Livres & Romans

The Expanse – 4. Cibola Burn

Cibola Burn est le quatrième volume de de la saga de science-fiction The Expanse signée James S.A. Corey, le nom de plume du duo composé des auteurs Daniel Abraham et Ty Franck.

Il s’agit du roman qui sert de base à la quatrième saison, annoncée pour le 13 décembre prochain, de la série TV tirée de cette saga. J’ai donc découvert ce roman sans en connaitre à l’avance l’essentiel de l’intrigue, contrairement aux trois premiers tomes que j’ai lus en ayant déjà vu leur adaptation pour le petit écran.

L’intrigue tourne autour de la colonisation de New Terra, la première planète habitable découverte suite à l’ouverture des anneaux interstellaires à la fin du précédent roman. Une première vague de colons, des réfugiés de Ganymède qui ont erré de longs mois dans le système solaire pour être accueilli, en vain, afin de décider de s’installer sur New Terra quand l’existence de cette planète habitable a été installée. Depuis, une corporation a obtenu une concession des Nations Unies pour coloniser la planète et exploiter ses ressources naturelles.

Comme d’habitude avec The Expanse, ce roman se compose d’une cinquantaine de chapitres d’une dizaine de pages chacun, avec des personnages différents offrant autant de points de vue sur le récit :

  • Basia Merton est un réfugié de Ganymède, membre du groupe des premiers colons sur sur New Terra, ou Ilus comme ils l’appellent ; avec son groupe d’amis, il refuse l’arrivée imminente de la corporation
  • Elvi Okoye est une scientifique faisant partie de l’équipe envoyée par la corporation sur New Terra pour étudier la faune et la flore locale en vue de coloniser la planète
  • Dmitri Havelock est le chef adjoint de la sécurité à bord du vaisseau de la corporation qui arrive en orbite de New Terra
  • Evidemment, on retrouve une fois de plus James Holden, cette fois mandaté conjointement par les Nations Unies et l’OPA pour une mission de médiation afin d’éviter que la situation ne dégénère sur New Terra entre les premiers colons et les nouveaux arrivants
  • Enfin, quelques chapitres, plus courts, donnent la parole à Joe Miller, ou plutôt l’avatar du défunt détective, tel qu’il a été recréé par la proto-molécule pour dialoguer avec Holden

Ce qui m’a d’abord plu dans ce roman, en plus de son thème qui me semblait prometteur, c’est que certains protagonistes ont des liens avec des personnages rencontrés dans les tomes précédents. Ainsi, Basia était un ami de Prax dans le deuxième tome, nous avions alors eu l’occasion de le rencontrer brièvement, avec la mort de son fils dans la laboratoire secret où était également détenu la fille de Prax. Havelock était quant à lui le partenaire de Joe Miller quand celui-ci travaillait encore pour Star Helix sur Ceres. Ce sont des rappels qui font plaisir quand on suit une saga comme The Expanse avec une multitude de personnages qu’on suit le temps d’un roman mais qu’on abandonne parfois sans les revoir.

Malgré ce point plutôt sympathique, je dois dire que j’ai eu un peu de mal à entrer dans le roman. Alors que j’en étais à la moitié, je me disais que c’était plaisant à lire mais que ça trainait un peu en longueur. J’espérais que la deuxième moitié serait à la hauteur des promesses à la fin du tome précédent.

Malheureusement, la suite ne m’a pas plus enchanté, et le roman m’a globalement déçu.

J’ai notamment trouvé que l’antagoniste principal, dont on devine d’ailleurs très vite qu’il le sera quand on le rencontre, est stéréotypé. C’est le chef de la sécurité de l’expédition lancée par la corporation, il représente le symbole de l’avidité sans fin des multinationales qui négligent volontairement l’impact humain de leurs choix, mais c’est fait sans nuance, le personnage ne semble être présent que pour sa fonction et n’existe pas vraiment en tant qu’être humain.

J’ai également eu l’impression que les auteurs ne savaient pas trop quoi faire de certains personnages secondaires. C’est particulièrement le cas de l’équipage du Roccinante, le vaisseau de James Holden. Si Naomi a droit à une certaine place dans le récit, avec un peu d’action, Amos et surtout Alex, le pilote, font plutôt de la figuration et leur présence n’apporte pas grand chose au récit. Ils m’ont semblé être comme des bagages que les auteurs étaient contraints de faire apparaître sans savoir comment les utiliser. 

