Livres & Romans

The Real Tadzio

The Real Tadzio est un livre atypique, signé par Gilbert Adair et publié en 2001. Son sous-titre, Thomas Mann’s ‘Death in Venice’ and the boy who inspired it, explique parfaitement le propos : dans cet essai d’une centaine de pages, Gilbert Adair nous parle du garçon qu’a réellement rencontré l’écrivain allemand Thomas Mann à Venise en 1911 et qui lui a inspiré sa célèbre nouvelle Death in Venice (La Mort à Venise en français) publiée en 1912 et qui est peut-être aujourd’hui son oeuvre la plus connue.

In the summer of 1911, the German writer Thomas Mann visited Venice in the company of his wife Katia. There, in the Grand Hotel des Bains, as he waited for the dinner-gong to ring, the author’s roving eye was drawn to a nearby Polish family, the Moeses, consisting of a mother, three daughters, and a young sailor-suited son who, to Mann, exuded an almost supernatural beauty and grace. Inspired by this glancing encounter with the luminous child, Mann wrote Death in Venice, and the infatuated writer made of that boy, Wladyslaw Moes, one of the twentieth century’s most potent and enduring icons.

But precisely who was the boy? And what was his reaction to the publication of Death in Venice in 1912 and, later, the release of Luchino Visconti’s film adaptation in 1971? In this revealing portrait, including telling photographs, Gilbert Adair brilliantly juxtaposes the life of Wladyslaw Moes with that of his mythic twin, Tadzio.

La Mort à Venise est une nouvelle que j’avais beaucoup aimé quand je l’avais lue pour la première fois. J’ai également été marqué par l’adaptation cinématographique de 1971 par Luchino Visconti, que je n’ai vu que très récemment. Tout ceci me poussait donc à lire cet essai signé Gilbert Adair.

Je n’ai pas été déçu et j’ai été captivé par ce texte. Si le récit de la vie du « vrai » Tadzio n’est pas forcément passionnante, elle est tout de même un récit qui m’a semblé représentatif de la destinée de l’aristocratie polonaise et de la Pologne en général au XX° siècle, prisonnière tour à tour de la Russie tsariste, de l’Allemagne nazie puis de l’Union Soviétique.

Plus encore, cet essai est un vibrant hommage à la fois à la nouvelle de Thomas Mann et à son adaptation au cinéma par Visconti. J’ai bien aimé également que l’auteur nous parle brièvement du destin de Björn Andresen, le jeune acteur suédois qui a immortalisé Tadzio sur grand écran.

L’auteur cite quelques oeuvres qui se sont inspirées ou en rendu hommage à La Mort à Venise, avant enfin de disserter sur la littérature homosexuelle en général pour conclure que Thomas Mann, avec sa nouvelle emblématique, en reste à ses yeux le maître incontesté.

Il faut sans doute être un amateur de l’oeuvre de Thomas Mann pour apprécier totalement ce livre de Gilbert Adair, mais j’en fais clairement partie et je suis content d’avoir eu l’occasion de le lire. Je vais le garder bien au chaud dans ma bibliothèque, car il n’est pas impossible que l’envie de le relire me prenne un de ces jours.


The Real Tadzio, Gilbert Adair

Note : ★★★★☆

Livres & Romans

Paris, 1899

Paris, 1899 est un premier roman proposé par Séverine Mikan chez MxM Bookmark. Il s’agit d’une romance gay à paraître le 25 mars 2019, que j’ai eu l’opportunité de découvrir en avant-première grâce à NetGalley.fr.

Paris, décembre 1899. La ville Lumière est un chantier immense, celui de la grande Exposition universelle. Là, au coeur de cette ruche festive et laborieuse où vont naître bientôt tous les espoirs de la Belle Époque, des vies se croisent, se mêlent, s’étreignent. Henryk, artiste sans le sou à l’âme révolutionnaire, rencontre James, l’héritier d’une riche famille anglaise. Leurs deux mondes ne pouvaient être plus opposés et pourtant, entre ces deux jeunes hommes, le coup de foudre est immédiat. Pas après pas, entre les quartiers de la bohème et de la bourgeoisie, de la chambre sous les toits d’Henryk au luxueux hôtel particulier de James, va se dessiner une belle histoire d’amour faite de doute, de séduction, de tendresse et de heurs. Car de lourds secrets vont bien vite rattraper les deux amants, et mettre en danger leur fragile idylle que la très conservatrice société de fin de siècle ne tolère pas… La saga Fragments d’éternité est un voyage par étapes dans l’Histoire. D’une époque à une autre, d’un pays à un autre, partez à la découverte de ces amours passionnés que la Morale et les lois ont réprouvé avec acharnement mais qu’aucune force n’est jamais parvenue à étouffer complétement.

