Livres & Romans

Winter is coming : Une brève histoire politique de la fantasy

William Blanc est un historien, et plus particulièrement un médiéviste, dont j’apprécie les travaux, qui portent souvent sur des thèmes qui m’intéressent beaucoup. J’avais notamment beaucoup aimé ses deux livres Le roi Arthur, un mythe contemporain et Super-héros, une histoire politique qui sur deux sujets différents abordaient pourtant une thématique commune : les rapports entre culture populaire, histoire et politique.

Le programme est semble-t-il le même avec son nouvel ouvrage paru au mois de mai dernier, et dont le titre a le mérite d’être clair sur le thème abordé et son ambition : Winter is coming : une brève histoire politique de la fantasy. Le thème est clair : il s’agit d’étudier la fantasy comme genre à travers le prisme de la politique. L’ambition l’est également : cette histoire sera brève, il ne s’agit pas d’une encyclopédie complète sur le sujet. Le résumé proposé par l’éditeur en dit un peu plus :

« Les dragons et les Hobbits ont toujours été des animaux politiques. Voyager avec eux, c’est prendre des détours pour mieux parler de l’indicible, c’est s’aventurer sur des chemins de traverse vers d’autres futurs. »

Grande fresque épique de fantasy inspirée des romans de G. R. R. Martin, Game of Thrones est désormais la série la plus célèbre au monde. Cette fascination pour un univers médiéval, dont les protagonistes craignent la venue d’un long hiver apocalyptique, fait écho aux angoisses contemporaines concernant le dérèglement climatique causé par l’activité humaine. 

G. R. R. Martin n’a pas été le premier auteur à utiliser la fantasy pour parler des dérives du monde moderne et d’écologie. À bien y regarder, le genre du merveilleux contemporain développé à la fin du XIXe siècle en Grande-Bretagne a constamment servi d’outil pour critiquer la société industrielle.

De William Morris à J. R. R. Tolkien en passant par Ursula Le Guin, Robert E. Howard ou Hayao Miyazaki, ce petit ouvrage invite à questionner la généalogie politique de la fantasy.

Contrairement aux ouvrages de William Blanc que j’avais lus précédemment, qui pour l’un dépassait allègrement les 350 pages quand l’autre approchait carrément les 600 pages, celui-ci est plus court : 128 pages au format poche. Cela se lit donc très vite.

Le coeur du texte se compose de trois parties :

La première partie présente les précurseurs de la fantasy, notamment William Morris que l’auteur m’a donné envie de découvrir. Ses oeuvres imaginent des mondes fantastiques et merveilleux et mettent en scène des civilisations anciennes qui vivent en communautés quasi-utopiques, confrontées à des envahisseurs belliqueux et impérialistes. Il est aisé d’y voir une métaphore d’une réaction, d’une résistance, face à lune certaine modernité apportée par la révolution industrielle, pressentie comme dangereuse pour l’humanité et son environnement

La deuxième partie aborde évidemment le « père » de la fantasy moderne : Tolkien, et son oeuvre magistrale marquée par les deux conflits mondiaux et la transformation de la société au XX° siècle. Rien de forcément nouveau dans cette partie, mais des rappels toujours utiles, même quand on connait déjà bien l’oeuvre de Tolkien

La troisième partie s’intéresse à la saga du Trône de Fer de George R.R. Martin et son adaptation pour la télévision Game of Thrones, interprétée après coup comme une analogie de la lutte – inefficace – contre la réchauffement climatique.

L’ouvrage s’achève par une série de « bonus », des textes courts de l’auteur sur des thématiques complémentaires (les dragons, les saisons, etc.) ainsi qu’une bibliographie commentée dont j’ai eu très vite envie de piocher quelques références pour une lecture future.

Le livre est court et passionnant du début à la fin. A vrai dire, il est tellement court que je suis resté sur ma faim. J’aurais aimé que William Blanc développe certaines thématiques, qu’il donne d’autres exemples, qu’il creuse certains aspects. J’espère qu’il aura l’occasion de le faire dans un futur ouvrage, que je lirai alors avec plaisir.

