Musique

Corbier (1944-2018)

800px-Corbier_20080720_Auxerre_04.jpg

François Corbier nous a quitté cette nuit, à l’âge de 73 ans.

Les accros au Club Dorothée que j’étais enfant le connaissent surtout sous le nom de Corbier, le complice de Dorothée dans les années 1980 et 1990, d’abord dans Récré A2 sur Antenne 2 puis dans le Club Dorothée sur TF1.

Pour moi, il restera surtout l’interprète de la chanson-culte Le nez de Dorothée, que je n’ai pas pu m’empêcher de réécouter ce matin en apprenant la nouvelle.

Je ne peux pas m’empêcher de publier ici le clip de cette chanson que je n’ai jamais cessé d’adorer :

Il y a aussi ce souvenir de l’Olympia de Dorothée en 2010, où Corbier était monté sur scène pour chanter cette même chanson devant des fans en folie, désormais trentenaires ou quadragénaires, qui connaissaient toujours par coeur les paroles.

Ego Trip

Drôle d’année

Je disais récemment que j’étais impatient que l’année 2010 prenne fin, que cela avait été une drôle d’année. Je n’aime habituellement pas les bilans de fin d’année, sorte d’exercice imposé d’auto-congratulation et/ou auto-flagellation sur les douze mois passés et de promesses vite rompues pour l’année qui commence. 2010 a pourtant été suffisamment différente pour que je me permette de revenir brièvement dessus.

2010 a été une année contrastée, bien plus encore que les précédentes. L’année a très mal commencé, avec une longue et grosse période de déprime qui m’a posé pas mal de soucis dans le cadre professionnel – à moins que ce ne soit l’inverse. J’ai encore beaucoup de mal à en parler, sûrement parce que je me sens toujours honteux d’avoir connu cette faiblesse, d’avoir baissé les bras devant des obstacles qui m’ont fait trop peur. Ce n’est pas facile d’atteindre ses limites et de l’admettre. Après plusieurs années de réussite, j’ai connu un vrai coup d’arrêt. J’ai déjà expliqué ici pourquoi je me mets une telle pression pour réussir, pour faire aussi bien – ou mieux – que les autres. Cette année, la pression était trop forte : j’ai chuté , violemment, douloureusement.

Se relever n’a pas été facile. J’ai été soutenu : par mes proches, par les collègues auxquels j’ai pu en parler, par ma hiérarchie qui a su m’écouter et m’aider à repartir de l’avant. Le deuxième semestre s’est nettement mieux passé. La confiance revient, progressivement. Les résultats sont là, cela aide. Tout n’est pas rose bien sûr, j’ai de toute façon appris à connaitre mes limites, mais je suis plus serein. Cet épisode douloureux m’a au moins servi, j’ai appris à relativiser, à être moins exigent vis-à-vis de moi-même, à voir les réussites et les progrès pour ce qu’ils sont : un pas de plus dans la bonne direction, une étape de plus.

Tous ces progrès, je les ai également fait sur un plan plus personnel. J’ai su surmonter ma timidité pour faire des rencontres sympathiques ; je sors peu à peu de ma coquille, même si le chemin est encore long. Je ne citerai pas ici ceux avec qui j’ai passé d’agréables moments cette année, ils se reconnaitront facilement.

2010, c’est aussi, en vrac :

Des restaurants en amoureux ou entre amis,

Des brunchs,

Des cafés, des bars,

Des soirées (trop rares) au Tango.

Des concerts :

Depeche Mode à Bercy, Oldelaf & Monsieur D à l’Olympia,

Les Cowboys Fringants au Casino de Paris, l’inoubliable Dorothée à l’Olympia,

Beat Assailant, LCD Sound System et les Scissor Sisters au Bataclan,

Les Fatals Picards à l’Alhambra.

