Livres & Romans

Rubiel e(s)t moi

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Rubiel e(s)t moi est le premier roman de Vincent Lahouze, et j’ai eu l’opportunité de le lire grâce à la plateforme NetGalley.fr et évidemment aux éditions Michel Lafon.

J’avais été intrigué par le résumé proposé par l’éditeur :

 » Si je devais me souvenir d’une chose, d’une seule chose, ce serait la vision des murs gris de l’Orphelinat du Bienestar de Medellin et des portes qui claquaient lorsque nous courions dans les couloirs, le bruit sourd de mes pieds nus sur le parquet de bois délavé et poussiéreux. Oui, d’aussi loin que je me souvienne, la couleur n’existait pas.

Je suis né en Colombie, à la fin de l’année 1987, mais je n’ai commencé à vivre qu’en 1991. « 

Le récit commence au début des années 1990. Rubiel et Federico sont deux orphelins colombiens âgés de quatre ans. L’un des deux est adopté par un couple français et part vivre en France, l’autre reste en Colombie. Nous suivons alors l’enfance, l’adolescence et le début de la vie d’adulte d’un garçon adopté et renommé Vincent, qui grandit et construit sa vie en France, et celle d’un garçon, Rubiel, resté à l’orphelinat puis dans les rues colombiennes.

Ce double récit connait quelques temps faibles, mais l’ensemble est très plaisant. Bizarrement, j’ai mis un peu de temps à comprendre où l’auteur voulait nous emmener, alors que les indices sont clairement présents dès le début. Les derniers chapitres sont particulièrement réussis, on comprend mieux le « projet » de l’auteur, qui parle lui-même d’auto-biographie fictive dans les dernières pages.

Avec ce premier roman, Vincent Lahouze nous offre une très belle histoire sur l’adoption et l’identité. Si le style ne m’a pas totalement emballé par moment, j’attends tout de même le deuxième roman de cet auteur pour voir commet il se débrouille avec les mots, peut-être avec un récit qui sera moins personnel, ou en tout cas moins auto-biographique.


Rubiel e(s)t moi, Vincent Lahouze

Note : ★★★★☆

Livres & Romans

Ni partir ni rester

Ni partir ni rester

Je dois d’abord préciser que ce livre m’a été envoyé « gracieusement » (en « service de presse » comme on dit dans le métier) par l’éditeur en version Kindle par l’intermédiaire de NetGalley.fr. Il s’agit d’une plateforme qui propose de mettre en relation des éditeurs et des lecteurs dits « professionnels » (libraires, bibliothécaires, journalistes, blogueurs, etc.) pour faire connaître leurs publications. L’intérêt pour un lecteur comme moi est évidemment de découvrir des livres en avant-première ou en tout cas parus récemment, et pour l’éditeur d’espérer la promotion à faible coût de ses parutions. Ceci étant dit, mon avis sur ce livre, et sur d’autres que j’aurais l’occasion de découvrir et de vous faire découvrir de la même façon, restera totalement objectif. Que cela soit dit : je ne suis nullement engagé auprès de l’éditeur ni me sens personnellement engagé à dire du bien du livre.

Ni partir ni rester est un roman de l’auteur brésilien Julián Fuks, que j’ai découvert à cette occasion. Publié en 2015 en portugais, il a remporté le prestigieux Prix Jabuti, que l’on peut présenter comme un équivalent brésilien du Prix Goncourt, couronnant les meilleures oeuvres en langue portugaise. Il a été traduit en français par Marine Duval et édité cette année par Grasset.

