Comics & BD

Croquemitaines, Livre 1

J’ai découvert cette bande dessinée à la médiathèque, la couverture m’a tapé dans l’oeil et le résumé au dos m’a encore plus donné envie de lire ce premier album :

Les monstres, ça n’existe pas que dans la tête des enfants…

Passionné de lecture, Elliott a toujours eu une préférence pour les histoires de Croquemitaines, ces créatures monstrueuses qui, la nuit, se cachent dans l’ombre ou sous le lit pour effrayer les petits enfants. Il n’imagine pas à quel point elles vont changer sa vie… Témoin du meurtre sanglant de ses parents, il va découvrir qu’en réalité, les Croquemitaines existent bel et bien et que des codes très précis régissent leur existence. Lorsque l’un des plus puissants d’entre eux, le « Père-la-mort », se met en tête de le protéger, Elliott se retrouve plongé dans un terrible conflit au cœur d’un univers aussi terrifiant que fascinant dont il devient l’enjeu principal. Par une sombre nuit orageuse, le destin d’Elliott va s’accomplir…

Croquemitaines s’annonce comme un roman graphique en deux volumes, signé Mathieu Salvia au scénario et Djet pour les illustrations. Dès les premières pages le ton est donné : c’est un récit sombre mais tendre, avec un jeune garçon, grand lecteur et amateur d’histoires fantastiques comme celles des croquemitaines, qui retrouve son père assassiné dans la maison familiale. Il est alors sauvé par un vieux croquemitaine qui le prend sous sa protection. C’est leur fuite commune face à des créatures moins conciliantes que raconte ce premier album.

Le scénario est intelligent, la composition des pages est moderne (on retrouve notamment l’influence des comics américains avec des mises en page dynamiques et variant selon ce que l’auteur veut raconter) et les illustrations sont très jolies, en jouant parfaitement avec les couleurs.

J’ai adoré cet album, dévoré en moins d’une heure. J’ai très hâte de découvrir le deuxième volume, annoncé comme la suite et la fin de l’histoire. J’espère qu’il sera disponible à la médiathèque !


Croquemitaines, livre 1, Mathieu Salvia (scénario) & Jet (illustrations)

Note : ★★★★☆

Livres & Romans

La bête du Gévaudan

La bête du Gévaudan est un animal bien connu qui a fait couler beaucoup d’encre après avoir été à l’origine d’une vague d’attaques mortelles entre les étés 1964 et 1967 dans l’ancien pays du Gévaudan (qu’on peut assimiler à la Lozère actuelle).

Le mystère autour de cet animal, décrit comme un loup hors normes tant par sa taille et son intelligence, a traversé les siècles et a notamment inspiré le film Le Pacte des Loups en 2003. Plus loin de nous cependant, en 1858, l’écrivain Elie Berthet publiait un roman-feuilleton où il livrait sa propre vision imaginaire de l’histoire de la « bête de Gévaudan » et de la chasse pour délivrer le Gévaudan de ses attaques sanglantes.

C’est ce roman du XIX° siècle, d’abord publié sous forme de feuilleton dans un journal, avant d’être publié en format relié, qui est réédité cette année par Libretto. J’ai eu la chance de pouvoir découvrir cette nouvelle édition grâce à NetGalley.fr, sans savoir d’ailleurs à l’origine qu’il s’agissait d’une réédition d’un roman du XIX° siècle.

Entre le 30 juin 1764 et le 19 juin 1767, une bête sème la terreur dans la France paysanne de la région du Gévaudan (qui correspond globalement à l’actuel département de la Lozère).

L’histoire de la « Bête du Gévaudan » dépassera très rapidement le fait divers et donnera naissance à toutes sortes de superstitions et de récits horrifiques. Le pouvoir royal enverra des troupes pour éliminer cette bête et mettre un terme à toutes les interprétations.

Car la créature tue et déchiquette hommes, femmes, enfants. On lui attribue une centaine de meurtres dont on ne sait si leur auteur est un loup, un chien, une hyène … un loup-garou, peut-être ? La rumeur s’emballe …

Dès le début du roman, une évidence : nous sommes bien face à un roman-feuilleton, un roman populaire avec son cadre typique, ses personnages marqués et son récit enlevé. J’avoue que cela m’a plu dès le début. Certains personnages sont sympathiques d’emblée, d’autres nettement plus antipathiques, mais cela fait partie du charme de ce genre littéraire.

