Livres & Romans

The House of Special Purpose

J’ai l’impression de le dire à chaque fois que je rédige une chronique sur l’un de ses romans, mais John Boyne est un écrivain que j’aime beaucoup. Chaque livre me fait redécouvrir son grand talent de romancier, au sens strict du terme : sa capacité à écrire des romans, à les construire pièce par pièce comme un puzzle, à inventer et faire vivre des personnages qui semblent vivants, et qui sont mémorables.

C’est donc avec beaucoup d’espoir que j’ai commencé récemment The House of Special Purpose, un roman qui n’est pas son dernier, mais au contraire l’un de ses premiers, paru en 2009. Son résumé me laissait avec de belles promesses :

Part love story, part historical epic, part tragedy, The House of Special Purpose illuminates an empire at the end of its reign.

Eighty-year-old Georgy Jachmenev is haunted by his past—a past of death, suffering, and scandal that will stay with him until the end of his days. Living in England with his beloved wife, Zoya, Georgy prepares to make one final journey back to the Russia he once knew and loved, the Russia that both destroyed and defined him. As Georgy remembers days gone by, we are transported to St. Petersburg, to the Winter Palace of the czar, in the early twentieth century—a time of change, threat, and bloody revolution. As Georgy overturns the most painful stone of all, we uncover the story of the house of special purpose.

John Boyne propose de nous emmener dans les dernières années de la Russie tsariste, à la veille de la Révolution bolchevique. Pour cela, il nous présente Georgy, un adolescent fils de paysan, qui se retrouve emporté par l’Histoire de son pays après avoir sauvé la vie d’un membre de la famille impériale de passage dans son village. Nous sommes en 1915 et Georgy va quitter sa campagne natale pour être accueilli à Saint-Petersbourg, la capitale de l’Empire russe, où il va devenir le garde du corps et le compagnon d’Alexei, l’héritier du tsar Nicolas II.

Le récit se poursuit jusqu’en 1918, après l’abdication du tsar et l’exécution de la famille impériale sous les ordres du nouveau gouvernement bolchévique. La trouvaille de John Boyne, c’est que le roman ne se limite pas à ce récit-là. En parallèle, il nous raconte la vie de Georgy et son épouse Zoya, exilés russes à Londres, au début des années 1980, puis il remonte dans le temps jusqu’en 1918, où les deux récits se rejoignent.

Il n’y a pas réellement de suspense dans ce double récit : nous connaissons d’avance la destinée de la dynastie Romanov, et l’identité de Zoya n’est pas vraiment une surprise, surtout quand on connait le titre donné à l’une des traductions françaises de ce roman. Mais ce manque de surprise n’est pas un défaut, au contraire : on assiste à un enchainement rondement mené, un roman habilement construit par son auteur, on profite de cette plongée dans l’Histoire, et on apprécie le résultat, passionnant du début à la fin.


The House of Special Purpose, John Boyne

Note : ★★★★☆

Livres & Romans

Dîner à Montréal

Après avoir terminé hier Les derniers jours de Pompéi, j’avais choisi un autre livre, très différent, que j’avais prévu de commencer aujourd’hui. Et ce matin, en me levant, j’ai vu que j’avais reçu un message automatique d’Amazon m’annonçant que Dîner à Montréal, le nouveau roman de Philippe Besson que j’avais précommandé il y a plusieurs semaines en apprenant sa sortie à venir, était désormais disponible et directement accessible sur mon Kindle. Si me connaissez un peu, vous ne serez donc pas surpris d’apprendre que j’ai changé mes plans pour commencer directement la lecture de ce roman en repoussant à plus tard l’autre lecture prévue initialement.

Le résumé proposé par l’éditeur en quatrième de couverture en dit suffisamment sur le roman pour avoir une idée de quoi il retourne, sans trop en dévoiler :

Ils se sont aimés, à l’âge des possibles, puis quittés, sans réelle explication. Dix-huit ans plus tard, ils se croisent, presque par hasard, à Montréal. Qui sont-ils devenus ? Qu’ont-ils fait de leur jeunesse et de leurs promesses ? Sont-ils heureux, aujourd’hui, avec la personne qui partage désormais leur vie ?