Il s’agit d’un livre semi-autobiographique, dans lequel le narrateur, alter-ego de l’auteur même s’il ne porte pas le même prénom, nous parle de sa famille et de son frère en particulier. Je ne pourrais pas le raconter mieux que ne le fait le résumé proposé par l’éditeur :

Sebastián est un jeune écrivain brésilien, d’origine argentine, dont le grand-frère a été adopté par ses parents avant leur départ pour le Brésil. Suite au coup d’état de 1976 ces derniers se sont engagés dans la résistance et lorsqu’on les prévient de leur arrestation est imminente, ils doivent quitter Buenos Aires de toute urgence. Avec le bébé que leur a confié une sage-femme, ils traversent donc la frontière uruguayenne avant de s’envoler pour São Paulo. C’est là que le couple dissident, à présent exilé, donnera naissance à Sebastián et à sa sœur.

Ce résumé avait attiré mon attention et attisé ma curiosité. Même si les thèmes que semblaient aborder ce livre avaient de quoi m’intéresser, on n’est jamais à l’abri d’une déception, d’une oeuvre qui passe à côté du sujet ou dont le style ne nous plait pas. Là, c’est plutôt le contraire : dès les premières lignes, j’ai été séduit par la plume de l’auteur, par son style presque poétique. Un premier exemple, tiré des premières pages :

Mais un enfant ne naît pas pour soulager. Il naît et en naissant existe d’être lui-même soulagé. Un enfant ne pleure pas pour créer chez les autres la possibilité d’un sourire. Il pleure pour qu’on le prenne dans ses bras, qu’on le protège et qu’on taise par ses caresses la vulnérabilité implacable qui le tourmente si tôt déjà.

Plus tard aussi, sur ce moment où le père prend son fils adoptif pour la première dans ses bras :

Quand il n’est plus resté une goutte de lait, quand les ongles minuscules du petit ont commencé à griffer ses doigts, quand les yeux bleus de l’un ont supplié les yeux bleus de l’autre, si semblables qu’on ne pouvait plus dire quels yeux étaient à qui, il a su enfin que cet être était intime, il a su enfin que ce fils était le sien.

Un peu plus loin, ce passage, qui me parle pour des raisons très personnelles :

Est-ce que chaque cicatrice est un signe ? Je me demande involontairement. Est-ce que toute cicatrice est un signe ? Je me demande malgré moi. Toute cicatrice est un cri, ou le souvenir d’un cri, un cri tu dans le temps ? Je l’ai vue tant de fois, je la reconnais si facilement, mais je ne sais pas ce qu’elle crie, ni ce qu’elle tait, cette cicatrice.

J’ai également envie de citer ce très bon moment sur l’exil des parents :

Buenos aires, dont nous nous sentions tous bannis tant qu’on nous empêchait d’y retourner – même si certains d’entre nous, ma soeur et moi, n’avions même pas posé les pieds sur ses trottoirs. Peut-on hériter d’un exil ? Serions-nous, nous les enfants, expatriés au même titre que nos parents ? Devrions-nous nous considérer comme des Argentins privés de notre pays, de notre patrie ? La persécution politique serait-elle aussi soumise aux règles de l’hérédité ?

Et pour finir, cette déclaration du narrateur après avoir décrit l’engagement militant de ses parents :

Jamais je ne voudrais tenir une arme dans mes mains. Le dire est déjà une action, le dire constitue déjà une histoire politique.

Je tenais à citer ces extraits du livre pour montrer à la fois le style de son auteur et la diversité des thèmes qu’il y aborde. Il nous parle tour à tour de la dictature en Argentine, des enfants enlevés à des mères jugées hostiles au régime, des grand-mères de la Place de Mai qui ont manifesté et cherché leurs petit-enfants disparus pendant plus de trente ans, de l’exil politique, de l’adoption, de la fraternité, de la maternité, de la paternité et donc de la famille en général, mais aussi du trouble mental, du sentiment d’isolement et du besoin de solitude. Cela peut sembler beaucoup pour un roman d’à peine 208 pages mais c’est fait chaque fois avec beaucoup de profondeur et de délicatesse.

La relation entre le narrateur et son frère, aîné et adopté, est au coeur du roman et si elle est évidemment loin d’être parfaite, elle est particulièrement touchante. Le narrateur, ou l’auteur, écrit sur son frère mais aussi pour son frère. C’est d’ailleurs ce frère, fictif ou réel, qui lui suggère dans une scène poignante d’écrire sur ce que c’est d’être adopté.

