Livres & Romans

Les jeunes gens

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J’en ai presque terminé avec mes lectures en service de presse avec NetGalley.fr. Le livre dont je vais vous parler aujourd’hui est l’avant-dernier avant que je reprenne des lectures plus « libres », même si je n’ai finalement lu que des livres que j’ai choisis de solliciter.

Brillant diplômé de la promotion Senghor de l’ENA (2002-2004), Boris Vallaud lançait en guise de plaisanterie, quand on lui faisait remarquer que ses camarades et lui avaient investi à une vitesse éclair les sommets de la République  : «  N’exagérons rien. J’ai 38 ans. À cet âge, Napoléon était déjà empereur…  » Il ne savait pas encore qu’à tout juste 39 ans, Emmanuel Macron deviendrait chef de l’Etat, et ferait de la cour Napoléon du Louvre le lieu de son couronnement.

Depuis lors, la classe Senghor est associée au nom du plus jeune président de la Vème République. Emmanuel Macron est-il le fruit très exceptionnel d’une cuvée comme une autre de l’école du pouvoir ? Ou bien tout le millésime a-t-il quelque chose d’unique  ? Que nous dit son histoire sur l’évolution de l’ENA, institution parfois décriée mais considérée comme le fleuron de la République, le creuset de son élite  ? Vite présents dans les cabinets ministériels, à l’Elysée, dans les ambassades, au directoire des banques et des grandes entreprises, ses élèves ont-ils eu des parcours originaux, novateurs, étonnants  ?

Mathieu Larnaudie a rencontré près de trente  «  Senghor  ». Il raconte leurs parcours, leur vision de l’école, explique les ressorts de leur ambition, la façon dont elles et ils ont élaboré leurs carrières. À travers ce dynamique et souvent sympathique club de jeunes gens, se dessine la fabrication d’un réseau de pouvoir dont l’aura est cardinale dans l’imaginaire politique français.

Les jeunes gens est un livre-enquête de Mathieu Larnaudie dans lequel il s’intéresse à la promotion Senghor de l’Ecole Nationale d’Administrative, la fameuse ENA cible d’autant de fantasmes que d’attaques. La promotion Senghor a la particularité d’être celle dont est issu Emmanuel Macron, élu en 2017 plus jeune Président de la République à l’âge de 39 ans, sans avoir jamais été élu à aucun mandant jusque là. Ce succès retentissant a fait connaître cette promotion de l’ENA, un peu à l’image de la promotion Voltaire dont étaient issus François Hollande, Ségolène Royal, Dominique de Villepin ou Michel Sapin.

Le nom « ENA » cristallise un faisceau de signes qui se déploie dans l’imaginaire collectif, alimentant les fantasmes et les rancoeurs, s’offrant comme foyer de fascination aussi bien que comme cible privilégiée des critiques. C’est la panacée promises des élèves méritants ; c’est le repoussoir agité par les populismes ; c’est le gage de l’excellence des serviteurs de la nation ; c’est la machine à reproduire les inégalités visée par les sociologues

Mathieu Larnaudie nous raconte le parcours personnel et professionnel de plusieurs anciens élèves de cette promotion, aux origines différentes et aux destinées variées, même s’ils sont tous proches des cercles de pouvoir, qu’ils soient politiques ou économiques.

A travers ces portraits, il dresse surtout celui de l’ENA, de son système de sélection et de formation des futurs serviteurs de l’Etat. Le grand talent dans ce livre, c’est que tout cela est fait sans caricature, en reconnaissant certaines vertus au système, mais avec ce qu’il faut de critique et de distance. Y sont décrits avec acuité les caractéristiques fortes de l’ENA : le fonctionnement en réseau, le conformisme de l’enseignement qui tend à maintenir un socle idéologique commun, et les inégalités sociales tant à l’entrée qu’à la sortie de l’école.

C’est aussi une réflexion intéressante sur l’évolution du monde politique, ses codes, ses passages obligés, ce qui change ou ce qui semble changer. L’auteur analyse et décrypte également la trajectoire d’Emmanuel Macron, diplômé le plus illustre de la promotion Senghor, passé du public au privé puis à nouveau au public avant de briguer avec succès la Présidence de la République.

