Livres & Romans

La révolution inachevée (1815-1870)

La révolution inachevée est le titre du dixième volume de la collection Histoire de France éditée chez Belin sous la direction de Joël Cornette. Ecrit par l’historienne Sylvie Aprile, il traite des années 1815 à 1870, c’est-à-dire la Restauration, la Monarchie de Juillet, l’éphémère Deuxième République, puis le Second Empire et sa chute.

Après la préface d’Henry Rousso et l’introduction par Sylvie Aprile, j’ai trouvé le menu plutôt alléchant : redécouvrir et éventuellement réhabiliter un court XIXème siècle méconnu, malaimé et souvent malmené par l’historiographie.

Le première chapitre, « De Louis XVIII à Louis-Philippe : une monarchie limitée » décrit et explique la période de la Restauration (1815-1830) : retour sur le trône de Louis XVIII qui concède une Charte constitutionnelle ; interlude des Cent-Jours voyant le retour puis la défaite définitive de Napoleon Ier ; règnes de Louis XVIII et de Charles X. Le chapitre s’achève à la veille des Trois Glorieuses.

Un deuxième chapitre long mais passionnant raconte la révolution des Trois Glorieuses en juillet 1830, qui fait chuter Charles X et aboutit à l’instauration de la Monarchie de Juillet, puis le règne de Louis-Philippe comme Roi des Français dans une monarchie constitutionnelle qui échouera en 1848. Le chapitre s’achève avec une longue partie sur l’opinion et ses espaces : parlement, rue, etc.

Après deux chapitres plutôt chronologiques, le troisième est thématique : « La France des champs et l’industrialisation » décrit la France et les transformations techniques et sociales qu’elle vit pendant la Restauration : un pays qui reste majoritairement rural, centré sur le « village », mais qui vit une modernisation faisant évoluer l’économie avec une industrialisation croissante.

J’ai ensuite beaucoup aimé le quatrième chapitre consacré à l’histoire des idées et des arts pendant la Restauration : essor du libéralisme (dans ses dimensions politique et économique), l’esprit de réforme, l’invention de nouveaux modèles de société (socialisme, anarchisme, catholicisme social, etc.), et la vie intellectuelle et artistique (avec un long passage sur le romantisme).

Le cinquième chapitre, sobrement intitulé « La France, l’Europe et le monde » traite de la place de la France de la Restauration et de la Monarchie de Juillet dans le concert international : les suites du congrès de Vienne de 1815, la rivalité anglo-française, la reprise d’une politique coloniale, et enfin un aperçu de l’Europe à la veille de 1848.

Pendant les fêtes, je n’avais pas avancé dans la lecture de ce livre, avant de m’y remettre avec un 6ème chapitre consacré intégralement à la révolution de 1848 : ses origines, l’insurrection de février mettant fin au règne de Louis-Philippe, la proclamation de la Seconde République (qui ne sera finalement que la deuxième), les élections au suffrage universel (masculin), l’abolition de l’esclavage, et la fin de la révolution en juin 1848.

Suite à la Révolution de 1848 décrite au chapitre précédent, le 7ème est consacré à la Deuxième République : l’établissement de la Constitution, l’élection de Louis-Napoléon Bonaparte à la Présidence de la République, la lutte entre le président et l’opposition parlementaire, jusqu’au coup d’État de décembre 1851. L’autrice présente bien cette Deuxième République, en prenant soin de ne pas la limiter à une parenthèse menant nécessairement au coup d’État est à l’Empire.

Le huitième chapitre inaugure la partie consacrée au Second Empire, avec pour commencer le thème de l’autorité impériale : mode de gouvernance de Louis-Napoléon, proclamation de l’Empire, et musellement de l’opposition.

Le neuvième chapitre détaille la politique impériale, avec ses deux piliers : l’économie (modernisation de l’économie, transformation de Paris, prospérité) et la guerre (renouveau de la diplomatie française, avec la guerre de Crimée puis la question italienne), mais aussi la politique coloniale (implication en Amérique latine et achèvement de la conquête de l’Algérie).

Le dixième chapitre décrit la société du Second Empire, dans ses constantes et ses transformations : une France qui reste principalement rurale, mais qui voit l’essor du monde ouvrier ; la place des notables ; le style Second Empire dans l’art et la culture ; le retour des oppositions ; la religion et l’Église ; un parlementarisme timide.

Le onzième et dernier chapitre relate les trois dernières années du Second Empire : libéralisation du régime (parlementarisme accru, relative liberté de la presse) ; les élections de 1869 aux résultats contrastés, et le plébiscite de 1870 ; la guerre contre la Prusse de Bismarck, la défaite de Sedan et la chute de l’Empire.

Comme tous les volumes de cette collection, l’ouvrage s’achève avec d’impressionnantes annexes (chronologie, biographies, bibliographie, références iconographiques, textuelles et documentaires, et évidemment un abondant index), mais surtout le désormais traditionnel Atelier de l’historien, cette fois autour de quatre thématiques : revisiter le XIXe siècle ; l’Histoire et les historiens du XIXe siècle ; usages et mésusages de la littérature : faire de l’histoire avec Balazac, Flaubert, Hugo, etc. ; le premier siècle du regard photographique.