J’ai aussi beaucoup apprécié le travail de l’auteur de la notion d’auto-fiction, sur le travail d’écriture sur soi et sur sa propre famille. Il y a une discussion passionnante à la fin du livre entre le narrateur et ses parents auxquels il vient de faire lire son manuscrit et qui sont perplexes après l’avoir lu. Il ne se reconnaissent que partiellement dans les personnages du livre, reprochent à leur fils quelques arrangements avec la vérité, mais reconnaissent qu’il a sans doute écrit un bon roman.

A mes yeux, c’est plus qu’un « bon » roman, c’est un livre à la fois magnifique par son style et par les idées qu’il véhicule. Julián Fuks est un auteur qui a des choses à dire et qui les dit bien. C’est très clairement ma très belle surprise du printemps, si ce n’est celle de l’année, même si c’est encore un peu tôt pour le dire. J’ai en tout cas envie de me pencher sur l’oeuvre de Julián Fuks, même si je ne suis pas certain que ses livres aient déjà tous été traduits en français. La sortie de celui-ci et son éventuel succès pourraient aider à réaliser mon souhait.


Ni partir ni rester, Julián Fuks

Note : ★★★★★


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Livres & Romans

L’immeuble Christodora

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J’ai découvert Tim Murphy et son roman « L’immeuble Christodora » grâce à la plateforme NetGalley.fr qui propose aux professionnels (bibliothécaires, libraires, etc.) et aux « rédacteurs » (journalistes, blogueurs) de découvrir gratuitement des livres pour les faire découvrir à leurs clients (pour les professionnels) ou leurs lecteurs (pour les journalistes et blogueurs). C’est ce qui explique que j’ai lu ce roman en français alors que j’ai plutôt l’habitude de lire les romans anglophones en langue originale.

Le résumé du roman par l’éditeur était prometteur :

Un roman kaléidoscopique qui retrace la vie d’un certain New York, de l’anarchie des années sida aux hipsters de demain.

New York. Milly et Jared, couple aisé animé d’ambitions artistiques, habite l’immeuble Christodora, vieux building de Greenwich Village. Les habitants du Christodora mènent une vie de bohèmes bien loin de l’embourgeoisement qui guette peu à peu le quartier. Leur voisin, Hector, vit seul. Personnage complexe, ce junkie homosexuel portoricain n’est plus que l’ombre du militant flamboyant qu’il a été dans les années quatre-vingt.

Mateo, le fils adoptif de Milly et Jared, est choyé par ses parents qui voient en lui un artiste. Mais le jeune homme, en plein questionnement sur ses origines, se rebelle contre ses parents et la bourgeoisie blanche qu’ils représentent.

Milly, Jared, Hector et Mateo, autant de vies profondément liées d’une manière que personne n’aurait pu prévoir. Dans cette ville en constante évolution, les existences de demain sont hantées par le poids du passé.

Le fait de découvrir ce roman par sa traduction française a été un vrai problème pour moi au début de ma lecture. Dès les premières pages, j’ai été perturbé par la traduction. Ce n’était que le début, je me suis dit que je verrai ce que cela donnerait sur la durée. Je crois tout de même que j’ai toujours du mal avec les traductions françaises de romans américains contemporains : les « putain » et « mec » incessants dans les dialogues sonnent faux, j’avais vraiment l’impression de lire une traduction, pas un véritable texte littéraire. Quelques pages plus tard, j’avais toujours un peu de mal avec le style, je ne savais pas si le texte original était plat ou si c’était dû à la traduction, mais je n’étais pas emballé par ce que je lisais. J’espérais toutefois que l’intérêt du récit permette de compenser.