Il serait trop long de lister tous les thèmes passionnants évoqués dans ce livre. J’ai tout simplement adoré ce livre, qui est une plongée captivante dans un des piliers de la République, à savoir l’école qui en forme les futurs serviteurs. Plus que les portraits individuels, c’est l’impression d’ensemble et les réflexions sur l’Etat, le service public, et la dimension sociale de l’ENA qui m’ont passionné dans ce livre. Je le recommande très clairement à ceux qui s’intéressent à la politique et surtout à la marche de l’Etat.


Les jeunes gens, Mathieu Larnaudie

Note : ★★★★★


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Livres & Romans

L’invitation

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Je rattrape mon retard dans mes lectures en service de presse, avec un nouveau roman reçu gracieusement en version numérique (Kindle) par l’intermédiaire de la plateforme NetGalley.fr. Fait rare pour moi depuis plusieurs années, il s’agit d’une traduction en français, sortie au mois de mars de cette année, d’un livre publié à l’origine en langue anglaise en 2017. L’invitation (The Party en VO) est un roman de la journaliste et écrivaine britannique Elizabeth Day, que j’ai découverte à cette occasion.

Le résumé m’avait tout de suite donné envie de lire ce roman, quand je l’avais découvert dans le catalogue de NetGalley :

Martin Gilmour ne s’est jamais vraiment senti à sa place. Mais en réussissant à décrocher une bourse pour la prestigieuse Burtonbury school, ce fils unique d’une mère célibataire sans le sou s’est vu ouvrir un monde auquel il n’aurait même jamais oser rêver : celui de l’aristocratie britannique. Un monde clos, exclusif, sur lequel règne le très charismatique, populaire et séduisant Ben Fitzpatrick.

Contre toute attente, entre l’héritier d’une dynastie et le working class héros va se nouer une forte amitié. Amitié qui va perdurer, quand Ben sera pressenti pour une haute fonction politique et que Martin se sera fait un nom en tant que critique d’art. Quand le premier épousera la très parfaite Serena et que Martin se mettra en ménage avec la très discrète Lucy.

Ce soir, dans la somptueuse demeure familiale, Ben fête ses quarante ans. Tout le gratin est présent. Martin aussi.

Le lendemain, Lucy est internée, Serena est à l’hôpital, Ben est à son chevet. Et Martin répond aux questions de policiers bien déterminés à comprendre : que s’est-il passé durant cette party ? Comment cette amitié a-t-elle subitement volé en éclats ? Pourquoi un tel déchaînement de violence ? Le vers était-il dans le fruit dès le départ ?

Nous entrons dans un récit que je suis tenté de situer entre le thriller classique et le drame sociologique. Tout tourne en effet autour de la relation entre Martin, issu d’un milieu modeste, et Ben, héritier d’une famille riche et puissante en Grande-Bretagne. Quand Martin rencontre Ben à l’école, il va tout faire pour se rapprocher de lui et devenir son meilleur ami. Leur relation va alors s’étendre sur vingt ans.

Comment Ben et moi sommes-nous devenus amis ? J’aimerais beaucoup vous raconter que c’était la rencontre naturelle de deux âmes soeurs, l’épanouissement organique de deux esprits jumeaux. Mais, en vérité, j’ai fait ce qu’il fallait pour le conquérir, comme s’il s’agissait d’une campagne militaire. Je me fixais des objectifs précis, et chaque petite victoire représentait une étape supplémentaire vers mon triomphe final.

Le roman suit plusieurs lignes narratives. D’un côté, nous assistons à l’interrogatoire de Martin par la police, suite à un événement dont on ignore la nature au début du roman mais qui s’est déroulé lors d’une grande soirée organisée par Ben pour son quarantième anniversaire. C’est à travers cet interrogatoire que Martin raconte aux policiers, et au lecteur par ce truchement, la soirée en question. Nous pouvons également découvrir les pensées de Lucy, l’épouse de Martin, internée dans un centre psychiatrique après la fameuse soirée anniversaire. Enfin, Martin se remémore ses années d’adolescent et de jeune adulte aux côtés de Martin, à l’école puis à l’université.