Ce qui m’a beaucoup plu également, c’est que la chasse de la bête de Gévaudan ne prend pas toute la place dans le roman : au contraire le récit est principalement centré sur une histoires de rivalité et de lutte pour un héritage entre un noble désargenté protestant et un moine catholique influent. Entre les deux, on trouvé évidemment deux jeunes gens destinés à s’aimer : la jeune noble rebelle et le roturier sans le sou élevé au monastère de son oncle. S’ajoutent à cela une galerie de personnages secondaires qui ne brillent pas par leur originalité mais complètent parfaitement le tableau et jouent efficacement leur rôle dans le récit.

Ce qui marque en effet, c’est l’efficacité du récit. C’est du roman-feuilleton digne de ce nom : rythmé, captivant du début à la fin, malgré des ficelles un peu grossières par moment. J’ai ainsi deviné très rapidement le « grand secret », confirmé par la révélation sans surprise à la fin du roman. Ce n’est pas un défaut, car c’est exécuté avec brio et dans un style prenant. On n’est pas surpris, mais on joue le jeu avec plaisir car c’est fait avec talent et conviction.

J’ai aussi aimé le cadre historique du roman : s’il a été écrit en 1858, le récit se déroule un siècle plus tôt, dans les années 1764-1767. Les guerres de religion sont pourtant terminées depuis plus d’un siècle et demi mais la question religieuse reste vive : les protestants, ou anciens protestants abjurés, sont toujours soupçonnés de tous les maux, et eux-mêmes vivent mal la domination et l’influence de l’Eglise catholique.

Pour conclure, je dois vous dire que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman, certes long (528 pages) mais passionnant du début à la fin. Je ne peux que vous encourager à le lire si vous aimez l’Histoire et les récits historiques captivants et intelligents. Cette nouvelle édition par Libretto est l’occasion parfaite pour découvrir cette version fictive du mythe de la bête du Gévaudan.


La bête du Gévaudan, Elie Berthet

Note : ★★★★☆

Comics & BD

Heartstopper (volume 1)

Heartstopper est d’abord un webcomic, une série de comics, publié sur Internet depuis 2016 et que l’on doit à la britannique Alice Oseman. Un premier volume a été compilé à partir des premiers chapitres, ce qui donne tout de même un album de près de 300 pages, publié début février 2019.

Boy meets boy. Boys become friends. Boys fall in love. An LGBTQ+ graphic novel about life, love, and everything that happens in between – for fans of The Art of Being Normal, Holly Bourne and Love, Simon.

Charlie and Nick are at the same school, but they’ve never met … until one day when they’re made to sit together. They quickly become friends, and soon Charlie is falling hard for Nick, even though he doesn’t think he has a chance. 

But love works in surprising ways, and Nick is more interested in Charlie than either of them realised.

Heartstopper is about love, friendship, loyalty and mental illness. It encompasses all the small stories of Nick and Charlie’s lives that together make up something larger, which speaks to all of us. 

‘The queer graphic novel we wished we had at high school.’ Gay Times

This is the first volume of Heartstopper, with more to come.


On est un peu, voire beaucoup, dans le même esprit que pour Bloom que j’ai lu juste avant et dont je parlais justement hier : le récit est centré sur la rencontre et la relation naissante – amicale ou amoureuse – entre deux garçons adolescents (anglais ici, alors que l’action se déroulait aux Etats-Unis dans Bloom)

La construction est classique, notamment sur la définition des deux personnages principaux : Charlie est un garçon plutôt timide, peu intéressé par le sport, connu comme gay et qui est d’ailleurs embarqué dans une relation secrète avec un de ses camarades ; Nick est un sportif populaire qui traine avec un groupe d’amis qui a plutôt tendance à se moquer de Charlie.

Derrière ces stéréotypes et ce point de départ classique, on trouve tout de même un récit sympathique servi par des dessins simples mais efficaces et surtout totalement en phase avec le ton du récit. J’ai souri plusieurs fois en lisant cette jolie histoire d’amitié et peut-être d’amour. Les sentiments naissants de Charlie pour Nick sont craquants, et le trouble ressenti par Nick qui s’interroge sur sa sexualité est décrit avec beaucoup de justesse.

J’ai passé un très bon moment de lecture avec cet album vraiment sympathique. Je n’ai pas été surpris par le récit, mais ça m’a bien plu et c’est bien l’essentiel. Le deuxième volume est annoncé pour le mois de juillet et je dois dire que je suis plutôt impatient de découvrir la suite des aventures de Charlie et Nick, d’autant que le premier s’achève sur un cliffhanger qui appelle forcément une suite.