Le temps d’un dîner de retrouvailles – à quatre – chaque mot, chaque regard, chaque geste est scruté, pesé, interprété. Tout remonte à la surface : les non-dits, les regrets, la course du temps, mais aussi l’espérance et les fantômes du désir.

À leurs risques et périls.

Je viens de le dire, le résumé en disait suffisamment pour que je devine par avance ce dont Philippe Besson allait nous parler cette fois. Après « Arrête avec tes mensonges » et Un certain Paul Darrigrand, le romancier poursuit sa série de romans d’inspiration autobiographique.

Comme je le pressentais, celui-ci est quasiment une suite du précédent, puisque le fameux dîner à Montréal du titre réunit un quatuor riche en promesses : Philippe, l’auteur ; Antoine, son jeune amant rencontré trois mois plus tôt ; Paul, son ancien amant qu’il nous avait présenté dans le roman auquel il donnait son nom ; et Isabelle, l’épouse de Paul que nous avions également déjà rencontrée dans le roman précédent.

Dix-huit années se sont écoulées depuis l’aventure et la rupture entre Philippe et Paul dans Un certain Paul Darrigrand. Après plusieurs mois d’une passion secrète au tournant des années 80 et 90, Paul avait quitté Philippe pour rejoindre Isabelle, sa jeune épouse. Le récit se déroule cette fois en 2007, lors d’une tournée de l’auteur au Québec pour la sortie de son dernier roman. Paul, qui vit désormais à Montréal, vient à la rencontre de Philippe lors d’une séance de dédicaces dans une librairie. Après un bref échange, ils décident de dîner ensemble le soir-même, en présence d’Isabelle et Antoine.

C’est ce dîner – totalement réel ou partiellement fictif ? – que Philippe Besson nous raconte dans ce roman. Il le fait dans son style caractéristique : des phrases courtes, bien cadencées, qui percutent. J’ai toujours pensé que Philippe Besson écrit comme un escrimeur manie l’épée : avec finesse et précision, en touchant directement son objectif.

Le récit du dîner lui-même est bien construit, avec ce qu’il faut de suspense, d’interruptions lorsque sont abordés les sujets attendus par les protagonistes mais aussi par le lecteur que je suis. La psychologie des quatre convives est évidemment essentielle dans un tel exercice, et c’est fait avec talent , même si le roman est écrit à la première personnage et que nous ne sortons jamais des pensées et des interprétations forcément subjectives de Philippe, le narrateur-auteur.

Le roman fonctionne donc bien parfaitement bien, il prolonge habilement le récit débuté dans Un certain Paul Darrigrand, et même dans « Arrête avec tes mensonges », en revenant sur les raisons des obsessions de l’auteur Philippe Besson, et en décrivant, pour la première fois me semble-t-il, les circonstances dans lesquelles il a écrit son magnifique premier roman, En l’absence des hommes. Je dois dire que je suis toujours sensible à ces allers-retours entre la vie de l’auteur et son travail d’écriture, montrant comment la première a influencé à la fois sa manière d’écrire et les thèmes qu’il aborde plus ou moins ouvertement dans ses romans.

Si je dois mettre un bémol, c’est sur les limites de l’exercice, telles que je commence à les pressentir. Je ne l’avais pas vraiment ressenti avec ses des romans précédents, mais je commence à craindre que Philippe Besson finisse par tourner en rond avec ce cycle de récits fortement autobiographiques.

J’aime l’idée qu’il nous explique pourquoi il écrit, et pourquoi il écrit ce qu’il écrit, mais je n’aimerais pas qu’il reste dans cette position d’auto-contemplation, sans prendre le risque de se réinventer ou du moins de réinventer de nouvelles histoires, de nouveaux personnages.

Je rêve de rencontrer un nouveau Vincent de l’Etoile, le héros de En l’absence des hommes et de Retour parmi les hommes. J’espère que Philippe Besson saura nous emmener ailleurs dans ses prochains romans, même si j’ai encore pris beaucoup de plaisir à lire celui-ci.


