Livres & Romans

Le journal intime de Benjamin Lorca

Le journal intime de Benjamin Lorca

Je ne connaissais absolument pas Arnaud Cathrine avant de tomber par hasard sur son roman Le journal intime de Benjamin Lorca sur le présentoir de mon libraire préféré. Le résumé au dos du bouquin m’ayant plu, je l’ai acheté sans trop me poser de question, sur un coup de tête, comme je le fais souvent quand il est question de littérature.

Pour évoquer la mémoire de l’écrivain Benjamin Lorca, deux amis, un frère et une ex-compagne prennent successivement la parole. Quatre voix qui se complètent ou se diffractent, à rebours des quinze années qui nous séparent de sa mort tragique. La découverte d’un journal intime que le disparu a laissé derrière lui ravive en eux la tentation de saisir enfin cet être si fuyant, égaré, insaisissable. Les quatre narrateurs trouveront-ils une quelconque révélation dans ces écrits jamais publiés? L’envers d’une personnalité, la face cachée de Benjamin? Tous ne prendront pas la même décision – trahir ou non cette intimité posthume – mais chacun découvrira en chemin quelques vérités sur lui-même, plus ou moins apaisantes.

Benjamin Lorca, l’écrivain fictif qui donne son nom à ce roman, s’est suicidé en mai 1992. La structure du roman est originale : quatre de ses proches se succèdent pour nous parler de Benjamin, de sa vie, de sa mort, et de leur vie après sa disparition, chaque témoignage se situant de plus en plus loin dans le temps, et donc de plus en plus proche du suicide de Benjamin Lorca.

– 15 ans après : Edouard, éditeur et ancien ami de Benjamin pour lequel il ressent(ait) des sentiments, tente de récupérer le journal intime que celui-ci tenait depuis l’âge de vingt ans, moins pour le publier que pour savoir s’il y apparaît – et ce que l’écrivain y dit de lui.

– 10 ans après : Martin, fils cadet de Benjamin dans l’ombre duquel il a toujours vécu, se souvient de la dernière visite de son frère dans la maison familiale, quelques semaines avec qu’il ne se donne la mort.

– 5 ans après : Ronan, comédien, auteur de théâtre, et « frère spirituel » de l’écrivain, fait la tournée des bars avec un vieil ami de Benjamin, rencontre par hasard Edouard, et se remémore la visite de Martin après la mort de son frère.

– Après : Ninon, ancienne compagne de Benjamin dont elle était restée très proche après leur séparation, nous raconte les jours qui ont suivi la mort de Benjamin et sa décision de lire – ou pas – le journal intime qu’il lui a confié.

Ce roman nous présente quatre personnages, quatre époques, quatre tentatives de faire le deuil d’un ami ou d’un frère, quatre souvenirs d’un homme entouré mais suffisamment seul pour mettre fin à ses jours.

C’est un très bon roman qui m’a « tenu » du début à la fin. L’écriture est agréable et fine, j’y ai retrouvé un côté Philippe Besson avec cette capacité à trouver des mots simples et justes pour décrire les sentiments : la nostalgie, la jalousie, la culpabilité, le choc, le chagrin, les regrets, le tout autour des thèmes du deuil et du suicide. Ce livre m’a donné envie de découvrir les autres romans d’Arnaud Cathrine en espérant y retrouver d’autres émotions avec la même finesse.

Le journal intime de Benjamin Lorca, Arnaud Cathrine

Verticales, ISBN 978-2-07-012824-2

Note : ★★★★/☆☆☆☆☆

Cinéma, TV & DVD

Beautiful People

Beautiful People S1

C’est en regardant les bande-annonces présentées au début du DVD de Un Noël très très gay que j’ai vu pour la première fois des extraits de Beautiful People. J’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’un film, j’ai trouvé la bande-annonce plutôt drôle et je me suis renseigné. J’ai alors découvert qu’il s’agit d’une série TV britannique écrite par Jonathan Harvey (que je connaissais surtout pour son superbe film Beautiful Thing) et adaptée de l’autobiographie du même nom de Simon Doonan (dont j’ignorais l’existence jusque là, il semble que ce soit un célèbre – et talentueux – directeur créatif de Barneys à New-York).

Dans la première saison, chaque épisode commence à New-York en 2008. Dans une courte introduction, Simon, adulte et gay assumé, discute avec son petit ami Sacha en décorant la vitrine du magasin Barneys et commence à évoquer un souvenir de son adolescence. L’épisode se poursuit alors par un flash-back, en 1997 : Simon, alors âgé 13 ans, vit alors à Reading, au Royaume-Uni, entouré de ses proches : ses parents Debbie et Andy, sa soeur aînée Ashlene, sa « tante » Hayley (en fait la meilleure amie aveugle de sa mère), et son meilleur ami Kyle (surnommé Kylie en hommage à son idole Kylie Minogue). Simon et Kylie partagent une passion pour la musique, le théâtre et la mode. Ils m’ont tout de suite fait penser à Justin, le neveu de Betty dans Ugly Betty. Malgré ses extravagances et ses goûts décalés, Simon est soutenu par ses parents, mais la situation est moins facile à l’école, où il est persécuté par ses camarades.