Des films vus au cinéma  ou (re-)découverts en DVD :

Nés en 68, Une petite zone de turbulences,

ComplicesLe Refuge,

Were the World Mine, J’ai tué ma mère,

A Single Man500 jours ensemble,

5×2Dragons, Toy Story 3,

Les amours imaginaires, Scott Pilgrim vs. the World,

et bien sûr la première partie d’Harry Potter et les reliques de la mort

Des livres lus ou relus :

Surveillant de David von Grafenberg, Deux sans barreur de Dirk Kurbjuweit,

Ma deuxième peau d’Erwin Mortier, Les jours fragiles de Philippe Besson,

La chambre d’ami d’Yves Dangerfield, L’empire de la morale de Christophe Donner,

Se résoudre aux adieux de Philippe Besson, Hero de Perry Moore,

Quand souffle le vent du nord de Daniel Glattauer, A mon coeur défendant de Thibaut de Saint Pol,

Le journal intime de Benjamin Lorca d’Arnaud Cathrine, Une voix dans la nuit d’Armistead Maupin,

Un ange est passé de Frank Ronan, Un jour cette douleur te servira de Peter Cameron,

Le bizarre incident du chien pendant la nuit de Mark Haddon,

L’origine de la violence de Fabrice Humbert.

L’année 2011 commence aujourd’hui. Je ne prends qu’une seule résolution : tout faire pour me libérer un peu plus.

Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter une très heureux année ! A bientôt, ici ou ailleurs.

Musique

Dorothée à l’Olympia

Dorothée

Ceux qui me suivent sur Twitter ou Facebook ne peuvent pas ignorer où j’étais lundi soir : à l’Olympia, pour assister au retour sur scène de Dorothée. C’était le dernière représentation d’une série de quatre concerts étalés entre samedi soir et lundi soir. J’avais pris des places pour Choubidou et moi dès qu’elles avaient été en vente, j’avais un peu galéré sur le site de réservation pour obtenir de bonnes places mais nous avions finalement obtenu deux sièges très bien placés au neuvième rang, face à la scène.

Dans les semaines et les jours qui ont précédé le concert, j’ai évité de regarder les passages de Dorothée à la télévision, les vidéos des répétitions, d’autant que les échos n’étaient pas très positifs. Je me suis contenté d’acheter le nouvel album de Dorothée quand il est sorti sur iTunes. Il faut bien le dire, je n’étais pas emballé. La première chanson, « Dorothée », est émouvante mais les autres sont de pales copies de ses anciens tubes. Je me demandais finalement à quoi servait cet album, tout à fait dispensable à mes yeux. J’espérais surtout que les intérêts mercantiles de la maison de production n’allaient pas venir gâcher le retour de Dorothée et nos retrouvailles avec elle. J’avais peur, aussi, que le succès et le public ne soient pas au rendez-vous pour cette série de concerts.

Dimanche, les deux compères Cédric Darval de Bayen et Jonathan D ont assisté au concert de l’après-midi. Sur un quelconque site internet, j’avais lu une brève plutôt rassurante sur le concert du samedi soir : l’ambiance était incroyable, le public avait répondu présent et avait passé presque tout le concert debout en chantant avec Dorothée. J’attendais toutefois les impressions de CDdB et Jonathan D avec impatience, un peu anxieux. Le verdict fut finalement sans appel : l’ambiance était excellente, ils avaient passé un très bon moment, comme en témoignent leurs très beaux billets : Voyage en absurdie : être une fan et Dorothée en concert à l’Olympia.

Dorothée

Lundi, j’ai passé toute la journée au bureau à penser au concert. Cela m’a aidé à traverser une rude journée, à me détacher des soucis quotidiens. J’avais hâte d’être à l’Olympia où j’espérais passer une bonne, une très bonne soirée. Bizarrement, la journée est passée très vite, je suis parti du bureau un peu à la bourre, j’ai tout de même eu le temps de passer rapidement chez moi pour déposer mes affaires et grignoter un morceau avant de filer à l’Olympia avec Choubidou.

Dans la salle, alors que CDdB et Jonathan D avaient eu droit au Docteur Klein et à Christophe Rippert, nous avons dû nous contenter d’être assis juste devant Jean-Marc Morandini accompagné de son nouveau sex-toy chroniqueur. Dans un style plus sympathique, j’ai également noté la présence du toujours charmant Cyril Féraud, craquant dans son jean et son sweat à capuche. Hormis ces pseudo-célébrités, le public était assez proche de ce que j’avais imaginé : des trentenaires (ou approchant) qui venaient comme moi retrouver Dorothée après plus de 15 ans d’absence. Seule particularité : un public qui m’a semblé majoritairement gay, ce qui m’aurait sans doute surpris si CDdB ne l’avait pas déjà évoqué dans son magnifique billet (oui, la pub est gratuite aujourd’hui !).

