Livres & Romans

Comment je suis devenue anarchiste

Comment je suis devenue anarchiste est un témoignage d’Isabelle Attard, députée écologiste entre 2012 et 2017. L’ancienne élue EELV nous raconte comment, après son expérience à l’Assemblée Nationale, elle a vécu ce qu’elle appelle une déconstruction puis une reconstruction politique en embrassant l’idéologie anarchiste.

Isabelle Attard nous raconte son parcours personnel tout en présentant les bases de l’anarchisme : son idéologie, son histoire, ses expérimentations, etc. L’autrice cite également ses sources d’inspiration, les auteurs qui ont fait évoluer sa vision de l’anarchisme. A mon avis, la bibliographie à la fin du livre vaut également le coup d’oeil.

Le format du livre, moins de 200 pages, fait que chaque sujet n’est pas forcément approfondi, mais c’est à mon avis une bonne première approche de l’anarchisme et un témoignage qui a de la valeur venant de quelqu’un « venu de l’autre bord », puisqu’elle a siégé 5 ans au Palais Bourbon avant de se définir aujourd’hui comme anarchiste.


Comment je suis devenue anarchiste, Isabelle Attard

Note : ★★★★☆

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Helliconia Winter

Ce dernier tome de la trilogie Helliconia n’est peut-être pas mon préféré, mais il conclut tout de même de belle façon l’oeuvre phénoménale de Brian W. Aldiss.

Après le printemps et l’été, l’heure de l’hiver arrive et la boucle va pouvoir être bouclée. L’humanité s’apprête à subir plusieurs siècles de climat défavorable et de déclin, alors que les phagors veulent reprendre possession de leurs territoires ancestraux.

J’ai tendance à penser que ce troisième volume amplifie les qualités et les défauts des précédents : le récit principal n’est pas toujours passionnant, on ne s’attache pas forcément aux personnages, mais l’ensemble transcende l’histoire globale d’Helliconia et de ses saisons multi-centenaires.

C’est une belle conclusion à une trilogie mémorable, parfois ardue à lire, exigeante, mais qui vaut vraiment le coup.


Helliconia Winter, Brian W. Aldiss

Note : ★★★★☆

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Helliconia Summer

Je crois que j’ai trouvé ce deuxième tome de la trilogie Helliconia, intitulé Helliconia Summer, encore meilleur que le premier, Helliconia Spring. Malgré quelques longueurs dans certains chapitres, l’ensemble est fascinant.

Si le récit au premier degré est déjà intéressant, il prend toute sa saveur quand on le place dans la grande histoire d’Helliconia et de ses saisons longues de plusieurs siècles au cours desquelles des civilisations naissent et tombent. On retrouve ainsi avec plaisir des références à des lieux ou des personnages présents dans le premier volume, mais évoqués ici comme des légendes, des mythes aux noms parfois déformés par le passage du temps.

Le résultat est passionnant et montre le talent de l’auteur pour créer, décrire et faire vivre un écosystème cohérent et finement pensé, avec une richesse incroyable.

J’espère que le troisième et dernier tome, que je lirai très prochainement, sera à la hauteur et parachèvera ce qui est pour le moment une trilogie de très grande qualité.


Helliconia Summer, Brian W. Aldiss

Note : ★★★★☆

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Winter is coming : Une brève histoire politique de la fantasy

William Blanc est un historien, et plus particulièrement un médiéviste, dont j’apprécie les travaux, qui portent souvent sur des thèmes qui m’intéressent beaucoup. J’avais notamment beaucoup aimé ses deux livres Le roi Arthur, un mythe contemporain et Super-héros, une histoire politique qui sur deux sujets différents abordaient pourtant une thématique commune : les rapports entre culture populaire, histoire et politique.

Le programme est semble-t-il le même avec son nouvel ouvrage paru au mois de mai dernier, et dont le titre a le mérite d’être clair sur le thème abordé et son ambition : Winter is coming : une brève histoire politique de la fantasy. Le thème est clair : il s’agit d’étudier la fantasy comme genre à travers le prisme de la politique. L’ambition l’est également : cette histoire sera brève, il ne s’agit pas d’une encyclopédie complète sur le sujet. Le résumé proposé par l’éditeur en dit un peu plus :

« Les dragons et les Hobbits ont toujours été des animaux politiques. Voyager avec eux, c’est prendre des détours pour mieux parler de l’indicible, c’est s’aventurer sur des chemins de traverse vers d’autres futurs. »

Grande fresque épique de fantasy inspirée des romans de G. R. R. Martin, Game of Thrones est désormais la série la plus célèbre au monde. Cette fascination pour un univers médiéval, dont les protagonistes craignent la venue d’un long hiver apocalyptique, fait écho aux angoisses contemporaines concernant le dérèglement climatique causé par l’activité humaine. 

