Livres & Romans

Un certain Paul Darrigrand

Un certain Paul Darrigrand est le nouveau roman de Philippe Besson, un auteur dont je parle très souvent ici, car je le suis avec attention depuis la publication de son premier roman En l’absence des hommes, qui figure toujours parmi les livres favoris, au côté d’autres romans du même auteur.

Après Arrête avec tes mensonges qui m’avait enchanté et ému en janvier 2017, Philippe Besson avait proposé en septembre de la même année Un personnage de roman, dans lequel il offrait son récit personnel de la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron. La campagne était vécue comme une épopée et son acteur principal comme un personnage romanesque. Malgré le portrait sans doute excessivement flatteur du candidat par l’auteur, il y avait en tout cas un parti pris et une approche qui ne manquaient pas d’intérêt.

En ce mois de janvier 2019, Philippe Besson revient donc avec un nouveau roman, où il semble poursuivre ce qu’il avait commencé deux ans plus tôt avec Arrête avec tes mensonges : raconter sa vie et comment son expérience personnelle lui a fourni la matière de ses futurs romans.

Cette année-là, j’avais vingt-deux ans et j’allais, au même moment, rencontrer l’insaisissable Paul Darrigrand et flirter dangereusement avec la mort, sans que ces deux événements aient de rapport entre eux.

D’un côté, le plaisir et l’insouciance ; de l’autre, la souffrance et l’inquiétude. Le corps qui exulte et le corps meurtri.

Aujourd’hui, je me demande si, au fond, tout n’était pas lié.

Après les années lycée de Arrête avec tes mensonges, nous retrouvons l’auteur-narrateur pendant ses études supérieures. Nous sommes en 1988 : après trois années de solitude dans une école de commerce à Rouen, Philippe Besson revient dans sa région natale et commence un DESS à Bordeaux. Il y rencontre un certain Paul Darrigrand, étudiant un peu plus âgé que lui. Bien que Paul soit marié à la sympathique Isabelle, il va entamer une aventure avec Philippe. Quand Paul part en stage à Paris et laisse Philippe à Bordeaux, celui-ci tombe gravement malade et va être hospitalisé au service hématologie.

Le roman raconte à la fois l’aventure adultérine entre Paul et l’auteur-narrateur, et la maladie de celui-ci. Comme souvent dans ses romans, Philippe Besson est excellent pour mettre des mots sur des situations que nous avons tous pu connaître ou des sentiments que nous avons ressenti. Que ce soit sur le désir, la culpabilité, ou la peur, ses phrases peuvent résonner en nous avec une justesse remarquable.

Dans Arrête avec tes mensonges, Philippe Besson nous expliquait pourquoi ses romans étaient marqués par le thème de l’absence, du manque. Cette fois, il va plus loin en évoquant plus précisément les inspirations de plusieurs de ses romans.

Ainsi, l’adultère et la bisexualité de Paul étaient au centre de l’intrigue du roman Un garçon d’Italie. Quant à la maladie dont a souffert Philippe Besson, elle est au centre de son deuxième roman Son frère, également adapté au cinéma par Patrice Chéreau. D’autres exemples plus mineurs apparaissent également au gré des pages, comme ce garçon aperçu par le narrateur en plein milieu du récit et que l’auteur décrit explicitement comme l’inspiration du personnage de Vincent de l’Etoile dans son premier roman En l’absence des hommes.

J’ai bien aimé cette double lecture proposée par ce roman : celle d’un récit qui se suffit à lui-même, doublé d’une déclaration de l’auteur sur l’influence qu’ont eu ses expériences passées sur ses inspirations et son travail d’écrivain. J’aime ce projet, qui poursuit celui déjà entrepris dans Arrête avec tes mensonges, dont ce roman pourrait presque être vu comme une suite ou en tout cas une prolongation. Cela peut parfois avoir un côté agaçant, comme si l’auteur était tenté de justifier toute son oeuvre romanesque, mais le résultat est tout de même très plaisant.

Je dois dire que je suis assez curieux de voir si Philippe Besson va persister dans cette voie et nous racontant d’autres expériences marquantes de sa vie et comment celles-ci ont pu nourrir son écriture.


Un certain Paul Darrigrand, Philippe Besson

Note : ★★★★☆

Livres & Romans

L’été dernier à Syracuse

34757113

J’ai eu l’occasion de découvrir la version française de ce roman en avant-première, la sortie officielle étant prévue début juin. C’est par l’intermédiaire de la plate-forme NetGalley.fr que l’éditeur m’a offert la version Kindle de ce livre. Je l’ai lu cette semaine, en quelques jours, le roman étant assez court.

Avant de commencer ma lecture, je ne savais pas vraiment quoi penser du résumé :

Michael et Lizzie, deux New-Yorkais respectivement écrivain et journaliste, partent pour une semaine en Italie avec Finn et sa femme Taylor accompagnés de Snow, leur fille de dix ans surprotégée et surangoissée. Lizzie l’a décidé, ils iront d’abord à Rome puis à Syracuse, sur la côte sicilienne.

Tout sépare les deux couples – milieu social, idées politiques et passions –, mais le décor idyllique fait de bons vins, de gelati et de ciel bleu devrait être celui de vacances paradisiaques. Pourtant, même loin de chez eux, les secrets du passé et les infidélités du présent refont surface. Lizzie et Finn, qui ont eu une histoire des années auparavant, flirtent à nouveau ; Michael, quant à lui, cherche le courage de dire à Lizzie qu’il veut la quitter afin de vivre au grand jour sa relation avec Kath, une jeune serveuse.