Toute la journée, j’avais été impatient et je m’étais dit qu’il y avait une bonne chance que je sois ému par ces retrouvailles avec Dorothée. Pourtant, je n’étais pas préparé à la vague d’émotion qui m’a envahi dès le début du concert. Dès les premières notes, dès que Dorothée est apparue sur la scène, le masque est tombé et je me suis effondré en larmes, sans comprendre ce qui m’arrivait. Quelques minutes plus tard, il a suffi d’un simple couplet de Rox et Rouky pour que les larmes tombent à nouveau . Je suis resté à fleur de peau pendant tout le concert, je crois avoir pleuré à cinq ou six reprises. Mais ce sont des larmes qui font du bien.

Dorothée

Le programme musical était très bon : l’équilibre entre les grands tubes du passé et les nouvelles chansons était parfait, le concert m’a même permis d’apprécier certaines chansons du nouvel album. Pour me remettre de nos émotions, Jacky, le fidèle complice de Dorothée, l’a rejointe sur scène pour interpréter Qu’il est bête ! : un moment plein d’humour très apprécié un peu avant l’entracte.

Du début à la fin, l’ambiance était incroyable, tout le monde était debout et reprenait les paroles en tapant dans les mains et du pied. Chaque chanson était suivie d’une ovation, de « Dorothée » hurlés par 2000 personnes. J’ai assisté à pas mal de concerts dernièrement mais je n’avais jamais vu une telle ambiance. Je crois que c’est inimaginable et un peu surprenant pour quelqu’un d’extérieur. Qu’importe les grincheux et les moqueurs, tant pis si certains trouvent cela ridicule, j’ai profité à fond de ces trois heures, j’ai chanté, applaudi et tapé du pied comme jamais je ne l’avais fait dans un concert. En rentrant chez moi, je n’avais plus de voix, j’avais mal à la gorge, j’avais les mains rouges à force de les avoir frappées l’une contre l’autre, mais je ne regrettais rien. J’étais heureux, simplement heureux de ce moment passé en compagnie de Dorothée et du public.

Dorothée

Je ne sais pas comment décrire ce que j’ai ressenti exactement ni ce qui s’est passé dans cette salle. Je pense que chacun dans le public est venu pour ses propres raisons, avec sa propre motivation. Moi-même, je ne sais pas vraiment pourquoi je suis venu. Peut-être pour voir enfin Dorothée parce que je n’avais pas eu l’occasion de le faire quand j’étais petit. Je ne sais pas non expliquer l’émotion qui m’a submergé. C’était peut-être un vide dont je n’avais pas conscience mais que j’avais besoin de combler. Il y avait aussi l’émotion de Dorothée elle-même, visible sur son visage. C’étaient des retrouvailles pour elle autant que pour nous, on sentait que les années d’absence avaient été longues de part et d’autre, c’est en tout cas ainsi que j’interprète cette ambiance, cette sorte de communion entre l’artiste et son public. Se retrouver après tout ce temps, c’était beau, c’était magique.

Je pensais retomber en enfance mais j’ai vécu cette soirée avec les yeux de l’adulte que je suis devenu, avec passion et émotion mais pas sans une certaine gravité. Au fond de moi, ces retrouvailles résonnaient comme des adieux, comme de vieux amis qui se sont perdus de vue et qui se retrouvent une dernière fois avant la fin. Mais Dorothée a apaisé mes doutes avec un émouvant « A très bientôt » final accueilli avec ferveur par le public et avec soulagement pour moi. J’ai fait un sacré bout de chemin depuis le temps où je regardais Dorothée à la télévision ; j’ai grandi, ma vie a changé, ceux qui m’accompagnaient alors ne sont plus là. A l’Olympia, face à Dorothée et aux côtés de toute cette génération, j’ai mesuré tout le chemin parcouru depuis l’enfance mais j’ai aussi redécouvert avec plaisir que je n’avais pas totalement changé. Derrière l’adulte que je suis devenu et qui peut sembler froid, le petit Sébastien qui regardait Dorothée avec admiration est toujours là. Ca fait un bien fou de le savoir.

Où sont passées
Les chansons du passé
Ces refrains qui nous faisaient rêver

Où sont partis
Ces copains ces amis
Compagnons de nos tendres années

Où sont passées
Les chansons du passé
Elles sont là blotties dans nos mémoires

Pour enchanter
Pour nous faire chanter
Tous ensemble quelques refrains ce soir

Dorothée

PS : merci à Choubidou pour les photos !