Livres & Romans

Comment je suis devenue anarchiste

Comment je suis devenue anarchiste est un témoignage d’Isabelle Attard, députée écologiste entre 2012 et 2017. L’ancienne élue EELV nous raconte comment, après son expérience à l’Assemblée Nationale, elle a vécu ce qu’elle appelle une déconstruction puis une reconstruction politique en embrassant l’idéologie anarchiste.

Isabelle Attard nous raconte son parcours personnel tout en présentant les bases de l’anarchisme : son idéologie, son histoire, ses expérimentations, etc. L’autrice cite également ses sources d’inspiration, les auteurs qui ont fait évoluer sa vision de l’anarchisme. A mon avis, la bibliographie à la fin du livre vaut également le coup d’oeil.

Le format du livre, moins de 200 pages, fait que chaque sujet n’est pas forcément approfondi, mais c’est à mon avis une bonne première approche de l’anarchisme et un témoignage qui a de la valeur venant de quelqu’un « venu de l’autre bord », puisqu’elle a siégé 5 ans au Palais Bourbon avant de se définir aujourd’hui comme anarchiste.


Comment je suis devenue anarchiste, Isabelle Attard

Note : ★★★★☆

Livres & Romans

Un bref désir d’éternité

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Un bref désir d’éternité est un roman de Didier Le Pêcheur, un écrivain que je ne connaissais pas et que j’ai eu l’occasion de découvrir grâce aux éditions JC Lattès et à la plateforme NetGalley.

Vous savez sans doute que j’aime l’Histoire, et le résumé de ce roman historique avait donc de bonnes raisons de me plaire :

Paris, 1892. Alors que la capitale est en proie à une vague d’attentats et que la police recherche activement l’anarchiste Ravachol, un garçon de café, Jules Lhérot, le reconnaît parmi ses clients et rend possible son arrestation. Érigé en héros par une presse qui est en train de découvrir que la peur fait vendre, Jules devient aussitôt, pour les anarchistes épris de vengeance, l’ennemi à abattre.

De son côté, la jeune Zélie, fille d’ouvrier prompte à frayer avec les marlous et bien décidée à vendre son corps pour se faire une place dans le monde, s’enfuit de la maison de correction où elle a été enfermée. C’est alors qu’elle rencontre Jules, qui tombe éperdument amoureux d’elle…

Il deviendra policier, elle prostituée. Leurs routes croiseront celles du commissaire Raynaud l’humaniste, de Bolivar le flic aux mœurs dévoyées, de Milo l’Apache, de Lefeu le journaliste sans scrupule, ou encore de Madeleine, l’épouse d’un grand patron de presse tiraillée entre sa vie bourgeoise et ses désirs. Mais il aura beau perdre ses idéaux, jamais Jules n’oubliera Zélie…

Dans cette fresque saisissante où les trajectoires personnelles rencontrent la grande Histoire, Didier Le Pêcheur nous entraîne au cœur d’un Paris âpre et sulfureux, des beaux quartiers aux bas-fonds où règnent les insoumis, dans un monde où chacun a quelque chose à cacher, et où la survie des uns se paie de la souffrance des autres.

Je dois tout de même avouer que j’avais quelques craintes en commençant ce livre. J’avais peur de tomber sur une bleuette naïve avec le Paris de la Belle Epoque en décor de pacotille. Je n’aurais pas pu me tromper davantage, car ce roman est exactement le contraire.

D’abord, le cadre historique n’est pas qu’un prétexte, et le Paris décrit par Didier Le Pêcheur est presque un personnage à part entière, avec ses quartiers, sa vie mondaine, son peuple insaisissable. C’est un portrait très réussi de la ville-lumière au tournant du XIX° et du XX° siècle.

Ensuite, l’auteur nous propose une galerie de personnages captivants. Outre Jules, le garçon de café devenu policier après avoir permis l’arrestation de l’anarchiste Ravachol, et Zélie, la fille du peuple qui rêve d’émancipation par la prostitution, nous pouvons suivre les mésaventures d’un commissaire de police qui rêve poète, d’un policier prêt à tous les vices, d’un charismatique chef de bande, d’un journaliste opportuniste, et d’une bourgeoise délaissée par son mari patron de presse. Outre cette galerie hétéroclite, le roman présente l’avantage de faire évoluer ses personnages. Jules ne restera pas ce jeune garçon de café innocent et naïf, Zélie perdra elle aussi une partie de ses illusions.

