Livres & Romans

Trouble

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Trouble est un roman de l’auteur flamand Jeroen Olyslaegers, paru en 2016 en langue originale sous le titre Wil, et traduit en français par Françoise Antoine pour Stock avec une publication le 9 janvier prochain. En parcourant il y a quelques semaines le catalogue sur NetGalley.fr, j’avais été attiré par le résumé de ce roman :

Anvers, 1940. Wilfried Wils, 22 ans, a l’âme d’un poète et l’uniforme d’un policier. Tandis qu’Anvers résonne sous les bottes de l’occupant, il fréquente aussi bien Lode, farouche résistant et frère de la belle Yvette, que Barbiche Teigneuse, collaborateur de la première heure. Incapable de choisir un camp, il traverse la guerre mû par une seule ambition : survivre. Soixante ans plus tard, il devra en payer le prix.

Récompensé par le plus prestigieux prix littéraire belge, Trouble interroge la frontière entre le bien et le mal et fait surgir un temps passé qui nous renvoie étrangement à notre présent.

J’aimais l’idée de découvrir un nouveau récit ayant pour cadre la Seconde Guerre Mondiale mais dans un pays occupé auquel nous ne sommes pas habitués, à savoir la Belgique et en particulier la ville flamande d’Anvers.

Wilfried Wils, le narrateur, est un jeune homme qui rêve d’écrire des poèmes mais qui s’est engagé dans la police locale pour échapper au service de travail obligatoire en Allemagne. Sa nouvelle carrière va l’amener à rencontrer plusieurs personnages, comme son ami Lode, lui aussi policier mais secrètement impliqué dans la Résistance ; Yvette, la jolie soeur de Lode ; et « Barbiche Teigneuse », qui donne des cours de français à Wil tout en étant un collaborateur convaincu.

Le récit est ensuite sans grand surprise, le narrateur est sans cesse pris entre son amitié avec Lode, ses relations avec les collaborateurs, et son engagement dans la police locale. Décidé à survivre, Wil fait des choix condamnables qui vont le poursuivre toute sa vie.

Ce roman n’est pas mauvais, il est même parfois plaisant à lire, mais j’en garde toutefois un avis mitigé. Le style m’a souvent semblé bavard, et l’ensemble m’a globalement semblé long et lent. Je suis persuadé que le même récit aurait pu être de façon plus condensée sans en perdre sa richesse.

L’intention de l’auteur est louable, son histoire fonctionne bien, avec des personnages forts et humains, mais je pense que le style et la longueur du récit desservent ce roman.


Trouble, Jeroen Olyslaegers

Note : ★★★★☆

Comics & BD

Il était une fois en France

Fabien Nury est un scénariste de bande dessinée que j’ai découvert cette année et dont j’ai très vite apprécié le travail. J’ai parlé ici de plusieurs bandes dessinées qu’il a écrites, comme Mort au Tsar, La Mort de Staline, Je suis Légion, ou Silas Corey. C’est dans doute avec beaucoup d’attente que j’ai commencé ma lecture de Il était une fois en France, une série de bande dessinée qu’il a écrit avec Sylvain Vallée au dessin.

Il était une fois en France se compose de 6 tomes et raconte la vie de Joseph Joanovici, une figure controversée, ferrailleur juif devenu millionaire pendant l’Occupation.

Après un premier tome qui joue sur plusieurs lignes temporelles, avec d’une part l’enfance et les premières années de la vie active de Joseph, et d’autre part ce qui semble être les dernières années de sa vie, les albums suivants suivent une trame plus classique, avec un récit chronologique de la vie de Joseph Joanovici.

Juif originaire de Roumanie, analphabète mais fin connaisseur du métal, roublard et comptable de génie, Joseph Joanovici bâtit une affaire solide dans la France d’avant-guerre. Avant même l’Occupation, il accepte de faire affaires avec les Allemands pour fournir des métaux nécessaires pour le réarmement clandestin de l’Allemagne nazie.

Quand la guerre éclate, que la France est vaincue puis occupée, l’Empire de Monsieur Joseph est menacé par sa confession juive. Il pactise alors avec l’occupant et entre en collaboration active. Plus tard, sentant le vent tourner, il commence un double jeu en aidant également la Résistance. Vers la fin de la guerre, il fait également le nécessaire pour faire disparaître les preuves, et les témoins, de sa collaboration avec les autorités allemandes.

Après la guerre, Joseph est finalement rattrapé par la justice, notamment par un petit juge de Melun qui est obsédé par l’objectif de lui faire payer ses fautes.

Tout au long de ses 6 tomes, le récit est captivant, servi par des personnages très bien écrits. Joseph Joanovici est une crapule prête à tout pour s’enrichir et survivre. Le petit juge de Melun, qu’on perçoit d’abord comme très attaché à la justice, est obsédé par Joseph et lui aussi prêt à tout pour le faire tomber, quitte à outrepasser sa fonction. Nous n’avons pas affaire ici à des héros, mais à des hommes clairement imparfaits, pour ne pas dire plus.

Nous suivons ainsi le cours de l’histoire et de l’Histoire et voyons les personnages se débattre et prendre des décisions qui les importeront jusqu’à la fin de leur vie.

Il était une fois en France est une histoire forte et sublime sur l’Occupation et l’ambiguïté de nombreux français pendant cette période trouble de notre Histoire.


Il était une fois en France (tomes 1 à 6), Fabien Nury & Sylvain Vallée

Note : ★★★★☆

Livres & Romans

Que va-t-on faire de Knut Hamsun ?