J’ai tout de même admiré la capacité des auteurs à disperser les personnages à plusieurs endroits pour nous faire vivre l’action depuis différents points de vue, en faisant rebondir le récit d’un chapitre à l’autre et en limitant les angles morts. La gestion du rythme et du suspense est toujours aussi bonne, même si j’imagine que cette construction très américaine du roman peut gêner certains tant elle semble artificielle.

J’ai aussi apprécié les thèmes abordés par les auteurs, même s’ils sont si nombreux qu’on a parfois du mal à comprendre de quoi ils veulent vraiment nous parler. Cela commence comme un roman sur la colonisation, la nouvelle frontière, l’impérialisme, le terrorisme, puis on bascule dans le thriller médical avec des organismes locaux qui menacent les colons, avant de revenir au coeur de la saga : la découverte de la technologie dont la proto-molécule est issue, et ses effets le destin de l’espèce humaine. Tout est plutôt bon, mais l’ensemble manque un peu de cohérence.

Enfin, j’ai beaucoup aimé l’épilogue, qui reprend un peu de recul par rapport au récit sur Ilus / New Terra et permet d’espérer une suite plus palpitante.

Mon impression après avoir refermé ce livre est donc mitigée : cela reste bon, mais à mes yeux ce n’est clairement pas du même niveau que les précédents volumes. Pour moi, c’est sans hésitation le moins bon des quatre premiers tomes de The Expanse. J’espère que le prochain, le cinquième de la série, saura m’émerveiller à nouveau.


The Expanse – 4. Cibola Burn, James S.A. Corey

Note : ★★★☆☆

Comics & BD

Lectures BD en vrac #2

Un peu moins d’un an après un billet du même type, je reviens vous parler de quelques BD lues récemment grâce au choix éclairé et diversifié de ma médiathèque préférée.


Quelques jours ensemble, Fanny Montgermont & Alcante

Une jolie bande dessinée sur la paternité, la maladie et la différence.

Xavier, la trentaine, patron d’une société d’infographie et coureur de jupons, est recontacté par Natacha, son ex qu’il a quittée quand ils avaient vingt ans. Atteinte d’un cancer pour lequel elle va être hospitalisée, il lui demande de s’occuper quelques jours de Julien, son fils de treize ans. Son fils, à elle, mais aussi à lui, bien qu’il en ignorait l’existence jusque là. Premier choc pour Xavier.

Deuxième choc quand il rencontre son fils : Julien est atteint d’une maladie qui provoque son vieillissement accéléré. Âgé de treize ans, Julien a l’apparence, et la fragilité cardiaque, d’un vieillard.

Cette BD nous propose donc une rencontre inattendue entre un père immature et franchement antipathique, et un fils forcé de mûrir plus vite que ses camarades. C’est un face-à-face dont Xavier ne sortira pas forcément inchangé.

Le dessin n’est pas forcément à mon goût, mais il fonctionne bien avec le récit. Celui-ci est sans grande surprise, efficace et sachant aborder des sujets difficiles. Cela donne une bande dessinée réussie, même s’il m’a manqué un petit quelque chose pour être totalement séduit.

Note : ★★★☆☆


Robin des Bois, Thomas Frisano, Pierre Boisserie, Héloret

Une adaptation en bande dessinée des aventures de Robin des Bois et de ses camarades. L’angle choisi est de commencer par nous raconter l’enfance des trois « bâtards » : Robin, Petit-Jean et Will, avant d’entrer véritablement dans le récit classique de la résistance de la bande de Sherwood contre les abus du Shérif de Nottingham et du Prince Jean. C’est plutôt plaisant à lire, surtout pour moi qui ai toujours adoré la figure de Robin des Bois.

Note : ★★★☆☆


Gatsby le magnifique, Stéphane Melchior-Durand

Je n’ai jamais lu le roman de F. Scott Fitzgerald, j’ai donc découvert l’histoire de Gatsby le magnifique avec cette adaptation en bande dessinée parue chez Gallimard BD.

Les dessins ne sont pas forcément à mon goût, surtout les visages des personnages que j’ai parfois confondus, notamment Gatsby et le narrateur Nick.

Le récit est intéressant et assez prenant, même si j’ai eu du mal à comprendre où tout cela nous menait et surtout quel est le propos de l’auteur : de quoi veut-il nous parler finalement ?