J’ai trouvé ce récit palpitant et très bien construit. On sent la patte d’un auteur qui sait écrire des thrillers, avec une structure narrative qui permet de ménager le suspense tout en captivant le lecteur avec des révélations cadencées.

J’avais sous-estimé le pouvoir de séduction des Fitzmaurice. Être près de gens comme eux – riches, privilégiés, beaux, égoïstes – n’est pas bon pour l’âme. Ils ne s’intéressent qu’à eux tout en n’ayant que le mot « générosité » à la bouche. Ils se fichent des autres. Non par méchanceté, mais simplement par manque d’imagination. Ils ne savent pas comment nous vivons. Mais les plus impressionnables parmi nous – les inadaptés, les solitaires, les aigris et les vulnérables – se font emporter par leurs courants d’or, comme des nageurs trop faibles pour résister à la marée. Nous voudrions être leur place et, en même temps, nous les détestons.

Au-delà du thriller, c’est aussi un portrait virulent de la société britannique, avec le fossé entre les puissants et les autres. Aucun des personnages n’est vraiment sympathique : Martin est tourmenté, manipulateur, inquiétant, presque psychopathe ; Ben est charmeur mais semble vide au-delà de son apparence ; Serena est froide et sans coeur ; Lucy est pâlotte, sans trait distinctif. Difficile de s’attacher véritablement à eux, mais je l’ai ai pourtant suivi avec beaucoup d’intérêt, ce qui est la marque d’un récit très bien écrit.

J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman, d’autant que la traduction en français de Maxime Berrée ne m’a pas gêné plus que cela. Je vous le conseille si vous voulez lire un thriller captivant et intelligent.


L’invitation, Elizabeth Day

Note : ★★★★☆


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Les loyautés

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Je me méfie toujours des auteurs de best-sellers, des romans « phénomènes » que tout le monde dit dans les transports en commun, je dois avoir un côté élitiste et méprisant pour ce qui plait « au plus grand nombre », craignant que ces oeuvres ne soient que le fruit de recettes bien huilées à base d’ingrédients consensuels et sans saveur. C’est ce qui m’a tenu éloigné des romans de Delphine de Vigan depuis la publication de Rien ne s’oppose à la nuit, énorme phénomène qui a véritablement lancé sa carrière d’auteur à succès. Et puis, la semaine dernière, je l’ai vu sur un plateau de télévision parler de son dernier roman « Les loyautés », je l’ai trouvée sympathique, posée, et à vrai dire intéressante dans son propos. Argument ultime pour me convaincre de franchir le rubicon : il s’agit d’un roman court, donc un investissement limité pour découvrir son oeuvre.

Je ne le regrette pas, car j’ai lu Les loyautés avec beaucoup de plaisir, c’est une très agréable surprise. Le récit tourne autour de plusieurs personnages : deux pré-adolescents venus de milieux familiaux totalement différents (l’un, Théo, en garde alternée entre ses parents divorcés qui ne s’adressent plus la parole ; l’autre, Mathis dans une famille qui semble stable) et qui se sont liés d’amitié depuis leur entrée au collège ; une professeur de SVT qui s’inquiète de l’attitude de Théo et le soupçonne d’être victime de maltraitance ; la mère de Mathis, en psychanalyse, coincée dans un couple qui ne se parle presque plus et des enfants qui s’éloignent d’elle.

Les loyautés est un très joli roman, à la fois tendre et violent, sur la détresse humaine, qu’elle qu’en soient ses causes et ses modes d’expression. Cela m’a clairement donné envie de dépasser mes aprioris et de découvrir les autres romans de Delphine de Vigan, même si je crains que sa plume fine soit moins incisive dans des oeuvres plus longues que celle-ci, dont le format m’a parfaitement convenu.


