Livres & Romans

Parce que c’était lui, parce que c’était moi

Dans ce livre signé par Marie-Laure Delorme, à qui on l’on doit déjà deux livres-enquêtes sur l’ENA et l’ENS, des hommes, et de rares femmes politiques se livrent sur leur rapport à l’amitié en politique et sur leurs relations avec leurs amis.

Ce fut l’occasion pour moi de redécouvrir que l’on peut éprouver du respect et de l’estime pour l’homme derrière le politique, au-delà des divergences d’opinion, parfois profondes.

Je ne soutiendrai jamais l’action politique d’Edouard Philippe mais je serai toujours séduit par le fait de partager une passion avec lui : l’amour des livres et de la littérature. Je l’avais découvert avec son très beau livre « Des hommes qui lisent » et le chapitre qui lui est consacré dans celui-ci a confirmé mon respect pour l’homme derrière le Premier Ministre d’Emmanuel Macron.

Ce chapitre sur Edouard Philippe est le premier du livre et c’est aussi l’un de mes préférés. D’autres m’ont laissé plus indifférents, sans que je sache s’il y a là un lien avec l’intérêt ou l’estime que je porte à l’égard de la personne interviewée.

J’ai tout de même découvert des personnalités, des parcours que je ne connaissais pas. J’ai notamment été touché par Anne Hommel, conseillère en communication de Dominique Strauss-Kahn, qu’elle a accompagné et soutenu jusqu’aux pires moments, avant de voir leur amitié être rompue malgré elle.

Tout n’est pas parfait dans ce livre, il y a peut-être un peu de voyeurisme dans cette façon de parler de certaines coulisses de la vie politique sous l’angle de l’amitié. Il y a aussi une tendance de l’autrice à se mettre en scène, qui m’a un peu agacé.

Mais l’ensemble est très bon et donne un livre sensible sur l’amitié en politique, et l’amitié en général.


Parce que c’était lui, Parce que c’était moi, Marie-Laure Delorme

Note : ★★★★☆

Comics & BD

Heartstopper (volume 1)

Heartstopper est d’abord un webcomic, une série de comics, publié sur Internet depuis 2016 et que l’on doit à la britannique Alice Oseman. Un premier volume a été compilé à partir des premiers chapitres, ce qui donne tout de même un album de près de 300 pages, publié début février 2019.

Boy meets boy. Boys become friends. Boys fall in love. An LGBTQ+ graphic novel about life, love, and everything that happens in between – for fans of The Art of Being Normal, Holly Bourne and Love, Simon.

Charlie and Nick are at the same school, but they’ve never met … until one day when they’re made to sit together. They quickly become friends, and soon Charlie is falling hard for Nick, even though he doesn’t think he has a chance. 

But love works in surprising ways, and Nick is more interested in Charlie than either of them realised.

Heartstopper is about love, friendship, loyalty and mental illness. It encompasses all the small stories of Nick and Charlie’s lives that together make up something larger, which speaks to all of us. 

‘The queer graphic novel we wished we had at high school.’ Gay Times

This is the first volume of Heartstopper, with more to come.


On est un peu, voire beaucoup, dans le même esprit que pour Bloom que j’ai lu juste avant et dont je parlais justement hier : le récit est centré sur la rencontre et la relation naissante – amicale ou amoureuse – entre deux garçons adolescents (anglais ici, alors que l’action se déroulait aux Etats-Unis dans Bloom)

La construction est classique, notamment sur la définition des deux personnages principaux : Charlie est un garçon plutôt timide, peu intéressé par le sport, connu comme gay et qui est d’ailleurs embarqué dans une relation secrète avec un de ses camarades ; Nick est un sportif populaire qui traine avec un groupe d’amis qui a plutôt tendance à se moquer de Charlie.

Derrière ces stéréotypes et ce point de départ classique, on trouve tout de même un récit sympathique servi par des dessins simples mais efficaces et surtout totalement en phase avec le ton du récit. J’ai souri plusieurs fois en lisant cette jolie histoire d’amitié et peut-être d’amour. Les sentiments naissants de Charlie pour Nick sont craquants, et le trouble ressenti par Nick qui s’interroge sur sa sexualité est décrit avec beaucoup de justesse.

J’ai passé un très bon moment de lecture avec cet album vraiment sympathique. Je n’ai pas été surpris par le récit, mais ça m’a bien plu et c’est bien l’essentiel. Le deuxième volume est annoncé pour le mois de juillet et je dois dire que je suis plutôt impatient de découvrir la suite des aventures de Charlie et Nick, d’autant que le premier s’achève sur un cliffhanger qui appelle forcément une suite.