Peut-être le roman est-il plus réussi et mérite-t-il toutes les louanges entendues à son propos. Quant à celle adaptation en bande dessinée, elle se laisse lire mais je ne suis pas certain d’en garder un souvenir impérissable.

Note : ★★★☆☆


La partition de Flintham, Barbara Baldi

Une très jolie bande dessinée traduite de l’italien, qui nous plonge dans l’Angleterre du milieu du XIXème siècle où des jeunes filles, Clara et Olivia, se déchirent après la mort de leur grand-mère qui lègue à l’une le domaine familial et son manoir, à l’autre son patrimoine financier. Vexée, Olivia part à Londres avec la fortune dont elle a hérité, tandis que Clara, sans le sou, reste au domaine où elle doit entretenir le manoir.

Si le récit n’est pas vraiment surprenant, il est parfaitement servi voire sublimé par les magnifiques dessins. Le trait et les couleurs nous plongent réellement dans l’atmosphère du XIXème siècle anglais.

Cette bande dessinée est une jolie découverte et une belle réussite.

Note : ★★★★☆


Animabilis, Thierry Murat

Une bande dessinée assez étrange qui se déroule dans l’Angleterre de la deuxième moitié du XIXème siècle, où un jeune journaliste français vient enquêter sur une affaire de massacres plus ou moins ésotériques dont raffole le lectorat du journal parisien qui l’emploie.

Les dessins sont splendides et en parfait accord avec l’ambiance de l’histoire. Le récit m’a semblé un peu brouillon, mêlant enquête, mythes celtiques, religion et poésie. Difficile de s’y retrouver dans tout cela et de comprendre ce que l’auteur a voulu nous raconter.

Note : ★★★☆☆


Corps sonores, Julie Maroh

Une très jolie bande dessinée québécoise, composée de 21 histoires courtes sur le thème de l’amour : rencontres, disputes, doutes, pauses, ruptures, deuils, etc.

C’est finement écrit, joliment illustré, et l’ensemble est plutôt touchant. Le point marquant c’est la diversité des couples et des personnages : hétéros, gays, lesbiennes, trans, polyamoureux , handicapés, etc. Ça change, et c’est bienvenu de montrer l’amour sous toutes ses formes.

Note : ★★★★☆


Millenium – 1. Les hommes qui n’aimaient pas les femmes, Sylvain Runberg & Homs

L’adaptation en bande dessinée du best-seller de Stieg Larsson : un polar scandinave qui fonctionne très bien, mais que je suis plutôt content d’avoir pu découvrir dans un album de BD en 130 pages plutôt que de devoir passer par la longue lecture d’un roman plus épais et son suspense savamment étiré.

Note : ★★★★☆


Les mille et une vies des urgences, Dominique Marmoux & Baptiste Beaulieu

Une très belle adaptation en bande dessinée du livre de Baptiste Beaulieu, lui même basé sur le blog où il racontait son quotidien de médecin aux Urgences.

Au début j’ai trouvé le dessin de Dominique Mermoux un peu trop léger ou flou, mais sur la durée j’ai trouvé qu’il a accompagnait très bien les histoires de Baptiste Beaulieu.

Voici une BD dont la qualité se dévoile progressivement. Cela commence comme une série d’anecdotes parfois drôles, parfois émouvantes, parfois les deux à la fois. Cela finit comme une belle leçon d’humanité, les yeux humides.

Note : ★★★★★


Castro, Reinhard Kleist

Une bande dessinée passionnante sur la vie de Fidel Castro.

On suit l’histoire de la révolution cubaine : l’enthousiasme des débuts, la transformation d’une révolution de libération populaire en une révolution communiste, les relations plus que difficiles avec le voisin impériale américain, le durcissement progression du régime en une dictature refusant la critique et muselant notamment les intellectuels, les effets de l’embargo commercial et l’appauvrissement de la population, et enfin la sécession entre Fidel Castro et son frère Raúl.

C’est une formidable leçon d’histoire en bande dessinée, le format idéal pour donner vie aux personnalités qui ont écrit cette Histoire : Fidel Castro bien sûr, mais aussi le « Che ».

