Livres & Romans

The House of Special Purpose

J’ai l’impression de le dire à chaque fois que je rédige une chronique sur l’un de ses romans, mais John Boyne est un écrivain que j’aime beaucoup. Chaque livre me fait redécouvrir son grand talent de romancier, au sens strict du terme : sa capacité à écrire des romans, à les construire pièce par pièce comme un puzzle, à inventer et faire vivre des personnages qui semblent vivants, et qui sont mémorables.

C’est donc avec beaucoup d’espoir que j’ai commencé récemment The House of Special Purpose, un roman qui n’est pas son dernier, mais au contraire l’un de ses premiers, paru en 2009. Son résumé me laissait avec de belles promesses :

Part love story, part historical epic, part tragedy, The House of Special Purpose illuminates an empire at the end of its reign.

Eighty-year-old Georgy Jachmenev is haunted by his past—a past of death, suffering, and scandal that will stay with him until the end of his days. Living in England with his beloved wife, Zoya, Georgy prepares to make one final journey back to the Russia he once knew and loved, the Russia that both destroyed and defined him. As Georgy remembers days gone by, we are transported to St. Petersburg, to the Winter Palace of the czar, in the early twentieth century—a time of change, threat, and bloody revolution. As Georgy overturns the most painful stone of all, we uncover the story of the house of special purpose.

John Boyne propose de nous emmener dans les dernières années de la Russie tsariste, à la veille de la Révolution bolchevique. Pour cela, il nous présente Georgy, un adolescent fils de paysan, qui se retrouve emporté par l’Histoire de son pays après avoir sauvé la vie d’un membre de la famille impériale de passage dans son village. Nous sommes en 1915 et Georgy va quitter sa campagne natale pour être accueilli à Saint-Petersbourg, la capitale de l’Empire russe, où il va devenir le garde du corps et le compagnon d’Alexei, l’héritier du tsar Nicolas II.

Le récit se poursuit jusqu’en 1918, après l’abdication du tsar et l’exécution de la famille impériale sous les ordres du nouveau gouvernement bolchévique. La trouvaille de John Boyne, c’est que le roman ne se limite pas à ce récit-là. En parallèle, il nous raconte la vie de Georgy et son épouse Zoya, exilés russes à Londres, au début des années 1980, puis il remonte dans le temps jusqu’en 1918, où les deux récits se rejoignent.

Il n’y a pas réellement de suspense dans ce double récit : nous connaissons d’avance la destinée de la dynastie Romanov, et l’identité de Zoya n’est pas vraiment une surprise, surtout quand on connait le titre donné à l’une des traductions françaises de ce roman. Mais ce manque de surprise n’est pas un défaut, au contraire : on assiste à un enchainement rondement mené, un roman habilement construit par son auteur, on profite de cette plongée dans l’Histoire, et on apprécie le résultat, passionnant du début à la fin.


The House of Special Purpose, John Boyne

Note : ★★★★☆

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Dîner à Montréal

Après avoir terminé hier Les derniers jours de Pompéi, j’avais choisi un autre livre, très différent, que j’avais prévu de commencer aujourd’hui. Et ce matin, en me levant, j’ai vu que j’avais reçu un message automatique d’Amazon m’annonçant que Dîner à Montréal, le nouveau roman de Philippe Besson que j’avais précommandé il y a plusieurs semaines en apprenant sa sortie à venir, était désormais disponible et directement accessible sur mon Kindle. Si me connaissez un peu, vous ne serez donc pas surpris d’apprendre que j’ai changé mes plans pour commencer directement la lecture de ce roman en repoussant à plus tard l’autre lecture prévue initialement.

Le résumé proposé par l’éditeur en quatrième de couverture en dit suffisamment sur le roman pour avoir une idée de quoi il retourne, sans trop en dévoiler :

Ils se sont aimés, à l’âge des possibles, puis quittés, sans réelle explication. Dix-huit ans plus tard, ils se croisent, presque par hasard, à Montréal. Qui sont-ils devenus ? Qu’ont-ils fait de leur jeunesse et de leurs promesses ? Sont-ils heureux, aujourd’hui, avec la personne qui partage désormais leur vie ?