Dîner à Montréal, Philippe Besson

Note : ★★★★☆

Livres & Romans

Toi, tu as la haine !

Librinova est une maison d’auto-édition qui me contacte régulièrement pour me proposer de recevoir gracieusement un exemplaire numérique des romans de leurs auteurs. Parfois, je fais l’impasse quand le résumé et le dossier de presse ne me disent rien. D’autres fois, je laisse sa chance à un auteur et son roman, quand quelque chose me titille et me donne suffisamment envie de tenter la découverte. C’est ce qui s’est passé récemment avec Raphaëlle Ahme et son roman Toi, tu as la haine !

Si le résumé ne m’avait pas totalement emballé, il y avait cependant suffisamment d’éléments pour attirer mon attention, notamment les passions artistiques – et surtout littéraires – de sa protagoniste et l’évocation de l’évolution de l’hôpital public.

Musicienne amatrice, Gabrielle est aussi danseuse et passionnée de littérature. Son métier et les activités artistiques qu’elle a développées de manière cathartique l’ont-ils sauvée d’une enfance trop sérieuse et dénuée de chaleur maternelle ? J.S. Bach, le flamenco, Rachmaninov, Tolstoï, le tango argentin, Dumas… Son combat contre elle-même qu’a été sa vie a-t-il suffi ?

Avec beaucoup de lucidité, d’humour et d’autodérision, convoquant ses souvenirs, tristes ou joyeux, et les personnes qu’elle a côtoyées, sa famille et ses amis, elle tente de répondre à cette question, jusqu’à la déflagration de l’impensable diagnostic.

En tant que soignant, elle témoigne aussi, de l’intérieur, d’une activité en plein essor exercée au lit du patient, la pharmacie clinique et de la dérive managériale des hôpitaux.

Le roman comporte 248 pages et se lit facilement. Le style est fluide, peut-être un peu plat, sans que cela me dérange outre mesure. Le récit est avant tout la chronique d’une vie, que j’imagine au moins en partie autobiographique. La narratrice, Gabrielle, nous parle de son enfance, de son adolescence puis de sa vie d’adulte.

L’ombre de sa mère, stricte et peu aimante, est omniprésent tout au long du roman, qui n’est pas vraiment un règlement de compte entre une fille et sa mère mais parle tout de même sans détour de leur relation complexe, comme l’est d’ailleurs celle entre Gabrielle et sa fille cadette.

Ce n’est pas inintéressant, quoiqu’un peu décousu par moment. La structure narrative est symptomatique : si la plupart des chapitres suivent un ordre chronologique, des intermèdes se déroulent à une période plus récente, et écrits par ailleurs à la troisième personne du singulier alors que Gabrielle s’exprime à la première personne dans les autres chapitres. Je n’ai pas vraiment compris ce que ce découpage et cette singularité de point de vue apportait à la lecture.

Autre exemple : vers la fin du roman, l’auteur nous parle des conditions de travail dans l’hôpital où Gabrielle dirige le service de pharmacie. Elle attaque frontalement les politiques publiques de santé et la dérive de la gestion des hôpitaux par des administrateurs obsédés par des indicateurs plutôt que par la qualité des soins, la prise en charge efficace des patients et les conditions de travail des soignants. C’est intéressant, même si cela arrive un peu comme un cheveu sur la soupe.

C’est d’ailleurs le plus gros reproche que je ferai à ce roman : comme c’est la chronique de la vie d’une femme de son enfance à son âge adulte, il aborde beaucoup de sujets sans forcément choisir son camp. C’est à la fois un roman sur la famille, la maternité, l’amour, le deuil, l’hôpital, c’est tout cela à la fois sans être totalement engagé dans une voie ou dans l’autre, ni sans être totalement pertinent à chaque fois.

Je me demande si ce n’est pas un défaut propre à un premier roman : une tentation de l’auteur de parler de nombreux sujets qui lui sont chers plutôt que se fixer sur une thématique et la traiter profondément.