Heartstopper (volume 1), Alice Oseman

Note : ★★★★☆

Comics & BD

Bloom

Bloom est un roman graphique tout récent, puisqu’il a été publié fin janvier 2019 par First Second. Il est signé Kevin Panetta au scénario et Savanna Ganucheau au dessin. Je ne sais plus exactement dans quelles circonstances j’en ai entendu parler mais le résumé m’avait tout de suite donné envie de le lire et je n’ai pas résisté longtemps avant de l’acheter :

Now that high school is over, Ari is dying to move to the big city with his ultra-hip band—if he can just persuade his dad to let him quit his job at their struggling family bakery. Though he loved working there as a kid, Ari cannot fathom a life wasting away over rising dough and hot ovens. But while interviewing candidates for his replacement, Ari meets Hector, an easygoing guy who loves baking as much as Ari wants to escape it. As they become closer over batches of bread, love is ready to bloom . . . that is, if Ari doesn’t ruin everything.

Writer Kevin Panetta and artist Savanna Ganucheau concoct a delicious recipe of intricately illustrated baking scenes and blushing young love, in which the choices we make can have terrible consequences, but the people who love us can help us grow.

Ari rêve de quitter à la fois la ville où il a grandi et la boulangerie-pâtisserie de ses parents où il doit régulièrement les aider. Son père aimerait d’ailleurs qu’Ari reste les aider encore longtemps et reprenne l’enseigne quand son épouse et lui prendront leur retraite. Cela ne fait pas vraiment partie des projets d’Ari, qui envisage plutôt de partir vivre à Baltimore avec ses amis avec lesquels il forme un groupe de musique. Il se met donc à la recherche d’un remplaçant qui pourra aider ses parents à la boulangerie quand lui-même sera parti. Il rencontre ainsi Hector, qui vient d’arriver en ville pour s’occuper de la maison de sa grand-mère récemment décédée, et qui se trouve être passionné de cuisine. C’est alors le début d’une belle histoire d’amitié, voire plus si affinités …

J’ai adoré cette bande dessinée dès les premières pages. Le dessin est joli et colle parfaitement à l’ambiance douce et tendre du récit. Les personnages sont sympathiques et attachants, on les reconnait tout de suite grâce au coup de crayon de Savanna Ganucheau (ce qui n’est pas toujours le cas dans certains romans graphiques récents). Quant au scénario de Kevin Panetta, il est sans grande surprise mais très plaisant à suivre.

Il y a beaucoup de tendresse et de bons sentiments dans ce roman graphique, et ce qui est remarquable c’est que cela passe autant par le texte que par les illustrations. A noter également pour les amateurs de cuisine, de boulangerie et/ou de pâtisserie : il y a de très belles planches où les personnages confectionnent divers pains et autres gâteaux plus appétissants les uns que les autres.

Le livre fait près de 370 pages mais je ne l’ai pas vu passer, tellement j’étais enchanté et emporté par les aventures culinaires, amicales et sentimentales d’Ari, Hector, et leurs amis. L’adjectif auquel je pense instinctivement en sortant de cette lecture c’est ‘cute’, ou mignon dans la langue de Molière, il représente parfaitement l’ambiance de cette histoire très joliment racontée.


Bloom, Kevin Panetta (scénario) & Savanna Ganucheau (illustrations)

Note : ★★★★☆

Livres & Romans

Si peu la fin du monde

Si peu la fin du monde est le premier roman de Laure Pfeffer, à paraître le 11 avril prochain. J’ai eu l’opportunité de le découvrir en avant-première grâce à son éditeur Buchet-Chastel et à NetGalley.fr.

Le résumé par l’éditeur m’avait intrigué, suffisamment pour me donner envie de lire ce roman :

En 1999, il ne s’est pas passé grand-chose. On attendait le bug de l’an deux mille sans l’attendre vraiment. Une année suspendue, entre la fin des années quatre-vingts et l’aube du troisième millénaire, entre la fin de la guerre froide et le début de la guerre contre le terrorisme. Entre la fin de l’enfance et le début de l’âge adulte.

Pourtant tout était en gestation – Internet, les téléphones portables, la dématérialisation du vivant, Google… – sous les auspices d’un bug aux allures de tsunami, qui sonnait à la fois comme la menace d’un coup d’arrêt et la promesse d’une table rase.