Le temps d’un dîner de retrouvailles – à quatre – chaque mot, chaque regard, chaque geste est scruté, pesé, interprété. Tout remonte à la surface : les non-dits, les regrets, la course du temps, mais aussi l’espérance et les fantômes du désir.

À leurs risques et périls.

Je viens de le dire, le résumé en disait suffisamment pour que je devine par avance ce dont Philippe Besson allait nous parler cette fois. Après « Arrête avec tes mensonges » et Un certain Paul Darrigrand, le romancier poursuit sa série de romans d’inspiration autobiographique.

Comme je le pressentais, celui-ci est quasiment une suite du précédent, puisque le fameux dîner à Montréal du titre réunit un quatuor riche en promesses : Philippe, l’auteur ; Antoine, son jeune amant rencontré trois mois plus tôt ; Paul, son ancien amant qu’il nous avait présenté dans le roman auquel il donnait son nom ; et Isabelle, l’épouse de Paul que nous avions également déjà rencontrée dans le roman précédent.

Dix-huit années se sont écoulées depuis l’aventure et la rupture entre Philippe et Paul dans Un certain Paul Darrigrand. Après plusieurs mois d’une passion secrète au tournant des années 80 et 90, Paul avait quitté Philippe pour rejoindre Isabelle, sa jeune épouse. Le récit se déroule cette fois en 2007, lors d’une tournée de l’auteur au Québec pour la sortie de son dernier roman. Paul, qui vit désormais à Montréal, vient à la rencontre de Philippe lors d’une séance de dédicaces dans une librairie. Après un bref échange, ils décident de dîner ensemble le soir-même, en présence d’Isabelle et Antoine.

C’est ce dîner – totalement réel ou partiellement fictif ? – que Philippe Besson nous raconte dans ce roman. Il le fait dans son style caractéristique : des phrases courtes, bien cadencées, qui percutent. J’ai toujours pensé que Philippe Besson écrit comme un escrimeur manie l’épée : avec finesse et précision, en touchant directement son objectif.

Le récit du dîner lui-même est bien construit, avec ce qu’il faut de suspense, d’interruptions lorsque sont abordés les sujets attendus par les protagonistes mais aussi par le lecteur que je suis. La psychologie des quatre convives est évidemment essentielle dans un tel exercice, et c’est fait avec talent , même si le roman est écrit à la première personnage et que nous ne sortons jamais des pensées et des interprétations forcément subjectives de Philippe, le narrateur-auteur.

Le roman fonctionne donc bien parfaitement bien, il prolonge habilement le récit débuté dans Un certain Paul Darrigrand, et même dans « Arrête avec tes mensonges », en revenant sur les raisons des obsessions de l’auteur Philippe Besson, et en décrivant, pour la première fois me semble-t-il, les circonstances dans lesquelles il a écrit son magnifique premier roman, En l’absence des hommes. Je dois dire que je suis toujours sensible à ces allers-retours entre la vie de l’auteur et son travail d’écriture, montrant comment la première a influencé à la fois sa manière d’écrire et les thèmes qu’il aborde plus ou moins ouvertement dans ses romans.

Si je dois mettre un bémol, c’est sur les limites de l’exercice, telles que je commence à les pressentir. Je ne l’avais pas vraiment ressenti avec ses des romans précédents, mais je commence à craindre que Philippe Besson finisse par tourner en rond avec ce cycle de récits fortement autobiographiques.

J’aime l’idée qu’il nous explique pourquoi il écrit, et pourquoi il écrit ce qu’il écrit, mais je n’aimerais pas qu’il reste dans cette position d’auto-contemplation, sans prendre le risque de se réinventer ou du moins de réinventer de nouvelles histoires, de nouveaux personnages.