Enfin, le récit est prenant et ne se limite pas, loin de là, à une histoire d’amour. D’ailleurs, d’histoire d’amour, il n’en est presque pas question tout au long des 472 pages du roman, qui passent d’ailleurs très vite tant l’histoire est prenante et admirablement rythmée. Cela m’a fait penser aux grands romans populaires publiés sous la forme de feuilletons à la grande époque de la presse de la Belle Epoque. L’hommage à cette forme d’expression littéraire, populaire, divertissante mais pas dénouée d’engagement social ou politique, est en tout cas parfaitement réalisé.

Au final, là où je m’attendais à une histoire légère dans un cadre historique bien connu, j’ai eu le plaisir de lire un roman passionnant du début à la fin, avec des personnages forts mais complexes, et un récit plus riche que le résumé aurait pu me le faire deviner. Une très bonne surprise, et un vrai bon roman de divertissement.


Un bref désir d’éternité, Didier Le Pêcheur

Note : ★★★★☆

Comics & BD

Jour J – 3. Septembre rouge

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Septembre rouge est le troisième opus de la série de bande dessinée uchronique Jour J. Dans cette uchronie, quand se poursuit dans le quatrième tome Octobre noir, le point de divergence avec l’Histoire telle que nous la connaissons se produit en 1914 :

12 septembre 1914. L’Allemagne remporte la décisive bataille de la Marne en appliquant jusqu’au bout le plan d’invasion Schlieffen. Le 9 janvier 1915, le Président français Poincaré signe l’armistice. Refusant la capitulation, le Tigre Clemenceau, épaulé par ses anciennes brigades mobiles, quitte la France. Avec l’appui de la flotte française, il gagne Alger d’où il organise la résistance.

L’action se déroule dans la France de 1917 : l’Allemagne a remporté la bataille de la Marne en 1914, a conquis tout la France qui a signé l’armistice en janvier 1915. Cela ressemble évidemment beaucoup au scénario de la France vaincue par l’Allemagne nazie en 1940, dès les premiers mois de la Seconde Guerre Mondiale. Cette fois, c’est Georges Clemenceau qui assure le rôle du général De Gaulle, en installant à Alger un gouvernement de la France libre pour organiser la résistance à l’occupant allemand.

Quand le récit commence, Clemenceau vient d’apprendre que des négociations sont en cours entre le Kaiser allemand et le Tsar russe pour signer la paix, isoler la Grande-Bretagne et assurer définitivement la défaite de la France libre et la domination allemande sur l’Europe occidentale. Le Tigre décide alors d’associer un commissaire de police qui lui est resté fidèle à un anarchiste emprisonné au château d’If, au large de Marseille, pour mener à bien une mission folle : assassiner le Tsar.

Samuel Blondin, le commissaire en exil, doit d’abord faire évader Jules Bonnot, le célèbre anarchiste de la bande à Bonnot qui sévissait en France en 1911-1912, et dont le leader ne serait pas mort en 1912 comme les autorités l’avaient alors fait croire. Il doit ensuite l’escorter en Suisse pour gagner ensuite la Russie afin d’accomplir leur mission.

Ce premier volume relate l’évasion de Bonnot et le « voyage » de Blondin et Bonnot en Suisse. Il s’achève quand les deux complices préparent leur départ pour la Russie, avec le support de Victor Serge, le révolutionnaire libertaire d’origine russe, qui leur propose l’aide d’un exilé russe bien connu.

Si le cadre historique et uchronique de cet album m’a bien plu, j’ai été un peu déçu par le récit lui-même, qui m’a semblé très classique et manquant de surprise. J’ai un peu eu l’impression de lire un Tintin en uchronie, avec des situations vues et revues. Malgré tout, l’uchronie fonctionne globalement bien, malgré les parallèles parfois grossiers entre la situation de la France et de Clemenceau en 1917 avec celle de la France et de De Gaulle en 1940-1944.

J’attends désormais de voir si le second volume de ce diptyque permettra de lancer véritablement le récit dans la bonne direction ou si cela restera une bonne idée malheureusement insuffisamment exploitée.


Jour J – 3. Septembre rouge, Fred Duval et Jean-Pierre Pécau

Note : ★★★☆☆