Il y a cependant de vrais beaux passages dans ce roman, dont certaines évocations, sur la famille ou la relation avec la mère, m’ont particulièrement touchées. Cela n’a pas suffi à me convaincre totalement, mais j’ai tout de même lu avec plaisir ce roman courageux, un peu déroutant, et peut-être pas totalement abouti.


Toi, tu as la haine, Raphaëlle Ahme

Note : ★★★☆☆

Livres & Romans

La bête du Gévaudan

La bête du Gévaudan est un animal bien connu qui a fait couler beaucoup d’encre après avoir été à l’origine d’une vague d’attaques mortelles entre les étés 1964 et 1967 dans l’ancien pays du Gévaudan (qu’on peut assimiler à la Lozère actuelle).

Le mystère autour de cet animal, décrit comme un loup hors normes tant par sa taille et son intelligence, a traversé les siècles et a notamment inspiré le film Le Pacte des Loups en 2003. Plus loin de nous cependant, en 1858, l’écrivain Elie Berthet publiait un roman-feuilleton où il livrait sa propre vision imaginaire de l’histoire de la « bête de Gévaudan » et de la chasse pour délivrer le Gévaudan de ses attaques sanglantes.

C’est ce roman du XIX° siècle, d’abord publié sous forme de feuilleton dans un journal, avant d’être publié en format relié, qui est réédité cette année par Libretto. J’ai eu la chance de pouvoir découvrir cette nouvelle édition grâce à NetGalley.fr, sans savoir d’ailleurs à l’origine qu’il s’agissait d’une réédition d’un roman du XIX° siècle.

Entre le 30 juin 1764 et le 19 juin 1767, une bête sème la terreur dans la France paysanne de la région du Gévaudan (qui correspond globalement à l’actuel département de la Lozère).

L’histoire de la « Bête du Gévaudan » dépassera très rapidement le fait divers et donnera naissance à toutes sortes de superstitions et de récits horrifiques. Le pouvoir royal enverra des troupes pour éliminer cette bête et mettre un terme à toutes les interprétations.

Car la créature tue et déchiquette hommes, femmes, enfants. On lui attribue une centaine de meurtres dont on ne sait si leur auteur est un loup, un chien, une hyène … un loup-garou, peut-être ? La rumeur s’emballe …

Dès le début du roman, une évidence : nous sommes bien face à un roman-feuilleton, un roman populaire avec son cadre typique, ses personnages marqués et son récit enlevé. J’avoue que cela m’a plu dès le début. Certains personnages sont sympathiques d’emblée, d’autres nettement plus antipathiques, mais cela fait partie du charme de ce genre littéraire.

Ce qui m’a beaucoup plu également, c’est que la chasse de la bête de Gévaudan ne prend pas toute la place dans le roman : au contraire le récit est principalement centré sur une histoires de rivalité et de lutte pour un héritage entre un noble désargenté protestant et un moine catholique influent. Entre les deux, on trouvé évidemment deux jeunes gens destinés à s’aimer : la jeune noble rebelle et le roturier sans le sou élevé au monastère de son oncle. S’ajoutent à cela une galerie de personnages secondaires qui ne brillent pas par leur originalité mais complètent parfaitement le tableau et jouent efficacement leur rôle dans le récit.

Ce qui marque en effet, c’est l’efficacité du récit. C’est du roman-feuilleton digne de ce nom : rythmé, captivant du début à la fin, malgré des ficelles un peu grossières par moment. J’ai ainsi deviné très rapidement le « grand secret », confirmé par la révélation sans surprise à la fin du roman. Ce n’est pas un défaut, car c’est exécuté avec brio et dans un style prenant. On n’est pas surpris, mais on joue le jeu avec plaisir car c’est fait avec talent et conviction.

J’ai aussi aimé le cadre historique du roman : s’il a été écrit en 1858, le récit se déroule un siècle plus tôt, dans les années 1764-1767. Les guerres de religion sont pourtant terminées depuis plus d’un siècle et demi mais la question religieuse reste vive : les protestants, ou anciens protestants abjurés, sont toujours soupçonnés de tous les maux, et eux-mêmes vivent mal la domination et l’influence de l’Eglise catholique.

