Livres & Romans

An Officer and a Spy

An Officer and a Spy est un roman historique de Robert Harris, un auteur à succès dont j’avais apprécié l’uchronie Fatherland et tout récemment le roman historique Munich. Dans ce roman publié en 2013, il s’attaquait à un épisode bien connu de l’histoire de France : l’affaire Dreyfus.

Paris, 1895: an army officer, Georges Picquart, watches a convicted spy, Alfred Dreyfus, being publicly humiliated in front of a baying crowd.

Dreyfus is exiled for life to Devil’s Island; Picquart is promoted to run the intelligence unit that tracked him down.

But when Picquart discovers that secrets are still being handed over to the Germans, he is drawn into a dangerous labyrinth of deceit and corruption that threatens not just his honour but his life…

Au premier abord, je trouvais étrange de lire un roman sur l’affaire Dreyfus écrit par un écrivain britannique. Même si cette affaire a sans doute eu une portée internationale, notamment en raison de la question de l’espionnage et des agissements de hauts-gradés français pour masquer la vérité, j’avais l’impression – sans doute erronée – que cette affaire appartient à l’histoire de France et donc aux auteurs français. C’était un a priori idiot.

Très vite, on retrouve les codes du roman historique comme Robert Harris sait les écrire : un cadre historique bien décrit, des personnages bien sentis, et une intrigue à suspense écrite avec un certain talent.

Je dois dire que j’avais peu de souvenirs des détails de l’affaire Dreyfus, hormis les faits essentiels dont je me souvenais de mes cours d’Histoire au lycée. J’ai donc redécouvert cette affaire avec ce roman, avec le bémol que je ne suis pas capable de distinguer ce qui appartient à la vérité historique de ce qui découle de la liberté prise par l’auteur dans l’écriture de ce qui reste un roman.

Malgré tout, j’ai beaucoup aimé ce livre, qui représente vraiment l’archétype du roman historique réussi. Finalement, mon apriori était bien idiot, et je dois même dire que c’est presque un honneur de voir qu’un maître de la fiction historique comme Robert Harris s’est attaqué à un événement si emblématique de notre Histoire de France, au tournant des XIX° et XX° siècle.


An Officer and a Spy, Robert Harris

Note : ★★★★☆

Livres & Romans

Orphelins 88

Orphelins 88 est le dernier roman en date de Sarah Cohen-Scali, une auteur(e?) que j’avais découvert avec son grand succès Max paru en 2012. Dans ce nouveau roman publié en septembre dernier, elle reprend un cadre historique passionnant qui avait déjà fait la particularité et le succès de Max. Après avoir suivi l’enfance d’un enfant conçu dans le cadre du programme Lebensborn, l’auteur nous parle cette fois d’un garçon enlevé à ses parents pour être éduqué comme un « parfait petit aryen » dans le cadre du même programme.

Munich, juillet 1945. Un garçon erre parmi les décombres…

Qui est-il ? Quel âge a-t-il ? D’où vient-il ? Il n’en sait rien. Il a oublié jusqu’à son nom. Les Alliés le baptisent  » Josh  » et l’envoient dans un orphelinat où Ida, directrice dévouée, et Wally, jeune soldat noir américain en butte au racisme de ses supérieurs, vont l’aider à lever le voile de son amnésie.

Dans une Europe libérée mais toujours à feu et à sang, Josh et les nombreux autres orphelins de la guerre devront panser leurs blessures tout en empruntant le douloureux chemin des migrants. Si ces adolescents sont des survivants, ils sont avant tout vivants, animés d’un espoir farouche et d’une intense rage de vivre.

Un roman saisissant qui éclaire un pan méconnu de l’après- Seconde Guerre mondiale et les drames liés au programme eugéniste des nazis, le Lebensborn.

Le personnage principal, renommé Josh car il ne souvient pas de sa véritable identité, est plutôt sympathique, parfois touchant et souvent drôle. Il m’a parfois semblé un peu mature pour son âge (estimé entre 11 et 12 ans par le médecin qui l’examine au début du roman) mais c’est peut-être après tout un effet crédible de ce qu’il a vécu pendant la guerre. Les personnages secondaires m’ont peut-être moins intéressé, sans que cela me gêne outre mesure.