Je rêve de rencontrer un nouveau Vincent de l’Etoile, le héros de En l’absence des hommes et de Retour parmi les hommes. J’espère que Philippe Besson saura nous emmener ailleurs dans ses prochains romans, même si j’ai encore pris beaucoup de plaisir à lire celui-ci.


Dîner à Montréal, Philippe Besson

Note : ★★★★☆

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Le champ de bataille

Il y a des livres qu’on découvre, qu’on achète mais qu’on ne lit pas tout de suite et qu’on retrouve quelques mois plus tard, un peu par hasard. C’est un peu mon cas ici avec Le champ de bataille de Jérôme Colin.

Il s’agit du second roman de cet auteur belge, paru en mars 2018 et que j’ai acheté en novembre dernier si j’en crois ce que me dit Amazon. Il trainait depuis sur mon Kindle, et c’est seulement hier que j’ai redécouvert son existence, alors que je réfléchissais à ma prochaine lecture après avoir terminé Les Justes d’Albert Camus.

Le problème avec les enfants, c’est qu’ils grandissent. Un jour, sans prévenir, ils claquent les portes, rapportent de mauvaises notes et ne s’expriment que par onomatopées. Surtout, ils cessent de vous considérer comme un dieu sur terre. Et ça, il faut l’encaisser.

La science explique qu’ils n’y sont pour rien. C’est leur cerveau en formation qui les rend feignants, impulsifs et incapables de ramasser leurs chaussettes. N’empêche. On n’a jamais rien créé de pire que les adolescents du virtuolithique.

Voici l’histoire d’un couple sur le point de craquer face aux assauts répétés de leur fils de 15 ans. Qu’ont-ils mal fait ? Rien. Mais la guerre est déclarée. Et ils ne sont pas préparés. L’école les lâche, le père part en vrille, la mère essaie d’éteindre l’incendie.

C’est un roman sur l’amour familial où les sentiments sont à vif, comme sur un champ de bataille.

Je me souviens pourquoi j’avais acheté ce roman à l’époque : le résumé m’avait bien plu et les critiques que j’avais rapidement parcourues sur mes réseaux sociaux littéraires préférés étaient plutôt élogieuses.

Le roman se présente comme une chronique familiale somme toute assez classique, avec un père désabusé, un couple qui vacille, un fils en pleine crise d’adolescence, et une fille pré-adolescente qui s’apprête à rejoindre le camp de son aîné dans la guerre contre ses parents. Jusque là, rien de totalement transcendant mais il y a de bons ingrédients et le style de Jérôme Colin rend l’ensemble plutôt plaisant.

J’aurais dû développer, lui dire que je faisais ça pour le préparer à avoir dix-huit ans. Pour lui apprendre à vivre avec les autres. À comprendre qu’on n’a pas toujours ce qu’on veut dans la vie. Qu’il y a des règles à respecter. Parce qu’il faut être solide pour devenir adulte. Il faut être préparé. Accepter de faire le deuil de toutes les vies qu’on ne pourra plus vivre.

C’est d’ailleurs le sentiment que j’ai eu pendant une grosse moitié ou les deux premiers tiers du livre : c’est agréable à lire, avec des phrases bien écrites, des passages bien sentis et un récit que je suivais avec intérêt.

Et puis il y a eu un bouleversement, un moment où j’ai senti que ce roman allait me marquer plus profondément que je le pressentais au début. Je ne saurais pas en expliquer les raisons précises, je ne sais pas si c’est un véritable changement de ton dans le récit mais le dernier tiers du livre m’a beaucoup ému, je pourrais même dire qu’il m’a bouleversé.

J’avais été un enfant. Et, du jour au lendemain, à vingt-cinq ans, j’étais devenu père sans jamais m’être posé la question du sens que cela pouvait revêtir. À partir de là, j’avais eu peur. De la maladie, de l’échec, du noir, de mon patron, de danser, de l’abandon.