Les loyautés, Delphine de Vigan

Note : ★★★★☆


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J’aime pas les filles

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Je ne suis habituellement pas un grand lecteur de littérature jeunesse, hormis quelques romans de Christophe Honoré, mais celui-ci avait attiré mon attention lorsque j’avais lu la critique flatteuse qu’en faisait un de mes contacts sur Goodreads.

Le résumé est assez classique :

Raoul est un garçon qui se sent un peu différent : sa maman est morte quand il avait quatre ans et il est le seul métis de son école. Une école où on apprend la musique. À part ça, Raoul aime plein de choses, ses copains, le foot, les glaces… mais pas les devoirs, et surtout pas les filles. Être amoureux ? Beurk ! Tout le contraire de son copain Rito qui, lui, est un vrai cœur d’artichaut. Raoul a beau être doué au piano, s’il continue à être indiscipliné et à collectionner les mauvaises notes en classe, il ne pourra jamais intégrer le Conservatoire. Heureusement, Laurent, un jeune professeur haut en couleurs le prend sous son aile et l’encourage. Avec lui, même les gammes deviennent amusantes. Et l’aide inattendue de Clémence qui, pour une fille, est plutôt sympa, va le transcender. Au piano, Raoul se dévoile et enchante le monde.

Il n’y a pas vraiment de surprise dans le récit, tout se passe globalement comme on peut l’imaginer dès le début, mais l’intérêt du livre n’est pas vraiment là. Je ne connais pas suffisamment la littérature jeunesse pour savoir si cela le distingue des romans habituels pour enfants et pré-adolescents, mais j’ai beaucoup aimé le ton très humoristique employé par le narrateur, Raoul. Il porte un regard caustique sur ceux qui l’entourent, avec parfois un brin de tendresse. J’ai aussi aimé les passages sur la relation de Raoul avec son père, et sur son rapport à sa mère disparue dont il ne garde aucun souvenir, celle-ci étant décédée quand il n’avait que quatre ans.

J’aime pas les filles est un roman court que j’ai  quasiment dévoré le temps du trajet en tramway de mon bureau à chez moi, il ne me restait plus qu’un petit quart d’heure de lecture avant de dormir pour l’achever. J’ai bien aimé, c’était drôle, charmant. Je ne pense pas que je pourrais lire uniquement ce genre de romans, mais c’est une parenthèse bienvenue et agréable après avoir lu les longs pavés de Brian Herbert et Kevin J. Anderson que constituent les préquelles de Dune.


J’aime pas les filles, Mariannick Bellot

Note : ★★★☆☆


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Wonder

Je n’écris plus très souvent ici, au grand dam de mes millions de fans hystériques. Il y a quelques années, je publiais presque un billet pour chaque livre que je lisais, chaque film que je voyais au cinéma ou en DVD. Les temps ont changé. J’ai désormais moins de temps ou d’envie, ou les deux, pour écrire sur  mes lectures, mes découvertes, tous ces sujets qui me passionnent et qui font mon quotidien.

Même si je n’y écris plus très souvent, je n’ai jamais voulu fermer ce blog. Il continue d’être une porte, un moyen d’expression que j’utilise volontiers quand j’ai vraiment envie de parler de quelque chose et que je ressens le besoin de développer plus longuement que je ne pourrais le faire sur Twitter, sur Facebook ou sur mon Tumblr. Même si cela n’arrive qu’une fois tous les six mois, ce qui doit être plus ou moins ma moyenne de publication sur les 2 dernières années.

Je reste fidèle à ce blog quand j’ai envie de parler d’un film qui m’a beaucoup plu (l’exemple le plus récent étant « Dans la maison » l’année dernière), quand je veux parler de mon engagement politique (comme l’année dernière lors des élections présidentielles, ou plus récemment – dans un style plus décousu et passionné – à l’occasion du débat sur le mariage pour tous), ou pour un livre qui m’a particulièrement ému, comme c’est le cas aujourd’hui.

