Livres & Romans

Becoming Superman

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J. Michael Straczynski est un auteur que j’ai d’abord connu par Babylon 5, qui reste à mes yeux l’une des meilleures séries TV de science-fiction, si ce n’est la meilleure. Il y démontrait son talent pour l’écriture, à la fois de personnages qui évoluaient véritablement, et d’un récit complet construit sur cinq saisons construits comme cinq actes d’un roman d’envergure.

Je connaissais cependant mal l’homme lui-même et ses autres créations, même si je savais qu’il avait participé à l’écriture de la série Sense8 de Netflix. J’ai donc lu avec intérêt son autobiographie publiée cet été, intitulée Becoming Superman et dont le sous-titre My Journey from Poverty to Hollywood, with Stops Along the Way at Murder, Madness, Mayhem, Movie Stars, Cults, Slums, Sociopaths, and War Crimes poussait laisser craindre le pire, si on ne connaissait pas le talent et le sens de l’humour de son auteur.

In this dazzling memoir, the acclaimed writer behind Babylon 5, Sense8, Clint Eastwood’s Changeling and Marvel’s Thor reveals how the power of creativity and imagination enabled him to overcome the horrors of his youth and a dysfunctional family haunted by madness, murder and a terrible secret.

For four decades, J. Michael Straczynski has been one of the most successful writers in Hollywood, one of the few to forge multiple careers in movies, television and comics. Yet there’s one story he’s never told before: his own.

Joe’s early life nearly defies belief. Raised by damaged adults–a con-man grandfather and a manipulative grandmother, a violent, drunken father and a mother who was repeatedly institutionalized–Joe grew up in abject poverty, living in slums and projects when not on the road, crisscrossing the country in his father’s desperate attempts to escape the consequences of his past.

To survive his abusive environment Joe found refuge in his beloved comics and his dreams, immersing himself in imaginary worlds populated by superheroes whose amazing powers allowed them to overcome any adversity. The deeper he read, the more he came to realize that he, too, had a superpower: the ability to tell stories and make everything come out the way he wanted it. But even as he found success, he could not escape a dark and shocking secret that hung over his family’s past, a violent truth that he uncovered over the course of decades involving mass murder.

Straczynski’s personal history has always been shrouded in mystery. Becoming Superman lays bare the facts of his life: a story of creation and darkness, hope and success, a larger-than-life villain and a little boy who became the hero of his own life. It is also a compelling behind-the-scenes look at some of the most successful TV series and movies recognized around the world.

Le résumé de l’éditeur le fait bien mieux que je ne le pourrais le faire, je ne vais donc pas vous résumer cette autobiographie. Nous y suivons l’évolution de Joe, de son enfance et son adolescence au sein d’une famille qu’on peut sans risque qualifier de dysfonctionnelle, avec un père alcoolique, violent et sadique, une mère maniaco-dépressive, et des grand-parents mythomanes et manipulateurs, puis son entrée dans le monde de l’écriture, de la télévision, des comics et du cinéma.

J’ai particulièrement aimé découvrir les coulisses de la création des oeuvres majeures de J. Michael Straczynski, en particulier Babylon 5 pour laquelle j’ai toujours une affection particulière. L’auteur nous dévoile également les motivations personnelles derrière certains de ses choix créatifs, et c’est passionnant a posteriori.

Quand on s’intéresse au processus de création artistique, que ce soit en littérature, en bande dessinée, pour la télévision ou le cinéma, ce livre est également très intéressant, car l’auteur nous raconte sa façon de travailler et les contraintes avec lesquelles il a été amené à subir, avec plus ou moins de bonne volonté.

Ce livre est à la fois une autobiographie classique, la success story d’un jeune garçon solitaire, lecteur de comics, et harcelé à l’école, devenu un auteur de comics, de télévision et de cinéma désormais reconnu à Hollywood. C’est aussi un récit personnel sur Joe et sa famille, une sorte de règlement de compte avec un père indigne. C’est enfin un éclairage passionnant sur le monde de la création artistique, avec ses règles, ses contraintes, ses coulisses plus ou moins réjouissantes.

Avec cette au biographie aussi passionnante qu’émouvante, J. Michael Straczynski prouve une fois de plus son grand talent pour l’écriture, capable de passer au sein d’un même paragraphe de l’horreur à l’humour, en passant par la stupéfaction et l’émotion. Un grand artiste, un génie de l’écriture à mes yeux.