« De mourir aussi ? » a-t-elle demandé. Non. Je n’avais pas peur de la mort, juste qu’elle survienne trop tôt. Avant d’avoir assez vécu.

Je lui ai expliqué ma crainte de mourir trop jeune, les attaques de panique, ces moments de terreur où je vivais avec précision l’instant de ma mort. J’étais assis, pétrifié et je la sentais me conquérir, petit bout de chair par petit bout de chair. Et je restais là, sans réagir, la laissant remporter une victoire sans combat.

Il y a de l’absolu dans cette complainte d’un homme qui panique face au temps qui passe, aux enfants qui grandissent, aux occasions ratées, aux jours perdus. Il y a aussi beaucoup de tendresse dans ce portrait d’un père qui aime son fils et le voit devenir un homme.

En 240 pages, dans un roman qui commence de façon très classique, Jérôme Colin dit beaucoup sur la famille, la paternité, le couple, l’amour, et tout simplement la vie et le temps qui passe. Il le dit de façon simple, sans fioritures, mais avec une finesse remarquable. C’est pour moi un énorme coup de coeur, clairement l’une de mes plus belles lectures depuis le début de l’année. L’un de ces livres qu’on espère agréable et qui marque bien plus fortement que ce que l’on attendait.

Nous avions donc une fin. Éventualité qui ne m’avait encore jamais traversé l’esprit. Un jour, comme celui-ci, nous allions devoir nous quitter. Notre histoire s’achèverait. Un jour, je ne contemplerai plus le bas de son dos et je ne me réveillerai plus à ses côtés. Nous n’existerions plus. Combien de temps nous restait-il pour profiter l’un de l’autre ? Je l’avais vue morte sur ce lit. J’avais ressenti l’abîme de son absence. Mais elle n’en savait rien. J’étais seul à détenir ce terrible secret : nous n’avions plus devant nous l’éternité. 


Le champ de bataille, Jérôme Colin

Note : ★★★★★

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Le monde à nos pieds

Le monde à nos pieds est le premier roman de Claire Léost, à paraître le 27 mars prochain chez JC Lattès. Sur NetGalley.fr, le résumé m’a tout de suite donné envie de le lire :

Paris. Septembre 1994. Tandis que la France se prépare à enterrer les années Mitterrand, Louise, jeune fille sage débarquée de sa banlieue, fait son entrée à Sciences-Po, certaine d’avoir rendez-vous avec son destin.

Dans le hall de la rue Saint-Guillaume, où l’on débat du marxisme et du libéralisme sous un épais nuage de fumée, elle se lie avec une bande d’élèves. Il y a Lucas, le militant d’extrême-gauche romantique. La sublime et pétillante Finette. Katel, d’origine africaine, passionnée par Bourdieu. Max, le chiraco-gaulliste solitaire. Et Stan, qui se destine à la présidence de la République. Trois filles et trois garçons promis à un brillant avenir, et que ces années à Sciences-Po vont lier à jamais.

Ensemble, ils découvrent tout  : l’engagement et le combat politique, les tourments de l’amitié et de l’amour. Mais quand les espoirs romantiques de leur adolescence se heurtent à l’injustice et à la violence, tous se retrouvent confrontés à leur incapacité à changer le monde. Les années passent, et ils porteront le poids des secrets, des fautes et des regrets nés de cette époque. Vingt ans plus tard, en pleine effervescence macronienne, le temps sera venu d’affronter ou d’être rattrapé par les fantômes de ces trois années.

Le Monde à nos pieds restitue ce moment si particulier où l’on découvre que grandir c’est renoncer, et que toute réussite a un prix. Il explore le mystère de ces fils invisibles qui nous relient, et que le temps attaque sans parvenir à rompre.