Du côté de l’intrigue amoureuse et des personnages, nous sommes sur du classique, avec un coup de foudre entre deux hommes que tout oppose : Henryk est un artiste sans le sou d’origine polonaise, aux idées révolutionnaires ; James est un jeune aristocrate venu d’Angleterre, coincé par son éducation stricte et le poids de son beau-père.

Le cadre historique est intéressant, dans ce Paris de la toute fin du XIX° siècle, marqué par les grands chantiers qui vont transformer le visage de la ville pour la grande exposition universelle de 1900. Toutefois, j’ai trouvé que ce cadre n’était pas suffisamment exploité dans le récit, l’auteur se contentant trop souvent de citer des lieux emblématiques de cette époque sans dépasser forcément le stade de l’anecdote historique.

L’intrigue elle-même, comme je l’ai dit, est classique et sans surprise : nous assistons au coup de foudre d’Henryk et James, leurs premières rencontres, les obstacles qui s’opposent à leur amour, et la résolution finale. C’est très classique, parfois cliché, mais ça reste plaisant à suivre.

Dans l’ensemble, j’ai plutôt passé un bon moment avec ce roman. C’est sans prétention, pas totalement original, le style n’est pas parfait mais reste agréable, et l’impression finale est plutôt plaisante. Une bonne petite lecture divertissante, à condition de ne pas en attendre beaucoup plus.

Il semblerait que ce roman ne soit que le premier volume d’un cycle baptisé Fragments d’éternité. Je ne sais pas ce que l’auteur nous réserve pour la suite, je verrai donc si le prochain épisode m’intéresse.


Paris, 1899, Séverine Mikan

Note : ★★★☆☆

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Un certain Paul Darrigrand

Un certain Paul Darrigrand est le nouveau roman de Philippe Besson, un auteur dont je parle très souvent ici, car je le suis avec attention depuis la publication de son premier roman En l’absence des hommes, qui figure toujours parmi les livres favoris, au côté d’autres romans du même auteur.

Après Arrête avec tes mensonges qui m’avait enchanté et ému en janvier 2017, Philippe Besson avait proposé en septembre de la même année Un personnage de roman, dans lequel il offrait son récit personnel de la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron. La campagne était vécue comme une épopée et son acteur principal comme un personnage romanesque. Malgré le portrait sans doute excessivement flatteur du candidat par l’auteur, il y avait en tout cas un parti pris et une approche qui ne manquaient pas d’intérêt.

En ce mois de janvier 2019, Philippe Besson revient donc avec un nouveau roman, où il semble poursuivre ce qu’il avait commencé deux ans plus tôt avec Arrête avec tes mensonges : raconter sa vie et comment son expérience personnelle lui a fourni la matière de ses futurs romans.

Cette année-là, j’avais vingt-deux ans et j’allais, au même moment, rencontrer l’insaisissable Paul Darrigrand et flirter dangereusement avec la mort, sans que ces deux événements aient de rapport entre eux.

D’un côté, le plaisir et l’insouciance ; de l’autre, la souffrance et l’inquiétude. Le corps qui exulte et le corps meurtri.

Aujourd’hui, je me demande si, au fond, tout n’était pas lié.

Après les années lycée de Arrête avec tes mensonges, nous retrouvons l’auteur-narrateur pendant ses études supérieures. Nous sommes en 1988 : après trois années de solitude dans une école de commerce à Rouen, Philippe Besson revient dans sa région natale et commence un DESS à Bordeaux. Il y rencontre un certain Paul Darrigrand, étudiant un peu plus âgé que lui. Bien que Paul soit marié à la sympathique Isabelle, il va entamer une aventure avec Philippe. Quand Paul part en stage à Paris et laisse Philippe à Bordeaux, celui-ci tombe gravement malade et va être hospitalisé au service hématologie.

Le roman raconte à la fois l’aventure adultérine entre Paul et l’auteur-narrateur, et la maladie de celui-ci. Comme souvent dans ses romans, Philippe Besson est excellent pour mettre des mots sur des situations que nous avons tous pu connaître ou des sentiments que nous avons ressenti. Que ce soit sur le désir, la culpabilité, ou la peur, ses phrases peuvent résonner en nous avec une justesse remarquable.