Dans la deuxième saison, le schéma est globalement le même : en 2009, Simon est de retour à Reading où il rend visite à sa mère et en profite pour se remémorer l’année de ses 14 ans, en 1998. Cette seconde saison est, comme la première, composée de six épisodes d’une petite trentaine de minutes. Chaque épisode est construit autour d’une anecdote (comment Simon a eu son premier vase, comment il s’est cassé le nez, etc.) mais c’est un prétexte pour aborder, avec beaucoup d’humour, des sujets plus profonds comme la mort, l’amitié, ou l’homophobie. L’homosexualité est évidemment un sujet sous-jacent tout au long de la série et il est abordé directement avec beaucoup de talent à la fin de la deuxième saison.

Ce que j’ai particulièrement apprécié dans cette série, c’est le ton léger, la fantaisie des personnages et de certaines scènes imaginées (je retiens notamment le combat à la Alexis & Kristle de Dynasty entre la mère de Simon et la directrice de l’école), mais aussi l’évocation de l’Angleterre de la fin des années 90 (avec notamment l’arrivée au pouvoir de Tony Blair). Sans oublier la bande-originale, composée de tubes des années 90 et de quelques créations plus récentes des Pet Shop Boys. Dans la deuxième saison, chaque épisode comprend également au moins une scène où certains personnages (généralement Simon et Kylie) chantent et dansent comme dans une comédie musicale.

Deux saisons ont été diffusées par la BBC en 2008 et 2009. Aucune information n’a été communiquée à ce jour sur la production et la diffusion d’une troisième saison, mais je dois dire que la fin de la deuxième saison m’a semblé être une excellente fin de série. Je serais ravi sur une troisième devait finalement être mise sur les rails, mais je dois dire que les deux saisons déjà diffusées forment déjà un ensemble très réussi qui se suffit à lui-même. A la fin du dernier épisode, je me suis dit que la boucle était bouclée et que nous pouvions désormais laisser Simon grandir tranquillement.

Beautiful People S2


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Cinéma, TV & DVD

Un Noël très très gay (Make the Yuletide Gay)

Un Noël très très gay
Un Noël très très gay

Autant le dire tout de suite, je ne vais pas parler ici de « grand » cinéma. Un Noël très très gay (Make the Yuletide Gay en VO) est un divertissement comme l’éditeur Optimale nous en propose régulièrement en DVD : une comédie sentimentale gay, avec des acteurs mignons et un scénario gentillet :

Olaf Gunnunderson est un étudiant gay et assumé. Avant de rejoindre sa famille pour les vacances de Noël, il dit au revoir à son petit ami Nathan. Ce que Nathan ignore, c’est qu’Olaf n’a jamais fait son coming-out et que ses parents lassés de le voir seul ont invité son ancienne petite amie du lycée Abby pour les fêtes. Olaf parvient à gérer tant bien que mal la situation jusqu’à l’arrivée impromptue de Nathan chez les Gunnunderson.

L’intrigue est loin d’être originale, j’ai l’impression d’avoir déjà vu vingt fois le coup du  garçon qui débarque chez les parents de son petit ami qui est encore dans le placard et qui doit fait semblant d’être hétéro. Il y a pas mal de clichés dans ce film, mais j’ai tout de même trouvé ça sympathique : on peut dire que moi la mayonnaise a pris !

Un mot sur les comédiens : Keith Jordan (Olaf) et Adamo Ruggieri (Nathan) sont charmants et très mignons et forment un petit couple convaincant. Kelly Keaton et Derek Long incarnent les parents d’Olaf : dans leurs styles très différents, je les ai adorés ! On retrouve aussi Alison Arngrim (ex-Nellie Oleson dans La Petite Maison dans la Prairie) dans le rôle de la voisine antipathique de la famille Gunnunderson.

Comme je le disais, le film ne brille pas par son originalité mais j’ai été quand même été séduit : par l’histoire, par les personnages, par l’humour de certaines répliques (j’ai bien aimé l’échange sur top/bottom avec le lit superposé entre Nathan et la mère d’Olaf). Au final, cela donne un bon moment de détente !


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Livres & Romans

La Chambre d’ami

La Chambre d'ami
La Chambre d'ami

J’ai lu ce roman pour la première fois quand j’étais adolescent, après l’avoir emprunté à la bibliothèque que je fréquentais alors régulièrement. Il m’avait marqué, parce que je me retrouvais en partie dans le personnage principal. Je l’avais lu une deuxième fois quelques années plus tard, pendant mes études supérieures. Je viens de le lire une troisième fois cette semaine et il est probable que ce ne sera pas la dernière fois. Chaque fois, je suis sorti troublé par ma lecture.

Issu d’un milieu modeste, élevé par sa mère, Marc se lie d’amitié avec Philippe, fils parfait d’une famille bourgeoise parfaite. Je parle d’amitié mais cette relation est très vite déséquilibrée : si Philippe est sincère dans son attachement, Marc sombre progressivement dans la jalousie : il envie la place de son camarade au sein de sa famille, celle que lui-même n’a jamais eu.