Ce livre, c’est Wonder de R.J. Palacio. Je l’ai découvert grâce à un entretien avec l’auteur(e) publié sur Slate.fr. Dès que j’ai lu l’article, j’ai su que j’allais lire ce livre. Je n’étais pas sûr qu’il me plaise, mais j’étais certain que j’allais le lire et qu’il ne me laisserait pas indifférent. Tout tenait en quelques lignes, dans le résumé du roman tel qu’il était décrit dans l’article :

L’ouvrage raconte l’histoire d’August Pullman, un garçon de dix ans au visage très différent – conséquence d’une maladie causée par une malformation chromosomique – et son parcours, qui le fait quitter le cocon protecteur de la scolarisation à domicile pour atterrir au collège et affronter ses hordes de sauvages.

Cette histoire allait forcément me parler. Ce n’est pas mon histoire., mon histoire n’est pas celle-ci, mais j’allais forcément me sentir proche de ce garçon qui ne passe pas inaperçu.

J’ai acheté ce livre le 6 janvier 2013, si j’en crois l’historique de mes achats sur Amazon. Le lendemain de la publication de l’article sur Slate, c’est dire si j’ai eu un coup de coeur pour ce roman. Pourtant, nous sommes mi-juin et je viens seulement de le lire. Il m’a fallu cinq mois pour me décider à le lire. A chaque fois que j’ai achevé un livre cette année, j’ai hésité à lire celui-ci, avant d’en choisir un autre, comme si je tenais à repousser l’échéance. Après la saga Hypérion, après une longue série de romans et de nouvelles de Stefan Zweig, après l’excellent « Let the right one in » qui a inspiré le meilleur film de vampires depuis bien longtemps (Morse), j’ai fini par m’y mettre.

J’en ressors ému et changé. Il m’arrive souvent d’être ému par un livre. Il m’arrive parfois d’être bouleversé par un livre ; certains romans de Philippe Besson dont j’ai parlés ici en sont de bons exemples. Il m’arrive beaucoup plus rarement de sortir changé de la lecture d’un livre.

J’ai été ému, sans surprise. Je me suis évidemment retrouvé dans ce petit garçon dont la malformation attire les regards surpris, craintifs, et parfois dégoutés. Ce roman n’est pas parfait, il y a quelques facilités, des stéréotypes un peu forcés, une intrigue sans vraiment de surprise. Mais cela reste un très bon roman. Même au moment du happy-end tellement prévisible, et dont je doute malheureusement du réalisme, je n’ai pas pu retenir mon émotion.

J’ai surtout lu ce roman dans les transports en commun et je pense que certains voyageurs auraient pu s’interroger s’ils avaient vus mes yeux s’embuer parfois au milieu d’une page, lorsque je lisais une phrase que j’aurais pu dire pour mot pour mot quand j’étais petit, ou même aujourd’hui encore. Un exemple, lu dès les premières pages, qui m’a fait comprendre très vite que ce livre allait me plaire :

And I feel ordinary. Inside. But I know ordinary kids don’t make other ordinary kids run away screaming in playgrounds. I know ordinary kids don’t get stared at wherever they go. If I found a magic lamp and I could make one wish, I would wish that I had a normal face that no one ever noticed at all. I would wish that I could walk down the street without people seeing me and then doing that look-away thing. Here’s what I think : the only reason I’m not ordinary is that no one else sees me that way. But I’m kind of used to how I look by now. I know how to pretend I don’t see the faces people make.

Je sors changé par cette lecture, et c’est plus surprenant. La grande réussite, pour moi, de ce roman c’est de donner la parole aux autres. August est le principal narrateur mais dans certaines parties du roman l’auteur donne également la parole à d’autres personnages : la soeur d’August, son meilleur ami, le petit ami de soeur, une camarade de classe, etc. Ce sont autant de points de vue différents sur August et sa particularité.