Dans tous les cas, ce court livre m’a beaucoup plu, et je le conseille à tous ceux qui aiment la fantasy et veulent lui rendre ses lettres de noblesse, loin de l’image d’un genre uniquement d’évasion et de divertissement, alors que ses thématiques sont à la fois profondes et très actuelles.


Winter is coming : une brève histoire politique de la fantasy, William Blanc

Note : ★★★★☆

Livres & Romans

Un chien sur la route

J’enchaine actuellement la lecture de romans reçus en service de presse par l’intermédiaire de NetGalley.fr, avec des fortunes diverses : Le monde à nos pieds de Claire Léost m’avait beaucoup plu, avant que Je veux rentrer chez moi de Dominique Fabre ne m’indiffère presque totalement.

Cette fois, il s’agit d’un roman intitulé en français Un chien sur la route, traduction française d’un livre en slovaque de Pavel Vilikovsky, un auteur que je ne connaissais pas du tout mais qui est semble-t-il l’un des grands écrivains slovaques contemporains, si ce n’est le plus grand.

Juste après la chute du mur de Berlin, un intellectuel slovaque obsédé par Thomas Bernhard sillonne « l’Europe des alentours » de son pays, principalement l’Autriche et l’Allemagne. Plus ou moins officiellement chargé de promouvoir sa culture nationale, ce « Slovaque officiel » rencontre des publics au mieux curieux, sinon franchement indifférents. Jusqu’au jour où sa route croise celle de la troublante Grétka, une Autrichienne installée aux États-Unis.

Roman du dépaysement, Un chien sur la route est également une déclaration d’amour joyeuse à la littérature.

Nous suivons donc le périple d’un éditeur slovaque qui parcourt principalement l’Autriche et l’Allemagne dans une sorte de tournée de promotion de la littérature slovaque, peu de temps avec la chute du mur de Berlin.

Malheureusement ce récit m’a profondément ennuyé. Hormis quelques passages plus marquants sur la littérature ou la notion de nation, j’ai eu l’impression de suivre de longs bavardages sur des sujets pas forcément passionnants, notamment sur la question de la nation slovaque. Je connais mal la culture slovaque et son histoire, mais je ne pense pas en avoir appris beaucoup plus en lisant ce roman, tant il m’a semblé s’adresser à un public déjà connaisseur.

J’ai insisté pendant les deux premiers tiers du livre mais j’ai fini par parcourir le dernier tiers en sautant certains passages, tant cela m’ennuyait.

C’est donc une nouvelle déception avec cette lecture qui m’a ennuyé et que j’ai eu du mal à terminer malgré toute ma bonne volonté.


Un chien sur la route, Pavel Vilikovsky

Note : ★★☆☆☆

Livres & Romans

Le roi Arthur, un mythe contemporain

J’ai beaucoup de temps à consacrer à la lecture en ce moment, et cela me permet de m’attaquer à des livres que je ne prendrais pas forcément le temps ou le courage de lire en temps normal, quand je consacre l’essentiel de mes lectures à des romans. Récemment, j’ai lu ainsi le très bon Super-héros, une histoire politique de William Blanc. Dans la foulée, j’ai enchainé avec un autre ouvrage du même auteur et également édité chez Libertalia, consacré cette fois au mythe du roi Arthur et ses incarnations contemporaines.

Mark Twain, le rappeur Jay Z, Marion Zimmer Bradley, George Romero, Robert Taylor, Alexandre Astier, John Fitzgerald Kennedy, Jack Kirby, Lawrence d’Arabie, John Boorman, les Kinks, les Who, Jackie Kennedy, Steven Spielberg, John Steinbeck, Terry Gilliam, Winston Churchill, Éric Rohmer ou encore Alan Stivell, tous ont en commun d’avoir été influencés par la légende du roi Arthur.

Inventée au Moyen Âge, celle-ci a longtemps été l’apanage des nobles et des souverains qui s’en servaient comme modèle ou comme justification de leurs conquêtes. En grande partie ignorée aux XVIIe et XVIIIe siècles, elle fait un retour fracassant sur le devant de la scène en Angleterre au début de la révolution industrielle. Mais c’est surtout grâce à la culture populaire américaine que se diffuse le mythe de la Table ronde : cinéma, romans illustrés, musiques rock et folk, bande dessinée (notamment les super-héros), et plus récemment jeux de rôles et jeux vidéo.