Dans Arrête avec tes mensonges, Philippe Besson nous expliquait pourquoi ses romans étaient marqués par le thème de l’absence, du manque. Cette fois, il va plus loin en évoquant plus précisément les inspirations de plusieurs de ses romans.

Ainsi, l’adultère et la bisexualité de Paul étaient au centre de l’intrigue du roman Un garçon d’Italie. Quant à la maladie dont a souffert Philippe Besson, elle est au centre de son deuxième roman Son frère, également adapté au cinéma par Patrice Chéreau. D’autres exemples plus mineurs apparaissent également au gré des pages, comme ce garçon aperçu par le narrateur en plein milieu du récit et que l’auteur décrit explicitement comme l’inspiration du personnage de Vincent de l’Etoile dans son premier roman En l’absence des hommes.

J’ai bien aimé cette double lecture proposée par ce roman : celle d’un récit qui se suffit à lui-même, doublé d’une déclaration de l’auteur sur l’influence qu’ont eu ses expériences passées sur ses inspirations et son travail d’écrivain. J’aime ce projet, qui poursuit celui déjà entrepris dans Arrête avec tes mensonges, dont ce roman pourrait presque être vu comme une suite ou en tout cas une prolongation. Cela peut parfois avoir un côté agaçant, comme si l’auteur était tenté de justifier toute son oeuvre romanesque, mais le résultat est tout de même très plaisant.

Je dois dire que je suis assez curieux de voir si Philippe Besson va persister dans cette voie et nous racontant d’autres expériences marquantes de sa vie et comment celles-ci ont pu nourrir son écriture.


Un certain Paul Darrigrand, Philippe Besson

Note : ★★★★☆

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Comment sortir avec un super héros quand on est un super vilain ?

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Je ne suis pas forcément un grand amateur de littérature dite de romance, avec ces histoires d’amour souvent inattendues et toujours romantiques. Pourtant, en lisant le résumé de ce roman proposé en service de presse par la maison d’édition MxM Bookmark sur NetGalley.fr, j’ai été tenté :

Super Héros. Sbires démoniaques. Et un sacré conflit d’intérêt.

Appartenir à la famille d’un super méchant n’est pas très important aux yeux de Pat West. Peu importe que sa mère essaie occasionnellement de prendre le contrôle du monde. Tout ce que Pat veut, c’est terminer l’université et devenir urbaniste. Qu’il se transforme en un serviteur du mal de temps en temps à la nuit tombée ? Simple tradition familiale.

Jusqu’à ce que Pat couche accidentellement avec le super héros Silver Paladin, également connu sous l’identité du billionnaire solitaire Nick Andersen. C’est un simple malentendu. Pat n’avait jamais eu l’intention de se faire passer pour un prostitué, honnêtement. Mais rapidement, Pat est dedans jusqu’au cou, et est en train de tomber amoureux du pire mec possible.

Lorsque sa mère revient pour mettre le monde à genoux, Silver Paladin fonce pour l’arrêter… et tous les secrets de Pat menacent de lui exploser au visage. Comment pourrait-il concilier le fait d’être un serviteur du mal avec celui de désirer un super héros ?

Nous sommes clairement ici dans le registre de l’humour, avec un univers déjanté où des super-vilains plutôt ridicules montent des plans insolites pour assouvir leur soif de domination du monde et où des super-héros tout aussi ridicules les combattent pour les empêcher d’y parvenir. Le pastiche des comics et des films de super-héros est très réussi, j’ai ri énormément en lisant ce livre.

Sans surprise, la partie romance du livre m’a moins séduit, si j’ose employer ce terme dans ce contexte. Le personnage principal, Patrick, fils de la redoutable Serpentissima, est plutôt sympathique, mais son histoire avec Nick, plus connu sous son identité de Paladin d’Argent (ne riez pas, je vous vois), est finalement peu intéressante, quoique mignonne dans son genre. Quant aux passages pseudo-érotiques, je n’en parle même pas, à part pour prévenir les éventuels lecteurs qu’ils existent !

Ce qui m’a le plus plu dans ce livre, c’est son humour et sa critique de la société du spectacle, avec ces « héros » idolâtrés par la foule et ces « méchants » qui mettent en scène leurs exactions. Impossible en lisant ce livre de ne pas penser qu’ils composent deux facettes d’une même société, comme des acteurs jouant leurs rôles pour divertir les citoyens.