Pour moi, c’est une ouverture vers ce que peuvent ressentir mes proches, ce qu’a pu vivre ma famille quand j’étais petit. Je n’ai pas attendu ce livre pour apprendre sur moi, sur ma façon de vivre ma malformation, de la surmonter et parfois d’en faire une force, comme me l’avait dit quelqu’un un jour. Par contre, j’avais rarement eu l’occasion de me mettre à la place de mes proches. Ca, c’est une vraie découverte pour moi, et je pense que cela restera ancré en moi. C’est en cela que j’ai changé en lisant ce roman.

Emu, donc, comme je le pressentais. Changé, de façon plus surprenante. Et bouleversé, enfin, dans les dernières pages. Au milieu d’un final qui sent la guimauve, il y a ce discours du professeur principal d’August qui m’a tiré des larmes :

But the best way to measure how much you’ve grown isn’t by inches or the number of laps you can run around the track, or even your grade point average – though these things are important, to be sure. It’s what you’ve done with your time, how you’ve chosen to spend your days, and whom you have touched this year. That, to me, is the greatest measure of success.

Shall we make a new rule of life … always to be a little kinder than is necessary ? […] Kinder that is necessary. Because it’s not enough to be kind. One should be kinder than needed. Why I love that line, that concept, is that it reminds me that we carry with us, as human beings, not just the capacity to be kind, but the very choice of kindness. […] Such a simple thing, kindness. Such a simple thing. A nice word of encouragement given when needed. An act of friendship. A passing smile.

Et finalement les pensées d’August quand il reçoit une médaille pour récompenser son courage à la fin de l’année scolaire :

I wasn’t even sure why I was getting this medal, really.

No that’s not true. I knew why.

It’s like people you see sometimes, and you can’t imagine what it would be like to be that person, whether it’s somebody in a wheelchair or somebody who can’t talk. Only, I know I’m that person to other people, maybe to every single person in that whole auditorium.

To me, though, I’m just me. An ordinary kid.

But hey, if they want to give me a medal for being me, that’s okay. I’ll take it. I didn’t destroy a Death Star or anything like that, but I did just get through the fifth grade. And that’s not easy, even if you’re not me.

Difficile pour moi de ne pas être touché par le chemin parcouru par ce gamin au fil de l’année scolaire. Difficile de ne pas m’identifier à lui et en même temps de l’admirer, même s’il reste un personnage de fiction. Il m’a fallu plus de trente ans pour accomplir ce que ce gamin a fait à dix ans, mais ce n’est qu’un roman. Et quoi qu’il en soit, ça fait se sentir fort. Fragile parfois, mais irrésistiblement fort. Parce qu’on sait que quelque part il y a des amis, des proches qui ont pensé ou qui pensent la même chose que Jack, le meilleur ami d’August :

He’s just a kid. The weirdest-looking kid I’ve ever seen, yes. But just a kid.

Merci à tous les « Jack ».


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Cinéma, TV & DVD

Harry Potter et les reliques de la mort, partie 2

Harry Potter et les reliques de ma mort, partie 2, le dernier épisode de la saga Harry Potter, est donc enfin arrivé sur nos écrans. Je l’attendais avec un mélange d’impatience et d’appréhension : l’impatience de voir sur grand écran le final spectaculaire de cette histoire, et la double appréhension d’être déçu et de devoir dire au revoir aux personnages qui nous ont accompagnés pendant de longues années.

J’ai découvert Harry Potter en 2000, lors de la sortie du quatrième tome. Je crois que c’est également à cette époque que le grand public français a commencé à se passionner pour les aventures du jeune sorcier. Je me souviens avoir dévoré les trois premiers romans en les trouvant plutôt sympathiques, et d’avoir été emballé par le quatrième et son surprenant dénouement qui allait tout changer. Le ton changeait et cette saga pour enfants et jeunes adolescents allait passer un cap.

Harry Potter et les reliques de la mort, partie 1 était parfaitement à l’image de ce nouveau ton, très sombre, presque désespéré. Les chances de victoire face à Voldemort semblaient bien faibles. La deuxième partie, que j’ai vue ce matin, met en scène l’affrontement final entre Harry Potter et Voldemort ainsi qu’entre leurs alliés respectifs. La chasse aux trésors (aux horcruxe, pardon) continue pour le Harry, Hermione et Ron alors que l’étau se resserre autour des derniers fidèles de l’Ordre du Phoenix.