Le récit finit à décoller et devient plus intéressant, mais le style me gênait toujours. Je ne savais toujours pas si cela venait de la traduction, mais il y a des passages que j’ai lu en ne sachant pas si je devais rire ou pleurer. Il faudrait que je retrouve ce bout de dialogue atterrant où j’ai cru entendre parler Jeremstar …

Après un début qui ne m’avait pas convaincu, j’ai commencé à apprécier ce livre. Je venais de terminer la première partie, environ un tiers du roman, qui s’achève sur un magnifique paragraphe de danse dans une boîte de nuit gay à la fin des années 1980, dans une ambiance qui mêle insouciance et inquiétude des années SIDA. J’espérais que la suite resterait sur cette lancée.

Dans le deuxième tiers, il y a un terrible chapitre sur l’enfer de l’addiction à la drogue. Je ne connais pas le sujet, je ne sais pas si c’est réaliste, mais c’est terrifiant et subliment retranscrit dans le texte. Malheureusement, il y a toujours des soucis de traduction : traduire « Cookie Monster » par « le Monstre Gâteau », c’est presque impardonnable à ce niveau-là. Malgré ces quelques problèmes de style, le récit est de plus en plus prenant.

Les deux dernières parties du livre sont certainement les meilleures, après un premier tiers lent et globalement inintéressant. La suite est bien plus réussie : on commence à s’attacher aux personnages, y compris à leurs défauts et leurs traits de personnalités que l’ont trouvait insupportables au début. Le récit s’étend du début des années 1980 à l’année 2021 mais ne respecte pas de chronologie stricte, on alterne les époques sans que cela perturbe la lecture, bien au contraire. On assiste ainsi à une sorte d’épopée de l’épidémie du SIDA, puisque derrière les histoires de famille de Milly, Jared et Mateo, c’est bien le thème principal de ce roman.

Malgré le style parfois maladroit et perturbant, je retiens de ce roman son ambition et sa capacité à raconter une saga prenante et à dresser le portrait des habitants de New-York sur trois décennies, du début de l’épidémie du SIDA jusqu’à son extinction supposée au début des années 2020. Tout n’est pas parfait dans ce roman, mais je crois que je relirai avec plaisir dans quelque temps, peut-être en VO cette fois-ci, pour découvrir le style original de l’auteur et les qualités littéraires de ce texte passionnant.


L’immeuble Christodora, Tim Murphy

Note : ★★★★☆


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Cinéma, TV & DVD

Dans tes bras

Dans tes bras
Dans tes bras

Dans tes bras est un peu mon petit coup de coeur de l’été. Un film qui ne paie pas de mine, pas franchement apprécié par les critiques dans le presse, avec Michèle Laroque comme seule « star » au générique. Malgré ces quelques handicaps, j’ai passé un bon moment. Il y a quelques maladresses mais c’est globalement un bon divertissement. Je suis peut-être bon public, mais j’ai été touché par cette histoire d’un adolescent (interprété par le très mignon Martin Loizillon, dont le nom me donne d’ailleurs envie de le prendre dans mes bras) qui va à la rencontre de sa mère biologique qui l’a abandonné à sa naissance. Michèle Laroque est excellente et émouvante dans le rôle de la mère naturelle, tout comme Catherine Mouchet dans celui de la mère adoptive. Je vous recommande donc ce film si vous voulez passer un bon moment en toute simplicité.

Cinéma, TV & DVD

Martian Child (Un enfant par comme les autres)

Martian Child
Martian Child

Autant le dire tout de suite : j’ai été très déçu par ce film. Le synopsis (un écrivain de science-fiction adopte un enfant qui prétend venir de la planète Mars) et la bande-annonce m’avaient donné envie d’aller au cinéma pour le voir. Catastrophe : j’ai assisté à un mélo insipide et sans intérêt. Toute l’originalité liée au duo entre l’enfant qui se dit martien et l’auteur de SF est expédiée pendant le premier quart d’heure et on assiste ensuite à une succession de scènes remplies de bons sentiments, d’une pauvreté digne des pires téléfilms de M6 sur l’adoption. A éviter absoluement donc, si vous étiez tentés …