Ces médias donnent un sens nouveau à la geste arthurienne. On a vu ainsi apparaître des Arthur anticolonialistes, des Lancelot en lutte contre le communisme, des Merlin écologistes, des Morgane féministes.

La légende de Camelot, ici décryptée de façon savante et passionnée, semble en passe de devenir l’un des premiers mythes mondialisés, traversant les continents et les cultures pour mieux questionner les peurs et les espoirs des sociétés contemporaines.

Dans Super-héros, une histoire politique, William Blanc décryptait une forme d’expression artistique et culturelle relativement récente, puisque née au XX° siècle, en montrant comment l’industrie des comics avait été un vecteur de questionnement et de diffusion idéologique dans un monde changeant, avec des préoccupations et des approches mouvantes. Dans Le roi Arthur, un mythe contemporain, William Blanc s’attaque me semble-t-il à une analyse plus ambitieuse encore, par la portée du mythe dont il est question, et par son ancienneté. Ici, on parle d’un mythe datant du Moyen-âge et qui a survécu au fil des siècles.

Ce que William Blanc démontre et analyse parfaitement dans ce livre, c’est comme le mythe du roi Arthur a connu de nombreuses incarnations, toujours en phase avec leurs époques et les préoccupations du moment. Au Moyen-âge, Arthur et les chevaliers de la Table Ronde ont d’abord été des héros chrétiens, opposés aux païens qu’il fallait convertir au christianisme, symbole de la civilisation victorieuse des barbares. Au XIX° siècle, Arthur et ses nobles compagnons représente la toute-puissance de l’Angleterre victorienne, avant qu’au XX° siècle les Etats-Unis s’approprient la légende d’Arthur en se posant comme une nouvelle Camelot, comme l’héritier des anciens empires européens. La deuxième partie du XX° siècle a ensuite vu des incarnations anti-communistes, anti-colonialistes, féministes, écologistes, des grandes figures de la légende du roi Arthur.

Ce ne sont ici que des exemples des incarnations et interprétations du mythe arthurien que l’auteur décrit et analyse dans ce livre, à travers de nombreuses oeuvres culturelles, que ce soit des livres, des films, des séries télévisées, des bandes dessinées, des comics, des jeux vidéos, etc.

Je ne vais pas résumer ici l’ensemble du propos du livre, mais sachez que les 572 pages qu’il contient sont absolument passionnantes, et contiennent en fin de chapitre ou en cahier central des illustrations noir et blanc ou couleur qui complètement parfaitement le texte et permettent de comprendre les évocations de l’auteur.

Ma première lecture de William Blanc sur les super-héros m’avait déjà passionné, mais ce livre m’a encore plus captivé. C’est un mélange parfait entre Histoire, littérature, et culture populaire, que j’ai dévoré en quelques jours. Un livre à la fois passionnant et enrichissant, tout ce que je recherche dans mes lectures.


Le roi Arthur, un mythe contemporain, William Blanc

Note : ★★★★★

Livres & Romans

Les Renaissances (1453-1559)

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Le cinquième volume de la collection Histoire de France dirigée par Joël Cornette pour la maison d’édition Belin est consacrée à la Renaissance, ou plutôt Les Renaissances comme l’indique le titre de cet opus.

Ce livre efface la coupure aussi traditionnelle qu’arbitraire entre le Moyen-Âge et l’époque moderne : c’est tout le siècle qui court de 1453 à 1559 qui est placé ici sous le signe « des » Renaissances, d’où la volonté de ne pas le découper en phases distinctes. Avec son dynamisme, sa floraison, sa créativité, c’est finalement la période qui correspond le mieux à l’appellation de « beau XVI° siècle » apparue il y a quelques décennies.

Cependant, si le changement est emblématique de la période et en particulier de ses représentations, de très fortes continuités se font jour. Cette dialectique nourrit le débat, déjà ancien, sur la « modernité » de la Renaissance. Correspond-elle vraiment à l’enfantement d’un monde nouveau ? N’est-ce pas plutôt le point d’aboutissement d’un rapport au monde issu directement des dernières siècles médiévaux ? Ces interrogations permettent de mettre en perspective le passage de cette époque, considérée comme lumineuse, aux ténèbres des guerres de Religion.