Pour finir, je ne vais pas vous dire que ce roman est le livre de l’année, je l’ai trouvé plaisant à lire même si j’ai avancé très vite sur certains passages qui m’ont plus ou moins intéressé. A lire si vous aimez les romances (gay) et/ou les super-héros.


Comment sortir avec un super héros quand on est un super vilain

Note : ★★★☆☆


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Georges, le monde et moi

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Je suis en vacances depuis un peu plus d’une semaine sur la côte basque, et après avoir terminé le très bon premier roman Rue du Triomphe de Dov Hoenig, j’ai trouvé le roman idéal pour accompagner la suite de mon séjour : Georges, le monde et moi que j’ai eu l’occasion de lire en service de presse par l’intermédiaire de NetGalley.fr.

Le résume ne paye pas de mine mais je sentais que ça pouvait bien me plaire :

Avant, je me serais décrit comme le mec de base  : des notes dans la moyenne, une famille aimante, un petit groupe d’amis. Avant, j’étais l’archétype du geek qui termine avec la jolie fille à la fin d’un film. Bref, j’avais une vie banale.

Et puis Georges a débarqué, avec son franc-parler et ses blagues pourries, et tout a changé. Mon monde s’est désaxé. Clairement, je n’allais pas finir avec la jolie fille.

Le narrateur, Priam, a un prénom peu banal, issu de la mythologie grec. C’est un adolescent pas très bien dans sa peau, qui se pose beaucoup (trop) de questions, veut tout prévoir et anticiper et qui angoisse très vite quand les choses échappent à son contrôle. Comment s’étonner après ce portrait que je me sois facilement identifié au protagoniste de ce roman ?

J’aurais bien voulu ne pas m’inquiéter, être le genre de types qui vivent au jour le jour, mais ce n’est pas moi. Il faut toujours que j’analyse tout. Toutes les possibilités, toutes les variantes. Et comme si ça ne suffisait pas, j’angoisse pour chacune d’elles. Si bien qu’une fois qu’on fait le calcul, il en résulte énormément d’anxiété.

Alors qu’il commence son année de terminale, Priam fait la connaissance dans des circonstances rocambolesques de Georges, un jeune garçon au comportement très différent en apparence du sien : il semble ne pas se poser trop de questions et vit sa vie comme il le souhaite. Cette rencontre va changer la vie de Priam, jusque là bien tranquille dans une routine au sein d’un groupe d’amis sympathiques.

L’arrivée de Georges dans sa vie ça également amener Priam à s’interroger sur sa sexualité, alors qu’il n’avait été attiré jusque là que par des filles, au premier rang desquelles se trouve Gabrielle, sa meilleure amie dont il était « secrètement » amoureux depuis de longs mois. Georges assume ouvertement son homosexualité et Priam ne va pas rester insensible à son charme.

J’ai passé la main dans mes cheveux pour m’occuper et essayer de dissimuler au mieux mon malaise. Je n’avais pas l’habitude d’être appelé « le mec plutôt mignon » par un autre homme. En fait, même les filles ne le disaient pas.

Ceci n’est que le point de départ d’un récit très sympathique qui nous fait suivre toute l’année de terminale de Priam, entre ses cours au lycée, sa vie de famille, son groupe d’amis, ses angoisses, et l’évolution de sa relation avec Georges. Il y a pas d’humour, des rebondissements intéressants, des réflexions bien senties sur l’adolescence et le passage à l’âge adulte, et une bonne dose d’émotion.

Tout n’est évidemment pas parfait dans ce roman, c’est d’abord un livre pour adolescents, avec tout ce que cela implique souvent en terme de clichés, de stéréotypes et de maladresses narratives, mais c’est tout de même une jolie histoire d’amour et d’amitié et un très beau roman sur l’adolescence et ses difficultés. C’est vraiment une lecture parfaite pour les vacances, pour avoir le sourire en profitant du soleil ; c’est en tout cas ainsi que j’ai savouré ce roman !