Heartstopper (volume 1), Alice Oseman

Note : ★★★★☆

Comics & BD

Bloom

Bloom est un roman graphique tout récent, puisqu’il a été publié fin janvier 2019 par First Second. Il est signé Kevin Panetta au scénario et Savanna Ganucheau au dessin. Je ne sais plus exactement dans quelles circonstances j’en ai entendu parler mais le résumé m’avait tout de suite donné envie de le lire et je n’ai pas résisté longtemps avant de l’acheter :

Now that high school is over, Ari is dying to move to the big city with his ultra-hip band—if he can just persuade his dad to let him quit his job at their struggling family bakery. Though he loved working there as a kid, Ari cannot fathom a life wasting away over rising dough and hot ovens. But while interviewing candidates for his replacement, Ari meets Hector, an easygoing guy who loves baking as much as Ari wants to escape it. As they become closer over batches of bread, love is ready to bloom . . . that is, if Ari doesn’t ruin everything.

Writer Kevin Panetta and artist Savanna Ganucheau concoct a delicious recipe of intricately illustrated baking scenes and blushing young love, in which the choices we make can have terrible consequences, but the people who love us can help us grow.

Ari rêve de quitter à la fois la ville où il a grandi et la boulangerie-pâtisserie de ses parents où il doit régulièrement les aider. Son père aimerait d’ailleurs qu’Ari reste les aider encore longtemps et reprenne l’enseigne quand son épouse et lui prendront leur retraite. Cela ne fait pas vraiment partie des projets d’Ari, qui envisage plutôt de partir vivre à Baltimore avec ses amis avec lesquels il forme un groupe de musique. Il se met donc à la recherche d’un remplaçant qui pourra aider ses parents à la boulangerie quand lui-même sera parti. Il rencontre ainsi Hector, qui vient d’arriver en ville pour s’occuper de la maison de sa grand-mère récemment décédée, et qui se trouve être passionné de cuisine. C’est alors le début d’une belle histoire d’amitié, voire plus si affinités …

J’ai adoré cette bande dessinée dès les premières pages. Le dessin est joli et colle parfaitement à l’ambiance douce et tendre du récit. Les personnages sont sympathiques et attachants, on les reconnait tout de suite grâce au coup de crayon de Savanna Ganucheau (ce qui n’est pas toujours le cas dans certains romans graphiques récents). Quant au scénario de Kevin Panetta, il est sans grande surprise mais très plaisant à suivre.

Il y a beaucoup de tendresse et de bons sentiments dans ce roman graphique, et ce qui est remarquable c’est que cela passe autant par le texte que par les illustrations. A noter également pour les amateurs de cuisine, de boulangerie et/ou de pâtisserie : il y a de très belles planches où les personnages confectionnent divers pains et autres gâteaux plus appétissants les uns que les autres.

Le livre fait près de 370 pages mais je ne l’ai pas vu passer, tellement j’étais enchanté et emporté par les aventures culinaires, amicales et sentimentales d’Ari, Hector, et leurs amis. L’adjectif auquel je pense instinctivement en sortant de cette lecture c’est ‘cute’, ou mignon dans la langue de Molière, il représente parfaitement l’ambiance de cette histoire très joliment racontée.


Bloom, Kevin Panetta (scénario) & Savanna Ganucheau (illustrations)

Note : ★★★★☆

Livres & Romans

L’Appel de Cthulhu

L’Appel de Cthulhu est le texte le plus connu de l’auteur américain H.P. Lovecraft. Si de son vivant celui-ci n’a publié ses textes que dans des revues bon marché, il est désormais considéré comme l’un des maîtres de la littérature d’horreur et de fantastique au XX° siècle.

Ses textes évoquent et invoquent des entités cosmiques dont la présence cachée et la monstruosité rendent fous ceux qui découvrent leur existence. Parmi ces monstres, Cthulhu est certainement le plus connu.

L’Appel de Cthulhu est une nouvelle écrite en 1926 et publiée pour la première fois en 1928 dans la revue Weird Tales. L’ouvrage dont je vais vous parler aujourd’hui est une édition illustrée par François Baranger à partir de la traduction française par Maxime Le Dain, elle a été publiée en 2018 chez Bragelonne.

Boston, 1926. Suite au décès, dans des circonstances étranges, de son grand-oncle, Francis Thurston découvre dans les documents dont il hérite l’existence d’une secte vouant un culte à une créature innommable, endormie depuis des millions d’années.