G. R. R. Martin n’a pas été le premier auteur à utiliser la fantasy pour parler des dérives du monde moderne et d’écologie. À bien y regarder, le genre du merveilleux contemporain développé à la fin du XIXe siècle en Grande-Bretagne a constamment servi d’outil pour critiquer la société industrielle.

De William Morris à J. R. R. Tolkien en passant par Ursula Le Guin, Robert E. Howard ou Hayao Miyazaki, ce petit ouvrage invite à questionner la généalogie politique de la fantasy.

Contrairement aux ouvrages de William Blanc que j’avais lus précédemment, qui pour l’un dépassait allègrement les 350 pages quand l’autre approchait carrément les 600 pages, celui-ci est plus court : 128 pages au format poche. Cela se lit donc très vite.

Le coeur du texte se compose de trois parties :

La première partie présente les précurseurs de la fantasy, notamment William Morris que l’auteur m’a donné envie de découvrir. Ses oeuvres imaginent des mondes fantastiques et merveilleux et mettent en scène des civilisations anciennes qui vivent en communautés quasi-utopiques, confrontées à des envahisseurs belliqueux et impérialistes. Il est aisé d’y voir une métaphore d’une réaction, d’une résistance, face à lune certaine modernité apportée par la révolution industrielle, pressentie comme dangereuse pour l’humanité et son environnement

La deuxième partie aborde évidemment le « père » de la fantasy moderne : Tolkien, et son oeuvre magistrale marquée par les deux conflits mondiaux et la transformation de la société au XX° siècle. Rien de forcément nouveau dans cette partie, mais des rappels toujours utiles, même quand on connait déjà bien l’oeuvre de Tolkien

La troisième partie s’intéresse à la saga du Trône de Fer de George R.R. Martin et son adaptation pour la télévision Game of Thrones, interprétée après coup comme une analogie de la lutte – inefficace – contre la réchauffement climatique.

L’ouvrage s’achève par une série de « bonus », des textes courts de l’auteur sur des thématiques complémentaires (les dragons, les saisons, etc.) ainsi qu’une bibliographie commentée dont j’ai eu très vite envie de piocher quelques références pour une lecture future.

Le livre est court et passionnant du début à la fin. A vrai dire, il est tellement court que je suis resté sur ma faim. J’aurais aimé que William Blanc développe certaines thématiques, qu’il donne d’autres exemples, qu’il creuse certains aspects. J’espère qu’il aura l’occasion de le faire dans un futur ouvrage, que je lirai alors avec plaisir.

Dans tous les cas, ce court livre m’a beaucoup plu, et je le conseille à tous ceux qui aiment la fantasy et veulent lui rendre ses lettres de noblesse, loin de l’image d’un genre uniquement d’évasion et de divertissement, alors que ses thématiques sont à la fois profondes et très actuelles.


Winter is coming : une brève histoire politique de la fantasy, William Blanc

Note : ★★★★☆

Livres & Romans

Les Furtifs

Alain Damasio est un auteur de science-fiction que j’estime énormément. Je l’avais découvert il y a plusieurs années en lisant ce qui est sans doute son roman le plus connu, La Horde du Contrevent, une épopée mémorable. J’avais ensuite lu son premier roman, La Zone du Dehors, un roman très politique sur le pouvoir et les sociétés de contrôle.

Ce que j’apprécie dans l’oeuvre d’Alain Damasio, c’est sa capacité à mêler des univers crédibles, des futurs possibles, une critique acérée de nos sociétés de consommation, de spectacle et de contrôle, et un grand talent littéraire à la fois esthétique et créatif.

Les Furtifs n’est finalement que son troisième roman, après La Zone du Dehors en 1999 et La Horde du Contrevent en 2004. Entre temps, Alain Damasio est publié un certain nombre de nouvelles et de contributions sur ses thèmes de prédilection.

Je peux donc dire que j’attendais ce nouveau roman avec impatience, d’autant que les premiers éléments dévoilés par l’auteur et son éditeur au fil des années et des mois précédant la sortie me laissaient espérer quelque chose de bon, voire de grand. Ce pressentiment n’a pas été démenti par le résumé du roman :

Ils sont là parmi nous, jamais où tu regardes, à circuler dans les angles morts de la vision humaine. On les appelle les furtifs. Des fantômes ? Plutôt l’exact inverse : des êtres de chair et de sons, à la vitalité hors norme, qui métabolisent dans leur trajet aussi bien pierre, déchet, animal ou plante pour alimenter leurs métamorphoses incessantes.