Georges, le monde et moi, Illana Cantin

Note : ★★★★☆


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The City and the Pillar

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Après plusieurs chroniques d’albums de bande dessinée empruntés à la médiathèque, je reprends le fil de mes lectures plus classiques. Et quand je parle de lecture plus classique, je vise juste dans le cas présent, avec le dernier roman que j’ai lu : The City and the Pillar de Gore Vidal, un roman que je voulais lire depuis un moment et dont la sortie récente sur Kindle m’a enfin permis de le découvrir :

Jim, a handsome, all-American athlete, has always been shy around girls. But when he and his best friend, Bob, partake in “awful kid stuff,” the experience forms Jim’s ideal of spiritual completion. Defying his parents’ expectations, Jim strikes out on his own, hoping to find Bob and rekindle their amorous friendship. Along the way he struggles with what he feels is his unique bond with Bob and with his persistent attraction to other men. Upon finally encountering Bob years later, the force of his hopes for a life together leads to a devastating climax.

The first novel of its kind to appear on the American literary landscape, The City and the Pillar remains a forthright and uncompromising portrayal of sexual relationships between men.

The City and the Pillar est un classique de la littérature américaine et de la littérature gay en l’occurence. La publication du livre en 1948 avait provoqué un scandale et avait valu l’opprobre à son auteur Gore Vidal, d’autant qu’il était alors vu comme le fils parfait de l’Amérique après la publication de son premier roman Williwaw qui dépeignait la vie de marins de la Navy pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Le livre avait fait scandale car il dépeignait des relations homosexuelles de la façon la plus naturelle possible, alors que c’était encore un tabou dans la société américaine de l’époque. Gore Vidal y décrit en effet une société homosexuelle souterraine, cachée et pourtant visible aux yeux de tous ceux qui savaient regarder : des acteurs homosexuels à Hollywood qui se fréquentent voire épousent des actrices pour donner le changer, un milieu littéraire et intellectuel où homosexuels et hétérosexuels se côtoient en connaissance de cause, des bars où des hommes cherchent la compagnie d’autres hommes avant de retrouver leurs épouses au petit matin, etc.

It starts in school. You’re just a little different from the others. Sometimes you’re shy and a bit frail; or maybe too precocious, too handsome, an athlete, in love with yourself. Then you start to have erotic dreams about another boy—like yourself—and you get to know him and you try to be his friend and if he’s sufficiently ambivalent and you’re sufficiently aggressive you’ll have a wonderful time experimenting with each other. And so it begins. Then you meet another boy and another, and as you grow older, if you have a dominant nature, you become a hunter. If you’re passive, you become a wife. If you’re noticeably effeminate, you may join a group of others like yourself and accept being marked and known. There are a dozen types and many different patterns but there is almost always the same beginning, not being like the others.

Publié de nos jours, ce roman passerait sans doute inaperçu et n’aurait pas forcément beaucoup d’intérêt, tant ce qu’il raconte a été vu et revu à de multiples reprises dans la littérature contemporaine, mais il faut apprécier ce livre dans son contexte de l’époque. Écrire et publier ce roman était un acte courageux, engagé, politique. Le personnage principal, Jim Willard, est certes homosexuel mais il est décrit comme un athlète, viril, masculin, très loin de la façon dont les personnages homosexuels étaient jusque là présentés dans la littérature.

Why should any of us hide? What we do is natural, if not ‘normal,’ whatever that is. In any case, what people do together of their own free will is their business and no one else’s.” The fat man smiled. “But do you have the nerve to tell the world about yourself?” Paul sighed and looked at his hands. “No,” he said, “I don’t.” “So what can we do, if we’re all too frightened?” “Live with dignity, I suppose. And try to learn to love one another, as they say.

Le style m’a beaucoup plu, ce fut un réel plaisir de lire de roman ; alors que le récit lui-même est parfois sans grand surprise, c’est très bien écrit, parfois poétique, parfois drôle. C’est définitivement un très beau roman, à la fois très joliment écrit et important dans l’histoire de la littérature. Je ne sais pas si les autres oeuvres de Gore Vidal me plairont autant, mais je risque de me laisser tenter par une lecture ou deux parmi sa riche bibliographie pour me faire un avis.

What did happen? The idea of nothing frightened him, and death was probably nothing: no earth, no people, no light, no time, no thing. Jim looked at his hand. It was tanned and square, and covered with fine gold hairs. He imagined the hand as it would be when he was dead: limp, pale, turning to earth. He stared for a long time at the hand which was certain to be earth one day. Decay and nothing, yes, that was the future. He was chilled by a cold animal fear. There must be some way to cheat the earth, which like an inexorable magnet drew men back to it. But despite the struggle of ten thousand generations, the magnet was triumphant, and sooner or later his own particular memories would be spilled upon the ground. Of course his dust would be absorbed in other living things and to that degree at least he would exist again, though it was plain enough that the specific combination which was he would never exist again.