Note : ★★★★★

Livres & Romans

The Expanse – 3. Abaddon’s Gate

Abaddon’s Gate est le troisième volume de de la saga de science-fiction The Expanse signée James S.A. Corey, le nom de plume du duo composé des auteurs Daniel Abraham et Ty Franck. A ce jour, il s’agit du dernier roman adapté dans la série TV tirée de cette saga, les trois premières saisons diffusées couvrant globalement les trois premiers romans du cycle.

Le récit reprend là où Caliban’s War, le précédent volume, s’achevait :

For generations, the solar system – Mars, the Moon, the Asteroid Belt – was humanity’s great frontier. Until now. The alien artefact working through its program under the clouds of Venus has emerged to build a massive structure outside the orbit of Uranus: a gate that leads into a starless dark.

Jim Holden and the crew of the Rocinante are part of a vast flotilla of scientific and military ships going out to examine the artefact. But behind the scenes, a complex plot is unfolding, with the destruction of Holden at its core. As the emissaries of the human race try to find whether the gate is an opportunity or a threat, the greatest danger is the one they brought with them.

Comme dans le volume précédent, les auteurs nous proposent de suivre le récit à travers le point de vue de quatre personnages différents, mais hormis James Holden qui reste le protagoniste principal depuis le début de la saga, les trois autres personnages que nous suivons sont différents de ceux du tome précédent :

  • « Melba » se présente comme une technicienne à bord d’un vaisseau des Nations Unies en route vers l’Anneau, mais derrière cette identifié fictive se cache en réalité Clarissa Mao, la soeur cadette de Julie Mao et la fille de Jules-Pierre Mao, tombé en disgrâce après les événements du deuxième tome, que Clarissa veut venger en tuant Holden et son équipage
  • Bull est un ancien militaire des Nations Unies auprès de Fred Johnson, qu’il a ensuite rejoint au sein de l’OPA ; il est désormais chef de la sécurité à bord du Behemoth, l’immense vaisseau générationnel construit par l’OPA pour les Mormons, reconverti en vaisseau de guerre en route vers l’Anneau pour « représenter les intérêts » de l’OPA face aux puissances « coloniales » terriennes et martiennes
  • Anna est pasteur de l’Eglise méthodiste, elle est originaire de Russie et membre de la délégation civile qui approche l’Anneau à bord d’un vaisseau des Nations Unies ; elle a laissé sur Terre son épouse et leur jeune fillette âgée de moins de deux ans
  • Quant à James Holden, il est toujours capitaine du Roccinante, son vaisseau « emprunté » à l’armée martienne, toujours attaché à son équipage formé du pilote Alex, du mécanicien Amos et surtout de son officière en second, l’ingénieur Naomi ; depuis la fin du deuxième tome, il est également « hanté » par d’étranges apparitions du détective Joe Miller, mort à la fin du premier roman mais réapparu « comme par magie » par l’intermédiaire de la protomolécule

Nous avons à nouveau des personnages variés qui offrent des points de vue différents sur l’histoire qui se déroule au fil des plus de cinq cent pages du roman.

Je dois avouer que certaines personnages m’attiraient plus que d’autres : Holden a parfois tendance à m’agacer par son côté boy-scout, et le personnage d’Anna, qui nous parle beaucoup de sa foi, n’avait pas forcément grand chose pour me plaire. Les chapitres où Bull s’exprime étaient clairement mes préférés au début, avec les luttes de pouvoir au sein du Behemoth. Finalement, tous les personnages apportent quelque chose au récit et j’ai même suivi avec beaucoup d’intérêt ceux d’Anna, en particulier l’épilogue où elle conclut magnifiquement le roman.

Je dois noter un point que j’ai beaucoup apprécié : c’était déjà le cas dans le volume précédent, et contrairement à certains romans de SF ou de fantasy, l’auteur n’attend pas les derniers chapitres du roman pour qu’il se passe réellement quelque chose, pour que le récit avance vraiment.Dès le milieu du livre, il y a des scènes ayant un impact fort et des enjeux importants, telles qu’on les rencontre parfois dans les cinquante dernières pages d’un roman. Pas de tel artifice ici : l’intrigue avance, on n’a pas l’impression de lire 300 pages de progression un peu laborieuse vers un climax tant attendu.

Le rythme est bien géré, avec des moments où le rythme s’accélère et d’autres où le souffle retombe. Les auteurs gèrent très bien ces changements de rythme pour proposer un roman où les événements s’enchainent parfaitement, avec le bon compromis entre un récit haletant et des moments pour réfléchir et s’interroger sur les thèmes évoqués dans le livre.