Sacrifices indicibles pratiqués dans les bayous de Louisiane, meurtres mystérieux perpétrés dans divers endroits du globe, artistes sombrant dans la démence après des visions nocturnes terrifiantes, renaissance de cultes ancestraux et surtout, une cité cyclopéenne surgissant de l’océan lors d’une tempête… Thurston va comprendre peu à peu que les recherches de son grand-oncle concernant le culte de Cthulhu étaient bien trop proches de la vérité et que, dans l’ombre, des adeptes œuvrent au réveil de leur dieu païen, prêts à faire déferler la folie et la destruction sur le monde.

Les astres sont alignés. La fin est-elle proche ?

Je connaissais de loin l’oeuvre de Lovecraft mais je n’avais jamais lu aucun texte de cet auteur. J’ai donc découvert le texte de L’Appel de Cthulhu avec cette édition illustrée. Je ne saurai donc jamais ce que j’aurais pensé de cette nouvelle sans les magnifiques illustrations de François Baranger. Aurait-elle eu le même effet immersif sur moi si je n’avais pas pu admirer la vision de l’illustrateur ?

Toujours est-il que j’ai été totalement charmé par cette oeuvre, tant par le texte que par ses illustrations. L’ensemble est magnifique et parfaitement complémentaire. Je dois dire que le crayon et les couleurs de François Baranger apportent une ambiance à la fois inquiétant et épique à un texte qui ne demande que cela.

J’ai vraiment adoré cet ouvrage, qui n’est ni une simple nouvelle ni une bande dessinée, mais une oeuvre de fiction parfaitement écrite et magnifiquement illustrée. Le mélange parfait de deux arts pour nous plonger dans une ambiance horrifique savamment entretenue par le texte et les illustrations.


L’Appel de Cthulhu, H.P. Lovecraft (texte) & François Baranger (illustrations)

Note : ★★★★★

Comics & BD

Detective Comics : 80 Years of Batman

Ce pavé de plus de 400 pages est l’album spécial proposé par Detective Comics pour célébrer les 80 ans de Batman. Le super-héros au costume de chauve-souris est clairement mon personnage préféré parmi tous les héros de comics, et en particulier son duo avec Robin, l’appel de cet album était donc trop fort pour que j’y résiste.

Detective Comics featured DC’s first masked adventurer and went on to give the company its name (from Detective Comics Inc.) and the only character to dominate American popular culture three separate times, each a generation apart: Batman.

Join DC to celebrate the 80th anniversary and 1,000th issue of one of the most important publications ever, Detective Comics. Over the past eight decades, Batman has remained at the forefront of popular culture, which is in no small part because of this comic book series that is synonymous with the Dark Knight! Celebrate Detective Comics with DC, as we revisit classic stories from comics from the 1930s onward, featuring some of Batman’s greatest allies and villains and work from some of the greatest creators ever to grace the graphic-literature medium!

With a new cover by DC publisher and chief creative officer Jim Lee. Curated by guest editor Paul Levitz, it features reprints of the Dark Knight’s most memorable adventures, from his first appearance to the debuts of Robin, Batwoman, Bat-Mite and Batgirl, as well as villains including Two-Face, the Riddler, Clayface, Man-Bat and more. This hardcover also spotlights crime-fighters including Slam Bradley, Air Wave, the Boy Commandos, the Martian Manhunter and the 1970s Manhunter, Paul Kirk!

And, published for the first time anywhere: a new tale of a traumatic early moment in Bruce Wayne’s life written by Paul Levitz with art by Denys Cowan and Bill Sienkiewicz, and an extraordinary look at a long-ago work in progress—the original layouts for the Batman tale from DETECTIVE COMICS #200, as illustrated by Lew Sayre Schwartz (and signed “Bob Kane”). As if that’s not enough, this volume includes essays on Batman from contributors including Cory Doctorow, Neil Gaiman, Glen David Gold, Dennis O’Neil, former San Diego police chief Shelley Zimmerman and pulp historian Anthony Tollin. 

This is sure to be the celebration of the year!

L’album alterne des textes de deux à trois pages par des auteurs ou des amoureux de Batman, et la reprise de comics au fil de l’histoire. On peut ainsi relire les aventures du Crimson Avenger, en quelque sorte l’ancêtre de Batman, publiées en 1938 puis l’apparition de Batman en 1939. L’album propose ensuite les premières apparitions de plus figures emblématiques : Robin, Two-Face, Batwoman, Batgirl, The Riddler, etc.