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Grace à la plateforme de service de presse NetGalley.fr, j’ai eu l’opportunité de découvrir ce roman de Christine Barthe, une auteur(e ?) que je ne connaissais pas. Je crois d’ailleurs qu’il s’agit de son premier roman, ceci expliquant sans doute cela :-)

Le sujet du roman m’avait tout de suite attiré en découvrant son résumé :

Ils m’ont placé dans cette bâtisse, entre hospice et hôpital, service des maladies infectieuses. Ils ne savent pas quoi faire d’un homme comme moi, du nom de Knut Hamsun, Prix Nobel de littérature. La justice piétine, tourne en rond, parle tout bas. Je me doute bien que pour beaucoup de mes juges, il serait préférable que je passe de vie à trépas ou, tout au moins, que je bascule dans la sénilité. On aimerait que mes opinions politiques relèvent de la psychiatrie. On cherche à cerner mon caractère, on pense que j’ai courbé l’échine devant l’Allemand Terboven qui dirigeait notre pays pendant la guerre, et que j’ai baisé les pieds d’Hitler. Grands dieux, ce n’est pas ce que j’ai fait. Ils disent que je suis un traître. Je suis un traître mais mon procès est reporté. Je suis un traître qu’ils ne veulent pas juger.  »

Avec les armes de la fiction, Christine Barthe s’interroge sur la dérive tragique d’un écrivain de génie, suivant son héros de son arrestation jusqu’à la cour de justice. Dans un livre percutant, empreint de poésie et de mystère aussi, elle pose la question de l’engagement et de la responsabilité, sans jamais perdre de vue le caractère romanesque de ses personnages.

Christine Barthe s’intéresse à Knut Hamsun, écrivain norvégien et lauréat du Prix Nobel de littérature en 1920, mais aussi soutien affiché du parti pro-nazi de Vidkun Quisling, à la tête du gouvernement collaborationniste de la Norvège occupée par l’Allemagne nazie. Le roman se déroule entre l’arrestation de l’écrivain en 1945 pour collaboration avec l’occupant nazi et sa mort en 1952 à l’âge de quatre-vingt-douze ans.

Avant la guerre, Knut Hamsun était une grande figure adulée par ses compatriotes. Pendant l’Occupation, il a publié plusieurs articles pour soutenir le Troisième Reich et la collaboration du gouvernement norvégien avec l’Allemagne. Quelques jours après la mort d’Hitler, il a même écrit un texte rendant hommage au défunt, mettant en avant la combattivité du Führer. Son attitude et ses prises de position pendant la guerre ternissent considérablement son image. en 1945, il est arrêté puis interné, les autorités préférant le faire déclarer inapte plutôt que d’organiser un procès embarrassant. Malgré tout, Knut Hamsun va insister pour être jugé, et il sera finalement condamné pour collaboration avant de mourir quelques années plus tard dans sa résidence familiale.

C’est ce parcours assez particulier que le roman relate. Knut Hamsun est évidemment un personnage intéressant, ses choix pendant la guerre sont condamnables mais il ne semble pas avoir conscience de ses erreurs. Il explique ses prises de position par le souci de préserver la Norvège rurale de l’industrialisation, qu’il associe à l’Angleterre et dont il craint une alliance avec la Russie, mais à aucun moment il n’exprime de regret pour avoir soutenu l’Allemagne nazie et la collaboration du gouvernement norvégien avec l’occupant.

Certes il n’avait pas aimé, dans les années vingt, le passage à la production industrielle, il avait regardé nerveusement la migration des hommes vers la ville, car ainsi ces hommes oubliaient l’origine de toute chose : la terre. Il avait voulu prévenir par ses romans comment les uns et les autres, en adhérant à la fabrique de masse, allaient perdre leur âme, se mentir à eux-mêmes, mener une vie d’insecte qui déclencherait violence, bassesses, misère. S’était-il trompé ? Le déracinement ne provoquait-il pas le désarroi, la société nouvelle n’entraînait-elle pas l’éclatement de la famille, la science ne prenait-elle pas le pas sur l’amour, l’individu sur la participation commune à la vie sociale ? Quels bienfaits dans cette vie nouvelle, où l’homme étouffe entre vapeur et ciment ? Où la mort plus que la vie s’élève en même temps que la fumée des industries ?

Je dois dire que le début du roman m’a un peu ennuyé, le rythme m’a semblé particulièrement lent. Heureusement, le récit gagne en intérêt et en intensité au fur et à mesure, même si cela reste assez lent. Nous suivons la vie et les pensées d’un vieillard qui ne semble pas comprendre la gravité de ses erreurs et la colère du peuple norvégien à son égard.

Le roman n’est pas parfait, notamment à cause de son rythme, mais j’en garde plutôt une bonne impression, en particulier parce que le dernier tiers voire la deuxième moitié sont bien meilleurs que le début. C’est finalement un livre triste, sur un homme vieux et seul face à ses choix passés.

Tu as dit : « Je fais ça pour la Norvège. » Je te demande : « Qu’as tu fait avec Elle ? » Es-tu bien sûr que tu voulais faire le chemin avec Elle ? Es-tu bien sûr que c’était avec Elle que tu voulais voir grandir l’Europe germanique ? Ou pour toi ? C’est une vraie question, Hamsun. Il y a des moments où l’on doit savoir. Sinon, on devient complice, on collabore par manque de discernement, et on se retrouve à suivre un homme nourri de colère au point d’avoir besoin de mettre le monde à ses pieds. Alors toi, quelle colère t’a porté jusqu’à Hitler ? Ton enfance ? Tes errances ? La sensation un temps d’avoir été rejeté ? Les Anglais ? Je ne peux pas croire que tu aies écrit ces livres sans avoir jamais dépassé tes tourments. Pourtant. Tu as cautionné la terreur plus que la grandeur. Même si tu t’en défends. Même si tu te mens.


Que va-t-on faire de Knut Hamsun, Christine Barthe

Note : ★★★☆☆


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