Après avoir lu un bon quart du roman, je le trouvais passionnant et agréable à lire, mais j’avais un peu peur pour la suite, dans le sens où je me demandais ce qu’il restait à raconter et quelles surprises l’auteur nous réservait. Mon pressentiment s’est en partie réalisé car si le récit est prenant, il arrive un moment où il tourne en rond. Bizarrement, il reste rythmé et intéressant, c’est assez difficile à expliquer. C’est peut-être un effet narratif volontaire pour montrer l’éternel recommencement de la recherche de son passé et de sa famille par Josh.

L’auteur nous parle évidemment du programme Lebensborn, mais aussi du sort des Juifs dans l’après-guerre, de l’antisémitisme toujours présent chez les allemands, les polonais et les russes, mais aussi – et c’est peut-être plus inattendu – du racisme dans l’armée américaine, à travers le personnage de Wally, le GI noir avec lequel Josh sympathise. A ce propos, j’ai bien aimé la réaction de surprise de Josh quand Wally lui raconte la ségrégation raciale encore fortement ancrée aux Etats-Unis alors que les américains viennent « réapprendre » la démocratie aux allemands après douze ans de nazisme au pouvoir.

Au final, Orphelins 88 est une fiction historique très réussie, bien ficelée, sur un sujet complexe mais passionnant. S’il présente quelques défauts, ce roman est tout de même très agréable à lire et m’a beaucoup plu.


Orphelins 88, Sarah Cohen-Scali

Note : ★★★★☆

Comics & BD

Le Cri du Peuple – 1. Les canons du 18 mars

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Cette bande dessinée fait partie de mes premiers emprunts à la médiathèque de ma nouvelle commune. Cet album intitulé Les canons du 18 mars constitue le premier épisode de la série Le Cri du Peuple, signée Jacques Tardi d’après le roman du même nom de Jean Vautrin. Vous savez sans doute que je suis passionné par l’Histoire et j’ai donc été naturellement attiré par cette BD historique :

18 mars 1871. Sur le coup de trois heures du matin, des hommes en armes montent à l’assaut des collines escarpées de la butte Montmartre. Dans cette nuit silencieuse, à peine troublée par la chute des flocons de neige qui meurent doucement sur le mauvais pavé parisien, la troupe vient prendre possession des canons de la Garde nationale. Ordre de Monsieur Thiers, le chef du gouvernement.

L’époque est troublée. La guerre avec les Prussiens vient tout juste de s’éteindre. Pas question de laisser ces pièces d’artillerie entre les mains du peuple. Mais celui-ci ne l’entend pas ainsi. Et au lever du jour, tandis que les soldats tentent maladroitement de descendre les canons le long de la butte, Paris se réveille révolutionnaire. Cris, protestations, poings qui se lèvent : personne ne le sait encore, mais la Commune vit ses premières heures …

La Commune de Paris est une période, courte il faut bien le reconnaître, qui m’intéresse beaucoup. Il s’agit pour certains de la première tentative de « gouvernement » socialiste. Je garde cependant peu de souvenirs de son évocation en cours d’Histoire quand j’étais au collège et au lycée, et j’en sais finalement peu de choses. Cette bande dessinée était donc  un moyen comme un autre de rattraper cette lancune, au moins en partie.

J’ai eu du mal dans les premières pages de l’album. Le dessin, en noir et blanc, n’est pas vraiment à mon goût et la multitude de personnages pas forcément tous sympathiques m’a un peu perdu. J’ai également regretté que le contexte historique ne soit pas décrit avec plus de pédagogie pour ceux comme moi qui ne le maîtrisent pas. Malgré tout, le récit était suffisamment intéressant pour que je persiste. Je ne regrette pas ma patience, car la fin de l’album m’a bien plu.