Becoming Superman, J. Michael Straczynski

Note : ★★★★★

Livres & Romans

Des lieux, des écrivains

Des lieux, des écrivains est un ouvrage de 2003 du journaliste belge Jacques Franck, un auteur que je ne connaissais pas, dont le titre et la couverture avaient attiré mon attention lors de mon dernier passage à la médiathèque. La quatrième de couverture a beaucoup fait pour me donner envie de le lire, et donc de l’emprunter :

Il est des lieux où rôde l’ombre d’écrivains, des hôtels où une œuvre a germé, où une illumination a infléchi le destin d’un auteur. Des lieux, enfin, suffisamment conservés pour que l’on puisse, par la récréation de la mémoire et de la lecture, mettre ses pas dans ceux de ces auteurs, contempler ce qui les a inspirés et lire, par-dessus leur épaule, les pages qu’ils y écrivirent. Jacques Franck nous invite, tout au long de ce voyage littéraire, à revivre la rencontre du narrateur d’A la recherche du temps perdu avec Albertine et le baron de Charlus à Cabourg-Balbec ; accompagner Agatha Christie au Pera Palas d’Istanbul et prendre l’Orient-Express avec elle ; relire La Mort à Venise à l’endroit même où Thomas Mann s’est heurté au tragique de la beauté…

La promesse est séduisante : un carnet de voyages à la rencontre d’écrivains dans des hôtels où ils n’ont pas seulement séjourné mais surtout écrit des œuvres majeures ou été inspirés pour les écrire.

Chaque chapitre d’une grosse dizaine de pages est consacré à un lieu, un hôtel, son histoire, et l’écrivain ou les écrivains qui y sont liés. Comme souvent dans des livres construits sur ce modèle, certains chapitres sont plus intéressants que d’autres. Évidemment, cela variera selon les goûts et la sensibilité du lecteur.

En ce qui me concerne, j’ai été envouté par les voyages au Grand Hôtel de Cabourg avec Marcel Proust, à l’Hôtel Sacher pour des raisons plus historiques que littéraires, à l’Hôtel des Bains aux côtés de Thomas Mann découvrant le Tadzio qui lui inspirera sa nouvelle « La Mort à Venise », et au Pera Palace d’Istanbul où Agatha Christie aurait trouvé l’inspiration pour son célèbre roman « Le Crime de l’Orient-Express ».

D’autres chapitres m’ont moins marqué et certains m’ont même ennuyé, je me suis alors permis de les parcourir plus rapidement. C’est d’ailleurs l’avantage de ce genre d’ouvrage, où l’on pioche parmi les chapitres ceux qui nous attirent plus que d’autres, en se laissant la possibilité d’être agréablement surpris par d’autres qui nous inspiraient moins à la lecture de la table des matières.

C’est bien le cas avec ce livre : un assemblage de voyages plus ou moins inspirants, qui plairont à un public varié mais toujours amoureux de littérature. Car derrière ces séjours dans des hôtels mythiques paraît toujours un amour inconditionnel pour l’écriture et les écrivains. Il devient alors évident que ce livre ne pouvait pas me laisser indifférent, dans le bon sens du terme.


Des lieux, des écrivains, Jacques Franck

Note : ★★★☆☆

Livres & Romans

The Real Tadzio

The Real Tadzio est un livre atypique, signé par Gilbert Adair et publié en 2001. Son sous-titre, Thomas Mann’s ‘Death in Venice’ and the boy who inspired it, explique parfaitement le propos : dans cet essai d’une centaine de pages, Gilbert Adair nous parle du garçon qu’a réellement rencontré l’écrivain allemand Thomas Mann à Venise en 1911 et qui lui a inspiré sa célèbre nouvelle Death in Venice (La Mort à Venise en français) publiée en 1912 et qui est peut-être aujourd’hui son oeuvre la plus connue.

In the summer of 1911, the German writer Thomas Mann visited Venice in the company of his wife Katia. There, in the Grand Hotel des Bains, as he waited for the dinner-gong to ring, the author’s roving eye was drawn to a nearby Polish family, the Moeses, consisting of a mother, three daughters, and a young sailor-suited son who, to Mann, exuded an almost supernatural beauty and grace. Inspired by this glancing encounter with the luminous child, Mann wrote Death in Venice, and the infatuated writer made of that boy, Wladyslaw Moes, one of the twentieth century’s most potent and enduring icons.