Le résumé l’indique parfaitement : l’ambition de Philippe Hamon, l’auteur de ce volume, n’est pas de glorifier l’époque de la Renaissance comme un nouvel Âge d’Or après des siècles de ténèbres médiévales, mais au contraire d’interroger à la fois sur les continuités et les changements entre le Moyen-Âge et cette période ouvrant sur l’époque moderne.

A cet effet, le plan retenu m’a semblé très efficace.

Le premier court chapitre, d’une trentaine de pages, vise à synthétiser la chronologie des principaux événements de l’époque, à travers le récit des règnes de Charles VII, Louis XI, Charles XVIII, Louis XII, François Ier et Henri II. Cela m’a semblé un rappel utile et bienvenu.

Suite à ce préambule chronologique, la plan est en suite thématique, avec 6 parties consacrées à un aspect différent de la période étudie.

La première partie est consacrée à la démographie et à l’économie, avec un synthèse des études sur la population française de l’époque, sur la production agricole et artisanale, et sur le commerce.

La deuxième partie s’intéresse aux questions sociales, avec les structures élémentaires d’encadrement, le monde urbain, les corporations, les notions d’inclusion et d’exclusion, et une réflexion sur la mobilité sociale et « l’ascenseur social ».

Dans la troisième partie, l’auteur s’attarde sur les questions politiques : la figure du roi, le mode d’exercice du pouvoir, la cour, l’accroissement des moyens d’action de la monarchie, et les relations entre le souverain et ses sujets.

La quatrième partie est consacrée aux relations internationales, avec une étude des moyens (armée et diplomatie), les moyens de contrôle des province, les tentatives d’expansion en Italie, et une présentation des alliés et des adversaires du royaume de France en Europe, en particulier l’Angleterre et l’Empire de Charles Quint.

La cinquième partie revient sur la question religieuse, au coeur de laquelle se trouve la Réforme et sa déclinaison française : le calvinisme. L’auteur montre comment le besoin de réforme au sein de l’Eglise catholique a été débordé par une Réforme plus profonde provoquant un schisme au sein de l’Eglise chrétienne d’Occident.

Enfin, la sixième thématique porte sur la culture : le projet humaniste y est défini ; les questions linguistiques et littéraires y sont abordées, avec évidement l’impact de l’invention de l’imprimerie ; d’autres thématiques culturelles sont également étudiées : l’influence italienne dans l’art, la naissance d’un classicisme français, la diffusion de la modernité artistique, et la place de l’art dans la société (artistes, mécènes, etc.)

Après une brève conclusion, le livre s’achève, comme tous les volumes de cette collection, par l’atelier de l’historien et des annexes. L’atelier de l’historien revient cette fois sur quatre sujets : la difficulté liées à l’étude des sources, nombreuses et hétérogènes sur la période ; l’historiographie sur François Ier, sur Rabelais, et sur les Français en Amérique à l’époque de la Renaissance ; des débats sur l’état, l’Homme de la Renaissance et le histoire des femmes et du genre ; et enfin un court chapitre intitulé « Chantiers » dans lequel l’auteur évoque les sujets d’étude et les approches qui mériteraient selon lui d’être poursuivis pour approfondir ou renouveler notre compréhension de la Renaissance.

Après avoir lu les 600 pages environ de ce livre, j’ai l’impression d’avoir une bien meilleure vision de la Renaissance qu’avant, même si certaines subtilités m’ont certainement échappées et que certains sujets m’ont moins intéressé que d’autres. J’y ai tout de même pioché des éléments passionnants et enrichissants, et j’ai surtout trouvé un livre de synthèse passionnant sur la Renaissance, auquel je pourrai me référer ultérieurement si je souhaite approfondir certaines thématiques.

Il me reste désormais à poursuivre ma découverte de cette collection avec le prochain tome, consacré aux passionnantes Guerres de Religion.


Les Renaissances (1453-1559), Philippe Hamon

Note : ★★★★☆