Les années 1994-1997 qui servent de cadre aux deux premiers tiers du roman sont celles où j’ai commencé à m’intéresser à la politique : c’est donc avec un certain plaisir et un brin de nostalgie que j’ai replongé dans les événements qui ont marqué le début de ma vie de citoyen : l’atmosphère de fin de règne à l’issue du deuxième mandat de François Mitterrand, le renoncement de Jacques Delors annoncé face à Anne Sinclair dans Sept sur Sept avant l’élection présidentielle de 1995, la campagne marquée par l’affrontement fratricide entre Jacques Chirac et Edouard Balladur, la percée inattendue de Lionel Jospin au premier tour qui réveille en partie la gauche, et la victoire de celle-ci aux législatives anticipées en 1997 suite à la dissolution provoquée par le président Chirac.

J’ai dévoré ce livre car même si certains passages sont plus faibles que d’autres, c’est une chronique prenante du milieu des années 90 d’un point de vue politique, avec ces jeunes étudiants plus ou moins idéalistes ou au contraire déjà cyniques, et plus ou moins sincères dans leur engagement.

Si je n’ai pas forcément été passionné par les histoires de coeur des six personnages du roman, j’ai bien aimé ce récit à plusieurs voix avec des personnalités affirmées et qui représentent autant de stéréotypes : l’opportuniste prêt à changer de camp pour faire carrière, l’idéaliste gauchiste, la noire qui cherche encore sa voie mais qui refuse d’être l’africaine de service, etc.

La troisième partie, qui se déroule au printemps au moment de l’événement du « nouveau monde » macroniste et de l’entrée de son champion à l’Elysée, m’a un peu moins plu. Je ne sais pas si les destinées des personnages, vingt ans après leur passage à Sciences-Po, se veulent surprenantes mais elles ne l’ont pas vraiment été pour moi. Malgré tout cel reste intéressant, avec un arrière-goût de désillusion et de renoncement qui m’a semblé juste et adapté à notre époque.

Tout n’est pas parfait dans ce roman, je pense même que certains n’y trouveront pas leur compte, mais j’y ai trouvé un certain charme et je dois dire que j’ai été captivé presque du début à la fin. Plutôt bon signe au moment de faire le bilan !

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Boys

Boys est un recueil de textes signés Pierre Théobald, à paraître le 3 avril prochain chez J.C. Lattès. J’ai eu l’opportunité de le lire en avant-première grâce à NetGalley.fr où son résumé m’avait attiré.

« J’ai aimé nos instants minuscules, nos instants de rien, ce que l’on croit être l’ennui, le quotidien, mais qui n’est autre que la manifestation sincère de l’amour, son expression nue et désintéressée. L’amour n’existe que là, dans ces intervalles dépourvus de consistance. »

Ce sont des hommes de tous âges, saisis chacun à un instant de bascule. Un mari qui enquête sur la vie secrète de sa femme, un séducteur qui s’apprête à retrouver une fille dont il n’a que faire, un sportif sur le déclin… Des losers magnifiques, des romantiques déraisonnables. Des pères sans enfant, de grands enfants devenus pères. Et, au milieu de tous ces hommes, il y a Samuel, que l’on retrouve à différentes étapes de sa vie, et qui doit faire face au plus difficile des renoncements. Dans Boys, Pierre Théobald dresse un portrait sensible de la condition masculine aujourd’hui.

Boys est donc un recueil de nouvelles ou de textes courts sur la condition d’homme, la masculinité, la paternité.

Chaque texte nous parle d’un homme, l’auteur nous propose ainsi des portraits d’hommes d’âge différents, en nous racontant des instants de vie : avant ou après une rupture, une rencontre amoureuse, la mort d’un parent, une naissance, etc.

Parmi ces hommes, il y en a un qui revient plusieurs fois, comme un fil rouge : Samuel, que nous rencontrerons au début des années 80, alors qu’il a onze ans et qu’il découvre l’instinct de paternité. Nous le suivons ensuite régulièrement dans sa vie d’homme, avec toujours ce désir de paternité sous-jacent. C’est un parcours qui m’a ému.