Pour conclure, je dois vous dire que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman, certes long (528 pages) mais passionnant du début à la fin. Je ne peux que vous encourager à le lire si vous aimez l’Histoire et les récits historiques captivants et intelligents. Cette nouvelle édition par Libretto est l’occasion parfaite pour découvrir cette version fictive du mythe de la bête du Gévaudan.


La bête du Gévaudan, Elie Berthet

Note : ★★★★☆

Comics & BD

Heartstopper (volume 1)

Heartstopper est d’abord un webcomic, une série de comics, publié sur Internet depuis 2016 et que l’on doit à la britannique Alice Oseman. Un premier volume a été compilé à partir des premiers chapitres, ce qui donne tout de même un album de près de 300 pages, publié début février 2019.

Boy meets boy. Boys become friends. Boys fall in love. An LGBTQ+ graphic novel about life, love, and everything that happens in between – for fans of The Art of Being Normal, Holly Bourne and Love, Simon.

Charlie and Nick are at the same school, but they’ve never met … until one day when they’re made to sit together. They quickly become friends, and soon Charlie is falling hard for Nick, even though he doesn’t think he has a chance. 

But love works in surprising ways, and Nick is more interested in Charlie than either of them realised.

Heartstopper is about love, friendship, loyalty and mental illness. It encompasses all the small stories of Nick and Charlie’s lives that together make up something larger, which speaks to all of us. 

‘The queer graphic novel we wished we had at high school.’ Gay Times

This is the first volume of Heartstopper, with more to come.


On est un peu, voire beaucoup, dans le même esprit que pour Bloom que j’ai lu juste avant et dont je parlais justement hier : le récit est centré sur la rencontre et la relation naissante – amicale ou amoureuse – entre deux garçons adolescents (anglais ici, alors que l’action se déroulait aux Etats-Unis dans Bloom)

La construction est classique, notamment sur la définition des deux personnages principaux : Charlie est un garçon plutôt timide, peu intéressé par le sport, connu comme gay et qui est d’ailleurs embarqué dans une relation secrète avec un de ses camarades ; Nick est un sportif populaire qui traine avec un groupe d’amis qui a plutôt tendance à se moquer de Charlie.

Derrière ces stéréotypes et ce point de départ classique, on trouve tout de même un récit sympathique servi par des dessins simples mais efficaces et surtout totalement en phase avec le ton du récit. J’ai souri plusieurs fois en lisant cette jolie histoire d’amitié et peut-être d’amour. Les sentiments naissants de Charlie pour Nick sont craquants, et le trouble ressenti par Nick qui s’interroge sur sa sexualité est décrit avec beaucoup de justesse.

J’ai passé un très bon moment de lecture avec cet album vraiment sympathique. Je n’ai pas été surpris par le récit, mais ça m’a bien plu et c’est bien l’essentiel. Le deuxième volume est annoncé pour le mois de juillet et je dois dire que je suis plutôt impatient de découvrir la suite des aventures de Charlie et Nick, d’autant que le premier s’achève sur un cliffhanger qui appelle forcément une suite.


Heartstopper (volume 1), Alice Oseman

Note : ★★★★☆

Comics & BD

Bloom

Bloom est un roman graphique tout récent, puisqu’il a été publié fin janvier 2019 par First Second. Il est signé Kevin Panetta au scénario et Savanna Ganucheau au dessin. Je ne sais plus exactement dans quelles circonstances j’en ai entendu parler mais le résumé m’avait tout de suite donné envie de le lire et je n’ai pas résisté longtemps avant de l’acheter :

Now that high school is over, Ari is dying to move to the big city with his ultra-hip band—if he can just persuade his dad to let him quit his job at their struggling family bakery. Though he loved working there as a kid, Ari cannot fathom a life wasting away over rising dough and hot ovens. But while interviewing candidates for his replacement, Ari meets Hector, an easygoing guy who loves baking as much as Ari wants to escape it. As they become closer over batches of bread, love is ready to bloom . . . that is, if Ari doesn’t ruin everything.