Un bémol, toutefois, qui m’a particulièrement marqué dans ce troisième tome : une tendance des auteurs à tuer des personnages secondaires pour montrer que leur récit est sombre, que le danger est omniprésent et que personne n’est à l’abri d’une balle … sauf les personnages principaux que l’on suit depuis le début de la saga. J’ai parfois eu l’impression que les auteurs sacrifiaient des personnages secondaires que l’on avait suffisamment croisé pour s’y attacher et que leur mort ait un impact émotionnel sur le lecteur, mais sans oser s’attaquer aux personnages principaux, trop souvent intouchables dans ce genre de romans.

Ce travers n’enlève cependant rien à la grande qualité de ce roman, sans doute mon préféré des trois premiers volumes du cycle. Il y a de l’action, des personnages mémorables, des enjeux forts, et des interrogations intelligentes sur l’humanité et son avenir. La fin change beaucoup de choses, élargit encore les enjeux de la saga, et promet une évolution significative dans les prochains tomes, j’ai déjà hâte de découvrir cela dans le quatrième volume : Cibola Burn.


The Expanse – 3. Abaddon’s Gate, James S.A. Corey

Note : ★★★★★

Livres & Romans

La France des Lumières (1715-1789)

Entre l’apogée de la monarchie absolue dans le tome précédent et le suivant sur la Révolution et l’Empire que je suis impatient de lire, je n’attendais pas grand chose de ce huitième volume de la collection Histoire de France éditée par Belin sous la direction de Joël Cornette.

Sous le titre La France des Lumières, il couvre la période de 1715 à 1789 : il commence à la mort de Louis XIV, relate le règne de Louis XV puis les quinze premières années de celui de Louis XVI, et s’achève à la veille de la convocation des États-Généraux.

J’avais donc peu d’attentes sur ce volume, consacré à une période que je connaissais très mal et qui me semblait manquer d’intérêt, entre deux périodes plus palpitantes. En réalité, j’ai été passionné du début à la fin.

L’auteur, Pierre-Yves Beaurepaire, prend le temps de raconter les événements, de les expliquer, de les placer dans leur contexte, et de les illustrer avec une documentation riche et parfois inédite.

J’ai ainsi eu l’occasion de découvrir ou de redécouvrir une période historique rendue d’autant plus passionnante par un plan qui m’a semblé parfaitement construit :

Dans un premier court chapitre, l’auteur prend le temps de présenter l’état de La France à la mort de Louis XIV, d’un point de vue politique, militaire, financier, social et religieux.

Les deux chapitres suivants commencent le récit historique, avec La Régence de Philippe d’Orléans puis Les années Fleury, du nom du principal conseiller de Louis XV à sa majorité.

Suivent des chapitres qui alternent la progression du récit historique et le traitement de thématiques spécifiques.

Du côté des chapitres classiques poursuivant le récit historique, on trouve :

  • Au Mitan du siècle, avec notamment la défaite française lors de la guerre de Sept ans
  • L’autorité royale en question avec le sacrifice des jésuites et la fronde des parlements et les tentatives réformatrices
  • Des années Turgot au tribunal de l’opinion sur le débat du règne de Louis XVI, les dernières tentatives réformatrices, et ses reculs, avant les événements révolutionnaires de 1789

Concernant les chapitres thématiques :

  • De la gloire de Fontenoy au désamour du Bien-Aimé sur l’évolution de l’image du roi dans l’opinion publique
  • Experts, théoriciens et administrateurs notamment sur la transformation de l’administration et l’émergence de l’économie vue comme une science
  • Sociabilités et Lumières consacré à la vie mondaine mais aussi au grand projet philosophique et scientifique de L’Encyclopédie
  • Le royaume aux 28 millions d’habitants qui dresse un état démographique précis de la France de la deuxième moitié du XVIII° siècle

Le livre s’achève sur une courte conclusion, mais aussi le toujours intéressant Atelier de l’historien détaillant les sources, l’évolution de l’historiographie, les chantiers et les débats sur l’histoire de la période. Les annexes (chronologie, bibliographie, sources des illustrations et documents, index) ferment l’ouvrage.

Contrairement au volume précédent sur l’apogée de la monarchie absolue qui m’avait semblé aride, très pointu et peu accessible aux non-connaisseurs, celui-ci permet à la fois d’apprendre et de comprendre la période à laquelle l’ouvrage est consacré.