The hot sun warmed him. The blood moved fast in his veins. He was conscious of the fullness of life. He existed in the present. That was enough. And perhaps in the years ahead he would have a new vision, one which would help him, somehow, to circumvent the fact of nothing. 


The City and the Pillar, Gore Vidal

Note : ★★★★☆


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Highly Illogical Behavior

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Après plusieurs lectures presque exclusivement en français, j’avais envie de reprendre mon rythme où j’alterne les livres en français et ceux en anglais. J’ai choisi ce roman young adult de John Corey Whaley, un auteur américain que je n’avais jamais lu auparavant. J’avais découvert ce livre il y a peu de temps sur Goodreads et le résumé m’avait tout de suite donné envie de le lire :

Sixteen-year-old Solomon has agoraphobia. He hasn’t left his house in 3 years. Ambitious Lisa is desperate to get into a top-tier psychology program. And so when Lisa learns about Solomon, she decides to befriend him, cure him, and then write about it for her college application. To earn Solomon’s trust, she introduces him to her boyfriend Clark, and starts to reveal her own secrets. But what started as an experiment leads to a real friendship, with all three growing close. But when the truth comes out, what erupts could destroy them all. Funny and heartwarming, Highly Illogical Behavior is a fascinating exploration of what makes us tick, and how the connections between us may be the most important things of all.

J’ai commencé à le lire ce week-end et j’ai adoré dès le début. Il était impossible pour moi de ne pas être attendri par le personnage de Solomon, un adolescent de seize ans souffrant d’agoraphobie et de crises de panique, dont l’une trois ans auparavant qui l’a poussé à plonger dans la fontaine devant son école où il n’a plus remis les pieds depuis. Pire, Solomon n’est plus sorti de chez lui depuis cet épisode. C’est un personnage évidemment tourmenté mais aussi plein d’humour et de vie.

Sa vie bien réglée, justement, va être bousculée par l’arrivée de Lisa, une lycéenne qui rêve d’être admise dans un département de psychologie à l’université et se donne pour mission de soigner Solomon, qui sera son sujet d’étude pour l’essai qu’elle doit rédiger pour son dossier de candidature.

Le troisième larron, c’est Clark, à la fois athlète, geek et petit-ami de Lisa. D’abord jaloux du temps que Lisa passe avec Solomon, il va lui aussi se rapprocher de l’adolescent reclus dans sa maison, jusqu’à éveiller les soupçons de Lisa quand il va finir par passer plus de temps avec son nouvel ami qu’avec elle.

It was the thing they had most in common—all they wanted was a quiet place to be invisible and pretend the world away. And that’s exactly what they had before things got weird. Now, no matter what they told themselves or each other, it would always be different. After all, no first love goes away overnight, especially one that’s always right in front of you, but just out of your reach.

Je ne vais pas dire que c’est de la grande littérature, on reste dans du young adult assez classique à la fois dans le style d’écriture et dans la construction narrative, mais c’est clairement un récit drôle et touchant, qui oscille entre le thème de la maladie mentale de Solomon et un triangle amical et amoureux entre les trois adolescents. Cela pourrait être un roman sympathique parmi d’autres, mais le personnage de Solomon et son parcours apportent une profondeur et une richesse particulières. J’ai beaucoup aimé lire ce roman, et j’ai bien envie de découvrir les deux autres romans de cet auteur, surtout s’il y aborde de la même façon des sujets aussi forts et intéressants.

I’ll never forget that day at the fountain. The other kids laughed and whispered, even when the principal had gotten him out of the water and wrapped a jacket around him. They just kept laughing and pointing as he walked by, dripping wet and never looking up from the ground. Most everyone I knew heard some ridiculous gossip about him by the end of that day. But then, within weeks, it was like he’d never existed. And that’s when I got the saddest. They never brought him up again. Like we belonged there and he belonged somewhere else. It’s not too hard to disappear when no one’s looking for you. That’s what we do sometimes. We let people disappear. We want them to. If everyone just stays quiet and out of the way, then the rest of us can pretend everything’s fine. But everything is not fine. Not as long as people like Solomon have to hide. We have to learn to share the world with them. 


Highly Illogical Behavior, John Corey Whaley

Note : ★★★★☆


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