La première moitié de l’album m’a bien plu, j’ai découvert des histoires que je ne connaissais pas et j’ai trouvé ça plutôt plaisant. La seconde moitié m’a moins intéressé, d’autant que les histoires choisies ne m’ont pas semblé être les plus représentatives ou les plus fortes de l’histoire récente de Batman. Pas de trace des grands arcs comme Death in the Family, The Long Halloween, ou Hush.

Pire encore, je ne crois pas avoir vu d’histoires avec le Pingouin, Ra’s Al Ghul ni avec le Joker, pourtant l’adversaire emblématique de Batman. Je regrette également que les incarnations successives de Robin n’aient pas été évoquées.

Au final, je suis assez mitigé après avoir terminé cet album. Ce qui devait être une célébration des 80 ans de Batman m’a finalement semblé trop terne pour atteindre totalement l’objectif. Batman méritait mieux, clairement …


Detective Comics : 80 Years of Batman

Note : ★★★☆☆

Livres & Romans

Orphelins 88

Orphelins 88 est le dernier roman en date de Sarah Cohen-Scali, une auteur(e?) que j’avais découvert avec son grand succès Max paru en 2012. Dans ce nouveau roman publié en septembre dernier, elle reprend un cadre historique passionnant qui avait déjà fait la particularité et le succès de Max. Après avoir suivi l’enfance d’un enfant conçu dans le cadre du programme Lebensborn, l’auteur nous parle cette fois d’un garçon enlevé à ses parents pour être éduqué comme un « parfait petit aryen » dans le cadre du même programme.

Munich, juillet 1945. Un garçon erre parmi les décombres…

Qui est-il ? Quel âge a-t-il ? D’où vient-il ? Il n’en sait rien. Il a oublié jusqu’à son nom. Les Alliés le baptisent  » Josh  » et l’envoient dans un orphelinat où Ida, directrice dévouée, et Wally, jeune soldat noir américain en butte au racisme de ses supérieurs, vont l’aider à lever le voile de son amnésie.

Dans une Europe libérée mais toujours à feu et à sang, Josh et les nombreux autres orphelins de la guerre devront panser leurs blessures tout en empruntant le douloureux chemin des migrants. Si ces adolescents sont des survivants, ils sont avant tout vivants, animés d’un espoir farouche et d’une intense rage de vivre.

Un roman saisissant qui éclaire un pan méconnu de l’après- Seconde Guerre mondiale et les drames liés au programme eugéniste des nazis, le Lebensborn.

Le personnage principal, renommé Josh car il ne souvient pas de sa véritable identité, est plutôt sympathique, parfois touchant et souvent drôle. Il m’a parfois semblé un peu mature pour son âge (estimé entre 11 et 12 ans par le médecin qui l’examine au début du roman) mais c’est peut-être après tout un effet crédible de ce qu’il a vécu pendant la guerre. Les personnages secondaires m’ont peut-être moins intéressé, sans que cela me gêne outre mesure.

Après avoir lu un bon quart du roman, je le trouvais passionnant et agréable à lire, mais j’avais un peu peur pour la suite, dans le sens où je me demandais ce qu’il restait à raconter et quelles surprises l’auteur nous réservait. Mon pressentiment s’est en partie réalisé car si le récit est prenant, il arrive un moment où il tourne en rond. Bizarrement, il reste rythmé et intéressant, c’est assez difficile à expliquer. C’est peut-être un effet narratif volontaire pour montrer l’éternel recommencement de la recherche de son passé et de sa famille par Josh.

L’auteur nous parle évidemment du programme Lebensborn, mais aussi du sort des Juifs dans l’après-guerre, de l’antisémitisme toujours présent chez les allemands, les polonais et les russes, mais aussi – et c’est peut-être plus inattendu – du racisme dans l’armée américaine, à travers le personnage de Wally, le GI noir avec lequel Josh sympathise. A ce propos, j’ai bien aimé la réaction de surprise de Josh quand Wally lui raconte la ségrégation raciale encore fortement ancrée aux Etats-Unis alors que les américains viennent « réapprendre » la démocratie aux allemands après douze ans de nazisme au pouvoir.

Au final, Orphelins 88 est une fiction historique très réussie, bien ficelée, sur un sujet complexe mais passionnant. S’il présente quelques défauts, ce roman est tout de même très agréable à lire et m’a beaucoup plu.


Orphelins 88, Sarah Cohen-Scali

Note : ★★★★☆