J’ai pris un grand plaisir avec ce livre, lisant en détail avec avidité certains chapitres ou parcourant d’autres de façon moins précise, mais sans jamais perdre le fil. J’ai encore plus hâte de lire le prochain volume, consacré à la Révolution, au Consultat et à l’Empire.


La France des Lumières (1715-1789), Pierre-Yves Beaurepaire

Note : ★★★★☆

Livres & Romans

Un enfant

Un enfant est un livre paru début octobre chez Grasset, que j’ai eu l’opportunité de pouvoir découvrir en service de presse par l’intermédiaire de NetGalley.fr. Ce récit est signé par par la pédiatre Patricia Vergauwen et le journaliste Francis Van de Woestyne, les parents de Victor, l’enfant qu’ils ont perdu et auquel ils consacrent ce livre écrit à deux.

Voici le bouleversant récit à deux mains de la mort d’un enfant par son père et sa mère.

Le 4 novembre 2016, Victor, âgé de treize ans, fait une violente chute de dix mètres. Apprenant la nouvelle, ses parents se précipitent sur les lieux de l’accident. Redoublant la tragédie, sa mère, médecin, assiste impuissante à ses derniers instants. Victor ne survit pas. Ce tragique événement a marqué à jamais chacun des membres de cette famille, car Victor avait un frère et trois sœurs. Comment vivre avec à l’esprit, avec au cœur, ce drame inexprimable qu’est la mort d’un enfant.

Son père et sa mère décrivent dans des chapitres alternés les sentiments successifs et parfois mêlés de désespoir, de rage, de désemparement, d’absurde. Dans ce lent travail de deuil de plusieurs mois, les plus infimes détails viennent réveiller la douleur, comme quand, allant un jour au cinéma, Patricia et Francis voient un siège vide à côté d’eux  : le siège qu’aurait occuper Victor. Dans leur tentative passionnée de dire l’indicible, l’un et l’autre expriment à leur enfant perdu, au plus près de ce qu’ils ont ressenti, l’amour inconditionnel qu’ils lui portent, la colère qui les possède, l’impuissance face à l’impitoyable vie qui continue, le déni parfois, mais surtout et d’abord, le manque, le terrible manque, qui, deuil ou non ne cesse jamais.

Si ce livre est un chant d’impuissance, il est aussi celui de l’espoir  : dans chaque mot, dans chaque frisson provoqué par les phrases et leur déchirante vérité, la présence de Victor demeure, palpable, vivante, et qui donc finit par redonner à Patricia et Francis l’envie de vivre, pour eux, pour lui.

Nous avons évidemment affaire ici à un livre très personnel, le récit du deuil de deux parents meurtris par la mort accidentelle de leur fils âgé de treize ans. Il est évidemment difficile de juger un tel livre, mais je dois dire que j’ai été très touché par les mots de Patricia Vergauwen et Francis Van de Woestyne. Chacun à leur façon, le père et la mère de Victor racontent qui était leur enfant, leur vie à ses côtés puis sans lui. Ils pleurent son absence et se demandent comment la vie peut continuer sans Victor.

Ce qui m’a marqué au début, au-delà de l’émotion suscitée par la tristesse des parents, c’est la façon dont chacun vit son deuil de façon solitaire. Bien sûr, ils tentent de se soutenir, mais on sent bien que chacun est seul face à l’absence du fils. C’est plus tard seulement que les deux parents se trouvent dans le deuil de Victor et dans leur nouvelle vie de famille, sans lui.

Il y aurait beaucoup à dire sur ce récit, mais je crois qu’il est préférable que chacun le découvre à sa façon. Je peux juste conclure en disant à quel point ce livre est un magnifique hommage de deux parents à leur fils disparu, un message d’amour tristement splendide.


Un enfant, Patricia Vergauwen & Francis Van de Woestyne

Note : ★★★★★

Livres & Romans

Find Me

Find Me est la suite – tant attendue par beaucoup, moi y compris – du très beau roman Call me by your name d’André Aciman, publié en 2007 et porté à l’écran en 2017.

Call me by your name racontait l’histoire d’amour, le temps d’un été, entre Elio, un adolescent de 17 ans, et Oliver, un étudiant américain de 24 ans. Dans la maison familiale d’Elio et ses parents en Italie, le jeune garçon et son aîné découvraient l’amour des hommes, jusqu’à l’heure du départ d’Oliver, laissant Elio dévasté par la perte de son premier amour.