L’action ne tourne pas autour des grandes personnalités de la Commune, ils n’apparaissent qu’en arrière-plan, les personnages principaux de la BD sont des hommes du peuple, avec leurs propres enjeux, pas forcément engagés dans l’action révolutionnaire. Sans forcément connaître cette période de l’Histoire, j’ai apprécié de plonger ainsi dans le quotidien de parisiens anonymes au cours des événements mouvementés du printemps 1871. L’argot parisien est omniprésent dans les dialogues, et s’il n’est pas toujours aisé de le comprendre, cela facilite l’immersion dans la période historique de la BD.

Dans l’ensemble, j’ai plutôt apprécié ce premier album, même si j’avais été un peu déçu au début. J’espère que les prochains albums continueront sur la lancée de la fin de celui-ci.


Le Cri du Peuple – 1. Les canons du 18 mars, Jacques Tardi, d’après le roman de Jean Vautrin

Note : ★★★★☆


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Comics & BD

La mort de Staline – 2. Funérailles

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J’avais terminé hier et je vous avais aussitôt parlé du premier volume de ce diptyque répondant au titre La mort de Staline – 1. Agonie. J’avais déjà beaucoup aimé cette première partie qui racontait les circonstances de la mort de Staline et le début des grandes manoeuvres pour sa succession.

Le deuxième et donc dernier volume du récit, La mort de Staline – 2. Funérailles, reprend là où le premier s’était arrêté :

Le dernier hommage à notre camarade Staline doit être rendu par le peuple soviétique tout entier. Des délégations spéciales, formées d’ouvriers et de kolkhoziens nommés par les comités locaux, sont conviées à venir à Moscou. (Extrait de discours officiel – 9 mars 1953).

La précédente directive concernant les délégations aux funérailles est annulée. Seules sont autorisées à entrer dans Moscou les personnes munies d’un laissez-passer spécial, délivré par le comité central. (Extrait de discours officiel – 10 mars 1953).

8 mars 1953. Staline est mort. La nouvelle retentit dans le monde entier. Venus des confins de l’Union Soviétique, des millions de civils affluent vers Moscou pour rendre un dernier hommage au « petit père des peuples ». Tandis que se préparent des cérémonies pharaoniques, une lutte sans merci fait rage au sein du Politburo. Qui sera le successeur ? Beria, Malenkov, Khrouchtchev ? Après le succès critique et commercial du tome 1, Thierry Robin et Fabien Nury s’attachent désormais aux « Funérailles » de Staline. Toujours aussi réaliste et documenté, un tableau dantesque, terrifiant et absurde d un système totalitaire en pleine folie.

Fabien Nury et Thierry Robin nous plongent à nouveau dans la Russie années 1950, au moment de la disparition de Joseph Staline, dirigeant incontesté de l’URSS depuis trente ans. La lutte pour la succession s’annonce féroce.

Beria, ministre de l’Intérieur et donc patron des forces de police (ordinaire et politique) semble le mieux placé pour remporter la mise. Il s’appuie notamment sur le soutien de Malenkov, ancien adjoint de Staline qui ne semble qu’un pantin aux mains de Beria et de son grand rival : Khrouchtchev. Il fait également pression sur Molotov, ministre des Affaires Etrangères, en libérant son épouse que Staline avait fait arrêter et condamner à mort, sanction que Beria n’avait pas fait exécuter, en prévision de ce moment.

Evidemment, quand on connait la fin de l’histoire, la vraie, on se doute de comment cela va finir, mais j’ai tout de même aimé découvrir les tenants et les aboutissants, en tout cas tels qu’ils sont relatés par Fabien Nury dans cette bande dessinée, de la chute de Beria et de la prise de pouvoir de Khrouchtchev, le successeur de Staline dans nos livres d’Histoire.

Je crois que j’ai trouvé ce second volume encore meilleur que le premier : l’ambiance y est encore plus oppressante, la tension est palpable, les complots sont omniprésents et les alliances se font et se défont d’une page à l’autre. C’est évidemment une dénonciation claire et sans concession du système soviétique, avec des dirigeants tous corrompus et aguerris aux pires manoeuvres pour conserver ou conquérir le pouvoir, au mépris du peuple qu’ils prétendaient servir et émanciper.