Lorca Varèse, sociologue pour communes autogérées, et sa femme Sahar, proferrante dans la rue pour les enfants que l’éducation nationale, en faillite, a abandonnés, ont vu leur couple brisé par la disparition de leur fille unique de quatre ans, Tishka – volatilisée un matin, inexplicablement. Sahar ne parvient pas à faire son deuil alors que Lorca, convaincu que sa fille est partie avec les furtifs, intègre une unité clandestine de l’armée chargée de chasser ces animaux extraordinaires. Là, il va découvrir que ceux-ci naissent d’une mélodie fondamentale, le frisson, et ne peuvent être vus sans être aussitôt pétrifiés. Peu à peu il apprendra à apprivoiser leur puissance de vie et, ainsi, à la faire sienne.

Les Furtifs vous plonge dans un futur proche et fluide où le technococon a affiné ses prises sur nos existences. Une bague interface nos rapports au monde en offrant à chaque individu son alter ego numérique, sous forme d’IA personnalisée, où viennent se concentrer nos besoins vampirisés d’écoute et d’échanges. Partout où cela s’avérait rentable, les villes ont été rachetées par des multinationales pour être gérées en zones standard, premium et privilège selon le forfait citoyen dont vous vous acquittez. La bague au doigt, vous êtes tout à fait libres et parfaitement tracés, soumis au régime d’auto-aliénation consentant propre au raffinement du capitalisme cognitif.

Dès les premières pages, j’ai retrouvé avec plaisir les traits saillants de l’écriture d’Alain Damasio : des personnages attachants et construits avec finesse, un récit prenant et puissant, et un style à la fois inventif et captivant.

Ainsi, on retrouve la technique déjà utilisée par l’auteur dans La Horde du Contrevent pour distinguer ses narrateurs, avec la typographie propre à chaque personnage au début d’un nouveau paragraphe pour marquer le changement de narrateur.

Dans ce roman, Alain Damasio va surtout beaucoup plus loin que dans ses deux précédents romans dans son jeu avec le langage. Entre le vocabulaire inventé mais intuitif et les multiples jeux de mots et acronymes, l’auteur nous immerge dans un futur proche plus que crédible.

Je vais avoir du mal à parler clairement de ce livre sans en dévoiler l’intrigue, je vais donc tenter de me concentrer sur l’essentiel, ou en tout cas sur ce que j’en ai retenu, ce qui m’a marqué au cours de ma lecture.

A travers son récit et ses personnages, Les Furtifs aborde de multiples sujets, certains habituels chez Alain Damasio, d’autre qui m’ont semblé nouveaux dans ses écrits.

Avec les Furtifs, ces créatures furtives qui doivent échapper au regard humain sous peine d’être tués par pétrification, l’auteur nous parle d’évolution, d’écologie, de la place de l’humanité dans son environnement. Il nous parle également de langage, de son, de musique, d’expression corporelle, et plus généralement de ce qui fait à la fois la vitalité individuelle et la vie collective, sans que l’une puisse être distincte de l’autre.

Alain Damasio nous parle enfin, comme souvent dans son oeuvre, de politique, de société de contrôle, du pouvoir excessif des multinationales, du droit à la propriété vs. le droit de vivre, d’engagement militant, et d’alternatives au modèle dominant.

C’est sur ce dernier volet que j’ai trouvé le livre particulièrement réussi et, à vrai dire, touchant. J’ai ressenti certains passages du roman comme un véritable hommage d’Alain Damasio pour celles et ceux qui luttent au quotidien contre un monde qui ne les convient pas et qui cherchent des solutions, avec leurs moyens, leurs limites, leurs préoccupations, leurs approches, leurs méthodes, etc. En ce sens, ce roman compose une ode à l’engagement militant, quel qu’il soit, et en tant que tel est porteur d’espoir.

Il n’est jamais facile pour moi de parler après coup d’un livre qui m’a autant plu, voire bouleversé. Il y a l’écueil de tomber dans l’excès d’enthousiasme, qui mène au soupçon de subjectivité et d’idolâtrie envers l’auteur. Il y a aussi la crainte de ne pas pouvoir exprimer clairement, rationnellement, ce qui m’a plu dans ce livre et qui pourrait, je l’espère, plaire à d’autres.

Sachez simplement que j’ai adoré ce livre, qui devient d’un coup mon roman préféré d’Alain Damasio, tant il fait la synthèse presque parfaite entre la critique socio-politique acérée de La Zone du Dehors et l’épopée poétique de La Horde du Contrevent. Et déjà, cette impatience qui renait tout doucement au fond de moi : que pourra-t-il nous proposer de mieux encore la prochaine fois ?


Les Furtifs, Alain Damasio

Note : ★★★★★

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#LeNouveauChemin

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Me voilà confronté aujourd’hui à un exercice que je n’ai jamais aimé : devoir parler d’un livre que j’ai eu l’occasion de lire en service de presse et qui ne m’a pas vraiment plu. C’est malheureusement le cas de ce roman intitulé #LeNouveauChemin de Samuel Cazenave, édité par Librinova.

