des romans de Delphine de Vigan depuis la publication de Rien ne s’oppose à la nuit, énorme phénomène qui a véritablement lancé sa carrière d’auteur à succès. Et puis, la semaine dernière, je l’ai vu sur un plateau de télévision parler de son dernier roman « Les loyautés », je l’ai trouvée sympathique, posée, et à vrai dire intéressante dans son propos. Argument ultime pour me convaincre de franchir le rubicon : il s’agit d’un roman court, donc un investissement limité pour découvrir son oeuvre.

Je ne le regrette pas, car j’ai lu Les loyautés avec beaucoup de plaisir, c’est une très agréable surprise. Le récit tourne autour de plusieurs personnages : deux pré-adolescents venus de milieux familiaux totalement différents (l’un, Théo, en garde alternée entre ses parents divorcés qui ne s’adressent plus la parole ; l’autre, Mathis dans une famille qui semble stable) et qui se sont liés d’amitié depuis leur entrée au collège ; une professeur de SVT qui s’inquiète de l’attitude de Théo et le soupçonne d’être victime de maltraitance ; la mère de Mathis, en psychanalyse, coincée dans un couple qui ne se parle presque plus et des enfants qui s’éloignent d’elle.

Les loyautés est un très joli roman, à la fois tendre et violent, sur la détresse humaine, qu’elle qu’en soient ses causes et ses modes d’expression. Cela m’a clairement donné envie de dépasser mes aprioris et de découvrir les autres romans de Delphine de Vigan, même si je crains que sa plume fine soit moins incisive dans des oeuvres plus longues que celle-ci, dont le format m’a parfaitement convenu.


Les loyautés, Delphine de Vigan

Note : ★★★★☆


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The Left Hand of Darkness

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Je dois d’abord le reconnaître : c’est l’annonce récente du décès d’Ursula K. Le Guin qui m’a poussé à lire ce roman qui trainait dans ma liste de livres à lire depuis un long moment. On va dire que c’était la « bonne » occasion pour le faire.

J’ai bien aimé ce roman de science-fiction, malgré quelques longueurs dans le récit. L’idée de départ, une planète dont les habitants sont asexués la plupart du temps, hormis quelques jours par mois où une phase de poussée hormonale leur assigne de façon aléatoire le sexe masculin ou féminin, m’a beaucoup plu. Le prétexte pour la découverte de cette civilisation unisexe est l’arrivée sur la planète d’un éclaireur-ambassadeur venu proposer aux habitants de rejoindre la fédération galactique à laquelle il appartient. Nous découvrons ainsi les particularités de ce monde et de ses habitants à travers le regard d’un terrien du futur, finalement assez proche de nous.

Ce roman permet de réfléchir sur l’importance du sexe dans notre mode de vie, sur la question du genre, et sur la place respective des hommes et des femmes dans notre société. Au-delà de ces questions déjà passionnantes, il interroge sur la nation de patrie, sur la différence et sur la rencontre de « l’Autre ». C’est finalement cela, l’essence même de la science-fiction.


The Left Hand of Darkness, Ursula LeGuin

Note : ★★★★☆


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Les souffrances du jeune Werther

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Il est toujours délicat de lire tardivement un classique de la littérature. Après en avoir entendu tant de bien, on reste d’être déçu. C’est un peu le cas avec ce célébrissime roman épistolaire de Goethe. J’aurais peut-être plus apprécié ce livre si je l’avais plus jeunes, à un âge où les lamentations du jeune Werther m’auraient semblé plus proches de mes préoccupations de l’époque. Bien sûr, le mal d’amour et de vivre n’a pas d’âge, mais la façon dont l’exprime Werther dans ses lettres est celle d’une jeunesse enflammée dans laquelle je ne me reconnais plus vraiment.

Malgré tout, je comprends l’importance que ce roman a dans la littérature allemande, et dans l’histoire de la littérature en général. Ce jeune héros bourgeois qui s’affranchit du carcan de la société de l’époque et, crime ultime, choisit le suicide comme dernier échappatoire à son chagrin d’amour, a certainement choqué à l’époque de la publication de cette oeuvre. Aujourd’hui, un tel récit serait sans doute reçu avec un brin de condescendance, mais il faut évidemment juger les oeuvres dans leur contexte historique, ce que je tente de faire.


Les souffrances du jeune Werther, Goëthe

Note : ★★★☆☆


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