Si peu la fin du monde nous replonge dans cette étrange zone de transition pour évoquer le passage à l’âge adulte de trois personnages entre 19 et 22 ans pris dans le flot de l’Histoire – Olga, Jules et Alex. Des personnages errants, liés et solitaires, qui trompent leur angoisse de l’avenir grâce aux paradis artificiels, aux fêtes, à la recherche de sentiments authentiques dans un monde de plus en plus flou.

A travers ses trois personnages principaux, Olga, Jules et Alex, ce roman est avant tout le portrait d’une génération, celle née au tournant des années 1970 et 1980, celle qui a eu vingt ans en l’an 2000 (ou en l’an 2001 pour rendre hommage à Pierre Bachelet). Comme le dit l’un des protagonistes, cette génération est mal née, comme dans un trou noir : trop tard pour profiter des Trente Glorieuses et de mai 68, mais trop tôt pour connaître véritablement l’euphorie de la chute du Mur de Berlin.

Le plus étonnant c’est qu’en lisant ces tranches de vie de ces jeunes de 18 à 22 ans à la toute fin du XX° siècle, du haut de mes presque quarante ans, je n’ai réalisé que tard dans le roman que cette génération, c’était la mienne, que ces jeunes avaient le même âge que moi, que j’ai vécu ce tournant du siècle et du millénaire au même âge qu’eux. Je ne m’explique pas totalement pourquoi je n’ai pas fait tout de suite le rapprochement. Peut-être ai-je vécu ma jeunesse différemment de la leur, c’est probablement l’explication la plus plausible. A moins que je sois tout simplement incapable de me reconnaître dans cette tranche d’âge qui me parait désormais si lointaine, pour le meilleur et pour le pire.

Le roman a pour cadre principal la ville de Strasbourg, hormis quelques séjours plus ou moins lointains. J’ai eu plaisir à retrouver la cité alsacienne, ses quartiers, son architecture, son tramway, son centre-ville piétonnier, la place Kléber, le parc de l’Orangerie, tout ce que j’ai connu comme touriste à plusieurs reprises et que les personnages vivent au quotidien.

L’ambiance musicale qui rythme le roman est typique de la fin des années 90, avec des artistes et des chansons qui ont marqué cette époque. C’est un peu artificiel par moment, comme si l’auteur forçait le trait pour rappeler en quelle année le récit se déroule.

C’est d’ailleurs un peu la même chose avec la technologie : les e-mails, le bruit caractéristique du modem, les cabines téléphoniques, les réveils analogiques ou à cristaux liquides qui n’ont pas encore laissé la place aux alarmes de nos smartphones, l’arrivée des téléphones portables justement : tout est là mais c’est parfois comme une couche ajoutée sur un décor factice. J’ai bien aimé cependant les nombreuses allusions à la peur du bug de l’an 2000, qui parait si loin désormais mais qui a alimenté les pires angoisses à l’époque.

Malgré tout, l’effort est louable et j’ai globalement bien reconnu cette période de ma vie.

Le cadre et le décors sont donc plutôt fidèlement reconstitués, on s’y croirait presque. Le récit lui-même est plaisant, même s’il n’est pas forcément très joyeux. Les trois personnages principaux sont perdus dans leur vie et avec leurs sentiments. Il y a beaucoup d’ambiguïté sexuelle entre garçons et filles, entre garçons, entre filles, voire pas du tout d’ambiguïté dans certains cas. Cette jeunesse s’amuse tant bien que mal, fume (du tabac et pas seulement), fait la fête, baise, étudie finalement peu, bref cette jeunesse attend l’âge adulte sans impatience ni enthousiasme débordant, si ce n’est pas une angoisse réelle face à un avenir guère prometteur.

J’ai trouvé que le récit s’essoufflait un peu dans le dernier quart du roman, mais je m’étais suffisamment attaché aux personnages pour que je poursuive ma lecture sans déplaisir.

Dans l’ensemble nous avons affaire à un premier roman plutôt réussi, qui joue de jolie façon avec une certaine nostalgie mélancolique en nous ramenant finalement à une époque pas si réjouissante. Nous ne sommes clairement pas dans l’effet « souvenez-vous de cette enfance dorée où tout allait bien pour vous et dans le monde ». Au contraire Laure Pfeffer nous montre un monde qui s’apprête à passer un tournant, celui du passage à l’an 2000, comme un saut dans l’inconnu dont la jeunesse attendait finalement peu de choses, sinon le pire.