Find Me se déroule des années plus tard et se compose de quatre parties de taille inégale :

  • La première partie, la plus longue me semble-t-il, raconte la rencontre entre Samuel, le père d’Elio, et une jeune femme, Miranda, dans le train qui les emmène à Rome.
  • La deuxième partie se déroule à Paris et relate l’aventure entre Elio, désormais pianiste professionnel, et Michel, un avocat rencontré lors d’un concert de musique classique
  • La troisième partie a lieu à New York où Oliver fête son retour dans le New Hampshire après un semestre passé dans une université new-yorkaise
  • La quatrième et dernière partie, la plus courte, se déroule après les retrouvailles entre Elio et Oliver, nous permettant de découvrir la suite (et fin ?) de leur histoire

Je dois dire que ce livre m’a d’abord enchanté, avant de me décevoir quelque peu. Dès les premières pages, et pendant presque toute la première partie, j’ai retrouvé le talent d’André Aciman pour parler des sentiments, avec une sensibilité que j’ai envie de comparer à celle de Stefan Zweig.

Malheureusement, la suite m’a semblé plus fade, un peu répétitive, et je me suis presque ennuyé par moment. Du coup, même les retrouvailles tant attendues entre Elio et Oliver ne m’ont pas emballé autant que je l’aurais cru, et j’ai terminé le roman avec un sentiment d’inachevé, ou d’être moi-même passé à côté de quelque chose.

Pour un roman parlant du temps qui passe, j’ai eu du mal à saisir quand se déroulaient les chapitres les uns par rapport aux autres, si des semaines, des mois ou des années les séparaient.

André Aciman écrit très bien sur le temps qui passe, sur les liens qui unissent ses personnages, mais son récit manque ici d’ampleur et de ligne directrice.

J’ai donc été déçu par cette « suite » du très beau roman qui nous avait permis de faire la connaissance d’Elio et Oliver. Finalement, ce qui m’a le plus plu dans ce récit, c’est la partie consacré au père d’Elio : déjà sympathique dans « Call me by your name », Samuel se révèle ici un personnage profond et dont il est plaisant de suivre les pensées. Dommage que le reste ne soit pas à la hauteur.


Find Me, André Aciman

Note : ★★★☆☆

Livres & Romans

Parce que c’était lui, parce que c’était moi

Dans ce livre signé par Marie-Laure Delorme, à qui on l’on doit déjà deux livres-enquêtes sur l’ENA et l’ENS, des hommes, et de rares femmes politiques se livrent sur leur rapport à l’amitié en politique et sur leurs relations avec leurs amis.

Ce fut l’occasion pour moi de redécouvrir que l’on peut éprouver du respect et de l’estime pour l’homme derrière le politique, au-delà des divergences d’opinion, parfois profondes.

Je ne soutiendrai jamais l’action politique d’Edouard Philippe mais je serai toujours séduit par le fait de partager une passion avec lui : l’amour des livres et de la littérature. Je l’avais découvert avec son très beau livre « Des hommes qui lisent » et le chapitre qui lui est consacré dans celui-ci a confirmé mon respect pour l’homme derrière le Premier Ministre d’Emmanuel Macron.

Ce chapitre sur Edouard Philippe est le premier du livre et c’est aussi l’un de mes préférés. D’autres m’ont laissé plus indifférents, sans que je sache s’il y a là un lien avec l’intérêt ou l’estime que je porte à l’égard de la personne interviewée.

J’ai tout de même découvert des personnalités, des parcours que je ne connaissais pas. J’ai notamment été touché par Anne Hommel, conseillère en communication de Dominique Strauss-Kahn, qu’elle a accompagné et soutenu jusqu’aux pires moments, avant de voir leur amitié être rompue malgré elle.

Tout n’est pas parfait dans ce livre, il y a peut-être un peu de voyeurisme dans cette façon de parler de certaines coulisses de la vie politique sous l’angle de l’amitié. Il y a aussi une tendance de l’autrice à se mettre en scène, qui m’a un peu agacé.

Mais l’ensemble est très bon et donne un livre sensible sur l’amitié en politique, et l’amitié en général.


Parce que c’était lui, Parce que c’était moi, Marie-Laure Delorme

Note : ★★★★☆