Dans un paysage inondé de soleil, les journées s’égrènent lentement. Entre désaccords et reproches, les deux couples sont mis à l’épreuve et, déjà fragilisés par le temps, se fissurent davantage. Dans une ambiance de plus en plus délétère, les mensonges sont mis au jour. Et la jeune Snow, plongée au cœur de ce quatuor dissonant, devient malgré elle le catalyseur d’un drame inévitable.

L’idée de suivre deux couples américains en vacances en Italie ne m’emballait pas vraiment, mais j’avais l’espoir que ce ne soit que le prétexte pour une critique sociale. J’espérais aussi que le changement progressif d’ambiance annoncé par le résumé soit réussi et permette de transformer le ton et les thématiques du roman. Malheureusement, j’ai été déçu. A mes yeux, le roman ne décolle jamais et le changement d’ambiance est un échec.

Je pense que la première et principale raison qui m’a empêché d’apprécier ce roman tient dans ses personnages, que j’ai tous trouvés agaçants et inintéressants. Je crois qu’il n’y en a pas un pour rattraper l’autre : ni Taylor, petite bourgeoise qui gère l’office de tourisme de Portland et dont seule la bêtise rivalise avec la superficialité ; ni son mari Finn, chef cuisinier qui passe son temps à dragouiller toutes les filles qui passent ; ni Michael, l’écrivain mythomane dont la maîtrise lui fait la surprise de le rejoindre en Italie ; ni Lizzie, l’épouse de Michael qui vit un peu dans son ombre et excuse toutes les fautes de mari. Ne parlons même pas de Snow, la fille de dix ans de Taylor et Finn, transparente au début du roman mais dont le rôle sera capital dans le récit.

Le récit, parlons-en. Il est sans surprise, malgré les tentatives de brouiller les pistes. L’auteur essaye par la construction narrative du roman de ménager un semblant de suspense, mais je crois qu’il ne m’a fallu qu’un quart du roman pour comprendre ce qui allait se passer. J’espérais que cela soit une fausse piste mais la suite m’a malheureusement donné tort.

J’ai tout de même fait l’effort de terminer ce roman, car certains éléments sont tout de même réussis. J’ai notamment apprécié la façon dont est décrite la relation entre Snow et Michael, sorte de père de substitution qui contraste avec Finn, son vrai père.

Je regrette tout de même que ces quelques réussites soient noyées dans un ensemble stéréotypé et sans surprise. Une lecture à oublier, et cela tombe bien, car il ne s’agit pas d’un livre inoubliable …


L’été dernier à Syracuse, Delia Ephron

Note : ★★☆☆☆


Vous voulez m’aider ?

Livres & Romans

Quand souffle le vent du nord

Quand souffle le vent du nord

Daniel Glattauer est un journaliste et écrivain autrichien, né à Vienne au tout début des années soixante. Quand souffle le vent du nord était en 2006 son septième roman publié en allemand, mais c’est seulement le premier traduit dans la langue de Molière, la traduction française venant tout juste d’être édité par Grasset. Au vu de ce que je viens de lire, c’est bien dommage car sa bibliographie recèle sans doute d’autres pépites qui mériteraient de toucher un lectorat plus large.

L’histoire de ce roman m’a tout de suite séduit lorsque j’ai lu la quatrième de couverture dans les rayons de mon agitateur culturel préféré :

Un message anodin peut-il bouleverser votre vie ?

Leo Leike reçoit par erreur un mail d’un inconnue, Emmo Rothner. Poliment, il le lui signale. Elle s’excuse et, peu à peu, un dialogue s’engage, une relation se noue. Au fil des mails, ils éprouvent l’un pour l’autre un intérêt grandissant.

Leo écrit : « Vous êtes comme une deuxième voix en moi qui m’accompagne au quotidien. »

Emmi admet : « Quand vous ne m’écrivez pas pendant trois jours, je ressens un manque. »

Emmi est mariée, Leo se remet à grand-peine d’un chagrin d’amour. De plus en plus attirés l’un par l’autre, Emmi et Leo repoussent néanmoins le moment fatidique de la rencontre …

C’est donc en quelque sorte une version moderne des romans épistolaires très prisés au XVIIIème siècle. Dans celui-ci, nous assistons à la « rencontre » de Leo et Emmi et nous suivons l’évolution de leur relation pendant plus ou moins un an. Dans le fond, c’est une relation qui traverse des étapes relativement habituelles : la découverte, la séduction, les tensions, les grandes déclarations, les pauses, les ruptures, définitives ou non. Là dessus, rien de bien original ni de passionnant. Ca ressemble à un roman d’amour comme tant d’autres. Cela ne s’arrête pas là, heureusement.

La relation de Leo et Emmi est tout de même une drôle de relation, basée sur une distance qui facilite les confidences et les fantasmes les plus fous – érotiques ou simplement sentimentaux. C’est là toute la force de ce re roman, qui pose une question simple : peut-on tomber amoureux d’un correspondant avec lequel on ne communique que par écrit, d’une voix entendue au téléphone ? J’ai ma propre réponse à cette question, mais chaque lecteur y répondre à sa façon, avec son vécu et ses convictions.

Cela fait du bien de lire une histoire d’amour qui sorte des sentiers battus, qui évite les clichés et aborde le sujet avec intelligence. J’ai dévoré le dialogue de Leo et Emmi, impatient de savoir ce qui allait leur arriver, comment cela allait se terminer. Je n’ai pas vraiment été surpris par le dénouement, même s j’ai ressenti un pincement au coeur en tournant la dernière page. J’espère que ceux d’entre vous qui tenteront l’aventure ressentiront la même chose.

Quand souffle le vent du nord, Daniel Glattauer

Grasset, ISBN 978-2-246-76501-1

Note : ★★★★/☆☆☆☆☆