Writer Kevin Panetta and artist Savanna Ganucheau concoct a delicious recipe of intricately illustrated baking scenes and blushing young love, in which the choices we make can have terrible consequences, but the people who love us can help us grow.

Ari rêve de quitter à la fois la ville où il a grandi et la boulangerie-pâtisserie de ses parents où il doit régulièrement les aider. Son père aimerait d’ailleurs qu’Ari reste les aider encore longtemps et reprenne l’enseigne quand son épouse et lui prendront leur retraite. Cela ne fait pas vraiment partie des projets d’Ari, qui envisage plutôt de partir vivre à Baltimore avec ses amis avec lesquels il forme un groupe de musique. Il se met donc à la recherche d’un remplaçant qui pourra aider ses parents à la boulangerie quand lui-même sera parti. Il rencontre ainsi Hector, qui vient d’arriver en ville pour s’occuper de la maison de sa grand-mère récemment décédée, et qui se trouve être passionné de cuisine. C’est alors le début d’une belle histoire d’amitié, voire plus si affinités …

J’ai adoré cette bande dessinée dès les premières pages. Le dessin est joli et colle parfaitement à l’ambiance douce et tendre du récit. Les personnages sont sympathiques et attachants, on les reconnait tout de suite grâce au coup de crayon de Savanna Ganucheau (ce qui n’est pas toujours le cas dans certains romans graphiques récents). Quant au scénario de Kevin Panetta, il est sans grande surprise mais très plaisant à suivre.

Il y a beaucoup de tendresse et de bons sentiments dans ce roman graphique, et ce qui est remarquable c’est que cela passe autant par le texte que par les illustrations. A noter également pour les amateurs de cuisine, de boulangerie et/ou de pâtisserie : il y a de très belles planches où les personnages confectionnent divers pains et autres gâteaux plus appétissants les uns que les autres.

Le livre fait près de 370 pages mais je ne l’ai pas vu passer, tellement j’étais enchanté et emporté par les aventures culinaires, amicales et sentimentales d’Ari, Hector, et leurs amis. L’adjectif auquel je pense instinctivement en sortant de cette lecture c’est ‘cute’, ou mignon dans la langue de Molière, il représente parfaitement l’ambiance de cette histoire très joliment racontée.


Bloom, Kevin Panetta (scénario) & Savanna Ganucheau (illustrations)

Note : ★★★★☆

Livres & Romans

Si peu la fin du monde

Si peu la fin du monde est le premier roman de Laure Pfeffer, à paraître le 11 avril prochain. J’ai eu l’opportunité de le découvrir en avant-première grâce à son éditeur Buchet-Chastel et à NetGalley.fr.

Le résumé par l’éditeur m’avait intrigué, suffisamment pour me donner envie de lire ce roman :

En 1999, il ne s’est pas passé grand-chose. On attendait le bug de l’an deux mille sans l’attendre vraiment. Une année suspendue, entre la fin des années quatre-vingts et l’aube du troisième millénaire, entre la fin de la guerre froide et le début de la guerre contre le terrorisme. Entre la fin de l’enfance et le début de l’âge adulte.

Pourtant tout était en gestation – Internet, les téléphones portables, la dématérialisation du vivant, Google… – sous les auspices d’un bug aux allures de tsunami, qui sonnait à la fois comme la menace d’un coup d’arrêt et la promesse d’une table rase.

Si peu la fin du monde nous replonge dans cette étrange zone de transition pour évoquer le passage à l’âge adulte de trois personnages entre 19 et 22 ans pris dans le flot de l’Histoire – Olga, Jules et Alex. Des personnages errants, liés et solitaires, qui trompent leur angoisse de l’avenir grâce aux paradis artificiels, aux fêtes, à la recherche de sentiments authentiques dans un monde de plus en plus flou.