J’avais pourtant été intrigué par le résumé :

Cette œuvre est inclassable, épopée historique, regard sur le monde actuel et cri d’alarme écologique, roman d’anticipation, conte, essai, récit poétique et projet politique, non sans quelques traits d’humour. D’un chapitre à un autre, les univers se succèdent, pour qu’à la fin, se présente « le nouveau chemin » !

Nous sommes en 2024 ! Le stade de l’urgence écologique est dépassé, la mort est déjà là. Les humains doivent quitter la terre. Ce sera Mars. Mais un homme décide de ne pas suivre le mouvement, d’abord par désespoir, puis pour d’autres raisons…

Les questions se bousculent, intimes, philosophiques, politiques et morales, des aller-retours et des correspondances multiples…

Tout se joue entre 4 personnages, dont un venu du fond des songes de Joshua et de la grande histoire, Napoléon Ier. Avec ce dernier, se noue un dialogue époustouflant, cohérent et inattendu, comme le fil d’Ariane d’un projet pour un Homme relié à lui-même.

Ce roman est un appel à un choix impératif et urgent, individuel et collectif, de se réformer profondément.

D’une constante humilité, voilà un plaidoyer pour l’amour, le sel, le sens et la raison d’être de l’Humain, qui fait du bien …

L’idée de départ n’est pas mauvaise : dans un futur proche, en 2024, la crise écologique est là. Le point de rupture a été atteint : les catastrophes s’enchainement, les morts se multiplient, la vie sur Terre ne sera bientôt plus possible.

Mandaté par les Nations Unies, la Président de la République annonce le plan préparé depuis plusieurs années par les gouvernements et les multinationales : des navettes construites dans le plus grand secret vont être envoyées sur Mars pour coloniser la planète rouge et sauver l’humanité.

Un homme, Joshua, va cependant refuser de partir. En villégiature en Corse, il échange avec quelques individus de passage, ainsi qu’avec Napoléon dans ses rêves. Celui-ci lui confie ses ambitions anéanties lors de la campagne de Russie et définitivement enterrées à Waterloo, ainsi que ses projets pour une Europe universelle.

C’est un roman court (moins de 100 pages) et pour autant très décousu. J’ai peiné à voir le fil conducteur et le lien entre les différents chapitres. Certains passages ne sont pas inintéressants, mais l’ensemble m’a semblé superficiel et manquant de « liant », comme on dit parfois. Surtout, je n’ai pas été entrainé par ce drôle de récit, qui m’a plutôt ennuyé dans l’ensemble. J’ai tout de même tenu à aller au bout, d’abord parce que la longueur de ce court ouvrage me le permettait sans effort surhumain, ensuite parce que j’aime tenir mes engagements avec les éditeurs qui me font confiance en me faisant découvrir une de leurs publications.


#LeNouveauChemin, Samuel Cazenave

Note : ★★☆☆☆

Livres & Romans

Ecotopia

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J’ai beaucoup aimé l’idée de ce roman : un journaliste new-yorkais se rend en Californie pour un reportage à Ecotopia, un Etat indépendant depuis la sécession de l’Ouest des Etats-Unis. Le narrateur arrive sur place avec tous ses préjugés et ses aprioris sur le pays et le peuple qu’il va découvrir, et le récit est exactement cela : une découverte d’un mode de vie différent de celui dont le narrateur et nous-même avons l’habitude.

Les habitants d’Ecotopia ont un crédo : construire une société la plus auto-suffisante possible et durable, dans le sens où elle ne doit pas prendre plus à la nature qu’elle n’est capable de lui rendre. La rupture avec notre mode de vie ne s’arrête pas à cet aspect écologique, puisque la vie en société est également marquée par une vision à long-terme : les décisions sont prises en fonction du « coût social » de leurs impacts. Clairement, Ecotopia se trouve dans la mouvance de la décroissance, avec une vision consistant à limiter l’impact humain sur son environnement et à vivre en harmonie avec la nature, même si cela passe par de la décroissance économique et démographique.

Le style du livre est parfois rébarbatif, quand les articles du journaliste ressemblent plus à des cours d’économie ou de sociologie qu’à un roman. Ceci est toutefois contrebalancé par les entrées plus personnelles du narrateur dans son journal intime.

Je pense que lire ce roman aujourd’hui, à une époque où les enjeux environnements sont compris – à défaut d’être réellement pris en compte – est très différent par rapport à l’époque de la publication de ce roman, en plein coeur des années 1970, après les grandes années hippies et au début des grandes crises pétrolières. J’ai globalement bien aimé ce roman, malgré son style parfois ennuyant.

 


Ecotopia, Ernest Callenbach

Note : ★★★☆☆


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