Après avoir été délaissée dans la première partie, Poudlard reprend sa place de choix dans le récit : c’est en effet entre les murs de l’école de sorcellerie que se déroule la bataille finale. C’est une école bouleversée que nous retrouvons, et sa transformation en champ de bataille, ou de ruines, au fil du film marquera à coup sûr les esprits. De façon générale, retrouver les lieux où Harry a débuté sa vie de sorcier fait partie de ce qui m’a le plus plus dans ce film, tout comme les retrouvailles – même pour trois secondes – avec quelques anciens personnages. Cela fait de ce dernier film un très bel hommage à l’ensemble de la saga, comme un album photo que l’on feuillette avec nostalgie.

Comme ses prédécesseurs, ce film ne manque pas de défauts. Daniel Radcliffe n’est toujours pas un grand acteur. La maladresse de Ron était drôle quand il avait onze ans, elle ne l’est plus à dix-sept ans. Emma Watson manque toujours de naturel. Certains dialogues sont involontairement drôles. Mais le film propose tout de même quelques scènes inoubliables : celle qui m’a le plus marqué est l’éveil des statues de Poudlard par le professeur McGonagall, que j’adorais déjà et que j’adore encore plus, et qui a droit à la réplique la plus drôle du film après avoir lancé ce sort. Je pourrais également citer : le récit des  souvenirs de Rogue/Snape, le monologue de Neville lorsque la victoire de Voldemort semble acquise, et même l’épilogue qui m’a laissé une bien meilleure impression que dans le livre.

Dans les dernières minutes du film, j’ai été envahi par une drôle émotion. C’est tout de même une longue page qui tourne à la fin de ce film. Je crois que c’est – pour moi en tout cas – la première fois que nous suivons aussi longtemps les aventures de personnages qui nous sont devenus familiers. J’avais vingt-ans quand j’ai « rencontré » Harry Potter, j’en ai plus de trente au moment de lui dire au revoir. Quel parcours, quelle aventure !

Cinéma, TV & DVD

Une éducation

Une éducation
Une éducation

Une éducation est un film sans prétention, comme je les aime. Il nous plonge dans la Grande-Bretagne du début des années 60 et nous permet de rencontrer Jenny, une adolescente brillante qui écoute Juliette Greco dans sa chambre et épate ses copines en glissant une expression en français toutes les trois phrases. Mi-charmante, mi-agaçante, c’est un personnage qui ne laisse pas indifférent, magnifiquement interprété par la jeune Carey Mulligan. L’autre personnage fort du film, c’est David, l’amant trentenaire de Jenny, incarné avec talent par Peter Sarsgaard.

1961, Angleterre. Jenny a seize ans. Élève brillante, elle se prépare à intégrer Oxford. Sa rencontre avec un homme deux fois plus âgé qu’elle va tout remettre en cause. Dans un monde qui se prépare à vivre la folie des années 60, dans un pays qui passe de Lady Chatterley aux Beatles, Jenny va découvrir la vie, l’amour, Paris, et devoir choisir son existence.

Le scénario ne brille pas par son originalité, le fil de l’histoire est sans surprise mais l’essentiel n’est pas là. Jenny fait des choix, vit ses rêves, chute, et se relève. L’histoire d’amour avec David est accessoire à mes yeux. C’est avant tout le portrait d’une adolescente à la croisée des chemins, avec ses rêves et ses doutes. C’est aussi un panorama de la société britannique des années soixante, avec son système d’éducation à l’ancienne, les dandys mondains, les parents inquiets pour l’avenir de leur progéniture. J’ai particulièrement apprécié la relation entre Jenny et son père, qui est autant emporté que sa fille par la tourbillon de la mondanité et de la réussite sociale.

Je n’ai pas vu l’heure et demie que dure le film, c’est plutôt un bon signe. J’ai en tout cas passé un bon moment devant ce film à la fois léger et riche. Une jolie réussite.