Les autres textes sont d’intérêt variables : certains m’ont semblé très bons, d’autres m’ont un peu moins plu. Il faut préciser qu’à mon sens ces textes ne sont pas des nouvelles à proprement parler, c’est-à-dire que avec un récit qui a un début et une fin, avec une vraie chute. Nous avons plutôt affaire ici des textes courts, des instants de vie pris sur le vif. Il y a parfois une chute, plus ou moins inattendue, mais cela s’arrête parfois sur un air d’inachevé.

Si certains textes sont sans doute plus faibles que d’autres, l’ensemble est tout de même très bon et les textes réunis trouvent un sens et une ligne directrice. C’est un peu comme une chorale, avec des solistes talentueux accompagnés par des chanteurs moins mis en avant mais indispensables à la beauté de l’ensemble.

Vous l’aurez compris : j’ai beaucoup aimé ce recueil de texte de Pierre Théobald, un auteur que j’ai découvert à cette occasion avec plaisir. De quoi me donner envie de m’intéresser à ses autres œuvres.

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Comment sortir avec un super héros quand on est un super vilain ?

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Je ne suis pas forcément un grand amateur de littérature dite de romance, avec ces histoires d’amour souvent inattendues et toujours romantiques. Pourtant, en lisant le résumé de ce roman proposé en service de presse par la maison d’édition MxM Bookmark sur NetGalley.fr, j’ai été tenté :

Super Héros. Sbires démoniaques. Et un sacré conflit d’intérêt.

Appartenir à la famille d’un super méchant n’est pas très important aux yeux de Pat West. Peu importe que sa mère essaie occasionnellement de prendre le contrôle du monde. Tout ce que Pat veut, c’est terminer l’université et devenir urbaniste. Qu’il se transforme en un serviteur du mal de temps en temps à la nuit tombée ? Simple tradition familiale.

Jusqu’à ce que Pat couche accidentellement avec le super héros Silver Paladin, également connu sous l’identité du billionnaire solitaire Nick Andersen. C’est un simple malentendu. Pat n’avait jamais eu l’intention de se faire passer pour un prostitué, honnêtement. Mais rapidement, Pat est dedans jusqu’au cou, et est en train de tomber amoureux du pire mec possible.

Lorsque sa mère revient pour mettre le monde à genoux, Silver Paladin fonce pour l’arrêter… et tous les secrets de Pat menacent de lui exploser au visage. Comment pourrait-il concilier le fait d’être un serviteur du mal avec celui de désirer un super héros ?

Nous sommes clairement ici dans le registre de l’humour, avec un univers déjanté où des super-vilains plutôt ridicules montent des plans insolites pour assouvir leur soif de domination du monde et où des super-héros tout aussi ridicules les combattent pour les empêcher d’y parvenir. Le pastiche des comics et des films de super-héros est très réussi, j’ai ri énormément en lisant ce livre.

Sans surprise, la partie romance du livre m’a moins séduit, si j’ose employer ce terme dans ce contexte. Le personnage principal, Patrick, fils de la redoutable Serpentissima, est plutôt sympathique, mais son histoire avec Nick, plus connu sous son identité de Paladin d’Argent (ne riez pas, je vous vois), est finalement peu intéressante, quoique mignonne dans son genre. Quant aux passages pseudo-érotiques, je n’en parle même pas, à part pour prévenir les éventuels lecteurs qu’ils existent !

Ce qui m’a le plus plu dans ce livre, c’est son humour et sa critique de la société du spectacle, avec ces « héros » idolâtrés par la foule et ces « méchants » qui mettent en scène leurs exactions. Impossible en lisant ce livre de ne pas penser qu’ils composent deux facettes d’une même société, comme des acteurs jouant leurs rôles pour divertir les citoyens.