Si peu la fin du monde, Laure Pfeffer

Note : ★★★☆☆

Livres & Romans

Orphelins 88

Orphelins 88 est le dernier roman en date de Sarah Cohen-Scali, une auteur(e?) que j’avais découvert avec son grand succès Max paru en 2012. Dans ce nouveau roman publié en septembre dernier, elle reprend un cadre historique passionnant qui avait déjà fait la particularité et le succès de Max. Après avoir suivi l’enfance d’un enfant conçu dans le cadre du programme Lebensborn, l’auteur nous parle cette fois d’un garçon enlevé à ses parents pour être éduqué comme un « parfait petit aryen » dans le cadre du même programme.

Munich, juillet 1945. Un garçon erre parmi les décombres…

Qui est-il ? Quel âge a-t-il ? D’où vient-il ? Il n’en sait rien. Il a oublié jusqu’à son nom. Les Alliés le baptisent  » Josh  » et l’envoient dans un orphelinat où Ida, directrice dévouée, et Wally, jeune soldat noir américain en butte au racisme de ses supérieurs, vont l’aider à lever le voile de son amnésie.

Dans une Europe libérée mais toujours à feu et à sang, Josh et les nombreux autres orphelins de la guerre devront panser leurs blessures tout en empruntant le douloureux chemin des migrants. Si ces adolescents sont des survivants, ils sont avant tout vivants, animés d’un espoir farouche et d’une intense rage de vivre.

Un roman saisissant qui éclaire un pan méconnu de l’après- Seconde Guerre mondiale et les drames liés au programme eugéniste des nazis, le Lebensborn.

Le personnage principal, renommé Josh car il ne souvient pas de sa véritable identité, est plutôt sympathique, parfois touchant et souvent drôle. Il m’a parfois semblé un peu mature pour son âge (estimé entre 11 et 12 ans par le médecin qui l’examine au début du roman) mais c’est peut-être après tout un effet crédible de ce qu’il a vécu pendant la guerre. Les personnages secondaires m’ont peut-être moins intéressé, sans que cela me gêne outre mesure.

Après avoir lu un bon quart du roman, je le trouvais passionnant et agréable à lire, mais j’avais un peu peur pour la suite, dans le sens où je me demandais ce qu’il restait à raconter et quelles surprises l’auteur nous réservait. Mon pressentiment s’est en partie réalisé car si le récit est prenant, il arrive un moment où il tourne en rond. Bizarrement, il reste rythmé et intéressant, c’est assez difficile à expliquer. C’est peut-être un effet narratif volontaire pour montrer l’éternel recommencement de la recherche de son passé et de sa famille par Josh.

L’auteur nous parle évidemment du programme Lebensborn, mais aussi du sort des Juifs dans l’après-guerre, de l’antisémitisme toujours présent chez les allemands, les polonais et les russes, mais aussi – et c’est peut-être plus inattendu – du racisme dans l’armée américaine, à travers le personnage de Wally, le GI noir avec lequel Josh sympathise. A ce propos, j’ai bien aimé la réaction de surprise de Josh quand Wally lui raconte la ségrégation raciale encore fortement ancrée aux Etats-Unis alors que les américains viennent « réapprendre » la démocratie aux allemands après douze ans de nazisme au pouvoir.

Au final, Orphelins 88 est une fiction historique très réussie, bien ficelée, sur un sujet complexe mais passionnant. S’il présente quelques défauts, ce roman est tout de même très agréable à lire et m’a beaucoup plu.


Orphelins 88, Sarah Cohen-Scali

Note : ★★★★☆

Livres & Romans

Je veux rentrer chez moi

J’ai connu Richard à 13 ans, à l’internat de banlieue où nous sommes restés jusqu’au bac. Nous avons continué de nous fréquenter toute notre vie. Il était notre ami plus que le mien seulement. L’amitié entre nous tous a été notre boussole bien souvent.

Ce livre parle de Richard vissé à son lit d’hôpital, de moi réduit à l’impuissance, aussi de l’addiction et de la périphérie ouest de Paris où nous avons grandi, ensemble.

Nous avons tous perdu des amis, mais je n’avais jamais ressenti si intensément la violence de cet arrachement au monde avant sa disparition.

Je vais être direct dès maintenant : j’ai été déçu par ce roman. Je ne sais pas exactement ce que j’en attendais, mais le résumé m’avait laissé espérer mieux. Ce récit sur un homme qui visite un ami d’adolescence hospitalisé pour une maladie qui semble grave aurait dû me toucher mais je suis passé complètement à côté.