But precisely who was the boy? And what was his reaction to the publication of Death in Venice in 1912 and, later, the release of Luchino Visconti’s film adaptation in 1971? In this revealing portrait, including telling photographs, Gilbert Adair brilliantly juxtaposes the life of Wladyslaw Moes with that of his mythic twin, Tadzio.

La Mort à Venise est une nouvelle que j’avais beaucoup aimé quand je l’avais lue pour la première fois. J’ai également été marqué par l’adaptation cinématographique de 1971 par Luchino Visconti, que je n’ai vu que très récemment. Tout ceci me poussait donc à lire cet essai signé Gilbert Adair.

Je n’ai pas été déçu et j’ai été captivé par ce texte. Si le récit de la vie du « vrai » Tadzio n’est pas forcément passionnante, elle est tout de même un récit qui m’a semblé représentatif de la destinée de l’aristocratie polonaise et de la Pologne en général au XX° siècle, prisonnière tour à tour de la Russie tsariste, de l’Allemagne nazie puis de l’Union Soviétique.

Plus encore, cet essai est un vibrant hommage à la fois à la nouvelle de Thomas Mann et à son adaptation au cinéma par Visconti. J’ai bien aimé également que l’auteur nous parle brièvement du destin de Björn Andresen, le jeune acteur suédois qui a immortalisé Tadzio sur grand écran.

L’auteur cite quelques oeuvres qui se sont inspirées ou en rendu hommage à La Mort à Venise, avant enfin de disserter sur la littérature homosexuelle en général pour conclure que Thomas Mann, avec sa nouvelle emblématique, en reste à ses yeux le maître incontesté.

Il faut sans doute être un amateur de l’oeuvre de Thomas Mann pour apprécier totalement ce livre de Gilbert Adair, mais j’en fais clairement partie et je suis content d’avoir eu l’occasion de le lire. Je vais le garder bien au chaud dans ma bibliothèque, car il n’est pas impossible que l’envie de le relire me prenne un de ces jours.


The Real Tadzio, Gilbert Adair

Note : ★★★★☆

Livres & Romans

Un chien sur la route

J’enchaine actuellement la lecture de romans reçus en service de presse par l’intermédiaire de NetGalley.fr, avec des fortunes diverses : Le monde à nos pieds de Claire Léost m’avait beaucoup plu, avant que Je veux rentrer chez moi de Dominique Fabre ne m’indiffère presque totalement.

Cette fois, il s’agit d’un roman intitulé en français Un chien sur la route, traduction française d’un livre en slovaque de Pavel Vilikovsky, un auteur que je ne connaissais pas du tout mais qui est semble-t-il l’un des grands écrivains slovaques contemporains, si ce n’est le plus grand.

Juste après la chute du mur de Berlin, un intellectuel slovaque obsédé par Thomas Bernhard sillonne « l’Europe des alentours » de son pays, principalement l’Autriche et l’Allemagne. Plus ou moins officiellement chargé de promouvoir sa culture nationale, ce « Slovaque officiel » rencontre des publics au mieux curieux, sinon franchement indifférents. Jusqu’au jour où sa route croise celle de la troublante Grétka, une Autrichienne installée aux États-Unis.

Roman du dépaysement, Un chien sur la route est également une déclaration d’amour joyeuse à la littérature.

Nous suivons donc le périple d’un éditeur slovaque qui parcourt principalement l’Autriche et l’Allemagne dans une sorte de tournée de promotion de la littérature slovaque, peu de temps avec la chute du mur de Berlin.

Malheureusement ce récit m’a profondément ennuyé. Hormis quelques passages plus marquants sur la littérature ou la notion de nation, j’ai eu l’impression de suivre de longs bavardages sur des sujets pas forcément passionnants, notamment sur la question de la nation slovaque. Je connais mal la culture slovaque et son histoire, mais je ne pense pas en avoir appris beaucoup plus en lisant ce roman, tant il m’a semblé s’adresser à un public déjà connaisseur.

J’ai insisté pendant les deux premiers tiers du livre mais j’ai fini par parcourir le dernier tiers en sautant certains passages, tant cela m’ennuyait.

C’est donc une nouvelle déception avec cette lecture qui m’a ennuyé et que j’ai eu du mal à terminer malgré toute ma bonne volonté.


Un chien sur la route, Pavel Vilikovsky

Note : ★★☆☆☆