C’est la deuxième bande dessinée historique signée par Fabien Nury et Thierry Robin que je découvre en quelques jours, après l’excellent Mort au Tsar lui aussi situé en Russie et lui aussi en deux volumes (Le Gouverneur et Le Terroriste) et je dois dire que j’ai été emballé par l’écriture et le dessin de ces deux récits. Je vais me renseigner sur les autres oeuvres de ces deux artistes, en espérant qu’ils aient collaboré sur d’autres bandes dessinées d’aussi grande qualité.


La mort de Staline – 2. Funérailles, scénario : Fabien Nury, dessin : Thierry Robin

Note : ★★★★☆


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Cinéma, TV & DVD

Cher John (Dear John)

Cher John
Cher John

Il y a des films qu’il faut éviter d’aller voir sous peine de perdre deux heures de sa vie. Cher John (Dear John en VO) en fait partie. Je suis allé le voir cet après-midi, attiré par la plastique avantageuse de Channing Tatum. J’aurais sans doute dû regarder plus attentivement la bande-annonce et le résumé, qui fait craindre le pire :

Lorsque John Tyree, un soldat des Forces Spéciales en permission, et Savannah Curtis, une étudiante idéaliste, se rencontrent sur une plage, c’est le coup de foudre. Bien qu’appartenant à deux mondes différents, une passion absolue les réunit pendant deux semaines. John repart ensuite en mission et Savannah retourne à l’université, mais ils promettent de s’écrire et à travers leurs lettres enflammées, leur amour ne fait que grandir.

Chaque jour plus inquiète pour la sécurité de son bien-aimé, Savannah s’interroge. Alors que désirs et responsabilités s’opposent toujours plus, le couple lutte pour maintenir ses engagements. Quand une tragédie oblige John à rentrer, les deux jeunes gens se retrouvent face à leurs contradictions. John et Savannah vont découvrir si leur amour peut vraiment survivre à tout …

Dès les premières minutes, le ton est donné : il s’agit d’une comédie sentimentale de la pire espèce. Pour situer le niveau, résumons la première scène : Savannah, que le résumé présente comme une « étudiante idéaliste » mais que je serais plutôt tenté de qualifier de poufiasse écervelée, discute tranquillement avec des amis sur un ponton au bord de l’océan, quand elle fait tomber son sac à main dans l’eau. John, jeune homme musclé qui vient de terminer sa séance de surf, plonge pour récupérer le sac de la demoiselle. Et là, c’est le coup de foudre ! J’exagère à peine …

La suite du film est à l’image de cette première scène : des clichés (« je penserai à toi à chaque fois que je verrai la pleine lune »), de la guimauve, du mélo, les violons, tout y passe. Amanda Seyfried m’a franchement déçu, je la croyais meilleure comédienne que cela ; mention spéciale à la scène où elle exprime, très mal, la surprise quand elle apprend la mort du père de John. Pour rajouter à la déception : Channing Tatum n’est même pas aussi beau que dans mon souvenir … Bien sûr, il est bien foutu, mais il est trop musclé à mon goût et surtout son regard de veau lui enlève tout charme.

Je retiens tout de même deux éléments positifs : l’interprétation réussie du père de John par Richard Jenkins (le père de Nate, David et Claire Fisher dans Six Feet Under), et tout ce qui tourne autour d’Allan, le fils autiste d’un ami de Savannah : c’est un thème intéressant qui aurait mérité d’être plus développé, cela aurait pu sauver le film.

Bref, nous ne sommes que début avril et Cher John est bien placé pour être ma daube de l’année. Cela va être dur de la détrôner … Voilà qui devrait me calmer pendant quelque temps de choisir les films que je vais voir en fonction de l’esthétique de l’acteur qui tient le rôle masculin principal. Du coup, je vais peut-être éviter Remember Me la semaine prochaine malgré la présence de Robert Pattinson …


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