Je ne peux pas achever cette critique sans souligner la richesse et la qualité des illustrations et de la documentation de cet ouvrage : que ce soit les caricatures, les photographies, les documents, les cartes, les graphiques, tout s’accorde parfaitement avec le texte et l’illustre parfaitement.

Le livre lui-même est passionnant à lire, sur une période peu connue ou en tout cas mal connue en dehors du cercle des spécialistes. Il m’a clairement permis de redécouvrir un XIX° siècle que je connaissais mal alors qu’il s’agit sans doute d’une des périodes les plus intéressantes de notre histoire.

Je vais désormais pouvoir poursuivre mon voyage dans le temps et me rapprocher doucement mais sûrement de notre époque, avec le prochain volume consacrée aux années 1870-1914 et La république imaginée.


La révolution inachevée (1815-1870), Sylvie Aprile

Note : ★★★★☆

Livres & Romans

La saga des Bonaparte

J’ai découvert ce livre par hasard à la médiathèque et je me suis dit que cela pouvait m’intéresser. La saga des Bonaparte (du XVIII° siècle à nos jours) retrace en effet les vies de plusieurs personnalités de la maison Bonaparte, en commençant par le premier d’entre eux, l’Empereur Napoléon Ier.

Célèbres, méconnus ou inconnus, les représentants, depuis plus de deux siècles, d’une dynastie qui a sidéré le monde.

Ils sont dix-sept et auraient pu être plus nombreux. Le premier d’entre eux, Napoléon, est un géant de l’histoire. Autour de lui, une famille – les Bonaparte – qui participa à son épopée, mais perpétua aussi sa grandeur. Chacun, animé de ses forces et faiblesses, joua un rôle important dans son époque. Parmi eux, deux empereurs, trois rois, une reine, deux princes contestataires, une incomparable muse, un aiglon maudit, un autre tombé au champ d’honneur, une amie des poètes, une névrosée célèbre, un étonnant politicien américain fondateur du FBI, un héros de la Résistance.

Leur saga est éminemment française, mais pas seulement. Elle est aussi italienne, allemande, hollandaise, anglaise, espagnole, russe et même américaine. Ils ne furent pas seulement des aristocrates accomplis. Tous ont mené plusieurs vies, au point d’apparaître comme d’excellents personnages de romans que n’auraient reniés ni Balzac ni Dumas.

Pour les faire revivre durant près de trois siècles, l’auteur a mené l’enquête à partir de sources renouvelées, battant en brèche nombre d’idées reçues ou de légendes devenues vérités au fil du temps. Sur fond d’intrigues et avec une large place accordée au récit, Pierre Branda restitue leurs improbables et attachantes destinées.

Pierre Branda est l’un des dirigeants de la Fondation Napoléon, et à ce titre un fervent admirateur de la famille Bonaparte. Cela se sent dans son ouvrage. Le long avant-propos consacré à Charles Bonaparte, le père de l’Empereur Napoléon, est à ce titre symptomatique : ses travers sont excusés et les rumeurs qui lui sont défavorables, si elles sont citées, sont rapidement balayées d’un revers de la main et mises sur le compte de la jalousie des rivaux face à la bonne fortune de la famille Bonaparte.

On retrouve la même approche subjective dans tous les chapitres suivants. Il faut donc prendre avec des pincettes les affirmations de l’auteur. Malgré tout, le livre permet de découvrir des personnalités de la famille Bonaparte que l’on connait mal, ou du moins que je connaissais mal voire pas du tout.

Ainsi, si le premier chapitre consacré à Napoléon Ier ne m’a pas appris grand chose, les suivants présentant ses frères et soeurs m’ont semblé plus utiles, car je connaissais mal ces personnalités historiques. Certains chapitres sont cependant plus ou moins intéressants que d’autres, en fonction de la personnalité évoquée et de sa destinée.

J’ai particulièrement aimé les deux chapitres consacrés d’une part à Napoléon II, popularisé sous le nom de l’Aiglon dans la pièce de théâtre du même nom d’Edmond Rostand, et d’autre part à Napoléon IV, fils de Napoléon III, qui n’a jamais régné et qui est mort en Afrique en combattant sous l’uniforme britannique, sa patrie d’exil et d’adoption.

J’ai également découvert des personnalités atypiques et peu connues, comme Charlie, issu de la branche américaine des Bonaparte, conseiller puis ministre de la Justice du président Théodore Roosevelt, et fondateur d’un bureau d’investigation fédéral qui deviendra plus tard le FBI. J’ai également redécouvert le destin du prince Louis, qui a refusé les offres de collaboration de l’occupant nazi et qui s’est engagé dans la Résistance, ce qui lui a valu quelques années après la guerre d’obtenir la révocation de la loi d’exil touchant sa famille.

Dans l’ensemble, le livre est intéressant, à condition de ne pas prendre pour argent comptant tout ce que déclare l’auteur. C’est d’ailleurs le principal reproche que j’adresserai à ce livre : sachant que l’auteur n’est pas objectif, le lecteur est obligé d’être méfiant face à ce qu’il lit, ce qui me semble le contraire de ce qu’on attend d’un ouvrage historique.


La saga des Bonaparte (du XVIII° siècle à nos jours), Pierre Branda

Note : ★★★☆☆