Pour finir, je ne vais pas vous dire que ce roman est le livre de l’année, je l’ai trouvé plaisant à lire même si j’ai avancé très vite sur certains passages qui m’ont plus ou moins intéressé. A lire si vous aimez les romances (gay) et/ou les super-héros.


Comment sortir avec un super héros quand on est un super vilain

Note : ★★★☆☆


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Georges, le monde et moi

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Je suis en vacances depuis un peu plus d’une semaine sur la côte basque, et après avoir terminé le très bon premier roman Rue du Triomphe de Dov Hoenig, j’ai trouvé le roman idéal pour accompagner la suite de mon séjour : Georges, le monde et moi que j’ai eu l’occasion de lire en service de presse par l’intermédiaire de NetGalley.fr.

Le résume ne paye pas de mine mais je sentais que ça pouvait bien me plaire :

Avant, je me serais décrit comme le mec de base  : des notes dans la moyenne, une famille aimante, un petit groupe d’amis. Avant, j’étais l’archétype du geek qui termine avec la jolie fille à la fin d’un film. Bref, j’avais une vie banale.

Et puis Georges a débarqué, avec son franc-parler et ses blagues pourries, et tout a changé. Mon monde s’est désaxé. Clairement, je n’allais pas finir avec la jolie fille.

Le narrateur, Priam, a un prénom peu banal, issu de la mythologie grec. C’est un adolescent pas très bien dans sa peau, qui se pose beaucoup (trop) de questions, veut tout prévoir et anticiper et qui angoisse très vite quand les choses échappent à son contrôle. Comment s’étonner après ce portrait que je me sois facilement identifié au protagoniste de ce roman ?

J’aurais bien voulu ne pas m’inquiéter, être le genre de types qui vivent au jour le jour, mais ce n’est pas moi. Il faut toujours que j’analyse tout. Toutes les possibilités, toutes les variantes. Et comme si ça ne suffisait pas, j’angoisse pour chacune d’elles. Si bien qu’une fois qu’on fait le calcul, il en résulte énormément d’anxiété.

Alors qu’il commence son année de terminale, Priam fait la connaissance dans des circonstances rocambolesques de Georges, un jeune garçon au comportement très différent en apparence du sien : il semble ne pas se poser trop de questions et vit sa vie comme il le souhaite. Cette rencontre va changer la vie de Priam, jusque là bien tranquille dans une routine au sein d’un groupe d’amis sympathiques.

L’arrivée de Georges dans sa vie ça également amener Priam à s’interroger sur sa sexualité, alors qu’il n’avait été attiré jusque là que par des filles, au premier rang desquelles se trouve Gabrielle, sa meilleure amie dont il était « secrètement » amoureux depuis de longs mois. Georges assume ouvertement son homosexualité et Priam ne va pas rester insensible à son charme.

J’ai passé la main dans mes cheveux pour m’occuper et essayer de dissimuler au mieux mon malaise. Je n’avais pas l’habitude d’être appelé « le mec plutôt mignon » par un autre homme. En fait, même les filles ne le disaient pas.

Ceci n’est que le point de départ d’un récit très sympathique qui nous fait suivre toute l’année de terminale de Priam, entre ses cours au lycée, sa vie de famille, son groupe d’amis, ses angoisses, et l’évolution de sa relation avec Georges. Il y a pas d’humour, des rebondissements intéressants, des réflexions bien senties sur l’adolescence et le passage à l’âge adulte, et une bonne dose d’émotion.

Tout n’est évidemment pas parfait dans ce roman, c’est d’abord un livre pour adolescents, avec tout ce que cela implique souvent en terme de clichés, de stéréotypes et de maladresses narratives, mais c’est tout de même une jolie histoire d’amour et d’amitié et un très beau roman sur l’adolescence et ses difficultés. C’est vraiment une lecture parfaite pour les vacances, pour avoir le sourire en profitant du soleil ; c’est en tout cas ainsi que j’ai savouré ce roman !


Georges, le monde et moi, Illana Cantin

Note : ★★★★☆


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