C’est un roman troublant ; troublant comme l’est le narrateur, à la fois pathétique et inquiétant, humain dans ses sentiments et inhumain dans son comportement. C’est un personnage auquel je n’ai pas eu de difficulté à m’identifier, et cela en devient troublant puisque cela me met face à mes propres névroses, mes propres failles. Cette troisième lecture a peut-être été encore plus éprouvante et riche en émotions que les deux premières : j’étais jadis plus jeune, moins réceptif, plus attaché au récit au premier degré qu’aux réflexions du narrateur et de l’auteur sur la famille, l’amitié, les classes sociales. C’est un roman déroutant mais splendide, l’un de ceux qui m’ont le plus marqués au cours de ma vie. Il continue à m’accompagner, de l’adolescence à l’âge adulte, avec mes souvenirs, mon vécu.

La Chambre d’ami, Yves Dangerfield

Grasset, ISBN 2-246-26281-X

Note : ★★★★★/☆☆☆☆☆

Cinéma, TV & DVD

J’ai tué ma mère

J'ai tué ma mère
J'ai tué ma mère

J’ai tué ma mère est le premier long-métrage de Xavier Dolan, un jeune réalisateur québecois. Le film est sorti en salles en juillet l’année dernière, Xavier Nolan avait alors vingt ans et il en avait dix-sept quand il en a écrit le scénario :

Hubert Minel n’aime pas sa mère. Du haut de ses 17 ans, il la jauge avec mépris, ne voit que ses pulls ringards, sa décoration kitsch et les miettes de pain qui se logent à la commissure de ses lèvres quand elle mange bruyamment. Au-delà de ces irritantes surfaces, il y a aussi la manipulation et la culpabilisation, mécanismes chers à sa génitrice. Confus par cette relation amour-haine qui l’obsède de plus en plus, Hubert vague dans les arcanes d’une adolescence à la fois marginale et typique – découvertes artistiques, expériences illicites, ouverture à l’amitié, sexe et ostracisme  rongé par la hargne qu’il éprouve à l’égard d’une femme qu’il aimait pourtant jadis.

Xavier Dolan interprète le rôle – semi-autobiographique, de son propre aveu – d’Hubert et dans celui de la mère on retrouve Anne Dorval, surtout connue jusque là pour son interprétation de Criquette et Ashley Rockwell dans la série parodique Le Coeur a ses raisons. Méconnaissable dans un rôle très différent, elle démontre tout son talent de comédienne : elle m’a littéralement impressionné dans ce film. Quant à Xavier Dolan, je l’ai trouvé très juste dans son interprétation d’adolescent en prise avec des sentiments contradictoires.

Le film lui-même m’a bien plu. La mise en scène est parfois maladroite avec quelques ralentis et effets de style superflus, mais l’ensemble est plaisant à voir. Tour à tour drôle et émouvant, il est à l’image d’Hubert, capable de passer du rire à la colère en quelques secondes. J’avais raté le film au cinéma cet été mais je suis content d’avoir eu l’occasion de le voir en DVD !

Livres & Romans

Le jeune soldat

Le jeune soldat
Le jeune soldat

Après Trois coeurs qui m’a beaucoup beaucoup plus, Eric Jourdan nous propose Le jeune soldat, un nouveau roman décrit comme « scandaleux » par l’éditeur sur la quatrième de couverture.

Il y a en effet un parfum de scandale dans ce récit qui tourne autour d’une histoire d’inceste dans une famille issue de la bourgeoisie de province. Il y a aussi l’humanité de François, le personnage principal, le « jeune soldat » du titre. Nous suivons dans ce roman sa rencontre dans des circonstances particulières avec une étrange famille et sa quête pour y trouver sa place.

Ce n’est peut-être pas son plus beau roman, mais Eric Jourdan nous parle de désir, d’amour, et de la peur de vieillir. Comme toujours, il le fait avec talent, passion, et un brin de provocation.

Le jeune soldat, Eric Jourdan

Fayard, ISBN 978-2-720-21527-8

Note : ★★★/☆☆☆☆☆

Livres & Romans

Au beau milieu des choses

Au beau milieu des choses
Au beau milieu des choses

Au beau milieu des choses est un recueil de nouvelles de Peter Cameron. C’est une succession de court récits qui permettent à l’auteur (et au lecteur) de réfléchir sur des thèmes comme le couple, le deuil, la famille ou la vieillesse. J’ai trouvé cela très agréable à lire et en même temps très riche, je me suis plusieurs fois arrêté à la fin d’un chapitre pour réfléchir sur les sujets abordés. Le seul bémol que je pourrais évoquer, c’est la fin souvent abrupte des récits, mais je pense que c’est voulu : l’histoire s’arrête souvent en queue de poisson, comme si l’auteur posait les fondations d’une situation sans vouloir la dénouer. C’est parfois frustrant mais l’ensemble est réussi.

Au beau milieu des choses, Peter Cameron

Rivages, ISBN 978-2-7436-1908-4

Note : ★★★★/☆☆☆☆☆