A travers ses trois personnages principaux, Olga, Jules et Alex, ce roman est avant tout le portrait d’une génération, celle née au tournant des années 1970 et 1980, celle qui a eu vingt ans en l’an 2000 (ou en l’an 2001 pour rendre hommage à Pierre Bachelet). Comme le dit l’un des protagonistes, cette génération est mal née, comme dans un trou noir : trop tard pour profiter des Trente Glorieuses et de mai 68, mais trop tôt pour connaître véritablement l’euphorie de la chute du Mur de Berlin.

Le plus étonnant c’est qu’en lisant ces tranches de vie de ces jeunes de 18 à 22 ans à la toute fin du XX° siècle, du haut de mes presque quarante ans, je n’ai réalisé que tard dans le roman que cette génération, c’était la mienne, que ces jeunes avaient le même âge que moi, que j’ai vécu ce tournant du siècle et du millénaire au même âge qu’eux. Je ne m’explique pas totalement pourquoi je n’ai pas fait tout de suite le rapprochement. Peut-être ai-je vécu ma jeunesse différemment de la leur, c’est probablement l’explication la plus plausible. A moins que je sois tout simplement incapable de me reconnaître dans cette tranche d’âge qui me parait désormais si lointaine, pour le meilleur et pour le pire.

Le roman a pour cadre principal la ville de Strasbourg, hormis quelques séjours plus ou moins lointains. J’ai eu plaisir à retrouver la cité alsacienne, ses quartiers, son architecture, son tramway, son centre-ville piétonnier, la place Kléber, le parc de l’Orangerie, tout ce que j’ai connu comme touriste à plusieurs reprises et que les personnages vivent au quotidien.

L’ambiance musicale qui rythme le roman est typique de la fin des années 90, avec des artistes et des chansons qui ont marqué cette époque. C’est un peu artificiel par moment, comme si l’auteur forçait le trait pour rappeler en quelle année le récit se déroule.

C’est d’ailleurs un peu la même chose avec la technologie : les e-mails, le bruit caractéristique du modem, les cabines téléphoniques, les réveils analogiques ou à cristaux liquides qui n’ont pas encore laissé la place aux alarmes de nos smartphones, l’arrivée des téléphones portables justement : tout est là mais c’est parfois comme une couche ajoutée sur un décor factice. J’ai bien aimé cependant les nombreuses allusions à la peur du bug de l’an 2000, qui parait si loin désormais mais qui a alimenté les pires angoisses à l’époque.

Malgré tout, l’effort est louable et j’ai globalement bien reconnu cette période de ma vie.

Le cadre et le décors sont donc plutôt fidèlement reconstitués, on s’y croirait presque. Le récit lui-même est plaisant, même s’il n’est pas forcément très joyeux. Les trois personnages principaux sont perdus dans leur vie et avec leurs sentiments. Il y a beaucoup d’ambiguïté sexuelle entre garçons et filles, entre garçons, entre filles, voire pas du tout d’ambiguïté dans certains cas. Cette jeunesse s’amuse tant bien que mal, fume (du tabac et pas seulement), fait la fête, baise, étudie finalement peu, bref cette jeunesse attend l’âge adulte sans impatience ni enthousiasme débordant, si ce n’est pas une angoisse réelle face à un avenir guère prometteur.

J’ai trouvé que le récit s’essoufflait un peu dans le dernier quart du roman, mais je m’étais suffisamment attaché aux personnages pour que je poursuive ma lecture sans déplaisir.

Dans l’ensemble nous avons affaire à un premier roman plutôt réussi, qui joue de jolie façon avec une certaine nostalgie mélancolique en nous ramenant finalement à une époque pas si réjouissante. Nous ne sommes clairement pas dans l’effet « souvenez-vous de cette enfance dorée où tout allait bien pour vous et dans le monde ». Au contraire Laure Pfeffer nous montre un monde qui s’apprête à passer un tournant, celui du passage à l’an 2000, comme un saut dans l’inconnu dont la jeunesse attendait finalement peu de choses, sinon le pire.


Si peu la fin du monde, Laure Pfeffer

Note : ★★★☆☆