Le narrateur nous parle de la bande de potes qui se sont connus sur les bancs de l’internat de la banlieue ouest de Paris qu’ils ont fréquenté ensemble pendant plusieurs années, mais les personnages m’ont laissé indifférent, comme s’ils n’étaient qu’une succession de prénoms sans vie. Même le destin de Richard, l’ami malade, ne m’a pas passionné ni ému.

Je ne sais pas quel était exactement le projet littéraire de Dominique Fabre avec ce roman, hormis rendre un hommage à un ami disparu et à tous ses potes d’internat. Je n’ai pas été séduit, en tout cas, et à mon grand regret.


Je veux rentrer chez moi, Dominique Fabre

Note : ★★☆☆☆

Livres & Romans

Le monde à nos pieds

Le monde à nos pieds est le premier roman de Claire Léost, à paraître le 27 mars prochain chez JC Lattès. Sur NetGalley.fr, le résumé m’a tout de suite donné envie de le lire :

Paris. Septembre 1994. Tandis que la France se prépare à enterrer les années Mitterrand, Louise, jeune fille sage débarquée de sa banlieue, fait son entrée à Sciences-Po, certaine d’avoir rendez-vous avec son destin.

Dans le hall de la rue Saint-Guillaume, où l’on débat du marxisme et du libéralisme sous un épais nuage de fumée, elle se lie avec une bande d’élèves. Il y a Lucas, le militant d’extrême-gauche romantique. La sublime et pétillante Finette. Katel, d’origine africaine, passionnée par Bourdieu. Max, le chiraco-gaulliste solitaire. Et Stan, qui se destine à la présidence de la République. Trois filles et trois garçons promis à un brillant avenir, et que ces années à Sciences-Po vont lier à jamais.

Ensemble, ils découvrent tout  : l’engagement et le combat politique, les tourments de l’amitié et de l’amour. Mais quand les espoirs romantiques de leur adolescence se heurtent à l’injustice et à la violence, tous se retrouvent confrontés à leur incapacité à changer le monde. Les années passent, et ils porteront le poids des secrets, des fautes et des regrets nés de cette époque. Vingt ans plus tard, en pleine effervescence macronienne, le temps sera venu d’affronter ou d’être rattrapé par les fantômes de ces trois années.

Le Monde à nos pieds restitue ce moment si particulier où l’on découvre que grandir c’est renoncer, et que toute réussite a un prix. Il explore le mystère de ces fils invisibles qui nous relient, et que le temps attaque sans parvenir à rompre.

Les années 1994-1997 qui servent de cadre aux deux premiers tiers du roman sont celles où j’ai commencé à m’intéresser à la politique : c’est donc avec un certain plaisir et un brin de nostalgie que j’ai replongé dans les événements qui ont marqué le début de ma vie de citoyen : l’atmosphère de fin de règne à l’issue du deuxième mandat de François Mitterrand, le renoncement de Jacques Delors annoncé face à Anne Sinclair dans Sept sur Sept avant l’élection présidentielle de 1995, la campagne marquée par l’affrontement fratricide entre Jacques Chirac et Edouard Balladur, la percée inattendue de Lionel Jospin au premier tour qui réveille en partie la gauche, et la victoire de celle-ci aux législatives anticipées en 1997 suite à la dissolution provoquée par le président Chirac.

J’ai dévoré ce livre car même si certains passages sont plus faibles que d’autres, c’est une chronique prenante du milieu des années 90 d’un point de vue politique, avec ces jeunes étudiants plus ou moins idéalistes ou au contraire déjà cyniques, et plus ou moins sincères dans leur engagement.

Si je n’ai pas forcément été passionné par les histoires de coeur des six personnages du roman, j’ai bien aimé ce récit à plusieurs voix avec des personnalités affirmées et qui représentent autant de stéréotypes : l’opportuniste prêt à changer de camp pour faire carrière, l’idéaliste gauchiste, la noire qui cherche encore sa voie mais qui refuse d’être l’africaine de service, etc.

La troisième partie, qui se déroule au printemps au moment de l’événement du « nouveau monde » macroniste et de l’entrée de son champion à l’Elysée, m’a un peu moins plu. Je ne sais pas si les destinées des personnages, vingt ans après leur passage à Sciences-Po, se veulent surprenantes mais elles ne l’ont pas vraiment été pour moi. Malgré tout cel reste intéressant, avec un arrière-goût de désillusion et de renoncement qui m’a semblé juste et adapté à notre époque.

Tout n’est pas parfait dans ce roman, je pense même que certains n’y trouveront pas leur compte, mais j’y ai trouvé un certain charme et je dois dire que j’ai été captivé presque du début à la fin. Plutôt bon signe au moment de faire le bilan !